Eux… et nous ?

Par Jean-Luc Lefèvre

Eux et nous ? Eternelle question qui fonde le vivre-ensemble, qui justifie aussi l’engagement politique de chacune et de chacun.  Aujourd’hui en Belgique, comme ailleurs, et donc aussi en ces terres romanes depuis trop longtemps confrontées à une Flandre arrogante hier cornaquée par le C.V.P. et, plus récemment, par la N-V.A.

La N-V.A. et nous ? Nous avons choisi de militer, parmi d’autres possibles, en faveur d’une improbable Alliance Wallonie-France ; nous savons aussi cette nouvelle alliance subordonnée à la disparition des scories de la Belgique dont la fin programmée est inscrite en lettres d’or dans les statuts du parti nationaliste flamand.

Cette convergence d’intérêts suffit-elle à justifier une quelconque bienveillance à l’égard de nos ministres fédéraux N-V.A. investis de compétences régaliennes exorbitantes grâce au seul parti francophone de l’attelage gouvernemental qui n’avait pas imaginé en 2014 l’impact qui serait le leur après les attentats terroristes, après la crise migratoire et à l’heure d’enfin construire une Europe de la défense ?

Je ne le crois pas. Bien au contraire.

D’abord pour des raisons morales, même si, après l’Affaire Publifin, d’aucuns prétendent accréditer l’idée que ce qui n’est pas interdit est légal.

Je ne puis être bienveillant à l’égard de la N-V.A. parce que je refuse d’apporter une quelconque caution à son entreprise concertée de démolition, et donc d’appauvrissement, de la Wallonie. La désertification du territoire en termes de services publics, la déshérence des soins de santé de proximité, la délocalisation des centres décisionnels… en sont autant d’indicateurs. Tous ont sans doute reçu, à un moment ou à un autre, l’approbation tacite des élites francophones, mais cela n’excuse rien : l’impuissance, réelle ou non, des comparses devenus larrons et… marrons, et moins encore leur aveuglement, n’exonèrent jamais les commanditaires !

Je ne puis être bienveillant à l’égard de la N-V.A. parce que je refuse d’apporter une quelconque caution à ses provocations, aux antipodes de la paix sociale dans le pays, tant vis-à-vis des francophones, tous mauvais gestionnaires et fainéants, que des populations venues d’ailleurs pour fuir guerres et misères, ni cautionner ses contradictions performatives (dénoncer les avocats procéduriers quand on s’épuise à épuiser toutes les procédures judiciaires), et son mépris pour les valeurs qui constituent le socle de notre démocratie comme le respect du droit des minorités.

Mais aussi pour de raisons politiques.

Témoigner d’une quelconque bienveillance à l’égard de la N-V.A., c’est aussi, qu’on le veuille ou non, parier sur notre avenir à tous, et donc aussi parier, comme Pascal, sur les ambiguïtés du possible tel qu’actuellement imaginé par la N-V.A. : le divorce pur et dur, un nouveau Brexit, par fidélité au principe de plaisir, ou, plus prosaïquement, plus réalistement, le… confédéralisme ? Quel confédéralisme, d’ailleurs ? Combien de partenaires ? Connaît-on même les réponses à ces questions au sein même de la N-VA ?

Il faut admettre que les amis catalans de la N-VA font preuve d’une tout autre détermination et d’une tout autre transparence d’intentions quand ils aspirent à couper, définitivement et irrémédiablement, le cordon ombilical avec l’état espagnol et donc aussi à renoncer, à la fois, à subsidier et à sucer les autres régions du pays. Pas de schizophrénie à Barcelone !

Une chose me paraît sûre. Parier sur la N-V.A. sous prétexte d’ainsi préparer une nouvelle alliance Wallonie – France est aussi dangereux qu’illusoire.

Dangereux parce que cette stratégie conduira inévitablement, au même titre que la frilosité de nos élites, à l’affaiblissement des francophones quand ils auront été amenés à négocier, que ce soit avec la Flandre – une 7e réforme de l’état -, ou que ce soit avec la France, quand la mariée aura trop vieilli pour encore aguicher outre-Quiévrain. Car de troisième voie, il n’en existe pas!

Cette stratégie sera-t-elle la nôtre ?

Puissions-nous, en 2018, à la veille d’échéances électorales très importantes, éviter le piège dans lequel sont tombées nos élites politiques, culturelles et sportives, celui du non-dit qui fonde leur survie et que nous dénonçons légitimement !

Car le non-dit sera toujours, pour tous les citoyens francophones, une sorte de grande parade dont ils sortiront cocus.

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Nouveaux Défis !

Par Georges-Henry SIMONIS

Ô surprise : la presse nous a annoncé que le parti Défi est de plus en plus wallon (Le Soir 16.11.17) : 2.511 membres en Wallonie, et 55 sections locales. Qu’y a-t-il derrière cette mouvance ? Outre la recherche d’un parti « pas trop mouillé par les affaires de l’été », il y a encore l’image d’un parti défenseur de la francophonie, et symbole de la résistance envers les poussées régionalistes d’une Flandre qui domine la Belgique.

Dans son bulletin trimestriel de septembre 2017, le périodique francophone 4 Millions7, proche de Défi, titrait son éditorial « Wallonie-Bruxelles : ma patrie », se faisant défenseur d’une Belgique Fédérale et du maintien d’une Fédération Wallonie-Bruxelles, spécialement pour l’enseignement et la culture.

Qu’il faille maintenir une solidarité entre Bruxelles et la Wallonie est une évidence que personne ne conteste. Mais rien ne semble justifier le maintien d’une  superposition institutionnelle engendrant les nombreuses difficultés de gouvernance que l’on sait. C’est au niveau régional qu’il faut agir.

Le problème de la Région de Bruxelles est particulièrement urgent : le magazine LE VIF/L’EXPRESS du 16 novembre 2017 publiait une enquête bien documentée sur les difficultés liées à la gouvernance de cette région où les institutions se chevauchent en tous sens. Bruxelles doit devenir une Région autonome et complète, en ce compris la maîtrise de son enseignement et de ses institutions culturelles. On ne voit pas quel intérêt il pourrait y avoir à ce que des mandataires publics wallons se prononcent sur l’enseignement à Molenbeek ou à Uccle… Ou bien encore sur les limites territoriales de la région  à élargir au plus vite au-delà des 19 communes… Comme l’écrivait le VIF, Bruxelles a aussi besoin d’une représentation claire, au niveau régional et européen.

A tort, Défi continue de faire le choix du maintien d’un Etat Belge en dépit de tous les dysfonctionnements que l’on sait, et de la prépondérance de la Flandre, en ce compris ses velléités extrémistes et xénophobes.

Réunir Wallonie et Bruxelles en une sorte de front commun pour mieux résister à la Flandre est une illusion : si la Belgique compte 11,3 millions d’habitants, les 4,7 millions de francophones resteront en toute hypothèse minorisés, en ce compris les 300.000 francophones de Flandre. 

Le maintien d’un Etat belge unitaire est-il le choix des mandataires qui seraient élus sous la bannière de Défi ? On préfèrerait qu’ils fassent le choix d’un état complètement régionalisé, et s’intègrent à une Région wallonne pleinement maitresse de son destin, poursuivant activement son redressement. Contrairement à ce que pensent certains Bruxellois, les Wallons ne leur tournent pas le dos, au contraire !

Le vrai défi est l’avènement de nouveaux états, autour de Bruxelles régionalisée, et des métropoles de taille européenne que sont au sud Liège et Charleroi, et au nord  Anvers, et Gand.

Curieusement, tous les partis politiques francophones gardent un silence prudent sur l’avenir de la Belgique. Démocratiquement, on souhaiterait plutôt un débat public clair et transparent.

IL Y A DU NEUF SUR LA TABLE…

Pour la deuxième fois, les propositions viennent du Nord. Il y a quelques mois, la N.V.A, fédéraliste, lançait l’esquisse d’un plan de réforme envisageant une proposition de « Bruxelles Ville Région », qui a fait pousser des hauts cris aux partis traditionnels francophones critiquant l’hypothèse d’un choix laissé aux habitants de choisir un rattachement vers la Flandre ou la Wallonie. « La Flandre veut acheter la Wallonie », a-t-on écrit.

Aujourd’hui, c’est le SPA, et spécialement les socialistes flamands bruxellois, qui avancent quelques idées précises de réformes radicales et audacieuses pour Bruxelles (Le Soir 30.11/17) : place au concept de Ville-Région, fusion des 19 communes actuelles,  fusion des polices, un seul CPAS, un parlement régional de 69 membres (dont 13 Flamands), un gouvernement de 8 ministres (dont 3 Flamands) et, au sein de la Ville, création d’une vingtaine d’arrondissements avec chacun un président et 3 adjoints. Le nombre de représentants politiques passerait à 197 au lieu de… 958 actuellement !

Il est prévu une modification des frontières actuelles des communes pour les rendre plus homogènes et mieux adaptées au terrain (canal, ring, routes…) ; par contre, et c’est regrettable, les auteurs ne vont pas jusqu’à suggérer un élargissement de Bruxelles aux 25 communes qui la composent de facto… On peut penser que, limitée aux 19 commune actuelles, la Ville-Région deviendrait vite étriquée, d’autant que les 6 communes complémentaires sont très francophones…

A noter que, curieusement, le SPA propose que les listes électorales soient bilingues ; par ailleurs, la population flamande est surreprésentée à 30%, ce qui est excessif par rapport à la réalité.

Que retenir de ces propositions nouvelles ?

Il  se confirme une nouvelle fois l’émergence du fait régional dans l’après- Belgique, avec la métropole centrale et européenne que reste BRUXELLES au centre, et les métropoles d’une Flandre indépendante que sont ANVERS et GAND, et les deux métropoles wallonnes que sont LIEGE à l’est et CHARLEROI à l’ouest, moteurs d’une Région wallonne rénovée et tournée vers la France.

Certes, on devine les foires d’empoigne auxquelles donneront lieu les inévitables discussions et marchandages dès lors que l’on s’attaquera à des citadelles politiques ou à des chasses gardées intouchables même si elles sont inefficaces, désuètes ou dispendieuses…

Les partis politiques francophones sont attendus au tournant, avec deux écueils devant eux : la crainte  qu’ils ne se drapent encore dans un silence coupable (« Nous ne sommes demandeurs de rien »…) ou qu’ils continuent à tolérer un unitarisme plus ou moins résigné.

On se demande de plus en plus comment il se fait qu’un pays aussi riche soit aussi peu capable de grandes choses, et laisse subsister autant de situations de misère dramatiques. La pauvreté est à nos portes, et l’une de ses causes est l’incapacité des institutions pour résoudre les problèmes des gens.

Les gens, eux, et nous : on voudrait que cela ne dure plus, et qu’on avance…

Une Flandre inachevée, une Europe inachevée

Toujours à l’affût, Valmy nous envoie la communication de la N-VA suivante :

Les événements en Catalogne ont mis les questions d’autodétermination, d’autonomie régionale et de nationalisme à l’avant-plan du débat politique. L’histoire du Mouvement flamand est décrite dans Onvoltooid Vlaanderen (Une Flandre inachevée), un livre paru en néerlandais au cours du premier semestre de cette année.

Dans son essai « D’une mobilité sociale à une démocratie bloquée », le Président de la N-VA Bart De Wever dresse des parallèles entre présent et passé. Il décrit également comment le Mouvement flamand s’est transformé au fil des ans et démontre que son influence reste importante.

Sander Loones, Député au Parlement européen et Vice-Président de la N-VA : « Pour des générations entières, le blocage de leur mobilité – le fait que l’ascension sociale est entravée à cause de la langue – était le moteur le plus puissant du mouvement flamand. Aujourd’hui, il s’agit bien plus d’une démocratie bloquée : le fait qu’il existe une fracture croissante entre les structures politiques existantes et les choix démocratiques que notre communauté veut poser. »

Il y a beaucoup de malentendus concernant le régionalisme.

Sander Loones : « C’est pourquoi nous avons décidé de faire traduire cet essai. Il ne s’agit pas de revendications historiques, ou de vouloir garder notre argent pour nous, il s’agit bien plus de pouvoir décider nous-même de notre propre futur. Nous souhaitons expliquer à la communauté internationale qu’il s’agit réellement d’une question démocratique et d’avoir notre place dans le processus décisionnel. Si les institutions européennes n’arrivent pas à saisir l’opportunité des demandes d’autonomie régionale, c’est la démocratie elle-même qui en souffrira. La concurrence entre villes, régions et nations a toujours été l’un des piliers de la réussite européenne. En acceptant la concurrence et une flexibilité accrue, l’Union européenne sera plus forte dans le monde, unie dans sa diversité. »

La stratégie de la N-VA

L’article ci-dessous a été publié dans la dernière édition du Monde diplomatique, celle de novembre 2017. Il a été écrit par Paul DIRKX. Enseignant-chercheur à l’Université de Lorraine (Nancy), Paul Dirkx a notamment écrit La Concurrence ethnique. La Belgique, l’Europe et le néolibéralisme. Il s’intéresse également aux relations entre la France et la Belgique, notamment dans le champ culturel francophone.

L’autre laboratoire européen du séparatisme

En Belgique, le poker menteur comme méthode de gouvernement

Depuis qu’ils détiennent les principaux leviers du pouvoir, les nationalistes flamands ont mis en sourdine leur projet de scission de la Belgique, peu populaire dans l’opinion. Préférant parler de « confédéralisme », ils ont élaboré une nouvelle stratégie : démanteler l’État de l’intérieur en arguant de la nécessité d’économies budgétaires et semer la zizanie dans le camp francophone.

par Paul Dirkx

Le mouvement séparatiste flamand s’est toujours heurté à un obstacle majeur : comme le confirment l’ensemble des études universitaires, les Belges rejettent massivement la partition de leur pays (environ 95 % des francophones et 90 % des néerlandophones, des chiffres stables depuis 1995). Entrée au gouvernement en 2014, l’Alliance néo-flamande (Nieuw-Vlaamse Alliantie, N-VA), le principal parti nationaliste, a entrepris de contourner cet écueil.

Née en 2001 sur les cendres d’une formation autonomiste jugée trop à gauche, poussée par les nouvelles élites financières du Nord, la N-VA s’est imposée dès 2010 comme le parti le plus important du royaume. Son programme conservateur dénonce les « scléroses » du « labyrinthe » belge : au nom de l’ »efficacité », tout ce qui est encore fédéral, c’est-à-dire géré par l’État central, doit « devenir la propriété de la Flandre et de la Wallonie » (la Sécurité sociale, la justice, etc.) ou être supprimé (les allocations « non rentables », etc.).

Les élections législatives de 2014 lui donnent l’occasion d’appliquer ses recettes à l’ensemble du pays. Ce scrutin place en effet la N-VA en tête, avec 32,4 % des voix néerlandophones, soit 20,33 % des suffrages à l’échelle nationale. Arrivés en cinquième position, les libéraux francophones du Mouvement réformateur (MR) s’allient avec les indépendantistes flamands en tant qu’unique parti francophone (représentant seulement un électeur francophone sur cinq). Ils mettent alors un terme à vingt-six ans de participation du Parti socialiste (PS) au pouvoir fédéral. Avec l’appui de deux formations néerlandophones — les Libéraux et démocrates flamands (Open Vlaamse Liberalen en Democraten, Open Vld) et les Chrétiens-démocrates flamands (Christen-Democratisch en Vlaams, CD&V) —, le tandem N-VA – MR promet de « mettre le communautaire au frigo » jusqu’aux législatives de 2019, c’est-à-dire de mettre entre parenthèses les conflits d’intérêts entre représentants des Communautés francophones et néerlandophones. Tout en s’octroyant la plupart des ministères-clés, les nationalistes cèdent le poste de premier ministre au président du MR, le jeune Charles Michel. Car, pour eux, ce gouvernement est moins voué à réussir qu’à montrer que la Belgique est composée de « deux démocraties », devenant de ce fait ingouvernable. Ainsi M. Michel apparaît-il, selon la formule du principal quotidien néerlandophone, comme l’ »homme de paille de la N-VA ».

Ici comme ailleurs en Europe, les « ethnonationalistes » (volksnationalisten, en néerlandais), acquis à l’axiome « Un peuple = un État-nation », savent que tout est affaire de temps et de perception. Bénéficiant d’une fascination médiatique et considéré comme le vrai chef du gouvernement, le président de la N-VA et bourgmestre d’Anvers Bart De Wever ne manque jamais de pointer les dysfonctionnements du système fédéral, y voyant chaque fois une preuve de la nécessité d’évoluer vers le « confédéralisme » prôné par son programme.

Reprise en boucle par les commentateurs mais rarement analysée, cette notion est ressentie par nombre d’électeurs comme le gage du maintien de l’échelon belge. En réalité, tel que la N-VA le conçoit, le confédéralisme implique un séparatisme de fait : il prévoit la suppression des institutions démocratiques belges (Parlement, Sénat, etc.) et la création de deux États souverains qui se partageraient Bruxelles et organiseraient simplement une conférence diplomatique mensuelle affublée du nom de « Parlement belge » et consacrée à la cogestion de quelques dossiers. La N-VA ne cesse ainsi de jouer sur les mots, quitte à dérouter jusqu’à ses propres membres. En 2016, M. De Wever a exclu deux députés fédéraux qui avaient critiqué la « com » du parti et évoqué dans la presse une voie plus directe vers le « séparatisme ».

Plutôt que d’employer des termes devenus tabous, la formation nationaliste préfère parler de l’ »assainissement des finances publiques ». Depuis le basculement, dans les années 1960, du centre de gravité économique du pays – des industries wallonnes vieillissantes vers les nouvelles zones portuaires flamandes–, les politiques économiques ont toujours été sciemment articulées au processus de bipartition du pays. Ainsi, les mesures de rigueur de l’actuel gouvernement servent mécaniquement les desseins séparatistes : elles frappent surtout la Région wallonne, plus fragile, accentuant les tensions avec sa voisine flamande. La N-VA espère qu’à force d’économies, aussi providentielles dans le Nord que douloureuses dans le Sud, tout le monde voudra rouvrir le « frigo communautaire » : c’est ce que M. De Wever appelle « déloger les francophones de leur tanière ». Parallèlement, le parti nationaliste met à profit les postes qu’il contrôle pour démanteler de facto l’État belge. Au ministère de la sécurité et de l’intérieur, de nombreuses tâches de la police fédérale sont en voie de privatisation (sécurisation de bâtiments publics, encadrement de détenus, etc.), tandis que des départements essentiels dans la lutte contre la criminalité internationale (notamment informatique et financière) sont « décentralisés ». À la défense, alors que le budget d’investissement en matériel est revu à la hausse à la demande de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN), il est prévu de réduire les effectifs de 19,5 % et ceux de l’état-major de 32 %. Les dernières institutions culturelles et scientifiques fédérales, déjà sévèrement délabrées, sont frappées par des coupes budgétaires de 20 %. La justice enfin, laissée au CD&V, est tellement appauvrie qu’en 2016, un an après un appel à la nation de ses confrères, le plus haut magistrat du pays accusait la « logique d’économies » d’être responsable d’une « pathologie de l’ensemble du système judiciaire » mettant en danger l’État de droit, et l’État tout court.

Le chantage des nationalistes

Unique ombre au tableau : de nombreuses enquêtes montrent que, en dépit de sa gestion musclée de la crise migratoire, la N-VA risque de voir refluer une bonne part de ses électeurs vers leur parti d’origine, le rival d’extrême droite Intérêt flamand (Vlaams Belang, VB). Déterminé à « tout faire » pour conserver ces voix vitales, la N-VA se comporte en « parti de la loi et de l’ordre ». Tout en continuant de lisser sa communication pour se démarquer de la sphère séparatiste d’extrême droite – que M. De Wever et nombre de ses proches connaissent bien, pour en être issus –, le parti laisse son secrétaire d’État chargé de l’asile et des migrations, le très populaire Theo Francken, embarrasser régulièrement le premier ministre Michel en éreintant par exemple, en mars 2017, les organisations non gouvernementales (ONG) actives en Méditerranée. De même, « communautaire au frigo » oblige, le ministre de l’intérieur Jan Jambon évite désormais de dire : « Sortez les Wallons de leurs hamacs ! » – rien ne l’a toutefois retenu d’affirmer qu’ »une partie significative de la communauté musulmane dansait » après les attentats à Bruxelles en mars 2016…

Depuis longtemps, la cible principale des séparatistes est la Sécurité sociale, l’un des socles de l’État belge, que la coalition précédente, menée par le Parti socialiste (PS) de M. Elio Di Rupo, avait déjà commencé à transférer aux Régions (allocations familiales, soins de santé, etc.). Plus ses décisions (notamment une forte diminution des cotisations patronales compensée par des hausses d’impôts et de la taxe sur la valeur ajoutée) suscitent la contestation, plus l’actuel gouvernement contourne le modèle de concertation belge fondé sur le consensus entre partenaires sociaux. La fédéralisation n’ayant pas compromis l’unité des puissants syndicats du pays, la N-VA clame qu’ils sont foncièrement différents: frondeurs dans le Sud, coopératifs dans le Nord. En réalité, leurs revendications ne varient pas face au gouvernement le plus contesté de ces vingt dernières années, notamment par des manifestations qui, comme en novembre 2014 (130000 personnes), en octobre 2015 (100000 personnes) ou en mai 2016 (60000 personnes), ont toutes lieu dans la capitale. Mais la N-VA peut compter sur la plupart des médias. Stimulés par une presse internationale qui ne cesse de s’indigner de la prétendue incurie belge face au terrorisme islamiste, ces derniers rangent la contestation parmi les symptômes d’un « État failli » et multiplient les dossiers censés démontrer que « la Belgique s’effrite ».

En mars 2017, M. De Wever a annoncé qu’il mettrait le confédéralisme sur la table à l’issue du scrutin fédéral de 2019. Au cas où l’électeur rendrait alors la gauche francophone « incontournable », il a précisé qu’il n’entrerait « jamais avec elle dans un gouvernement qui n’exécute pas intégralement [son] projet institutionnel ». Dans un livre paru en mai, le leader flamand expose en détail sa stratégie : continuer de susciter un « appétit communautaire » en Belgique francophone à travers une politique de réformes intransigeante et en excluant aussi bien toute consultation populaire que toute nouvelle réforme négociée de la Constitution. Le PS de M. Di Rupo refuse ce « chantage » et rejette le confédéralisme, qui « conduira à la disparition du pays ». De concert avec son homologue néerlandophone, il dit préférer défendre la solidarité sociale entre tous les citoyens, d’autant plus qu’il est menacé sur sa gauche par le Parti du travail de Belgique (Partij van de Arbeid van België, PTB-PVDA). Revendiquant une ligne proche de Podemos en Espagne ou de La France insoumise, cette formation bilingue et probelge s’oppose au communautarisme flamand-wallon, qui ne sert selon elle qu’à voiler d’encombrantes oppositions sociales telles que travailleur-patron ou riche-pauvre. Depuis quelques mois, les oracles des sondages donnent ce parti en nette progression, surtout en Région wallonne.

Vers un nouveau patriotisme ?

Ainsi, la N-VA parvient à rendre toujours moins aberrant le scénario confédéraliste en enfonçant inlassablement le clou des « deux démocraties ». Ce fut notamment le cas lorsque, en octobre 2016, les trois Parlements de Wallonie, de Bruxelles et de la Fédération Wallonie-Bruxelles, où le PS est majoritaire, ont refusé de voter la ratification de l’accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne (CETA, selon son acronyme anglais). La virulence des réactions nationalistes n’a eu d’égale que le verrouillage des médias. Certaines rédactions ont affirmé que, dans ce dossier, M. Paul Magnette, alors ministre-président socialiste de la Région wallonne, n’avait réussi qu’à « donner un visage au confédéralisme ». En tout cas, la N-VA a montré ses priorités en conspuant des entités politiques qui avaient usé d’un droit de veto inscrit dans la Constitution belge… à la demande des nationalistes flamands !

La stratégie de la N-VA commence à porter ses fruits en Belgique francophone, où, devant tant d’arrogance « flamande», décideurs et commentateurs se mettent à douter de la pertinence de la Belgique. Paradoxalement, l’attachement au pays se fait le plus entendre en Flandre. M. Kristof Calvo, le très jeune président (bilingue) du groupe écologiste au Parlement fédéral et principale figure de l’opposition, prône un nouveau patriotisme belge. Toutes les formations politiques (sauf la N-VA et VB) envisagent désormais une possible « refédéralisation » de certaines compétences.

L’état en faillite parmi les plus riches du monde

Vu le 11 juillet 2017 sur le site newsmonkey.be :

Après le New York Times, c’est au tour du Washington Post d’épingler la Belgique et son clientélisme.

La crise politique que vit le pays , et singulièrement le monde politique francophone, a largement dépassé nos frontières.

Il y a quelques semaines, c’est le New York Times qui décrivait la Belgique comme étant « l’Etat en faillite le plus riche au monde ».

Le Washington Post vient en remettre une couche et compare notre système politique à ce qui se passe en Afrique. Bref, encore un bon coup de pub pour le pays du surréalisme.

Les scandales Publifin, du Samu Social et du Kazakhgate ont dépassé nos frontières. Le 13 juin dernier, le New York Times épinglait la démission d’Yvan Mayeur et « la complexité de gouverner en Belgique ».

C’est maintenant au tour du Washington Post de s’interroger sur nos institutions et nos dirigeants, dans des propos repérés par “La Libre”.

Le journaliste se demande d’abord comment un pays de 11 millions d’habitants peut compter autant d’élus ? « La Belgique compte 11 millions d’habitants mais est gouvernée par six gouvernements et six parlements. »

Très vite, l’auteur s’attarde sur le cas particulier de Bruxelles : « Bruxelles est encore plus complexe. Elle a un gouvernement, un parlement, 19 assemblées de communes indépendantes, six zones de police distinctes et 33 sociétés de logement. Au total, avec une population d’un million d’habitants, Bruxelles compte plus de ministres, bourgmestres et conseillers communaux, que Berlin et Paris réunis. » Et encore, ils ont oublié des institutions comme la Cocof (Commission communautaire française), la Cocon (flamande) ou la Cocom (commune).

Utiliser le désordre pour mieux régner

Une telle complexité favoriserait le clientélisme du fait de la multiplication des structures et des zones d’ombre. Une complexité qui empêcherait qu’un contrôle efficace se fasse et qui profiterait à nos dirigeants.

L’auteur se base pour cela sur un ouvrage en sciences politiques qui date des années 90. Le titre de cet ouvrage est éloquent: « l’Afrique est partie : du désordre comme instrument politique ».

Oui, le Washington Post est en train de comparer notre régime politique à ce qui se faisait en Afrique. Selon les deux auteurs de l’étude, Patrick Chabal et Jean-Pascal Daloz, ces systèmes politiques complexes qui multiplient les couches de pouvoir permettaient aux leaders africains d’utiliser le désordre pour mieux régner. Ces « grands hommes » étaient capables de s’attacher leur électorat en accumulant et redistribuant les ressources, le clientélisme et les contrats.

Opportunités et clientélisme

 A nouveau, c’est le cas de Bruxelles qui est mis en avant: « Les services publics de Bruxelles sont assurés par près de 200 agences qui emploient un personnel pléthorique. Pour le public, cela crée une masse opaque dans laquelle il est très difficile de se retrouver. Mais pour les “insiders”, autrement dit les partis politiques au pouvoir, cela signifie qu’il y a un énorme réservoir de jobs à distribuer. Bruxelles est donc une excellente opportunité pour le clientélisme et pour l’enrichissement personnel. »

Bref, « dans la politique du désordre, le pouvoir donne accès à un grand réservoir de ressources qui permet de développer un large réseau de clientèle. » Ça fait mal mais c’est pourtant exactement ce qu’on est en train de vivre ici.

« J’ai mal pour la Wallonie gastronome »

Vu ce 21 novembre sur le site de RTL :

Le guide Michelin crée des tensions communautaires. Le nouveau guide sort cette semaine et 3 nouveaux restaurants décrochent leur 2e étoile… Tous situés en Flandre. 14 obtiennent leur première étoile, dont 12 situés côté flamand. Faut-il en conclure que les restaurants wallons sont moins bons ?

Apparemment, ce ne serait pas une question de qualité, mais plutôt de moyens. Il y a plus d’argent en Flandre, dit Jean-Luc Pigneur dans les colonnes de « l’Avenir » ce matin.

Il est le porte-parole du mouvement Génération W, une association qui défend le patrimoine culinaire wallon. Il explique que les Flamands vont davantage au restaurant, ce qui facilite « l’ouverture d’établissements de qualité », ajoute-t-il. (…)

« J’ai mal pour la Wallonie gastronome »

Dany Lombart, le seul candidat wallon à la dernière finale des Bocuse d’or, pousse un coup de gueule sur les réseaux sociaux. Il explique que les chefs flamands reçoivent des subsides pour mettre en valeur leur gastronomie, alors que ce n’est pas le cas en Wallonie.

« Je trouve qu’en Belgique wallonne, il y a beaucoup de talent au niveau de la gastronomie et je m’étonne et je m’inquiète pour notre métier, a-t-il expliqué ce matin sur Bel RTL. Il ne faut pas se leurrer, à l’heure actuelle, on a quand même encore besoin de ce genre de petit coup de pouce pour dire d’augmenter un peu la fréquentation du restaurant. J’ai mal pour la Wallonie gastronome ».

Pas de polémique communautaire pour le chef du restaurant le Val d’Heure a Montignies-le-Tilleul, mais juste l’envie de valoriser le patrimoine culinaire wallon. Il note sur Facebook, un certain déséquilibre. « Sortie du guide Michelin aujourd’hui, et sur pas loin de 20 restaurants titrés, 1 seul en Wallonie, à Braine-le-Château. Je pense que nos politiciens feraient bien de se réveiller, nos « compatriotes » flamands, eux, ont tout compris, en octroyant des subsides pour faire grandir La Flandre gastronomique », écrit-il.

Après l’armée et la SNCB, la poste…!

Après l’armée et la SNCB, voici la poste qui s’inscrit dans l’avant-garde d’institutions qui s’inscrivent dans une stratégie bénéluxienne d’intégration dans laquelle la Wallonie deviendra, comme je l’écrivais dans ma lettre au Président Macron, une véritable région colonisée.

Qu’attendent donc les dirigeants wallons pour activer les accords bilatéraux signés avec la France en 1999 sous l’égide de  Pierre Hazette et en 2004 sous l’égide de J-C Van Cauwenbergh ? Qu’attendent encore les dirigeants français de la SNCF et de la BANQUE POSTALE afin de prendre, aux côtés des Wallons, la place qui leur revient en Wallonie ?

Et que dire des jeunes Wallons qui voudraient embrasser une carrière militaire ? Leur avenir se situe-t-il dans une armée belge aux couleurs bénéluxiennes ou dans l’armée française ? Poser cette  question est y répondre. Et je n’envisage pas ici les énormes économies d’échelle et les retombées industrielles que représenteraient pour la Wallonie cette dernière solution !

Paul D.

Lu sur le site de la RTBF ce jeudi 16 novembre :

L’opérateur postal PostNL annonce jeudi l’ouverture de deux nouveaux dépôts, dont un à Namur, son premier en Wallonie. L’entreprise néerlandaise a vu le nombre de ses colis livrés en Belgique bondir de 30% au cours des neuf premiers mois de l’année par rapport à la même période en 2016. PostNL dispose déjà de centres de distribution à Wilrijk, Vilvorde, Sint-Niklaas, Roulers et Saint-Trond. Un autre dépôt ouvre également à Wommelgem, près d’Anvers. L’entreprise entend devenir « l’opérateur de référence pour les services logistiques dans le Benelux ». Son concurrent bpost a essayé d’acheter PostNL à trois reprises en 2016, mais la direction néerlandaise avait à chaque fois regimbé face aux avances belges.

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