Belgique : rien ne va plus !

Par Jules Gheude

Les évènements de ces derniers jours sont-ils de nature à réconcilier le citoyen avec le politique ? Rien n’est moins sûr.

L’impression qu’ils laissent, est celle d’un grand magouillage : réticente à la signature du pacte de l’ONU sur la migration, la N-VA quitte la « suédoise », mais le Premier ministre évite la crise en poursuivant à la tête du gouvernement amputé et devenu minoritaire (il ne dispose plus que de 52 sièges sur 150 à la Chambre). En deux coups de cuillère à pot, l’équilibre linguistique est rétabli et les compétences sont redistribuées. Tenu à l’écart des tractations, le Roi n’a plus qu’à signer les arrêtés requis.

Sur les plateaux de télévision, les ministres N-VA démissionnaires apparaissent sereins et réagissent de façon relativement calme. Du côté du MR, on les remercie pour la collaboration qu’ils ont apportée depuis 2014. Le président Olivier Chastel va même jusqu’à déclarer : Je n’exclus pas de toujours gouverner avec la N-VA.

Charles Michel entend profiter des cinq mois qui le séparent des élections législatives pour prendre des mesures tangibles en ce qui concerne l’économie, la sécurité et le climat. Il compte sur le sens des responsabilités de l’opposition pour des soutiens au cas par cas. Il n’imagine pas que la N-VA puisse entraver la bonne fin de projets qu’elle a soutenus jusqu’ici.

Des engagements ont-ils été pris entre Charles Michel et Bart De Wever ? La chose n’est pas à exclure, encore que l’on voie mal les nationalistes flamands ne pas se radicaliser sur le plan communautaire en vue du prochain scrutin. Si l’immigration/sécurité constitue l’un de leurs thèmes privilégiés, il ne faut pas perdre de vue que l’article 1er des statuts de la N-VA prévoit l’émergence d’une République flamande souveraine.

Une chose, en tout cas, est sûre : Bart De Wever ne peut se permettre quatre ans supplémentaires de frigo communautaire. Jan Jambon a d’ailleurs rappelé que la mise en place d’un système confédéral restait la priorité.

Pour réaliser cette mutation institutionnelle d’envergure, il est nécessaire qu’une déclaration de révision de la Constitution intervienne avant la fin de la législature. La N-VA aurait-elle reçu des assurances à ce sujet, en échange d’appuis sporadiques à l’actuelle coalition orange-bleue ? La question mérite d’être posée.

Bart De Wever a toujours dit qu’il n’envisageait pas un processus révolutionnaire, mais évolutif. Le confédéralisme participe de cette logique : on commence par vider l’Etat de toute substance avant de le considérer comme totalement superflu.

Il y a un autre argument dont Bart De Wever a dû tenircompte : la N-VA est proche du milieu patronal flamand, lequel a clairement fait savoir qu’une chute du gouvernement entraînerait des conséquences désastreuses pour le monde entrepreneurial.

Le dernier baromètre politique a révélé que la N-VA restait le premier parti du pays, avec 28% d’intentions de vote (+3). Pour la première fois, cette progression ne se fait pas au détriment du Vlaams Belang, qui passe 11,3 à 11,7%.

Ce baromètre confirme, une fois de plus, que le Nord et leSud constituent deux démocraties opposées, qui pourraient rendre la Belgique totalement ingouvernable.

Lors de la crise de 2010 – 541 jours sans gouvernement de plein exercice -, un rapport de la Commission de l’Intérieur de l’Assemblée nationale française avait d’ailleurs conclu que la division de la Belgique en deux groupes linguistiques de plus en plus cohérents et dissemblables rendait son existence de moins en moins certaine.

On a vu, lors du débat à la Chambre, le chef de groupe de la N-VA, Peter De Roover, se montrer d’une très grande fermeté. Lors d’une soirée-débat du Vlaamse Volksbeweging, le 14 octobre 2016, il avait déclaré : Si la N-VA et le Vlaams Belang obtiennent la majorité, ils réclameront l’indépendance de la Flandre. On se souvient aussi des propos tenus, en janvier 2016, par Liesbeth Homans, la ministre de l’Intérieur (N-VA) au sein du gouvernement flamand : Nous ne sommes pas demandeurs d’une énième petite réforme de l’Etat, donc je pense qu’en 2019, il s’agira d’autre chose. La scission de la Belgique ou en tout cas le transfert aux Régions et entités fédérées d’un maximum de compétences, ce qui amènerait la Belgique à disparaître d’elle-même. J’espère qu’elle n’existera plus en 2025 !

Dans la mesure où il considère que la coalition remaniée s’inscrit dans la continuité de la précédente, Charles Michel ne voit pas l’utilité de suivre la coutume qui veut qu’en pareille circonstance, un vote de confiance intervienne à la Chambre. Mais il se trouve face à la motion de confiance que l’opposition tout entière – N-VA comprise – a déposée. Qu’en sera-t-il vraiment ? Pour Théo Francken, l’homme le plus populaire de Flandre, les choses sont en tout cas claires : Gouverner encore avec le MR ? Oui, à condition de sortir du pacte migratoire. Un pacte dont la signature doit intervenir à New-York le 18 décembre…

 Elections anticipées ou non, le Royaume de Belgique apparaîtbel et bien en sursis. Pour le sauver, les responsables francophones ont toujours fini par quitter leur posture de « demandeurs de rien ». Cèderont-ils à nouveau ?

Du côté socialiste, Elio Di Rupo est bien déterminé à reprendre la main en Wallonie, à la tête d’une coalition dite « progressiste ». Un scénario qui ne pourrait qu’amener de l’eau au moulin des nationalistes flamands.

Le MR sera-t-il disposé à entamer des négociations sur le projet confédéral ? Un projet qui, il convient de le rappeler, a été porté au début des années 90 par le ministre-président flamand (CVP), Luc Van denBrande, et adopté en 1999 par le Parlement flamand. Interrogé, en 2007, par le journal québécois « Le De Devoir », Wouter Beke, l’actuel président du CD&V, avait d’ailleurs précisé : Nous voulons une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend. (…) Si les francophones n’acceptent pas de lâcher du lest, nous n’aurons pas d’autre choix que l’indépendance.

En termes de flamingantisme, les démocrates-chrétiens flamands ont suffisamment montré qu’ils n’avaient rien à envier à la N-VA. Souvenons-nous de Jan Verroken lors de l’affaire de Louvain, d’Eric Van Rompuy à l’égard du FDF dans le gouvernement Martens, de Luc Van den Brande et de son méprisant «Mijnheer H » lors de la crise fouronnaise… N’est-ce pas aussi Yves Leterme qui porta, en 2004, le cartel CD&V/N-VA sur les fonts baptismaux ?

Les options d’avenir ne sont pas légion. Soit la Belgique devient confédérale et, réduite à l’état de coquille vide, est très vite considérée comme inutile, soit elle devient ingouvernable et disparaît.

Dans un cas comme dans l’autre, la Wallonie se retrouvera livrée à elle-même, financièrement responsable de ses choix politiques. Une situation qui deviendra très vite intenable et entraînera une baisse drastique des prestations sociales.

L’enjeu, on le voit, est de taille !

Bilan du rail wallon ?

Qu’en est-il de l’analyse reprise ci-dessous qui date de janvier 2016  ? Où en est le RER wallon ? Où en est la modernisation du rail wallon ?

La SNCB, dirigée par les Flamands roule pour la Flandre en dilapidant le rail wallon, nuisant gravement aux intérêts de la Wallonie.

Et ce, avec la complicité passive des administrateurs wallons de la SNCB et des politiques wallons paralysés par la peur du séparatisme et de la régionalisation de la SNCB.

La seule fois où le gouvernement wallon avait osé critiquer officiellement la SNCB, il a été vite contré par son propre président qui avait mis en garde contre une probable réplique flamande qui entraînerait la régionalisation / scission de la SNCB. 

Profitant de la paralysie des Wallons, les Flamands s’approprient la SNCB, tout à leur profit. Des dizaines de milliards sont investis à Zaventem vlaanderen (diabolo) et à Antwerpen (tunnel Liefkenhoeck). La SNCB investit pour soutenir le trafic marchandises des ports flamands. Elle s’endette pour moderniser les gares et le réseau flamand. Le RER flamand est fini depuis longtemps et, un luxe, il est à 4 voies. Les lignes flamandes sont démultipliées pour relier toutes les villes flamandes via un maillon ferroviaire et modernisées pour être plus rapides. 

Pendant ce temps, où en est le RER wallon ?

La SNCB voit grand dans le projet d’union entre la Flandre et la Hollande, un Grand Pays-Bas néerlandais ferroviaire sur le dos des Wallons.

Sous la volonté des Flamands, la SNCB isole le rail wallon de ses pays voisins en ne lui laissant qu’une seule issue : la Flandre. 

Mais le pire est à venir. 

La Flandre prépare son union avec la Hollande, au travers d’un grand projet : « le Rhin d’Acier » qui vise un grand réseau marchandise Flandre & Hollande  & Allemagne & Luxembourg. 

Ce projet flamand dit de niveau « fédéral », est financé, comme le tunnel d’Anvers et comme le Diabolo de Zaventem, en dehors de la clé et donc au détriment des 40 % wallons de la clé 60/40, (40 % de « plus grand chose » = quasi plus rien). 

Le Rhin d’Acier va permettre aux marchandises flamandes de contourner la Wallonie, signant ainsi la mort des gares de tri et du réseau marchandise wallon. 

Syndicats, administrateurs et politiques wallons sont au courant. 

Hélas personne ne bouge et tous se taisent pour ne pas provoquer la séparation.

Mais de quoi nos politiques ont-ils peur ?

La SNCB ne rapporte plus grand-chose à la Wallonie. Au contraire, elle nuit à nos intérêts.

Les chiffres et les arguments que ses dirigeants présentent sont ceux trafiqués par des managers membres du Voka (organisation patronale flamande) ou du « In De Warande « (organisation flamande) ou encore membres du Borenbond.

Leur objectif : garder la Wallonie sous leur coupe, afin de la soumettre aux volontés flamandes et surtout persuader les Wallons qu’il ne leur reste que la Flandre vers qui se tourner.

Cette peur panique, entretenue par la Flandre, est irrationnelle car en fait, au point où nous en sommes avec la SNCB, nous n’avons plus rien à perdre.

La SNCB nuit à nos intérêts. Alors prenons un autre partenaire ferroviaire.

Le plus indiqué par sa taille et surtout par sa proximité : la SNCF.

Bien sûr, la Flandre et même le tout Bruxelles y mettront leur véto.

Mais ne sommes-nous pas dans un pays confédéral où c’est chacun pour sa Région ?

La solidarité flamande et bruxelloise n’existe plus. 

Si les Wallons veulent s’en sortir, ils doivent oublier la Belgique flamande pour se recentrer sur leur avenir. 

C’est seulement en créant une collaboration avec la SNCF que les Wallons pourront sauver et développer le rail wallon. 

Nous n’avons plus rien à perdre, mais au contraire, tout à gagner !

Claude Roland

Les réseaux sociaux : cancer de nos sociétés ?

POINT DE VUE. « Gilets jaunes » : peut-on encore gouverner à l’heure des réseaux sociaux ?

A l’heure des réseaux sociaux, « celui qui crie le plus fort aura le dessus, quelles que soient ses revendications », regrette le politologue Olivier Costa.

Une \"gilet
        jaune\" lors d\'une manifestation à Paris, le 17 novembre
        2018.

POINT DE VUE. « Gilets jaunes » : peut-on encore gouverner à l’heure des réseaux sociaux ?

Le politologue Olivier Costa, auteur de cet article, est directeur de recherche au CNRS, et enseigne à Sciences Po Bordeaux. La version originale de cet article a été publiée sur le site The Conversation, dont franceinfo est partenaire. Il s’exprime ici librement.

Les autorités de l’Etat et les élus (et pas seulement ceux de la majorité, ne nous leurrons pas) font face à une défiance d’une ampleur inédite, à laquelle il est bien difficile de trouver une réponse, tant les revendications sont à la fois hétérogènes et individualistes (une par sous-catégorie de la population), irréalistes et contradictoires (davantage de services publics, mais moins d’impôts ; plus de croissance, mais moins de concurrence ; plus de sécurité, mais moins de règles), et déconnectées d’enjeux aussi fondamentaux que le réchauffement climatique ou l’endettement du pays.

Comment expliquer qu’on en soit arrivé là aussi vite ? Le premier constat, c’est que un mal plus profond, celui qui a conduit au Brexit, à l’élection de Viktor Orban, Donald Trump, Matteo Salvini et Jair Bolsonaro, et qui garantit l’inamovibilité de Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan.

Les causes de ce syndrome sont connues : déclin des idéologies, affaiblissement des corps intermédiaires, pessimisme généralisé, peur du déclin (social, économique, industriel, environnemental, culturel, religieux…), crainte des grands changements (mondialisation, migrations, concurrence internationale, terrorisme, métropolisation…) et opportunisme des marchands de peur et de rêve, qui attisent l’angoisse et la haine, fonds de commerce de leurs prospères PME populistes et médiatiques.

A cela s’ajoutent la toute-puissance des réseaux sociaux, qui bousculent les logiques traditionnelles des mobilisations, de la communication, de l’information et du fonctionnement de l’espace public.

Mobilisation et action

D’abord, ils permettent, sans le moindre moyen financier, humain ou logistique, d’organiser à large échelle l’action de citoyens qui ne se connaissent pas. Sans les réseaux sociaux, il aurait été impossible à des quidams de coordonner si rapidement une protestation de cette ampleur. Le mouvement des « gilets jaunes », parti de mobilisations très limitées et dépourvu de toute ressource, a pu acquérir en l’espace d’un mois une ampleur considérable, laissant penser à certains qu’il a désormais vocation à se substituer aux partis, aux syndicats, et même à la représentation nationale.

C’est le sens des un discours de protestation et de révolte. Chacun a pu s’en apercevoir : il est presque impossible d’y entamer un dialogue serein et argumenté. Facebook ou Twitter, c’est émotion contre émotion, colère contre colère, indignation contre indignation, outrance contre outrance. Il s’ensuit, soit un dialogue de sourds entre des gens peu capables d’écoute, sans cesse aiguillonnés par des trolls ; soit la constitution de sphères qui s’autonomisent, peuplées de gens qui partagent les mêmes convictions, ici des citoyens qui pensent que le gouvernement fait une politique pour le seul bénéfice des banquiers, là d’autres qui estiment que les « gilets jaunes » sont tous des ahuris.

Primat de l’émotion sur les faits

Ce primat de l’émotion a gagné la sphère publique et médiatique. Ce qu’on entend, ce ne sont pas des arguments ou des idées, mais des émotions (« je suis en colère », « y en a marre ») et des perceptions (« je pense que je gagne moins », « on se moque de nous »). Les faits n’ont plus grande importance. C’est le règne de la croyance sur la connaissance : croyance religieuse ou croyance sociale, il en va de même.

Que 2 et 2 fassent 4 importe peu si certains pensent que c’est 5 ou 7. Insister sur le fait que l’arithmétique établit clairement que c’est 4 sera perçu comme du mépris ou de la condescendance…Olivier Costa, directeur de recherche au CNRS

La légitimité d’un mouvement semblant se mesurer au degré d’émotion de ses protagonistes, ils sont incités à l’outrance et à la surenchère dans les arguments, jusqu’à légitimer la violence : « Monsieur le juge, j’ai lancé un pavé sur le CRS, mais, faut comprendre, j’étais très, très en colère. »

Ce qui frappe aussi, outre les CRS et les casseurs, c’est un dévoiement de la logique démocratique. Celle-ci ne doit, en principe, s’appliquer qu’à des choix politiques : le peuple décide de faire ceci ou cela. Mais, de plus en plus, elle s’applique aussi à bien d’autres domaines : à l’art (« Maître Gims est le meilleur chanteur, car le plus écouté ») ou même à la science (« les Américains pensent que le réchauffement climatique n’est pas d’origine humaine ou que la Terre a 5 000 ans, et il faut respecter cela »).

Qu’une majorité de citoyens viennent à croire que l’on peut s’abstenir de rembourser la dette de la France et que cela n’aura aucune conséquence, et cela devient une vérité. Que l’idée de doubler le smic soit largement soutenue, et ça devient option réaliste. La faisabilité des réformes n’est plus un paramètre pertinent.

Au nom d’une démocratie caricaturée

Au nom d’une démocratie mal comprise et des impératifs de l’audimat, sur quelque sujet que ce soit, les médias consultent d’ailleurs l’homme de la rue ou le chroniqueur atrabilaire, plutôt que le savant. Sur le réchauffement climatique, la dangerosité du glyphosate ou la croissance économique, l’avis du citoyen vaut bien celui du prix Nobel. Prétendre le contraire, c’est mépriser le peuple.

Au nom d’une démocratie caricaturée, on estime ainsi que l’avis de chaque citoyen, en toute chose, a la même valeur. On considère aussi qu’une foule vociférante est le peuple souverain. Que les « gilets jaunes » aient voté à plus de 60% pour le Rassemblement national et la France Insoumise, selon un sondage, et ne représentent donc qu’une partie minoritaire de l’électorat, importe peu.

S’ajoute à cela la diffusion sans cesse plus grande des fake news par les réseaux sociaux : on aura rarement vu autant d’affirmations péremptoires et d’informations farfelues alimenter un mouvement social. Il est quasiment impossible d’endiguer ce flot, en raison du caractère émotionnel de la mobilisation, de l’hermétisme des sphères des réseaux sociaux qui ne diffusent que des informations conformes à la pensée qui y domine, et du temps nécessaire à la dénonciation d’une fake news.

S’il faut dix secondes pour affirmer (comme on l’a beaucoup entendu) que la France n’a plus de Constitution ou qu’elle va être « vendue » à l’ONU, il faut dix minutes pour expliquer d’où viennent ces idées grotesques et pourquoi elles sont fausses.Olivier Costa, directeur de recherche au CNRS

En outre, la croyance prenant le pas sur la vérité, et la fin justifiant les moyens, quand bien même on démontrerait que, non, la police n’a pas tué 15 personnes lors de telle manifestation, le mobilisé n’en démordra pas, au nom du « ça pourrait être vrai, alors on peut le dire » ou du « les experts et les journalistes sont aux ordres du pouvoir et des banques ».

Ce rapport élastique à la vérité, qui est une constante du discours des populistes, se diffuse désormais à grande vitesse, y compris parmi des citoyens a priori accessibles à la raison.

Un terrain de jeu idéal pour manipuler l’opinion

Les réseaux sociaux sont aussi un terrain de jeu idéal pour les organisations ou officines qui cherchent à manipuler l’opinion. On sait aujourd’hui le rôle qu’elles ont joué dans la campagne du Brexit ou l’élection de Donald Trump. On connaît le soutien indirect apporté par la Russie à des candidats pendant la campagne présidentielle de 2017 en France.

On en saura sans doute plus d’ici quelques semaines sur le rôle des réseaux antirépublicains d’extrême gauche ou droite, royalistes, anarchistes ou ultra-catholiques, dans la mobilisation des « gilets jaunes » (ce qui n’implique pas, bien entendu, qu’ils souscrivent à leurs idées).

Il ne serait guère surprenant d’apprendre que des pays qui voient d’un mauvais œil l’existence d’un pays stable et progressiste comme la France – et d’un ensemble pacifique comme l’Union – se sont mobilisés sur le sujet aussi, pour favoriser la diffusion des revendications des « gilets jaunes » et soutenir leur mobilisation.

Effets de contamination et de surenchère

Les réseaux sociaux, comme certains médias à leur remorque, favorisent aussi les effets de contamination et la surenchère : les « gilets jaunes » protestent contre la hausse du gazole et obtiennent un moratoire ? Qu’à cela ne tienne, lançons-nous (lycéens, étudiants, agriculteurs, ambulanciers…) dans la bataille pour obtenir nous aussi la prise en compte de nos revendications, ou du moins éviter d’être les victimes collatérales des concessions obtenues par les autres – car chacun sait qu’il faut que quelqu’un paie.

Des
          \"gilets jaunes\" mobilisés à Toulouse, le 1er
          décembre 2018.

Les partis d’opposition et les syndicats sont déconcertés par un mouvement qui leur échappe ? A défaut de pouvoir en prendre le contrôle, mobilisons nos troupes pour surfer sur la vague du mécontentement et profiter de la faiblesse d’un gouvernement aux abois.

La logique d’argumentation qui domine les réseaux sociaux, et les médias d’information continue à travers ces plateaux où des chroniqueurs viennent mesurer leur capacité respective d’outrance et de démagogie, conduit à un relativisme du savoir et de la compétence qu’on a vu poindre aux États-Unis dès les années 1990. Les experts ne savent rien. Les (bons) journalistes sont des menteurs. Les élus des voleurs. Les ministres des incompétents…

On reconnaît, pour un temps encore, la compétence de l’électricien, du pilote d’avion ou du chirurgien (personne ne souhaitant qu’un citoyen lambda s’occupe de son installation électrique, prenne les commandes de l’Airbus où il est installé ou l’opère du genou), mais le haut fonctionnaire est un sot, le professeur un farfelu, le parlementaire un imposteur.

On méprise tout autant l’engagement associatif, partisan, syndical, et l’on nie la compétence et la légitimité de ceux qui donnent de leur temps, toute l’année durant, pour faire avancer des idées et des causes, et savent comment mener une mobilisation et une négociation.

Aujourd’hui, celui qui crie le plus fort aura le dessus, quelles que soient ses revendications.Olivier Costa, directeur de recherche au CNRS

L’idée est que, puisque tous les responsables et élus sont réputés avoir échoué à régler les problèmes (réels ou fantasmés) de la France, Jacline Mouraud ou n’importe quel porteur de « gilet jaune » ne peut pas faire pire. Ils sont le peuple.

Face à tout cela, que pèsent la raison et l’argumentation ? Rien, ou si peu.

Le gouvernement a commencé à faire des concessions aux « gilets jaunes », mais les agriculteurs et les routiers, qui vont subir par ricochet les conséquences de ces décisions, se mobilisent à leur tour. Les lycéens et les étudiants en profitent pour lancer leur révolution quinquennale, avec une certaine fascination pour les méthodes extrêmes de certains « gilets jaunes ».

Le chacun pour soi, plutôt que l’intérêt général

Comment gérer une société dans laquelle chacun veut plus sans se soucier du fait que toute dépense publique doit être financée et que toute décision a des conséquences négatives ? Une société dans laquelle le sens de l’intérêt général a cédé la place au chacun pour soi ? Une société où l’on ne se soucie plus de la cohérence des discours et des revendications ? Une société où les citoyens s’en remettent au premier vendeur d’huile de serpent venu ?

L’optimiste pensera que les apprentis révolutionnaires vont tôt ou tard être confrontés à la réalité, aux difficultés bien concrètes de l’art de gouverner et de faire des arbitrages. Mais c’est oublier que, dans un système où priment émotions, impressions et semi-vérités, il est facile de renvoyer la responsabilité de ses échecs sur d’autres.Olivier Costa, directeur de recherche au CNRS

Observons les populistes de tout poil partout dans le monde : leur impuissance est toujours imputée aux technocrates qui les empêchent de mettre en œuvre leur programme, aux journalistes qui déforment la réalité, ou à des groupes précis de la population qui nuisent aux intérêts du peuple (Mexicains, Polonais, réfugiés ou banquiers, peu importe).

Il faut garder à l’esprit qu’un nombre croissant de citoyens, en France comme ailleurs, pensent qu’il existe des systèmes politiques préférables à la démocratie (on ne dit jamais lesquels) et sont fascinés par les leaders autoritaires ou populistes. Les responsables qui persistent à attiser le conflit ont tort d’estimer que la démocratie est un acquis définitif et qu’ils seront capables de ramasser la mise électorale au terme de la crise. Les premiers sondages montrent qu’ils n’en tirent aucun profit. Ils ne font que le jeu des groupuscules antirépublicains qui ont compris très tôt le parti qu’ils pouvait tirer de ce mouvement social.


Gilets jaunes et peste brune

Le texte suivant provient du blog  du journaliste Philippe Dutilleul.

Dans l’histoire syndicale, on qualifie de jaunes des éléments qui s’opposent à un mouvement de grève, le cassent parfois violemment, prennent partie pour les patrons contre les ouvriers et les employés. Aujourd’hui, les syndicats, que ce soit en Belgique ou en France, restent les interlocuteurs du patronat et des gouvernements en place mais ont perdu de leur influence pour s’être embourgeoisés et institutionnalisés. Ils font partie du système en place, se sont enrichis grâce aux cotisations de leurs membres et ne sortent qu’à l’occasion de manifestations bien encadrées pour crier la colère de leurs affiliés contre des mesures gouvernementales jugées anti-sociales et réclamer des hausses de salaires ou d’allocations sociales. Ils ne constituent plus depuis longtemps un contre-pouvoir crédible au capitalisme triomphant et au libéralisme débridé.

Cette faiblesse de la représentation syndicale se double d’un discrédit profond de la classe politique traditionnelle. Cette crise profonde est un peu occultée en Belgique où la « particratie » omnipotente tient encore solidement les rênes du pouvoir grâce à une politique clientéliste multiforme qui ruine les finances publiques, affaiblit la marge de manoeuvre des pouvoirs publics et n’empêche nullement la pauvreté, l’insécurité, le manque de civisme, les atteintes à l’environnement, la corruption, de s’étendre. La scène politique est devenue un spectacle médiocre d’où ressort l’arrogance et l’impunité des élus et des gouvernants. Quoiqu’ils fassent ou presque, ils sont et seront réélus. Seule la justice, à qui l’on coupe sans cesse et pour cause des moyens financiers, contrecarre encore des despotes éclairés et cupides mais à dose trop homéopathique. Il n’existe pas de véritable alternance en Belgique sinon de voir un jour ce pays disparaître ou se diluer plus encore lors des prochaines législatives.

En France, la situation est différente car le mode de scrutin et l’esprit frondeur/râleur de beaucoup de ses habitants donnent une vue biaisée des rapports de force et de l’état de l’opinion publique. Celle-ci est chroniquement de mauvaise humeur, riches comme pauvres, et renvoie à leurs chères études depuis une trentaine d’années les gouvernants qui se succèdent lors des scrutins présidentiels et législatifs.

Avec la Belgique, la France est le pays le plus taxé au monde. L’un et l’autre possèdent un mille-feuilles administratif qui, à chacun des (trop) nombreux niveaux de pouvoir, produit des fonctionnaires, des obligés de toute nature et bien sûr un nombre pléthorique de mandataires politiques. Cela forme un ensemble disparate, compliqué à démêler, à gérer, une bureaucratie tatillonne, parfois inutile, coûteuse, qui ralentit la résolution des problèmes et le dynamisme économique. Mais reconnaissons à la France, une Sécurité sociale extrêmement généreuse envers les patients et des aides sociales appréciables qui sont considérées par tous, y compris les gens aisés, comme des droits acquis.

Il n’est pas étonnant dès lors que le taux d’imposition y soit élevé. Cependant, pour être toléré,  il doit être juste et proportionnel aux revenus de chacun. Là se situe le problème actuel et le sentiment très partagé dans l’opinion publique que l’injustice règne à tous les niveaux de pouvoir et que la pression fiscale devient intolérable pour de nombreuses familles aux revenus modestes. Autrefois, cette justice sociale était l’apanage, le moteur des revendications de la gauche politique et au pouvoir celle-ci tentait de mieux répartir les richesses produites parmi la population. Ce temps est aujourd’hui révolu. La gauche n’est jamais parvenue en France (et ailleurs) à trouver un juste équilibre dans la répartition des richesses sans nuire à l’économie et la production de richesses.

J’avais parié dans une précédente chronique sur l’intelligence (politique) du Président Macron qui avait su concilier droite, gauche et écologistes modérés dans un programme de profondes réformes économiques et sociales dont la France a un urgent besoin pour rester compétitive et garder son rang de puissance mondiale.  Tout en préservant la paix sociale par des mesures adéquates. De (légères) ponctions dans les retraites ainsi que la fin de l’impôt sur les grosses fortunes (ISF) ont provoqué un vif mécontentement populaire qui s’est accentué avec l’augmentation de certaines taxes sur des produits de première nécessité (essence, gaz, électricité, etc.). Qui a enclenché le mouvement des gilets jaunes né spontanément et anarchiquement sur les réseaux sociaux avec rapidement une kyrielle de revendications de nature poujadiste et populiste, parfois contradictoires.

D’où je suis, je mesure mal l’ampleur du mal et de la révolte. Il vient de loin et touche dans les petites villes beaucoup de gens, ceux sur les barricades et aussi de nombreux autres qui restent dans l’ombre. La classe politique traditionnelle est tétanisée et l’opposition ne propose qu’un retour en arrière (j’invite à relire ma précédente chronique « Bonnets d’âne »), qu’une reddition en rase campagne du gouvernement Philippe. Il en ressort l’impression dominante que la France est devenue un pays ingouvernable et irréformable. Schizophrénie collective ? Peut-être. Je pense que ce mouvement est sur le fonds une jacquerie d’enfants gâtés, individualistes qui ne mesurent pas la chance qu’ils ont de vivre dans un pays démocratique même s’il est imparfait, même si des erreurs d’appréciation ont été commises par l’actuel locataire de l’Elysée, cible de tous les sarcasmes et injures. Les cadeaux fiscaux accordés aux plus fortunés, décidés en début de quinquennat, sont choquants et aléatoires en terme de résultats.

Plus encore, je suis inquiet par les informations qui remontent des actions sur le terrain  et parviennent aux citoyens via les médias télévisés (qui, j’insiste, jettent de l’huile sur le feu). Le blocage de routes, de centres commerciaux, de dépôts d’essence, la démolition de radars, les menaces de mort, la prise à partie parfois violente de parlementaires de la majorité et bien sûr les lamentables émeutes parisiennes (et pas qu’à Paris) sont autant de faits (pour ceux qui sont connus) qui me font frémir et me laissent penser que la démocratie est en danger.

Car qui ne veut voir dans ce mouvement qu’une juste lutte pour des droits sociaux est aveugle. La violence ne profite qu’aux extrêmes et ceux-ci peaufinent leur stratégie pour arriver au pouvoir et s’y maintenir coûte que coûte. L’Italie s’est dotée d’un gouvernement mortifère. La France risque de suivre le même chemin si la raison, le dialogue et plus encore l’intelligence et le courage politiques ne l’emportent pas, tous horizons confondus. A défaut, on se dirige vers le chaos, une dictature qui ne dira pas son nom et cette tendance gagnera l’Europe qu’on pensait à l’abri de tels scénarios après la barbarie nazie. L’entrée des fascistes espagnols nouvelle version au Parlement régional d’Andalousie en est une preuve supplémentaire. Il faut un sursaut radical de la classe politique et des forces démocratiques. N’est-il pas déjà trop tard ? L’issue de l’actuel conflit en France sera une indication déterminante.

p.s. : lors de mes séjours récents en Italie, avant les élections, trois sujets revenaient toujours dans les discussions : trop de taxes, trop d’immigrés, classe politique corrompue… On connaît la suite…

Publié il y a 3 days ago par Dutilleul Philippe

Le beau cadeau de Noël de la N-VA

Par Jules Gheude

En refusant d’approuver le pacte migratoire de l’ONU, la N-VA offre un bien beau cadeau de Noël à Charles Michel : la chute du gouvernement.

Le core business de la N-VA

L’immigration/sécurité est, comme on le sait, l’un des « core business » des nationalistes flamands. Des élections anticipées ne pourraient, dès lors, que leur profiter. Théo Francken jouit au Nord d’une incontestable popularité. La stratégie de Bart De Wever est bien connue : démontrer que la dichotomie de plus en plus prononcée entre la Flandre et la Wallonie rend la Belgique invivable. Tel était d’ailleurs le constat auquel étaient parvenus les deux élus désignés en 2011 par la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française pour analyser la situation intérieure du Royaume. Si les résultats du dernier scrutin communal/provincial devaient se confirmer lors des élections législatives, on imagine aisément l’impasse à laquelle pourraient aboutir les négociations pour la formation d’un nouveau gouvernement. Bart De Wever saisirait alors l’occasion pour mettre sur la table le dossier épineux du confédéralisme.

Le confédéralisme, porte ouverte au séparatisme

Une vieille histoire, en fait. Au début des années 90, l’idée confédérale avait été lancée par Luc Van den Brande, alors ministre-président flamand (CVP), lequel avait déclaré : Mes collègues de l’exécutif flamands, socialistes compris, se rallient à mes déclarations sur le confédéralisme. Le Parlement flamand se prononça d’ailleurs dans ce sens en 1999. Voilà donc 25 ans que, pour la Flandre, la page fédérale est tournée.

Du côté francophone, les présidents de parti sont bien déterminés à empêcher une telle évolution, qui ferait de la Belgique une coquille vide et la rendrait rapidement superflue.

Mais l’expérience nous a aussi montré que les « demandeurs de rien » avaient toujours fini par ployer et que leurs engagements ne valaient pas tripette.

Engagements francophones non tenus

Petit rappel. En 1988, le PS laisse tomberJosé Happart et la cause fouronnaise. En 2001, pour sortir la Communauté française du gouffre financier, on accepte la surreprésentation de la minorité flamande à Bruxelles et la régionalisation de la loi communale, offrant ainsi à la Flandre la possibilité de mettre au pas les francophones de la périphérie. En 2011, les allocations familiales sont scindées (« Madame Non » avait pourtant toujours clamé qu’il n’en serait pas question) et Bruxelles-Hal-Vilvorde est également scindé… sans extension territoriale de Bruxelles ! En 2014, Charles Michel rompt sa promesse de ne jamais gouverner avec la N-VA.

Pour justifier leurs reniements, les responsables francophones expliquent que leur souci était de « sauver la Belgique ». En réalité, personne n’est dupe : seul l’attrait dupouvoir a prévalu.

Quel avenir wallon ?

Qu’en sera-t-il demain ? Deux scénarios sont envisageables. Soit le confédéralisme est adopté, soit la Belgique s’avère ingouvernable et disparaît.

Dans un cas comme dans l’autre, la Wallonie va se retrouver livrée à elle-même, dans une situation budgétaire intenable. Le confédéralisme met, en effet, en place deux Etats – Flandre et Wallonie – responsables financièrement de leurs choix respectifs. La suppression des transferts financiers en provenance de la Flandre – quelque 7 milliards d’euros – est d’ores et déjà programmée sur dix ans. 

Qu’elles soient anticipées ou non, les prochaines élections législatives s’avèreront déterminantes pour la capacité dela Belgique à survivre. En fait, le contexte est celui qu’avait décrit feu Lucien Outers, l’un des pères du FDF, dans cette « Lettre ouverte » qu’il avait adressée au roi Baudouin dans les années 80 : s’il ne s’établit pas une confédération où l’essentiel des pouvoirs seraient laissés à chacun, (…) la Flandre finira par s’émanciper sans demander l’avis de personne et les Wallons peu sûrs d’eux-mêmes se tourneront un jour vers la France pour négocier avec elle, pour leur région, un statut particulier qui la fera participer progressivement et toujours davantage à la vie d’un pays dont ils se sentent si proches. (…) Bruxelles cherchera peut-être dans sa vocation européenne une solution d’avenir.

Cette dernière phrase est importante, car elle confirme le résultat des sondages qui ont été effectués depuis auprès des Bruxellois et qui mettent à mal le scénario d’une Belgique résiduelle – le fameux WalloBrux -, souhaité, lui, par une majorité des Wallons.

Une chose est en tout cas indéniable et François Perin l’avait écrit dès 1981 : s’ils se retrouvent bêtement belges tout seuls, les Wallons seront contraints à une discipline dont ils n’ont aucune idée. Il n’y aura alors pas trente-six solutions pour leurgarantir un avenir prospère…

Quoi, la France ? Dans l’état où elle se trouve aujourd’hui ?

La crise sociale que l’Hexagone traverse en ce moment finira par trouver une solution. La République française n’est nullement menacée de disparition. Elle constitue, en tout cas, notre matrice linguistico-culturelle et participe pleinement aux affaires importantes du monde.

Nous avons connu la grande grève del’hiver 60-61, contre la « loi unique » du gouvernement Eyskens. Une loi qui prévoyait une augmentation d’impôts, des économies portant notamment sur la sécurité sociale et les allocations de chômage, et des modifications – au régime des pensions, par exemple – dans la fonction publique. La gare des Guillemins fut saccagée, les hauts-fourneaux fermés. Ici aussi, le climat était insurrectionnel. Et pour quel résultat final ? Pour voir, comme l’a constaté le syndicaliste André Renard lui-même, le PS revenir au pouvoir et appliquer à la sauvette cette même loi unique.

La vérité, feu Robert Fabre, qui fut président des Radicaux de gauche en France, l’a bien cernée dans son livre « Toute vérité est bonne à dire » : Que de ruses, que de détours, que d’habiletés maladroites – et nous pourrions ajouter : quelle hypocrisie – dans ce monde politique qui vise pourtant à l’essentiel, le service d’autrui, et y parvient si rarement.

Bien qu’il tienne à souligner sa profonde amitié avec Emmanuel Macron, Charles Michel, il l’a déclaré en 2011, n’entend nullement se retrouver sous la tutelle d’un préfet corse ou breton. Sans doute préfère-t-il subir celle de la N-VA !

En réalité, la fibre belgicaine des responsables francophones ne s’explique que par leur crainte de voir leurs (lucratifs !) plans de carrière remis en question avec la disparition du Royaume. Mais le jour où ils se retrouveront devant le fait accompli, on les verra tous se bousculer au portillon pour clamer leur foi indéfectible en la France éternelle. On parie ?

Nouvel espoir… ?

Un accord de principe existe entre la France et la Belgique pour remettre en service la ligne Dinant-Givet (Anaïs Stas -RTB INFO -27/11/18)
Où en sommes-où exactement ?

C’est la première fois, depuis l’abandon de l’exploitation de la ligne fin des années 80 – début des années 90, qu’il y a une volonté politique d’aboutir sur le dossier des deux côtés de la frontière.

La volonté politique est donc là mais ce n’est pas demain qu’on reverra des trains circuler. Actuellement, on en est au stade de l’étude de faisabilité.

Au niveau wallon, le dossier est porté par le Ministre-Président Willy-Borsus. « Il y a eu une avancée assez significative côté belge pour mener une étude très concrète qui va permettre d’indiquer quand, comment, avec quel budget et quelles perspectives… cette ligne pourrait être rééquipée. Dès la disponibilité de cette étude, je l’espère au plus tard au printemps 2019, nous pourrons alors prendre les décisions pour réactiver concrètement les travaux et les perspectives de cette ligne. »
Quel est l’enjeu de la réouverture de cette ligne ?

Il y a évidemment l’aspect « développement durable ». D’un point de vue socio-économique, cela permettrait aussi de désenclaver la région frontalière de la botte de Givet.

Au niveau local, on pense aux patients français qui se rendent à l’hôpital de Dinant et aux commerces. A l’échelon international, la réhabilitation du tronçon manquant permettrait de relier Bruxelles et Namur à Charleville-Mézières et Reims.
Quelle ampleur est le chantier ?

Le chantier est vaste. La ligne est désaffectée depuis 25 ans. Du côté belge, il y a 20 kilomètres de voiries à réhabiliter ; 3 côté français. A voir en fonction de l’ampleur des travaux si les subsides suivront…

Un pas dans le bon sens

Un sujet concret, populaire et positif pour illustrer la coopération franco-wallonne! c’est rare !

Il y a d’autres articles sur ce sujet dans les presses régionales picardes et wallonnes…

Jacques Lenain

Liaison ferroviaire Sambre-Belgique : la pression des Hauts de France et du ministre fédéral belge de la mobilité a fini par payer

François Bellot (à dr.), ministre belge de la Mobilité, et Xavier Bertrand, président des Hauts-de-France, étaient à Maubeuge le 16 novembre.

Après un faux-départ lié à un petit souci de compatibilité entre la locomotive belge et les rails français, la toute première rame à relier Maubeuge et Namur avec des passagers à bord a effectué son trajet sans encombres, vendredi 16 novembre.

Un jour à marquer d’une pierre blanche pour tous les défenseurs du transport en train, tant cette liaison entre la France et la Wallonie était attendue depuis longtemps. Derrière, il y aura eu une forte mobilisation des élus sambriens, d’abord, mais aussi du président de la Région Hauts-de-France, Xavier Bertrand, ainsi que du ministre belge de la Mobilité, François Bellot.

« Cela fait plus de 20 ans que cette ligne n’existait plus. Il y a treize mois, lors d’une réunion en mairie de Maubeuge, j’avais promis de tout faire pour la rouvrir » a rappelé Xavier Bertrand, qui voit là une belle opportunité pour le développement économique et touristique des deux côtés de la frontière.

Ainsi, à compter du 9 décembre, il sera possible d’aller de Namur à Paris, via Charleroi, ou de Mons à Paris (et vice-versa) deux fois par jour, matin et soir en passant par la Sambre. Dans un premier temps, il sera nécessaire de changer de train côté français, à Maubeuge pour le premier itinéraire et à Aulnoye pour le second.

Bien moins cher que les lignes à grande vitesse

Les voyageurs en provenance de Charleroi ou Mons mettront respectivement 2h50 et 2h28 pour rejoindre Paris, au cours de la première phase avec correspondance. Au départ de Namur, le temps de parcours sera de 3h26.

Avec cet avantage, souligné par le ministre Bellot, que « le coût sera moitié moindre qu’avec le TGV «  . Sont annoncés des tarifs autour de 10 € pour un Aulnoye-Mons ou un Maubeuge-Charleroi, 17,50 € pour aller jusque Namur, en 2e classe et en semaine. Des tarifs avantageux sont également prévus durant le week-end et pour les jeunes de moins de 26 ans.

Voilà en tout cas de quoi donner une alternative à la voiture pour les nombreux étudiants et travailleurs sambriens…

La Wallonie avec la France en Europe et dans le monde