La N-VA fâchée par le rapport Lecou-Kucheida

Kris Peeters n’est pas content non plus : voir l’article de Julien Vlassenbroek sur le site de la RTBF. L’information est présentée un peu différemment dans la Meuse.

Pour prendre connaissance du rapport Lecou-Kucheida : ici.

Publié dans Politique, Presse / TV | Laisser un commentaire

Jacques Lenain répond à Edouard Delruelle

Le débat sur la «Belgique française» : ce qu’en pense Jacques Lenain. Citoyen français, jeune retraité, M. Lenain était haut fonctionnaire de la République.

 1. L’article d’Edouard Delruelle, intitulé “Une Belgique française ?” est la transcription de sa chronique audio du 23 mai 2012 à la RTBF, qui traitait du récent rapport de l’Assemblée nationale française, de février dernier, sur “la situation intérieure de la Belgique”. Un rapport qui a eu quelque peine à franchir la “censure belgicaine”.

 2. Le terme “Belgique française” (utilisé par Daniel Ducarme) est un terme qui a mes faveurs. Car il permet à la fois de désigner exactement ce qu’est la Belgique “de langue et de culture française”, dans ses deux composantes, wallonne et bruxelloise, en évitant le terme stupide de Belgique “francophone” (la Reine d’Angleterre est une excellente “francophone”, ça ne définit pas son identité…). Il permet aussi de manifester de la considération pour l’héritage “belge”, y compris dans la perspective du rattachement à la France, et il traite sur un pied d’égalité la Wallonie et Bruxelles, chacune étant libre de choisir son destin, quand le moment sera venu de la séparation d’avec la Flandre. C’est pourquoi c’est le nom du site que je tiens, “www.belgique-francaise.fr” sur lequel se trouve le texte d’un essai consacré au “destin de la Belgique française”, et divers autres textes dédiés à la “question belge” et à sa “solution française”.

 3. Dans son commentaire, E. Delruelle présente une distinction qui m’est familière (et à ceux qui me connaissent), entre “assimilation” et “union-intégration”, ce second terme ayant été créé par moi, et “popularisé”, pour la première fois, aux Etats généraux de Wallonie organisés par Jules Gheude en mai 2009. Dans ma contribution écrite et le texte de mon intervention verbale à la journée organisée par “Le Cercle Condorcet de Liège” avec le professeur Jules Gazon le 02 avril 2011 sur “L’après Belgique ?”, auxquels je renvoie, j’explique notamment la distinction à faire entre union-association, union-assimilation et union-intégration. J’en viens maintenant à l’opinion de E. Delruelle.

 4. “En fait, il y a deux scénarios. Premier scénario : une pure et simple assimilation. Nos Provinces deviennent des départements avec des préfets parachutés de Paris, nos députés sont élus au scrutin majoritaire, toute notre législation change, le mariage gay est supprimé, la loi sur l’euthanasie aussi, le pacte scolaire vole en éclats, les cultes ne sont plus subsidiés, etc. Difficilement imaginable… C’est tout le socle de la société belge qui risque de s’effondrer et on verra très vite alors naitre un mouvement nationaliste belge, ce qui serait le comble.”

Ce commentaire fait valoir, à juste titre, la nécessité de ménager les intérêts de la classe politique franco-belge, et de l’ensemble des intérêts des élites franco-belges,   pour pouvoir leur faire accepter, peu à peu, une “solution française”, ce que certains réunionistes refusent encore de comprendre. Fort bien.

 5. “Autre option : une sorte d’union-intégration qui laisserait à peu près intact notre mode de fonctionnement juridique et administratif. C’est tout à fait possible dans le droit constitutionnel français qui reconnaît des statuts différenciés pour les territoires d’Outremer. C’est un héritage de l’époque où la France était un empire colonial. Mais assimiler la Wallonie à la Nouvelle-Calédonie ou à l’Ile de la Réunion, ça fait bizarre. Le risque est alors que nous ne soyons des citoyens français de seconde zone, pas vraiment intégrés, pas vraiment respectés.”

 Là, si E. Delruelle débute bien, ensuite il se trompe ou cherche à tromper ses  concitoyens franco-belges (pas “francophones”)… Un détail d’abord : si la Nouvelle-Calédonie dispose d’un statut d’autonomie (et d’autres entités territoriales françaises ultra-marines…), la Réunion, région mono-départementale, est dotée d’un statut de droit commun, identique au statut de la désormais célèbre Corrèze (Tulle), qui fait partie de la Région du Limousin. La distinction qu’il fait entre métropole et outre-mer, qui correspondrait à deux niveaux de citoyenneté, n’a donc aucune réalité… et est un peu méprisante pour mes concitoyens d’outre-mer, mais je conçois bien qu’un Belge (belgicain et européiste) peine à concevoir qu’un pays européen puisse “exister”, aujourd’hui, en dehors de la péninsule européenne… Plus globalement, il faut savoir que la Constitution française ne limite pas à l’outre-mer les statuts particuliers et la possibilité d’en créer de nouveaux. La Corse est dotée d’un tel statut particulier, et l’Alsace pourrait amorcer la création du sien bientôt (toujours après le vote référendaire d’approbation de la population concernée, pratique inconnue en Belgique). Et ces statuts particuliers sont différents les uns des autres… Un statut “francais” d’autonomie pour la Wallonie et un statut semblable (mais distinct) pour  Bruxelles seraient donc spécifiques, ce serait une reprise de leur statut “belge” actuel, sous la réserve de quelques ajustements. Dans mes écrits,  j’explique tout cela en détail.

 6. “Mais il y a une raison beaucoup plus terre à terre pour laquelle le rattachement à la France, je pense, ne se fera pas : c’est que, dans la Belgique actuelle, le personnel politique est comme un coq en pâte, avec les 7-8 Parlements et gouvernements et ministres à tous les étages. Ça fait beaucoup de postes et de places. Mais dans une France hyper-centralisée avec un seul gouvernement, un seul Parlement, que deviendrait tout ce petit monde ? Combien de nos 20 ministres francophones auraient une chance de se retrouver aujourd’hui dans un gouvernement de François Hollande ou de Nicolas Sarkozy ? Deux ou trois tout au plus. Les autres n’ayant pas le niveau, tout simplement. C’est, à mon avis, le plus gros obstacle au rattachement à la France.”

 E. Delruelle pointe là un problème réel, mais lui donne trop d’importance. Tout d’abord, dans mon schéma d’union-intégration (dit aussi “intégration-autonomie”), tous les “postes” locaux (régionaux notamment, mais pas les postes “communautaires”) sont maintenus (donc un Parlement et un Gouvernement wallon identique à aujourd’hui, et de même pour Bruxelles), avec leur statut de “coq en pâte”.  Ensuite, sachant que la République compte 920 Députés et Sénateurs, une simple règle de trois (environ 4,5 millions de Franco-Belges pour 66 millions de Français) permet de voir que la Wallonie et Bruxelles auraient le bénéfice de plus de soixante sièges : la perte ne serait pas trop grande, en nombre, pour ce type de poste (au regard de l’effectif actuel des Franco-Belges au Parlement belge), et le standing ne serait pas moindre… Reste la question des postes ministériels “nationaux”. Un ou deux, certes, et pas plus, pour des politiciens franco-belges au Gouvernement français, c’est exact (et leur niveau n’est pas en cause). Mais quand les politiciens wallons de premier plan seront confrontés, après l’effondrement des transferts financiers inter-régionaux, à l’alternative de devoir  imposer une baisse drastique de niveau de vie aux Wallons ou de pouvoir l’éviter en adoptant la “solution française” (voir l’analyse du Professeur Gazon sur le site de l’A.W.F.), ce petit “handicap” ne pèsera pas lourd (et d’autant moins lourd que nos éminences garderont “tout le reste”). Et quand Bruxelles sera  encerclé par le nouvel Etat flamand hostile, les politiciens bruxellois penseront de même.

 7. “D’ailleurs, un des parlementaires français notait comme une preuve qu’il n’y a pas de volonté de scission du pays le fait que “les responsables politiques du nord et du sud ont l’air de bien s’entendre sur le plan personnel”. On ne saurait mieux dire que les politiques francophones préféreront sans doute longtemps s’arranger avec les nationalistes flamands plutôt que de se fondre dans le moule rigide de l’Etat  français.”

 Non justement, ça ne pourra plus durer bien longtemps, parce que les nationalistes flamands ne le veulent pas… En 2011, on est passé assez près de la “fin”, et un sursis a été obtenu au prix du sacrifice des intérêts des Franco-Belges péri-bruxellois et d’une étape de plus dans le démembrement de la structure fédérale (défavorable à la  Wallonie). La prochaine fois sera la bonne (une fois que la fiscalité aura été “régionalisée” et les transferts “épuisés”), comme l’ont compris nos rapporteurs “français”. Mais, diplomatie française et souveraineté belge obligent, ils ne pouvaient  aller plus loin et donc en dire plus… Il s’agissait d’un “rapport d’information”, rien d’autre.

 8. Il y a 153 ans, les Savoyards et les Niçois, populations et élites confondues, dirigés de Turin, et qui s’en trouvaient bien, n’imaginaient pas et ne voulaient pas devenir “français” (pourtant ce qu’ils étaient déjà, tout en voulant l’ignorer, comme la plupart des Franco-Belges de nos jours). Deux ans plus tard, en 1860, ils le devenaient, “français”, avec leur assentiment, et sans coup férir… puisqu’ils le sont toujours.

                                                                                               Jacques Lenain

Publié dans Editorial, Vu de France | 2 Commentaires

Un peu de vérité… cela fait du bien !

Un instant de vérité qui me semble coller parfaitement à ce que sont une majorité de nos voisins flamands. Indépendantistes, les Flamands ? Non, tout au plus autonomistes. Ils ne veulent même pas la fin de la Belgique, quoique… Ils pourraient se fâcher en 2014 si nous n’acceptons pas leurs nouvelles exigences en matière de confédéralisme. Mais avant tout, ils veulent vivre à la flamande, chez eux, avec un gouvernement flamand bien ancré à droite. Ils veulent la même chose pour Bruxelles, leur capitale. Quant aux Wallons, qui sont minoritaires, ils doivent se plier aux volontés de la majorité. Point barre… C’est simple, non ?

Grosso modo, ils aiment Di Rupo, homme souriant qui fait de gros efforts pour apprendre leur langue, qui va se promener chez eux, serre des mains, caresse les joues des enfants mais ils n’apprécient pas du tout le gouvernement papillon  dirigé par un socialiste, alors qu’eux, Flamands, ont massivement voté à droite. Il faut les comprendre : où est la démocratie dans tout cela ? Alors, ils votent N-VA ou Vlaams Belang (52 % pour ces deux partis selon les derniers sondages) pour bien marquer leur caractère flamand car chez ces gens-là, mesdames et messieurs les Wallons et Bruxellois, on sait ce que l’on veut. Le Flamand est obstiné, coriace, dur au labeur, mais fier aussi. Il a le sens des combats menés par sa Communauté et son éducation a cultivé chez lui le souvenir des moments pénibles de son histoire. Ecoutez-le parler de la guerre 14-18, de ses pauvres soldats flamands qui sont morts parce qu’ils ne comprenaient pas les ordres qu’on leur donnait en français… Je sais, ceci est un mythe, mais allez leur dire et vous verrez leur réaction… !

Côté Wallon et Bruxellois de langue française, on veut que le Flamand soit belge. On veut faire le bonheur du Flamand contre son gré au sein d’une Belgique où tout le monde serait bilingue (?) et solidaire, où tous les Belges seraient appelés à voter pour des candidats réunis en une circonscription nationale. Les médias (radios, télévisions, presse écrite) mais aussi notre éducation nous incitent à affirmer haut et clair que nous sommes et seront éternellement belges. Ils entretiennent largement, à de trop rares exceptions, dont “Le Vif/L’Express”, la politique de l’autruche et la naïveté.

Le choix que l’on devrait présenter au Wallon et au Bruxellois me paraît simple pourtant : ou nous acceptons de vivre “à la flamande”, ou nous décidons d’enfin dessiner les contours de l’ “Après-Belgique”. Ce qui manque le plus à la Wallonie est la construction d’un projet de société qui tienne la route sur les plans sociaux, économiques et environnementaux, ce qui postule de tisser des liens étroits avec la France : cela s’appelle l’union-intégration de la Wallonie dans la République.

Paul Durieux

L’opinion de Pascal De Sutter, dans le Vif/L’Express, m’a paru terriblement vraie. En voici le texte. 

Des sondages créditent la N-VA de près de 40 % des intentions de vote en Flandre. Si l’on ajoute les 12 % du Vlaams Belang, cela signifie que la moitié des Flamands veulent voter pour des partis ouvertement hostiles aux efforts unitaristes du gouvernement belge. Est-ce vraiment une surprise ?

Cela fait un demi-siècle que j’entends les francophones dire que ce sont tous ces politiciens “extrémistes” qui sèment la zizanie entre Belges qui ne demandent qu’à vivre ensemble. A force de répéter ce mantra on avait fini par oublier que nous vivons en démocratie. Et que c’est le peuple qui choisit ses élites.

Je me souviens d’une conversation privée avec une collègue flamande de l’Universiteit Antwerpen qui s’intéresse comme moi à la psychologie politique. Je lui disais (en anglais et en boutade – je suis trilingue !) : “Pour toi, c’est facile de donner des conseils psychologiques aux hommes politiques flamands. Il te suffit de leur suggérer de dire du mal des francophones pour faire augmenter leur score électoral !” Elle sourit à ma petite provocation et ne protesta pas le moins du monde. Car elle avait compris depuis longtemps que ce n’est pas Bart De Wever qui a créé le phénomène du nationalisme flamand. C’est le peuple flamand qui a créé le phénomène Bart De Wever. Les francophones bien-pensants me rétorqueront : “Non, ce n’est pas le peuple flamand, ce n’est qu’une minorité”. Or les sondages montrent que l’insubmersible Titanic du “prêt-à-penser-naïf” francophone prend de plus en plus l’eau.

Faut-il en conclure que les Flamands (enfin 50 % d’entre eux) sont devenus des affreux nationalistes, voire des fascistes en devenir ! Certainement pas. Cependant, comme les Catalans ou les Québécois, ils possèdent une identité culturelle forte. C’est leur droit et leur fierté. Les Flamands, à l’image d’autres peuples de la terre, expriment simplement leur souhait de vivre entre Flamands à la façon flamande. Dans une forme d’homogénéité linguistique et culturelle à contre-courant du multiculturalisme ambiant. Par ailleurs, des études scientifiques montrent que les Flamands – y compris ceux qui votent N-VA – aiment les vacances en Wallonie et ne souhaitent pas la scission du pays. Est-ce contradictoire ?

Ceux qui fréquentent les conciliabules des dirigeants flamands savent très bien que la menace de la scission sert essentiellement d’arme de terreur psychologique destinée aux francophones. Et cela marche extraordinairement bien ! Car la peur de perdre la Belgique est l’émotion dominante chez les francophones et leurs élus. Ils sont terrorisés à l’idée de sombrer dans la misère noire sans l’argent des Flamands. Ils sont angoissés, en cas d’autonomie de Bruxelles et de la Wallonie, de devoir se comporter de façon autonome, digne et émancipée.

Or je suis intimement convaincu que les Flamands ne veulent pas réduire leur territoire à la seule Flandre. Ils souhaitent simplement que les Bruxellois acceptent de vivre “à la flamande” dans la capitale de la Flandre. Et que les Wallons minoritaires acceptent aussi de vivre “à la flamande” dans une Belgique démographiquement, politiquement et économiquement dominée par la Flandre. D’ailleurs, les Flamands ont déjà conquis pratiquement tous les postes clés, prestigieux et rémunérateurs de la Belgique fédérale. Tout serait plus simple et les problèmes communautaires disparaîtraient si les francophones acceptaient une fois pour toutes la réalité d’une Belgique flamande (Vlaams België) où il faut apprendre à vivre “à la flamande”.

Une métaphore peut illustrer mon analyse politico-psychologique : si un membre d’un couple n’est plus heureux de la vie commune. S’il ne veut plus partager les dépenses, s’il ne supporte plus la langue de l’autre dans sa chambre, s’il trace une frontière dans la maison et s’il menace de divorcer. Quelles options restent à l’autre ? Soit prendre la menace de divorce au mot. Et entamer la procédure pour prendre son autonomie en main. C’est ce qu’ont fait les Slovaques. Soit sauver le couple à n’importe quel prix. Il faut alors accepter de se soumettre aux desiderata de l’autre. C’est le choix des Bruxellois et des Wallons qui votent massivement pour les partis «unitaristes». Il serait vraiment injuste de ne pas l’assumer et de le reprocher aux Flamands. Mais rien ne vous oblige à penser comme moi…

Pascal De Sutter, psychologue politique, dans “Le Vif-L’Express” (lien).

Publié dans Editorial, Presse / TV | 1 Commentaire

Wallons-Flamands : le couple raté

Ce titre est celui qui fait la couverture du Vif/L’Express aujourd’hui. Rendons hommage à ce magazine d’information pour la constance avec laquelle il invite ses lecteurs à raisonner leur attachement à la Belgique. A ouvrir les yeux. A penser librement leur avenir.

L’éditorial de Christine Laurent, intitulé Divorce à la belge, est à lire ici.

Publié dans Presse / TV | Laisser un commentaire

“Le Monde” découvre à son tour le rapport Lecou-Kucheida

Le rapport français sur la situation politique belge continue à faire parler de lui. Ce vendredi 25 mai, c’est Jean-Pierre Stroobants, correspondant du quotidien “Le Monde” à Bruxelles, qui s’est emparé du sujet.

C’est un rapport de l’Assemblée nationale passé inaperçu en France mais qui fait du bruit au royaume d’Albert II.

Une mission de la commission des affaires étrangères s’est rendue à deux reprises en Belgique, en juillet 2011 et janvier 2012, pour «chercher à comprendre les ressorts profonds de la crise» qu’a connue le pays. Après 541 jours sans gouvernement (record mondial battu), celui-ci a trouvé une issue à la fin 2011 mais il est vraiment «passé au bord du gouffre», écrivent les rapporteurs, Robert Lecou (UMP) et Jean-Pierre Kucheida (PS) dans leur document prudemment intitulé «La Belgique en quête d’un nouvel équilibre».

Ce regard extérieur devait forcément intéresser une population qui, pour être habituée aux interrogations existentielles et aux ressentiments réciproques des Flamands et des Wallons, s’inquiète quand même des divers pronostics quant à son propre avenir. Cette mission officielle qui commençait par souligner qu’elle avancerait «en s’abstenant de toute considération sur les nombreux scénarios qui peuvent être échafaudés» n’annonçait toutefois rien de très neuf.

Erreur ! Dans ce document de 110 pages, les députés brossent non seulement un tableau complet de l’histoire complexe de «ce pays qui mérite bien plus que l’indifférence dans lequel on le tient bien souvent» mais ils formulent des constats qui font mouche.

Comme celui-ci: «Le thème de la séparation est devenu une hypothèse de travail crédible pour les acteurs de la vie politique.» Et donc plus seulement pour les observateurs.

Au total, c’est un panorama assez sombre que la mission a retiré de ses entretiens en Belgique,  «comme si Flamands et francophones n’avaient plus grand-chose à se dire», relèvent les rapporteurs, soulignant le risque de ne lire la société belge qu’au travers du prisme communautaire mais évoquant, en même temps, l’omniprésence de celui-ci.

Echec complet

Pas étonnant, dès lors, que les députés aient cherché à en savoir plus sur le parti qui menace les derniers équilibres de cet Etat fragile, l’Alliance néo-flamande (NVA) de Bart De Wever. Ils ont rencontré ce dernier et concluent que sa formation menace tant le système traditionnel des partis que le système fédéral.

M. De Wever leur a expliqué que la Belgique n’est rien d’autre que «l’addition de deux démocraties» et «un échec complet».

Les proches du président De Wever ont vu rouge en lisant dans un magazine que celui-ci avait été qualifié par le rapport d’«idéologue froid» et que sa formation avait «une composante fasciste».

La première affirmation venait, en fait, d’une conseillère de l’ex-premier ministre Yves Leterme, la seconde d’un autre membre de la commission des affaires étrangères, lors de l’examen du rapport.

Protestant contre «une méconnaissance de la réalité flamande», un sénateur de la N-VA s’est insurgé contre l’image ainsi livrée de son parti. Karl Vanlouwe a cependant fini par donner raison aux députés français. Ils ne croient plus en l’avenir belge ? «Leur analyse est correcte, ils ont raison de se montrer inquiets», a-t-il expliqué au Vif-L’Express.

Jean-Pierre Stroobants

Publié dans Presse / TV, Vu de France | Laisser un commentaire

Le débat peut commencer

Dans une chronique politique diffusée aujourd’hui sur la Première, Edouard Delruelle, philosophe, professeur à l’Université de Liège, directeur du Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme, a réagi au rapport des députés français Robert Lecou et Jean-Pierre Kucheida sur la situation politique en Belgique. Son point de vue est à lire ici.

Publié dans Exprimez-vous !, Presse / TV | 3 Commentaires

Une charte constitutionnelle pour la Flandre

Le gouvernement flamand a peaufiné son projet de charte pour la Flandre. Info principale : Le mot “nation” figure en préambule de la charte, mais le texte ne se veut pas une véritable Constitution ni une déclaration d’indépendance, selon ses rédacteurs. Fallait-il le préciser ?

Lire ici l’article du Vif/L’Express et celui du Soir.

Pour aller plus loin : l’avis de Christian Behrendt dans  L’Avenir et celui de Marcel Sel sur son blog.

Publié dans Politique, Presse / TV | 1 Commentaire

Wallonie, où vas-tu ?

Le journal Le Soir a publié hier une carte blanche de Jules Gazon (lien). Nous vous en donnons ici une version plus longue, en rappelant que Rudy Demotte a lui aussi reconnu l’urgence d’un nouveau “plan” wallon (son discours : lien).

Jules GAZON – Professeur émérite, HEC Université de Liège

Réjouissons-nous que le ministre J.C. Marcourt, appuyé par le secrétaire général de la FGTB, Th. Bodson, ait rompu dans ses dernières déclarations  avec les discours récurrents refusant d’envisager la partition du pays. Si nous décodons ses propos qui peuvent prendre une portée historique, il est temps d’oser repenser la gouvernance de la Wallonie dans le cadre de l’ « Après Belgique » sans préjuger de son avenir institutionnel. Comme les précédentes, les dernières négociations communautaires ont montré des Francophones s’accrochant à l’idée « Belgique », jouant les prolongations de concessions en concessions pour conserver l’essentiel des acquis sociaux générés par les transferts Nord/Sud tout en masquant l’hypertrophie politico-administrative francophone. Cependant l’accord gouvernemental se donne dix ans pour rompre substantiellement le lien solidaire, rupture programmée depuis longtemps par les partis flamands à l’exception du SP.A et de Groen. Par conséquent, continuer à nier la fin de la Belgique que l’on peut regretter, bien sûr, c’est choisir la stratégie du perdant qui s’engage dans un cul de sac.

L’après Belgique peut-elle réserver un destin institutionnel commun à  la Wallonie et à Bruxelles ? D’abord le lien identitaire entre Bruxellois et Wallons risque fort de  s’amenuiser, quand la Flandre aura obtenu ce qu’elle revendique et que les Bruxellois seront réticents à fournir l’effort solidaire qu’impliquera leur union avec les Wallons. Les Bruxellois ont bien compris qu’ils ne peuvent se substituer à la Flandre pour maintenir le niveau de vie wallon à situation wallonne inchangée, comme le confirment les sondages. Sur base des chiffres 2009, les besoins de financement de l’Etat wallo-bruxellois, supposé indépendant, auraient été de 13,340 Mia [i] (10,51% du PIB wallo-bruxellois), un trou dans les finances publiques d’environ 19% des dépenses publiques [ii]. D’autre part, on sait que Bruxelles sera convoitée par les Flamands qui en feront payer le prix si l’Etat wallo-bruxellois devait se constituer. Il me paraît dès lors inutile de reproduire les problèmes de la Belgique actuelle en constituant par la scission, un nouvel Etat composé de deux Régions où le lien solidaire serait  à nouveau remis en cause. L’intérêt financier de Bruxelles, 3e région de l’Union européenne (UE 27) pour le PIB/habitant à parité de pouvoir d’achat, pourrait être  l’indépendance. Sous cette hypothèse en 2009, les besoins de financement de Bruxelles auraient été de 2,942 Mia, soit 4,5 % du PIB.

On ne peut reprocher à J-C Marcourt de vouloir anticiper le problème et de s’attaquer au redressement wallon sous l’hypothèse, je l’espère, de l’après Belgique et dont le résultat influencera considérablement le champ des options institutionnelles possibles. Le travail est gigantesque, difficile, et requiert un grand courage politique eu égard à l’état catastrophique de ce que seraient les finances publiques d’une Wallonie autonome [iii]. En 2009, ses besoins de financement auraient été de 10,488 Mia, soit 13,5% de son PIB, 24% de ses dépenses publiques, une situation qui déclencherait déjà  le scénario infernal à la grecque par la montée des taux d’intérêt. Il convient d’affronter les deux causes essentielles du mal wallon : le sous-emploi endémique et l’hypertrophie politico-administrative. Ainsi, sur base des chiffres 2008, le Produit intérieur brut/habitant (PIB/H) de la Flandre par rapport à la Wallonie est de 1,37 [iv], ce qui signifie qu’en 2008, les Flamands ont produit par habitant une valeur de 37% supérieure à celle créée par les Wallons. Cette différence s’explique par la multiplication de deux facteurs [v] clefs : les rapports entre les deux Régions du taux d’emploi [vi] (1,16)  et de la productivité globale par travailleur [vii] (1,18). On constate que 1,37 est, aux ajustements statistiques près, égal à 1,16×1,18. Ce qui implique que le handicap de la Wallonie par rapport à la Flandre en termes de création de richesses ressortit à la politique de l’emploi et à sa productivité globale.

Pour le taux d’emploi, on sait que la Wallonie et Bruxelles sont lanternes rouges des régions de la zone euro. Le rapport des taux d’emploi entre Flandre et Wallonie égal à 1,16 signifie que la Flandre utilise la main d’œuvre disponible à raison de 16% supérieurs à ce que fait la Wallonie. Rappelons aussi, qu’en Wallonie, plus de 2/3 des chômeurs sont des chômeurs de longue durée qui, pour beaucoup, ont perdu toute compétence jusqu’à devenir inemployables. Ce n’est pas le chômeur qu’il faut incriminer mais le système (qui n’est pas spécifiquement wallon), d’autant plus que les enfants qui naissent dans ce milieu de non-travail sont programmés dès la naissance pour n’avoir comme horizon que la société d’assistance. Véritable déni de démocratie que maintenir un système qui engendre l’inégalité jusqu’à priver des enfants de l’accès à l’égalité des chances en raison du milieu où ils sont nés. Il faut changer de paradigme pour des raisons éthiques et économiques. Je me suis longuement exprimé sur le sujet [viii]. Malgré l’intérêt du monde scientifique, l’obstacle politique majeur à mes propositions s’explique par le refus d’admettre le principe éthique suivant : dès lors que le droit au travail est garanti par un contrat d’emploi, le devoir de travailler s’impose pour toute personne en âge de travailler et en bonne santé physique et psychique ! C’est le principal mal wallon, d’autant plus dramatique qu’il s’auto-entretient.

En ce qui concerne la productivité globale de l’emploi, le résultat de mon calcul signifie que la valeur de la richesse créée en Flandre rapportée au nombre de travailleurs est en moyenne de 18% supérieure à celle de la Wallonie. Il ne s’agit pas de stigmatiser le travailleur wallon pour une paresse apparente ou réelle. Le handicap de la Wallonie en l’espèce ressortit à de multiples facteurs, comme la spécialisation différente entre la Flandre et la Wallonie, elle-même liée au passé industriel et économique, l’intensité capitalistique de la production des biens et services, les infrastructures, l’organisation  et le management  tant de la fonction publique que de l’activité privée, la qualification des travailleurs et donc la qualité de l’enseignement et de la formation…Tous ces facteurs stimulants de la productivité sont pour la plupart inhérents à des choix politiques. Ce qu’il faut incriminer, c’est l’hypertrophie politico-administrative wallonne, comme vient de le dire le ministre A. Antoine. Vouloir s’y attaquer sans attendre et de manière spécifique à la Wallonie est l’unique voie de salut. On ne peut que se féliciter de cette prise de conscience. Mais l’objectif réclamera courage et perspicacité car ce qu’il faut dégonfler, c’est une organisation mise en place par les tenants du pouvoir qui sont souvent ceux qui en ont la responsabilité.

J.C. Marcourt ne s’est pas prononcé sur le cadre institutionnel de la Wallonie après la disparition de l’Etat belge. Si pour les raisons évoquées, on perçoit qu’un Etat wallo-bruxellois est peu probable, ce qui n’exclut pas  une étroite coopération au sein d’une agglomération,  l’indépendance wallonne ou l’autonomie wallonne dans une confédération avec rupture du lien solidaire sera-t-elle soutenable ?  Si d’ici 10 ans, à l’échéance fatidique, ou après les prochaines élections de 2014 au cas où les indépendantistes flamands auraient une majorité significative au parlement,  les besoins de financement d’une Wallonie autonome ne sont pas drastiquement réduits, la réponse est non avec certitude. L’appauvrissement de la population serait tel que le soulèvement populaire pourrait provoquer l’éclatement de la Wallonie,  d’autant plus menaçant, qu’il existe une forte disparité du PIB par habitant entre provinces wallonnes  et, d’autre part, parce qu’il n’existe pas de nation wallonne, même si une identité wallonne est en construction.

N’en déplaise aux indépendantistes wallons, dont  le souci primordial est de faire prospérer la Wallonie, la seule possibilité deviendrait une union à la France sous une forme à déterminer qui peut allier une large autonomie wallonne et le bénéfice du lien solidaire au sein de la République française, sans que le poids des finances publiques wallonnes n’influence fortement celles de la France à cause de l’effet d’échelle.  A défaut d’être le choix du cœur, ce rapprochement avec la France est un choix de raison. Et il pourrait être le choix du cœur si ces généreux wallons comprennent que l’identité wallonne connaît deux faiblesses structurelles, très substantielles. L’une d’ordre interne tient à l’espace wallon lui-même dépourvu d’une véritable capitale urbaine qui puisse prétendre au rôle de métropole reconnue par l’ensemble des Wallons. Tiraillée qu’elle est entre Liège, Charleroi,  Namur et Mons, la Wallonie est multipolaire en raison de particularismes hérités de son passé historique, politique et économique. L’autre faiblesse tient à la France : les marqueurs identitaires de la Wallonie qui pourraient en faire une nation lui sont français. La Wallonie a, comme la France, des racines gauloise, romaine et franque, racines auxquelles il faut ajouter un même référentiel des valeurs, hérité tant du siècle des lumières (liberté, égalité, laïcité) que de la religion catholique.

Mon analyse n’exclut pas la possibilité pour Bruxelles de s’unir à la France mais elle n’y serait pas obligée car, du point de vue de ses finances publiques, Bruxelles indépendante est tout à fait viable. D’autre part, outre la convoitise des Flamands, sans que cela  ne constitue un obstacle décisif, les grandes puissances européennes montreraient sans doute de la réticence à voir le siège des institutions européennes basculer en France. C’est pourquoi le « timing » du devenir de Bruxelles et de la Wallonie divergerait lors de la sécession du pays. Une raison de plus pour justifier que la Wallonie prenne son sort en main sans que celui-ci ne mette fin à une étroite collaboration entre la Wallonie et Bruxelles, et avec la Flandre d’ailleurs.


[i]  En considérant que la dette publique belge est répartie au prorata des PIB régionaux et que le taux d’intérêt est celui appliqué à la dette belge, soit 3,5%.

[ii] A défaut de disposer des statistiques, j’applique dans cet article à l’ensemble wallo-bruxellois et à l’autonomie wallonne, le ratio dépenses publiques /PIB pour la Belgique qui avoisine les 56% du PIB (voir rapport BNB 2009)

[iii] Les comptes publics d’une Wallonie autonome reprennent  l’ensemble des recettes et des dépenses publiques imputables à la Wallonie, en défédéralisant les comptes de l’Etat fédéral.

[iv] Notons que si on comparait les produits régionaux brut par habitant (la richesse créée d’une entité pendant l’année considérée par les citoyens de l’entité qu’ils travaillent ou non dans l’entité, prenant donc en compte les navetteur vers Bruxelles) le rapport serait 1,29. Mais parce que notre but est de faire ressortir les effets d’une politique, la référence doit être le produit intérieur brut (PIB) qui mesure la richesse créée dans l’entité elle-même.

[v]   Une formulation mathématique simple que les experts peuvent vérifier,  introduit un 3e facteur démographique pour lequel il n’y a pas de différence significative entre la Flandre et la Wallonie.

[vi] Le taux d’emploi est le pourcentage des personnes qui ont un contrat d’emploi à temps plein ou à temps partiel dans la tranche d’âge de 15 à 64 ans.

[vii] La productivité globale par travailleur est le rapport PIB par emploi effectif.

[viii] Le chômage, une fatalité ? Pourquoi et comment l’éradiquer. L’Harmattan, Paris, 2008

Publié dans Economie | 1 Commentaire

Analyse de la 6ème réforme de l’Etat par le professeur Behrendt

Le texte qui suit est un exposé juridique que le Professeur Behrendt a prononcé au CESRW (Conseil économique et social de la Région wallonne) lors des voeux de nouvel an de 2012.
L’analyse du professeur ne va pas jusqu’aux conclusions politiques que nous en tirons, nous, réunionistes, mais il est clair qu’elles y conduiraient si les conséquences réelles en matière économique étaient celles que le Professeur Jules Gazon a développées dans son exposé “Une Wallonie indépendante, une option insoutenable au plan des finances publiques”.
 

La 6e réforme de l’État et perspectives des institutions étatiques belges par-delà la réforme

Mesdames et Messieurs les Ministres du Gouvernement wallon,

Mesdames et Messieurs les députés du Parlement wallon,

Monsieur le Gouverneur de la Province de Liège,

Monsieur le Recteur,

Monsieur le Député provincial,

Monsieur le Président

et Mesdames et Messieurs les membres du Conseil économique et social de Wallonie,

Monsieur le Secrétaire général du Parlement wallon,

Monsieur le Secrétaire général du Conseil économique et social,

Mesdames et Messieurs les Hauts fonctionnaires,

Mesdames et Messieurs les représentants des organisations patronales et syndicales,

Mesdames et Messieurs les Membres des Cabinets ministériels,

Mesdames et Messieurs les Membres du personnel administratif du Conseil économique et

social,

 Mesdames et Messieurs en vos titres et qualités,

Permettez-moi tout d’abord, à l’entame de mon exposé, de vous présenter, moi aussi, mes meilleurs voeux pour l’année qui vient de s’ouvrir, et de vous souhaiter, tant sur le plan professionnel que privé, des moments de bonheur et de prospérité au cours des 366 jours que nous offre l’an 2012.

Du point de vue constitutionnel, cette année 2012 augurera de changements importants dans l’architecture institutionnelle de notre pays. C’est de ces changements, de leurs contours et de leur mise en oeuvre concrète que je voudrais, avec votre bienveillante autorisation, vous entretenir pendant quelques instants.

Bien entendu, et m’adressant à un public particulièrement averti, il ne s’agit pas ici de passer en revue la note institutionnelle telle qu’elle a été présentée le 11 octobre dernier par les présidents des huit partis impliquées dans les négociations1 – cette note vous est suffisamment connue – mais d’en mettre en exergue certains aspects, en les analysant de plus près.

Permettez-moi de structurer ma réflexion en trois points. Je voudrais tout d’abord évoquer brièvement la question du calendrier de la réforme, et les implications des scrutins de 2014 à son égard (I).

Je me propose ensuite d’illustrer, à l’aide d’un exemple à mon sens assez parlant, la difficulté sous-jacente dans la mise en oeuvre de certains volets de la réforme de l’État. Pour le ramasser en une phrase : Le diable se cache dans les détails, …ou comme l’aurait dit un homme politique flamand qui adore parer chacun de ses discours d’une locution latine, in minimis stat malignitas (il faut avouer que cela sonne tout de suite mieux).

Elle a depuis lors été traduit en un document parlementaire : voy. Documents parlementaires, Chambre des Représentants, 53e législature, session 2011-2012, n° 1964/016 du 22 décembre 2011.

Entendons-nous bien : la 6ème  réforme de l’État est faisable – et elle va se faire – mais il existe des difficultés assez insoupçonnées qui vont tôt ou tard surgir et qui nécessiteront une préparation exemplaire des textes légaux à soumettre au Parlement. Je vais vous en donner un exemple – vous allez voir, c’est tout à fait intéressant (II).

Enfin, après avoir consacré les deux premiers points de mon discours à la réforme de l’État telle qu’elle est en cours, je voudrais, au crépuscule de mon exposé, élargir l’horizon de la réflexion, dépasser cette réforme et projeter, notre regard plus loin dans l’avenir, en vous soumettant quelques considérations sur les perspectives d’évolution des institutions étatiques de la Belgique à moyen et long terme. Tel sera donc l’objet du troisième et dernier point (III).

Mes développements – et cela vaut pour l’intégralité de ces trois points – je les prononcerai dans l’esprit qui a, je pense, présidé à l’invitation que vous, Monsieur le Secrétaire général, avez eu l’honneur et le plaisir de me faire : à savoir de partir de l’idée que lorsqu’on invite un professeur d’université, on le fait manifestement dans l’esprit de convier un interlocuteur qui dit clairement ce qu’il pense. Je considère en effet que c’est là la caractéristique principale – et essentielle – des universités ; ce sont des institutions de liberté et de vérité, qui ont pour métier de rechercher et ensuite faire connaître ce qui est vrai. Leur seule exigence professionnelle – mais capitale celle-là – est celle de dire et d’enseigner la vérité. S’il elles ne font pas cela, elles passent à côté de leur rôle ; elles n’auraient alors, à vrai dire, plus aucune utilité sociétale.

Bien sûr, il n’y a pas qu’une seule perception possible de ce qui est la vérité, et les débats entre académiques sont – nous le savons bien – légion. Pour le dire avec l’expression consacrée, « la doctrine s’unifie dans l’ignorance et se divise dans le savoir. »

Mais ces débats entre doctrines sont bénéfiques pour la société : pourvu seulement quechaque académique, lorsqu’il prend la parole en public, devant ses étudiants ou dans des cénacles comme celui-ci, soit animé par la volonté sincère d’offrir à son public le fidèle reflet de la pensée, étayée par des éléments vérifiables et objectifs.

Voici donc, en toute indépendance, ce que je pense.

I. Le calendrier de la réforme de l’État

Dans une interview parue dans l’édition du Soir de ce vendredi, le Ministre-président dugouvernement flamand estime qu’il est impérieux de mener à terme tous les volets de la réforme de l’État pour début 2014 au plus tard2. Je le cite :

« Le pire serait que l’on ne parvienne pas d’ici [2014] à approuver tous les textes et documents qui doivent concrétiser [la réforme]. Se présenter au scrutin de 2014 sans une réforme complètement bouclée, votée au Parlement et publiée au Moniteur, ce serait aller au devant d’un tres sérieux problème. » 3

Je vous le dis sans détours : je crois que M. PEETERS a raison. Il me paraît en effet essentiel de tenir compte, dans la mise en oeuvre de la réforme de l’État, du calendrier des prochaines échéances électorales au niveau des assemblées législatives tant fédérales que fédérées, échéances qui se situent toutes deux en juin 2014. En effet, le corps électoral, lorsqu’il sera amené à s’exprimer lors de ces scrutins, doit pouvoir le faire en ayant déjà pu sentir par lui-même. les effets des mesures contenues dans l’accord institutionnel.

Autrement dit, il convient à mon sens de veiller à ce que l’intégralité des mesures décidées sera déjà d’application au moment où les électeurs seront convoquées pour exprimer leur suffrage. Tout retard quant à l’implémentation effective de la réforme de l’État au delà de la date du scrutin pourrait avoir pour conséquence de faciliter la position de tous ceux – je songe ici en particulier au paysage politique flamand – dont le dessein avoué ou implicite est de nourrir au sein de l’électorat l’impression que la réforme de l’État est soit manifestement insuffisante, soit qu’il existerait une volonté politique délibérée des francophones d’en enrayer l’application.

J’aurais donc tendance à considérer, à l’instar de Monsieur PEETERS, que la date ultime pour l’entrée en vigueur des mesures décidées lors de la Sixième réforme de l’État doit être début 2014 ; toute entrée postérieure serait susceptible d’avoir une incidence favorable sur les résultats de partis politiques dont l’objectif est à moyen terme le démantèlement même du pays.

2 Le Soir, 13 janvier 2012, pp. 2-3.

3 Idem, p. 2-3.

Le danger de récupération partisane et populiste d’une éventuel retard pris dans la mise en oeuvre effective de la réforme de l’État est, à mon sens, à prendre d’autant plus au sérieux que de récents sondages d’opinion, effectués notamment par Le Soir d’une part et La Libre Belgique de l’autre, démontrent que, côté flamand, la NVA recueille actuellement environ 35 pourcent des intentions de vote et que le Vlaams Belang est crédité de 11 pour-cent4. Au total, ces deux partis flamands (qui, comme nous le savons, sont explicitement en faveur d’une partition du pays) recueillent donc actuellement 46 pour-cent des intentions de vote au sein du corps électoral flamand.

Bien sûr, de tels sondages sont à la fois faillibles et contingents, mais on aurait tort de les négliger, et cela en raison d’un élément juridique précis.

En effet, notre législation électorale opère selon le système de la représentation proportionnelle, et plus précisément selon la méthode dite de la « clef D’HONDT ». La disposition matricielle à cet égard est l’article 167 du Code électoral. Or, la clef D’HONDT est une méthode de calcul qui, légèrement mais certainement, avantage les partis les plus forts(historiquement le PS en a tiré avantage en Wallonie, le MR à Bruxelles et le CVP en Flandre).

Pour ramasser ce phénomène arithmétique en une phrase : lorsqu’on a affaire à un grand parti, le nombre de sièges auquel il a droit est toujours arrondi vers le haut. Ce système est en tant que tel tout à fait salvateur, car il contribue à lutter contre la fragmentation du spectre politique et est un facteur de stabilisation du système démocratique. Par ailleurs, l’effet est assez marginal. Toutefois – et mon assistant Frédéric BOUHON l’a récemment démontré dans une Carte blanche5 – il existe des cas dans lesquels cet effet d’amplification peut s’avérer déterminant.

Tel est précisément le cas lorsqu’un parti ou une coalition de plusieurs partis s’approche fortement, en termes de pourcentage des suffrages, de la marque fatidique des 50 pour-cent plus une voix, c’est-à-dire de la majorité absolue, mais sans effectivement l’atteindre ; il reste donc juste en dessous de la barre. L’amplification induite par la clef D’HONDT peut alors constituer la goutte qui fait déborder le vase : il se pourra en effet qu’en termes de répartition des sièges,

4 Je prends ici les chiffres du Soir, ceux de La Libre Belgique étant encore plus élevés.

5 Le Soir, 30 décembre 2010, p. 12.

cette coalition obtienne bel et bien la majorité absolue, alors qu’elle ne l’a pas atteinte en termes de suffrages exprimés par les citoyens électeurs. On appelle cela l’effet de basculement de la clef D’HONDT.

C’est précisément cet effet de basculement qui constitue une hypothèse potentiellement dangereuse pour les différents scrutins de 2014. En effet, si l’on se base sur les chiffres fournis par les sondages que je viens de mentionner, alors on constate que tous les éléments sont réunis pour que le phénomène se produise. Car les règles de la législation électorale sont univoques : avec 46 pour-cent des suffrages au sein du corps électoral flamand, on obtient 52 pour-cent des sièges dans le groupe linguistique néerlandais de la Chambre. Des observations identiques valent pour l’élection du Parlement flamand. Plus généralement, on observera que plus le nombre de circonscriptions est grand, plus le phénomène gagne en intensité 6.

Bien entendu, tous ces sondages ne sont, je l’ai dit, que des projections volatiles, et il est possible que les intentions de vote dont bénéficient actuellement la NVA et le Vlaams Belang connaîtront un recul au cours des mois à venir. Mais ce qui est possible n’est pas pour autant certain.

Il est donc à mon sens indiqué de tout faire pour soustraire un maximum d’arguments à ces deux partis, afin de les empêcher de tirer avantage d’une mise en application trop lente de la réforme de l’État. Je plaide donc, de même que M. PEETERS, pour de la célérité en la matière, et pour une mise en oeuvre intégrale des mesures décidées au début 2014 au plus tard.

 On comprendra donc que, de ce point de vue, la réduction du nombre de circonscriptions électorales telle qu’elle a été réalisée au niveau des élections fédérales par la loi du 13 décembre 2002 a été une réforme tout à fait positive.

II. La mise en oeuvre concrète de la réforme réforme de l’État et ses

difficultés insoupçonnées : l’exemple de la défédéralisation des allocations

familiales

 

Après le calendrier, qui formait le premier point de mon exposé, je vais passer au second, qui, lui, est consacré à la matière proprement dite de la réforme et aux difficultés insoupçonnées qui peuvent surgir lorsqu’on entreprend de régler certaines questions dans le détail.

Pour parler en termes imagées, ce que je vais vous dire maintenant ressemble un peu à la célèbre phrase que l’on prête au grand peintre Sandro BOTTICELLI, qui, comme vous le savez, a notamment réalisé des fresques dans la Chapelle Sixtine au Vatican. En effet, selon la légende, BOTTICELLI, en entrant dans la Chapelle quelques années après avoir y achevé les oeuvres que le Pape 7 lui avait demandées, les aurait parcourues des yeux et se serait ensuite exclamé sur un ton dépité :

« De loin, certes, je vois des formes harmonieuses, mais en m’approchant de près, je n’aperçois plus que des petites fissures dans le plâtre. »

Cette image me semble très parlante pour évoquer la réalisation concrète, dans le détail, des différentes mesures décidées au cours de la présente réforme de l’État : même des opérations qui semblent intellectuellement simples génèrent, lorsqu’on entreprend des les effectuer sur le terrain, des difficultés inattendues.

Je vais à cet egard me borner à une seule illustration, à savoir à la défédéralisation des allocations familiales (je dois préciser que j’envisage cette thématique ici sous le seul aspect du transfert de cette matière de l’Autorité fédérale aux trois Communautés et à la COCOM –autrement dit, je laisse ici de côté la question de savoir si la Communauté française serait juridiquement en mesure de transférer à son tour l’exercice de cette nouvelle compétence à la Région wallonne à l’aide de la clause dite de la Saint-Quentin ; on aura sans doute l’occasion d’en parler plus tard, lors du débat qui aura lieu à l’issue du présent exposé)7 Il s’agit de SIXTE IV.

Mais ici je ne parle donc que d’une chose qui, après tout, a l’air assez simple : organiser le transfert, depuis l’Autorité fédérale vers les institutions communautaires du pays, de la compétence des allocations familiales. De ces institutions communautaires, il y en a quatre, à savoir les Communautés flamande, française, germanophone et la COCOM.

Intellectuellement, le transfert de compétences – et des moyens financiers correspondants –est fort simple : on recenserait l’intégralité des personnes qui bénéficient de ces allocations, on les répartirait en fonction de leur domicile légal, et on saurait laquelle des quatre autorités pré-mentionnées sera dorénavant compétente pour le versement des allocations à tel ou tel bénéficiaire. Le montant global des sommes que l’Autorité fédérale serait ainsi appelée à transférer à chacune des quatre institutions communautaires serait des lors très facile à établir. En pratique toutefois, tout cela n’est pas si simple.

En fait, l’ONAFTS (l’Office national d’allocations familiales pour travailleurs salariés) n’est pour l’heure pas encore en mesure de déterminer le montant précis qui devra être dévolu à chacune des différentes institutions communautaires lors de la communautarisation des allocations familiales.

Cela peut paraître étonnant. Il est certes exact que le montant des allocations varie en fonction de l’âge de l’enfant, mais tout de même : tout le monde pense que l’ONAFTS connaîtrait l’âge de chaque enfant en question et saurait aussi où il habite. Or, à l’aide de ces deux paramètres, le calcul pour la répartition des sommes sur les quatre institutions communautaires pourrait être rapidement fait. Donc, on se dirait a priori : où est la difficulté ?

Pourquoi ce calcul pose-t-il problème ? En fait, la difficulté provient de la circonstance que nous n’avons pas en Belgique une seule caisse d’allocations mais qu’il en existe une grande multitude. Aussi, nous avons, en la matière, non pas une organisation faîtière mais deux.

Je m’explique. Pour ce qui est des allocations dont les bénéficiaires sont des enfants de travailleurs salariés (c’est-à-dire des ouvriers, des employés ou des fonctionnaires), il existe 18 caisses distinctes, chacune parfaitement autonome des autres. Ce sont elles qui sont les véritables organismes de paiement ; ce sont elles qui versent aux bénéficiaires les montants alloués. Tout ce beau monde est chapeauté par une organisation faîtière, à savoir, précisément, l’ONAFTS.

Or, comme on dirait en anglais – this is not the end of the story, ceci n’est pas la fin de l’histoire.

En effet, l’ONAFTS est uniquement compétent à l’égard des caisses qui gèrent les allocations de trois catégories de bénéficiaires, à savoir les ouvriers, les employés et fonctionnaires publics.

Ce qui échappe en revanche à l’ONAFTS, ce sont les caisses d’allocations qui ont comme bénéficiaires les travailleurs indépendants. Ces caisses, dont il y en a 11, sont en effet chapeautées par une autre administration, à savoir l’Institut national d’assurances sociales pour travailleurs indépendants, en abrégé INASTI.

 Vous aurez fait le calcul, deux administrations faîtières, la première regroupant 18 caisses pour les travailleurs salariés, et la seconde 11 caisses pour les indépendants, cela fait au total 29 caisses distinctes, que la réforme de l’État amènera donc toutes à se doter d’une comptabilité et d’une politique de versement divisée en autant de volets qu’il y a d’institutions communautaires compétentes à leur égard (ce nombre dépendra de la localisation territoriale du domicile légal de ses affiliés ; si les affiliés d’une caisse sont domiciliés aux quatre coins du pays, elle devra dorénavant se conformer à quatre législations différentes).

À côté de ces 29 caisses dont je viens de parler, il existe cependant encore deux caisses auxiliaires, l’une pour les ouvriers, employés et fonctionnaires, l’autre pour les indépendants ; ces deux caisses sont compétentes d’une manière supplétive lorsque le bénéficiaire ne s’est affiliée à aucune autre caisse. Ces deux caisses sont directement gérées respectivement l’une par l’ONAFTS et l’autre par l’INASTI, de sorte que, dans cette constellation précise, ces administrations faîtières agissent aussi, exceptionnellement, comme caisses subordonnées de paiement.

Au grand total, en tenant compte de ces deux caisses auxiliaires, on arrive donc à un chiffre de 31 caisses différentes pour le paiement des allocations familiales dans notre pays, et pour connaître, au centime près, les montants précis que l’Autorité fédérale devra verser à chacune des quatre institutions communautaires une fois que la matière des allocations aura été transférée, il faudra donc se livrer à un calcul caisse par caisse des montants et additionner les 31 sous-totaux ainsi obtenus.

But this still is not the end of the story. En effet, il faut encore dire un mot à propos de la fonction publique. Si les agents des ministères et des autres services publics relèvent en grande partie du régime établi par l’ONAFTS, cela n’est toutefois pas vrai pour tous les fonctionnaires.

Ainsi, les agents de certains ministères fédéraux (avant tout la Justice) mais aussi lesmembres des forces armées ne relèvent pas de l’ONAFTS mais ressortissent à des systèmes de paiement particuliers (…tout en percevant toutefois des montants identiques, car la législation sur les taux des allocations est pour l’instant fédérale et la même pour tous8).

Les dérogations à la compétence de l’ONAFTS ne se limitent d’ailleurs pas à l’Autorité fédérale mais on peut aussi en trouver à la Communauté française. En effet, certains fonctionnaires de ladite Communauté échappent au système de principe chapeauté par l’ONAFTS et sont gérés par la Communauté française elle-même, tandis que d’autres relèvent bel et bien du système de principe. Ainsi notamment, les personnels enseignants de l’enseignement obligatoire qui sont payés ou subventionnés par la Communauté ressortissent, eux, tout à fait au système de principe.

J’ajoute une dernière difficulté (et puis, je vous rassure, je passe à autre chose). Cette difficulté a trait à la répartition des compétences entre les 4 différentes institutions communautaires entre elles. Il semble régner un accord sur le fait que le critère sur la base duquel cette répartition opérera sera celui du domicile des bénéficiaires, et je suis d’accord avec le  choix de ce critère ; à mon sens, c’est celui qui est le moins subjectif.

Mais il faut bien voir que même si c’est un bon critère, il donnera malgré tout lieu à des situations qui sont peut-être …comment dire…un peu inattendues. Bien sûr, mais cela est connu, le régime des indépendants est diffèrent – aussi au niveau du montant des allocations et de ses règles de calcul – du régime applicable aux travailleurs salariés (et dont relèvent aussi les fonctionnaires). Mais à l’intérieur de chacune de ces deux catégories de personnes (travailleurs salariés d’un côté, indépendants de l’autre), il existe une parfaite égalité de traitement. Quant à la question de savoir s’il est souhaitable de procéder un jour à l’alignement de ces deux régimes d’allocation, elle dépasse le cadre de mon exposé : car elle peut se poser indépendamment de la présente réforme de l’État.

Ainsi suffit-il de penser aux fonctionnaires de la Communauté française qui échappent au régime de principe, fonctionnaires dont les allocations sont donc directement gérées par la Communauté française. Ces agents n’habitent pas tous en région de langue française ; certains habitent à Bruxelles, et d’autres habitent, disons, en périphérie bruxelloise.

Or, vous voyez tout de suite la conséquence juridique : l’administration de la Communauté française va donc devoir appliquer, pour le paiement des allocations à certains de ses propres fonctionnaires, la législation de la COCOM ou celle de la Communauté flamande. Bien sûr, le phénomène surviendra aussi en sens inverse.

À cela s’ajoute (mais ici, je m’amuse un petit peu) que l’article 7, paragraphe 1er, alinéa 2, de la loi spéciale de réformes institutionnelles confère à chaque Communauté le pouvoir de réglementer la tutelle administrative « dans les matières qui relèvent de leur compétence ».Vous me voyez venir (mais je dis cela évidemment à titre de simple boutade) : à quand le premier audit mené par des fonctionnaires de la Communauté flamande dans les bureaux de la Communauté française pour vérifier la bonne application de leur législation en matière d’allocations ? Et lors de cette improbable rencontre de fonctionnaires dont chacun serait légalement astreint d’employer exclusivement sa langue administrative9, en quelle langue devrait-t-on se parler ? À vrai dire, l’ombre de René MAGRITTE ne serait plus très loin…

Trève de plaisanteries. Que faut-il déduire de tout ce qui précède ? Certainement pas que la communautarisation des allocations familiales serait impossible à réaliser. Ce serait là une affirmation parfaitement populiste et malhonnête. La communautarisation est possible ; il existe un accord politique pour la réaliser, et donc il faut le faire.

Mais ce qu’il convient de dire, ce que si l’on souhaite réaliser ce transfert pour janvier 2014, alors l’année 2012 sera une période très importante : il faut mettre à profit le temps précieux qu’elle nous offre pour préparer ce dossier d’une manière approfondie, tant du point de vue juridique, que du point de vue informatique et financier. Il n’est en effet point besoin de mettre en exergue l’effet potentiellement néfaste qu’aurait sur l’opinion de l’électeur un défaut de paiement des allocations à quelques mois d’un scrutin législatif.

Dans ce contexte, je note aussi avec intérêt les prises de position du Président de ce Conseil, qui dans les colonnes du Soir de samedi a également plaidé pour que les mois à venir soient mis à profit pour une préparation minutieuse des nouvelles compétences à venir, cette fois-ci du côté des entités fédérées qui vont les recevoir. « Réfléchissons déjà au compétences à venir », avez-vous dit, Monsieur le Président, et vous avez à mon sens parfaitement raison.

III. Les perspectives d’avenir à moyen et long terme pour les institutions

étatiques belges.

Mesdames et Messieurs en vos titres et qualités, me voilà arrivé au troisième et dernier point de mon allocution, point où je vais me placer après la réalisation de la 6e réforme de l’État pour vous livrer quelques réflexions sur les perspectives institutionnelles dans notre pays à moyen terme.

C’est évidemment, vous le mesurez bien, un sujet sensible ; mais je le ferai sans langue de bois, en vous assurant de vous dire en toute sincérité ce que je pense ; de plus, au cours du débat qui pourra le cas échéant suivre, je n’esquiverai aucune question qui me serait posée à cet égard.

Vous me permettrez d’articuler ma réflexion autour d’un certain nombre de constats.

Premier constat – très basique, celui-là : les institutions étatiques sont faites par les hommes pour les hommes ; elles n’ont aucune légitimité autre que celle de l’adhésion de la population.

Créatures des humains, entachées par essence d’insuffisances de divers ordres, elles ne sont pas faites pour l’éternité, et l’histoire du droit public le prouve. 

C’est de cette préoccupation que tient notamment compte le passage suivant de la note de politique générale en matière de Réformes de l’État (note datée du 22 décembre 2011) : « Pendant une période de transition, les Communautés et la Cocom qui le souhaitent pourront faire appel aux actuelles institutions de paiement pour contiuer à assurer, contre rémunération, la gestion administrative et le paiement des allocations familiales » (Documents parlementaires, Chambre des Représentants, 53e législature, session 2011-2012, n° 1964/016, p. 35.

11 Le Soir, 14 et 15 janvier 2012, p. 6.

un Royaume de Navarre, un Royaume des Deux-Siciles, une Union soviétique, un Empire ottoman, …ou encore une République de Yougoslavie.

Les territoires des États peuvent eux aussi connaître des modifications : Calais fut naguère sous souveraineté britannique, Malmédy allemande et Maastricht belge. Tout cela sont des phénomènes parfaitement courants dans la vie des structures étatiques ; à l’université, ils sont d’ailleurs étudiés à la Faculté de droit, dans un cours qui s’appelle Théorie générale de l’État et que j’ai le grand plaisir de dispenser (à côté du cours de Droit constitutionnel dont je suis également titulaire). Ce cours de Théorie générale de l’État comprend, très logiquement un chapitre consacré à la naissance et à la disparition des États, ou ces différentes occurrences sont analysés dans le calme et avec la distance nécessaire.

 Or, du point de vue scientifique, il n’existe évidemment aucune raison de soutenir que ces enseignements vaudraient partout sur la planète sauf précisément dans notre État, et que la structure étatique belge serait, comme par miracle, exonérée des règles pourtant mondialement applicables. Je suppose que nous sommes tous d’accord sur ce point, mais il m’importait de le souligner à titre liminaire, pour bien démontrer le champ des possibles dans un débat ad futurum comme celui-ci et qui vise le moyen ou le long terme.

Deuxième constat : nous sommes un État qui souscrit au principe de la démocratie. La démocratie se définit comme la forme de gouvernement qui assure la direction des affaires publiques conformément à la volonté des populations qui en sont les destinataires. Ce principe implique que les institutions politiques de l’État belge n’auront vocation à durer qu’aussi longtemps que perdure à leur égard une adhésion majoritaire des populations concernées. En d’autres termes : s’il existait un jour, après des élections tenues toute en liberté et sans fraude, une majorité dans l’un des deux grands groupes linguistiques de notre pays pour estimer la structure étatique actuelle doit être abandonnée, il découle du principe démocratique que l’autre groupe linguistique ne pourra pas, le cas échéant, se retrancher derrière son désir de préserver le statut quo mais qu’il serait obligé d’entamer des négociations. Tout cela sans précipitation, mais également sans retard intempestif.

 Troisième constat : l’électorat flamand est, comme l’ont démontré les dernières années, depuis l’implosion de la Volksunie, caractérisé par une grande volatilité et indétermination, spécialement du côté droit du spectre politique. De nouveaux partis surgissent, des nouvelles vedettes montent en flèche, et deux scrutins plus tard, le parti et son charismatique leader sont condamnés à des scores médiocres, voire sont purement et simplement menacés de disparition (je songe ici à la Volksunie, à la Lijst De Decker, et même dans une moindre mesure au Vlaams Belang). Cela pour la volatilité.

Mais l’aspect le plus remarquable dans l’analyse de l’électorat flamand est sans conteste sonindétermination : un grand nombre d’électeurs votent pour des partis dont ils désapprouvent pourtant, si on les interroge spécifiquement sur ce point, des aspects importants de leur programme. Ainsi, et aussi étonnant que cela puisse paraître, de nombreuses études de politologues flamands ont démontré que l’électorat du Vlaams Belang, parti ouvertement séparatiste, est pourtant l’un des plus belgicains de tout le spectre politique.

Cette observation peut dans une certaine mesure également être faite pour la NVA : encore récemment, un de mes collègues professeurs de droit qui enseigne à une Faculté de droit au Nord du pays me confiait avoir voté personnellement pour la NVA – et dans la phrase suivante, il m’expliquait vouloir absolument la préservation de la Belgique. Inquiété par mon regard – disons collégialement perplexe – il m’expliquait que, selon lui, le vote pour la NVA était indispensable pour faire avancer des réformes que (je cite) « l’Etat féodal et socialiste au Sud du pays » (c’est lui qui parle ici) a empêché depuis des décennies. Voilà donc un électeur, disons plutôt instruit, qui vote NVA pour des raisons stratégiques qui n’ont rien à voir avec des velléités séparatistes.

Or, il faut évidemment être lucide : même s’il semble effectivement qu’un nombre non négligeable d’électeurs de la NVA ou du Vlaams Belang ne soit pas animé par des intentions séparatistes, les mandataires de ces partis, eux, le sont bel et bien. Autrement dit : même s’il n’existe qu’un pourcentage nettement minoritaire de séparatistes en Flandre, les récents sondages le démontrent que ce constat n’empêche pas le Belang et la NVA de récolter ensemble 46 % des suffrages – et avec 46 pc des suffrages, on a droit, comme je l’ai démontré, à la majorité absolue en termes de sièges au sein du groupe linguistique néerlandais de la Chambre, et aussi au Parlement flamand.

D’où mon quatrième constat : si, sur une question aussi importante, d’intérêt vital pour notre pays (j’emploie ici l’adjectif vital au sens premier du terme, c’est-à-dire relatif à sa propre survie’), des doutes sur l’intention réelle de l’électorat flamand devaient exister, je ne verrais alors qu’une seule solution – à savoir la consultation directe de l’électorat, sur cette question unique, par référendum : « Êtes-vous favorable au maintien de l’État belge ? Oui/non. »

 Peut-être, mais je peux me tromper, cette éventualité lointaine de la tenue d’un référendum dont ils pourraient ne pas sortir vainqueurs conduira la NVA et le Vlaams Belang, d’ordinaire pourtant si résolument en faveur de mécanismes de démocratie directe, à adopter une attitude plus attentiste en la matière. Dans ce contexte, on relèvera aussi qu’en matière de référendum, l’effet de basculement de la clef D’HONDT n’existe pas.

En somme, on peut donc estimer que les résultats actuels de la NVA et du Vlaams Belang ne constituent, en tant que tels, pas encore pas un indicateur fiable de la tendance séparatiste au Nord ; par voie de conséquence, il serait erroné d’accréditer la thèse selon laquelle l’État belge serait ipso facto voué à disparaître des l’instant où ces deux partis auraient conquis la majorité des sièges au groupe linguistique néerlandais de la Chambre.

On notera d’ailleurs que même dans un scénario d’une majorité séparatiste au groupe linguistique néerlandais à la Chambre, il existerait, grâce aux voix francophones jointes aux autres partis flamands, toujours une majorité absolue globale (c’est-à-dire les deux groupes linguistiques réunis), pour former un nouveau gouvernement fédéral et le cas échéant, si la volonté politique y était, pour voter une loi qui organiserait la tenue d’un referendum sur l’avenir du pays.

En même temps, il faut bien se rendre compte que si effectivement la NVA et le Vlaams Belang devaient obtenir la majorité des sièges au groupe linguistique néerlandais, la situation serait empreinte d’une singulière gravité et on se mouvrait sur des crêtes extrêmes au sommet desquelles même des hommes politiques chevronnés pourraient aisément perdre l’équilibre.

 Comme cinquième et avant-dernier point de ma réflexion prospective, j’aimerais saisir l’occasion pour dissiper un certain nombre de fausses idées, idées qui sont fréquemment répandues et qui pour cette raison sont à mon sens assez nuisibles.

À propos de chacune des ces idées, on peut d’ailleurs se poser la question suivante : qui a intérêt à leur propagation et à leur survie ? C’est là un exercice de réflexion qui est tout à fait intéressant.

Première fausse idée, très fréquente, celle-là : en cas de partition du pays, Bruxelles sera nécessairement enclavée en Flandre et les francophones se trouveraient obligatoirement confrontés à un ensemble territorial discontinu en deux morceaux, sans lien territorial entre les deux.

Je suis désolé mais affirmer ce genre de choses, c’est aller fort vite – trop vite – en besogne. En effet, le sort des six communes périphériques autour de Bruxelles, communes qui permettraient précisément de créer ce lien territorial entre les deux territoires majoritairement francophones du pays, sera l’un des enjeux principaux d’une négociation de partition ; rien n’est joué à cet égard. Il est certes exact que ces communes sont situées en région flamande. Mais il est tout aussi exact qu’elles sont par ailleurs dotées d’un régime juridique qui est à bien des égards distinct des autres communes flamandes, de sorte que leur adjonction à un nouvel Etat flamand ne va aucunement de soi.

Ainsi, les négociateurs francophones pourraient faire valoir que ces communes ont un statut spécial, distinct du reste de la Flandre, en matière

- linguistique (ce sont des communes à facilités pour les francophoners),

- scolaire (il y a des écoles primaires en langue française),

- électoral (les citoyens de ces communes peuvent émettre leur suffrage en faveur d’uncandidat qui se présente pourtant à Bruxelles),

- administative (par exemple le Wooncode, le code flamand sur le logement, flamand n’y est

applicable qu’en partie12) et, last but not least,

- judiciaire (la législation judiciaire permettra pour les justiciable de ces communes l’emploi du français devant les juridictions dans une mesure presque automatique lorsqu’une demande en ce sens est formulée par eux).

De plus, il existe évidemment un argument non juridique en faveur de la thèse francophone, et qui est d’ordre démographique : ce sont des communes dont il est notoire – et administrativement démontrable – qu’elles totalisent une population majoritairement francophone.

Aussi, il n’existe aucune règle de droit international qui voudrait que l’on suive systématiquement, en cas de dislocation d’un État, les frontières administratives préexistantes : ces frontières ont certes une valeur indicative, mais lorsqu’il existe des éléments objectifs qui permettent de démontrer qu’un autre tracé frontalier serait mieux indiqué, notamment en ce qu’il tiendrait mieux compte de l’intérêt des populations concernées, le débat sera de nouveau totalement ouvert14. Mon éminent collègue Éric DAVID de l’ULB ne dit rien d’autre quand il relève :

« [l]e droit international ne prévoit pas que les frontières des États sucesseurs (autres que leurs frontières avec les États tiers) doivent correspondre aux délimitations administatives internes établies par l’État prédécesseur », même s’il est exact que« la pratique tend plutôt à maintenir les anciennes délimitations intérieures comme frontières extérieures du nouvel État. »

 Sur ce point, voy. notamment Cour const., arrêt 101/2008 du 10 juillet 2008, considérant B.18.2.

Cette démonstration peut notamment être faite à l’aide de la langue dans laquelle sont délivrées les cartes d’identité dans ces communes. Sur ces questions, qui renvoient à la notion juridique d’uti possidetis, il s’indique notamment de consulter deux thèses de doctorat : il s’agit du travail d’Anouche BEAUDOUIN, Uti possidetis et sécession, thèse (Nanterre, 2009), Paris, Dalloz, 2011,

667 pages, et de celui de Gaël ABLINE, Sur un nouveau principe général du droit interternational : l’uti possidetis, thèse (Angers,

2006), non publiée, 639 pages. Le premier travail mérite en raison de sa qualité une mention spéciale.

Éric DAVID – éventuelle scission de la Belgique au regard du droit international », in : L’après-Belgique ?, Actes de la journée d’étude organisée le 2 avril 2011 par le Cercle Condorcet de Liège, en collaboration avec l’Université de Liège, Liège, Cercle Condorcet, 2011, pp. 13-48, ici p. 21.

16 Idem, p. 23.

Mais, encore une fois, et je me réfère de nouveau aux travaux d’Éric DAVID, le droit international est caractérisé en le domaine par une absence à la fois « de règle formelle et d’uniformité de la pratique ».

Donc, en un mot : la discontinuité territoriale entre la Wallonie et Bruxelles, c’est à voir – et si j’étais consultant en matière institutionnelle pour le gouvernement flamand (ce que je ne suis pas), je leur dirais sans doute qu’il serait bon de claironner un peu moins haut sur ce point car il ne faut pas partager la peau de l’ours avant de l’avoir tué – …et j’ajouterais aussi que c’est bien connu qu’il y a peu d’ours en périphérie.

Deuxième mythe tenace, lui aussi d’inspiration flamande (c’est sauf erreur de ma part à Louis TOBBAK qui en revient la paternité) : c’est de concevoir pour Bruxelles un avenir de district européen. À mon sens, c’est là rêver en plein jour.

En effet, on aperçoit de suite la difficulté de l’idée : voilà que les institutions européennes seraient en charge des missions d’un véritable État. Elles devraient donc directement administrer un territoire et auraient des citoyens qui ne posséderaient d’ailleurs, mis à part la citoyenneté européenne, aucune autre nationalité (puisque ce territoire ne relèverait, par hypothèse, plus d’aucun autre État) : il faudrait donc créer, pour faire fonctionner ce district, une police européenne, un code civil européen, un code pénal européen, un code de commerce européen, un code de la nationalité européenne, un code de procédure pénale européenne, un code judiciaire européen, code de la sécurité sociale européenne, un code de travail européen avec des règles sur la concertation entre partenaires sociaux pour les entreprises situées à Bruxelles, etc…

Je ne vais pas ici vous fatiguer davantage avec cette idée chimérique, …mais tout simplement inviter ceux qui y croiraient toujours à consulter confidentiellement deux, trois hauts fonctionnaires à la Commission ou au Conseil : vous verrez, leur jugement sera sans appel. Et comme il faudrait, pour prendre cette décision de créer le district, une révision des traités – et donc l’unanimité – je leur conseillerais à ces “eurodistrictophiles invétérés” de débuter leurs consultations avec des représentants anglais ou tchèques. Vous verrez, ce seront des rencontres empreintes de très longs silences.

Je passé au troisième et dernier mythe que je souhaite vous présenter ce soir. C’est celui qui consiste à affirmer que l’indépendance de la Flandre entraînerait d’office la disparition de l’État belge.

Autrement dit, et à le suivre, ce mythe revient à soutenir que le jour où la Flandre accèderait à la qualité de sujet souverain aux yeux du droit international, le sujet “Belgique” serait automatiquement et concomitamment voué à disparaître. Dès lors, et toujours selon ce mythe, les territoires restants de l’ancienne Belgique, c’est-à-dire ceux qui ne feront pas partie du nouvel État flamand, seraient nécessairement contraints de procéder, eux aussi, à la création de nouvelles sujets de droit international et de se faire reconnaître en cette qualité par la communauté internationale.

Mesdames et Messieurs, il faut bien mesurer le caractère assez déséquilibré d’une telle idée.

En effet, elle revient en définitive à affirmer que la classe politique flamande aurait à elle seule le droit – et en quelque sorte donc aussi le monopole – de décréter quand devra prendre fin l’existence de l’État belge.

Or, l’existence de cet État, son nom et sa continuité en tant que sujet du droit des Gens, ont une valeur certaine sur la scène internationale : il suffit de songer au fait qu’il dispose de relations diplomatiques établies avec presque tous les États de la planète, même avec la Corée du Nord ; de plus, la Belgique a le privilège d’être reconnue par l’intégralité des États du monde (il n’y en a pas un seul qui ne nous reconnaît pas) ; il y a, à l’évidence, notre appartenance à de nombreuses organisations internationales, dont bien entendu avant tout les Nations-Unies, le Conseil de l’Europe et – élément capital – l’Union européenne, en ce compris notre participation à sa zone euro et à sa banque centrale. Pour notre économie, chacun en conviendra, ce sont là des paramètres essentiels.

D’ailleurs, le jour où les Bruxellois auront compris que l’idée du district européen sert de facto à mettre une majorité francophone de 90 pour-cent à Bruxelles sous tutelle d’un Parlement européen qui va les régir directement mais au sein duquel ils n’auront droit qu’à deux députés sur 700, eux-mêmes ils ne voudront plus de ce district.

Or, à suivre la légende, les francophones seraient, au moment de l’accession de l’indépendance de la Flandre, dans l’incapacité de conserver ce nom et d’en poursuivre l’existence juridique sur le plan international.

Du point de vue académique, une telle affirmation me semble manquer de certitude.

Au moment où un État flamand sera reconnu en la qualité d’un nouveau sujet de droit international, il se pourrait que l’État belge disparaisse (tel serait notamment le cas si les francophones étaient en faveur d’une telle solution).

 La disparition, à ce moment, de l’État belge est donc une possibilité – mais seulement une parmi d’autres. En effet, s’il existait au sein de la population francophone une volonté pour faire perdurer l’existence du sujet de droit international dénommé “Belgique”, il se pourrait tout aussi bien que la Communauté internationale accepte cette volonté démocratiquement légitimée et considère que le sujet de droit international “Belgique” continue à exister, tout en étant dorénavant doté d’une population et d’un territoire réduits, …et à propos de ce territoire, je vous ai déjà dit que rien ne permettait à ce jour d’affirmer qu’il serait d’office écartelé en deux morceaux séparés.

D’ailleurs, sur la scène internationale, de nombreux précédents existent : en 1918, le Danemark est bel et bien resté le Danemark après l’indépendance de l’Islande ; en 1922, le Royaume-Uni est bien resté le Royaume-Uni après l’indépendance de l’Irlande ; en 1971, le Pakistan est bien resté le Pakistan après l’indépendance du Bangladesh ; en 1993, l’Ethiopie est bien restée l’Éthiopie après l’indépendance de l’Érithrée ; et l’année dernière, en 2011, le Soudan est bien resté le Soudan après l’indépendance du Sud-Soudan. Mais surtout, et ce précédent est tout à fait significatif car il a trait à notre propre pays, en 1830, les Pays-Bas sont bien restés les Pays-Bas après l’indépendance …de la Belgique.

Il est exact que l’on peut recenser au sein de la pratique internationale aussi des précédents en sens contraire.

Ainsi, en 1992, lors du démembrement de la Yougoslavie, les provinces de la Serbie et du Monténégro avaient souhaité continuer la personnalité juridique de l’ancien État yougoslave.

Or, la Communauté internationale ne leur a pas fait cette faveur mais a considéré que l’ancienne Yougoslavie avait pris fin et que l’on avait affaire à la création d’un nouvel État(même si celui-ci s’appelait lui aussi Yougoslavie). Je ne tais donc pas du tout ce précédent. Mais l’on doit aussi relever la situation spécifique dans laquelle il s’inscrit : nous sommes en 1992, un an après la bataille de Vukovar, qui a fait 2000 morts. Srebrenica viendra trois ansplus tard. Le président de cet État qui demande à être le successeur de l’ancienne Yougoslavie n’est personne d’autre que Slobodan MILOSEVIC, dont on connaît le sombre bilan en termes de respect des droits de l’homme et qui fera plus tard l’objet d’un mandat d’arrêt international pour crimes contre l’humanité. Évidemment, on comprend assez aisément que, dans un tel contexte, la Communauté internationale n’ait pas été très encline à accorder des faveurs particulières à cet État et à leurs dirigeants.

Mais le tableau serait incomplet si je n’évoquais pas également devant vous un important avis que l’Assemblée générale des Nations-Unies a rendu en 1947 et qui est toujours valable aujourd’hui. Cet avis, précisément relatif à la question de succession d’États, affirme notamment « que chaque cas doit être considéré comme un cas d’espèce. » Donc, le champ des possibles est entièrement ouvert.

Aussi peut-on lire la phrase suivante dans cet avis : « en règle générale, il est conforme aux principes de présumer qu’un État qui est membre des Nations-Unies ne cesse pas d’en être membre du simple fait que ses frontières ont subi des modifications. »

De plus – et je cite toujours – l’Assemblée générale relève :

« Lorsqu’un nouvel État est crée, quels que soient le territoire et la population qui le composent, que ceux-ci aient ou non fait partie d’un État membre de l’ONU, ce nouvel Etat ne peut dans le système prévu par la Charte, se prévaloir du statut de Membre de l’ONU que s’il a été officiellement admis comme tel conformément aux dispositions de la Charte. »21

 Tout cela me paraît fort important à savoir, et vous mesurez sans peine l’intérêt stratégique de la subsistance potentielle d’un État belge. Au demeurant, la subsistance d’un tel État ne préjuge en rien de sa structure constitutionnelle interne, et il serait parfaitement concevable qu’il accorde une large autonomie aux Régions qui le composent.

19 Éric DAVID, « Une éventuelle scission de la Belgique au regard du droit international », in : L’après-Belgique ?, Actes de la journée d’étude organisée le 2 avril 2011 par le Cercle Condorcet de Liège, en collaboration avec l’Université de Liège,

Liège, Cercle Condorcet, 2011, pp. 13-48, ici p. 41.

20 Annuaire de la Commission de droit international [des Nations-Unies], 1962, II, p. 121, 2e colonne ; ce texte est également cité

par Éric DAVID, contribution prémentionnée, p. 41.

21 Idem. C’est moi qui souligne.

Dernier élément à verser dans le débat : certains juristes soutiennent qu’en cas d’indépendance de la Flandre, la subsistance d’un État belge à dimensions réduites nécessiterait en toute hypothèse l’accord de la Flandre. À vrai dire, je n’en suis pas si sûr ; ce sont là des questions fort complexes et il faut se garder de conclusions trop tranchées. Seule une chose me paraît certaine: si vraiment la subsistance d’un État belge à dimensions réduites nécessitait l’accord des autorités flamandes, il serait alors certainement également exact d’affirmer que, corrélativement, l’accession à l’indépendance de cet État flamand requerrait l’aval des autorités de la petite Belgique. C’est là une exigence d’élémentaire cohérence : il n’y a aucune raison de supposer que les dirigeants flamands soient en mesure de bloquer les décisions des francophones, mais que les francophones n’aient rien à dire quant aux décisions prises en Flandre.

Aussi s’accorde-ton plus généralement à considérer que, de toute manière, l’éventuelle dislocation de l’État belge dans ses dimensions actuelles nécessiterait la conclusion d’un accord entre toutes les parties concernées et que la Communauté internationale ne reconnaîtrait aucune déclaration d’indépendance de quelque entité fédérée que ce soit, sans une formalisation préalable et complète de toutes les question afférentes – ceci inclurait donc un volet sur le tracé frontalier, sur les questions de nationalité, sur la répartition de la dette, sur la scission de la sécurité sociale, sur les questions d’approvisionnement en énergie, sur l’accès maritime et portuaire, etc., etc.

À titre indicatif, on peut relever que la partition de la Tchécoslovaquie avait requis la conclusion de pas moins de 31 traités distincts, traités qui étaient accompagnés d’environ 2.000 arrangements administratifs annexes, dédiés à des questions de détails; or, la situation de notre pays ne me paraît a priori pas plus simple, et c’est un euphémisme.

Plusieurs années seraient donc sans doute nécessaire pour préparer de tels accords, années au cours desquelles note pays devrait malgré tout continuer à être géré, … mais années aussi au cours desquelles notre Royaume constituerait une cible particulièrement vulnérable pour les marchés financiers et les agences de notation. Économiquement parlant, ces négociations

22 Vernon BOGDANOR, The New British Constitution, Oxford, Hart Publishing, 2009, p. 96 : « The ‘velvet’ divorce between

the Czech Republic and Slovakia in 1993 was preceeded by no fewer than 31 traties and over 2,000 separate agreements. » –

Sur la partition de la Tchécoslovaquie, on lira aussi avec profit le beau travail de Maya HERTIG, Die Auflösung der

Tschechoslowakei, Analyse einr friedlichen Staatsteilung (thèse, Fribourg/Suisse), Bâle, Helbing & Lichtenhahn, 2001, 537 pages ;

Maya HERTIG est actuellement professeur de droit international public à l’Université de Genève.

interminables risqueraient donc de coûter très cher tant à l’État lui- même (au niveau de sa dette publique, qui pourrait s’envoler), qu’à ses entreprises et ses tavailleurs (peu importe d’ailleurs que ceux-ci soient flamands, wallons ou bruxellois).

Plus l’éventualité de telles négociations proprement kafkaïennes approche, plus les appels à la raison se multiplieront peut-être, spécialement en provenance des milieux économiques ; et si vous me permettez cette question, pensez-vous vraiment que les différentes parties impliquées dans ces pourparlers, chacune élue par des électeurs échaudés par la fièvre communautaire, seraient vraiment en mesure, pour ne prendre que cet exemple, de régler de commun accord le statut des communes de la périphérie bruxelloise ?

Car le temps des solutions de compromis alambiquées “à la belge” qui, dans un cadre étatique commun, avaient été possibles et porteurs de résultats si pacificateurs, ce temps sera alors révolu : les questions seraient désormais strictement binaires, du genre : Rhode-Saint-Genèse fera-t-elle partie de l’État A ou de l’État B ? C’est catégorique, tranché, sans nuance possible. Tertio non datur, une troisième voie n’existe pas.

Pourrions-nous trouver un accord sur des sujets si polarisants ? Poser la question, c’est, me semble-t-il, y répondre.

Faudrait-il alors en conclure que la sagesse économique et la virulence potentielle des marchés nous recommanderont de poursuivre notre cohabitation au sein d’un seul et même État, sachant que sa scission exigerait de nous la conclusion d’un accord qu’en raison de nos divergences profondes, nous ne serions précisément plus en mesure de trouver ? Je vous avais dit qu’en droit constitutionnel belge, l’ombre de MAGRITTE n’était jamais très loin…

 Je passe au point final de mes réflexions ad futurum et de mon exposé dans son ensemble, pour dire un mot à propos des grandes vertus que j’incline à reconnaître à la notion de prospective.

Mesdames et Messieurs, je suis résolument convaincu qu’en ces moments où nous sentons bien que des changements importants nous attendent, nous devons tourner notre regard vers l’avenir. Pour moi, l’avenir, c’est tout prioritairement le développement futur de l’espace francophone au cours des dix prochaines années, espace qui s’inscrit dans un cadre étatique belge. Ce laps de dix années correspond, vous le savez mieux que moi, à la durée de vie de la nouvelle loi spéciale de financement, telle qu’elle a été convenue à l’occasion du récent accord institutionnel et telle qu’elle entrera en vigueur prochainement.

Ainsi, où seront la Wallonie et Bruxelles, toutes deux entités fédérées du Royaume de Belgique, en termes économiques à l’horizon 2024 ? Voilà une interrogation importante.

Dans ce contexte, je note aussi qu’en termes de prérogatives et de possibilités d’action, ce seront les institutions régionales qui ont et qui auront un rôle de plus en plus prépondérant à jouer (notamment parce que les Communautés ne disposent pas d’un pouvoir fiscal propre). Ceci ne préjuge cependant pas de l’intérêt – à mes yeux primordial – de maintenir des liens effectifs et forts entre les deux Régions, liens dont l’importance stratégique à terme pour les francophones ne doit pas être démontrée et qui justifient à mon sens pleinement l’existence d’une structure institutionnelle commune.

Enfin, en ayant évoqué précisément la fiscalité et en concentrant mon analyse sur notre Région, la Région wallonne, de quels leviers disposera-t-elle à cet égard pour favoriser son redressement et sa relance économique ?

Telles sont les questions qui se posent, et dans lesquelles le Conseil économique et social de Wallonie sera lui aussi appelé à jouer un rôle important et pourra, j’en suis sûr, le jouer. Plus largement, ces questions s’adressent aussi à nous tous ; nous qui sommes, à des degrés divers et à des places différentes, impliqués dans la gestion, l’analyse ou l’enseignement des affaires publiques. Politiques, fonctionnaires, journalistes, membres de cabinets ministériels, académiques, tous peuvent jouer un rôle dans cette activité de prospective, et c’est un service précieux que nous pourrons rendre à notre Région, la Région wallonne – non seulement à sa population actuelle mais aussi à ses futurs jeunes diplômés qui accéderont au marché du travail en 2024, voire à ceux de nos concitoyens qui entameront leur scolarité en 2024 (et qui ne sont donc même pas encore nés).

En langue allemande, il y a une phrase qui dit : Eine Arbeit fängt in dem Moment an, in dem man beginnt an sie zu denken (« un travail est entrepris des l’instant où l’on commence à y penser »).

Nous tous pouvons donc débuter ce travail de prospective et de préparation du futur dès maintenant – si, dans nos têtes, nous entamons la réflexion.

 Chacun de nous sera, je suis sûr, guidé par un idéal que nous nous aurons tous en commun, par delà des sensibilités diverses qui font la richesse d’une société démocratique : c’est idéal, c’est d’assurer le meilleur déploiement, le meilleur rayonnement de notre Région à l’avenir.

Cette ambition est à la fois simple et exigeante ; il se pourrait aussi qu’elle nécessite la prise de mesures impopulaires. Or, nous devons nous soumettre à cette exigence, car elle sera l’étalon à l’aune duquel la valeur de notre action sera mesurée. Pour le dire avec le très beau mot de

Paul VALÉRY :

« Nous valons ce que nous exigeons de nous-mêmes. »

 

Je vous remercie.

Publié dans Politique | Laisser un commentaire

Comment l’Etat français voit l’évolution de la Belgique

Robert Lecou, député UMP de l’Hérault, et Jean-Pierre Kucheida, député PS du Nord-Pas de Calais, ont déposé un rapport de 113 pages  à la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale sur “La situation intérieure de la Belgique”.

Si le diagnostic de ce rapport est très correct et si l’analyse est  fouillée, la conclusion, rédigée en 4 §, n’est pas de nature à enflammer les réunionistes wallons : Belgique “conférence de diplomatie permanente”, “démocratie consociative”, “laboratoire de l’Europe” sont des clichés au refrain bien connu. Des mots pour ne pas conclure trop vite à la mort de la Belgique. Il en va de même sur l’estimation à 15 ou 20 % de l’option séparatiste en Flandre en complète contradiction avec les résultats électoraux… Diplomatie oblige !

On aurait tort, pourtant, de ne pas voir, au-delà du devoir de réserve et du souci d’informer, combien la France officielle a intégré l’hypothèse de la fin prochaine de la Belgique. Et combien la France est accueillante. Que les autorités françaises ne forcent pas la main des Wallons, c’est assez normal.

La balle est clairement dans le camp des Wallons. Que l’on en juge par cet échange à l’Assemblée nationale (française) :

Jean-Pierre Kucheida (PS), co-rapporteur

“Quel avenir peut-on entrevoir pour la Belgique ? Mon sentiment est que ça va durer ce que ça va durer… Le principal message de la plupart de nos interlocuteurs était : « on va bien voir ». (…) J’ai l’intime conviction que les Flamands ne seront jamais satisfaits dans le cadre actuel de la Belgique; ils ne pourront être satisfaits que si le cordon belge est coupé ou, tout au moins, largement distendu. J’en veux pour preuve la critique permanente qu’ils adressent aux Wallons, en oubliant que la prospérité passée de la Wallonie a été bénéfique pour la Flandre.”

Jacques Myard (député UMP)

“Ça fait 30 ans que les rapports de fin de mission des ambassadeurs de France en Belgique nous disent que « la Belgique n’existe plus ». La question que l’on doit se poser, c’est : que fera la France ?”

Jean-Pierre Kucheida (PS), co-rapporteur

“La France doit-elle ignorer les difficultés des Wallons ou offrir de les accueillir ? Nous avons posé cette question à nos interlocuteurs wallons, qui n’ont pas exprimé le souhait de rejoindre la France.”

Nous vous invitons à découvrir l’ensemble de ce rapport (facile à consulter) sur le site de l’Assemblée nationale : ici.

Publié dans Editorial, Politique, Vu de France | 8 Commentaires

Les séparatistes majoritaires en Flandre

C’est ce qu’indique le dernier baromètre politique réalisé pour la Libre et la RTBF.

Publié dans Politique, Presse / TV | 1 Commentaire

“Et en Belgique, comment ça va ?”

 ”Et en Belgique, comment ça va ?”  La question émanait cette semaine d’un journaliste français. Notre réponse ? Un blanc. La Belgique ? Depuis quelques semaines, nous avions l’impression d’avoir voté deux fois, d’avoir débattu de l’opportunité d’engager 60 000 fonctionnaires, de nous être écharpés sur les anaphores, au point d’en oublier que nous n’étions pas français ou uniquement par procuration…

Qui s’exprime ainsi dans les colonnes du Soir ?

Réponse.

Publié dans Presse / TV | 1 Commentaire

De Wever parle aux Wallons

Le premier ministre de tous les Belges savait qu’en s’exposant comme il l’a fait aux côtés de François Hollande, il donnait du grain à moudre à Bart De Wever. Celui-ci, qui s’est confié à deux journalistes de Sudpresse, « trouve incroyable la façon dont les Wallons regardent la France, Elio Di Rupo en tête ».

Plus loin : Di Rupo « est content que Hollande a gagné en France. Il va le voir en meeting, d’accord, mais qu’il soit le seul chef de gouvernement à Paris, lors de la fête de dimanche, cela va trop loin. S’il veut présenter la Belgique comme le énième département de la France, qu’il le fasse pour les francophones, parce que la Flandre n’en veut pas. »

Evidemment, De Wever n’est pas accroché à la Belgique (nous non plus) : « Oui, je pense toujours qu’elle va s’évaporer » (nous le pensons aussi). Pour Di Rupo, c’est différent. N’en doutons pas, il fera ce qu’il peut pour sauver la Belgique, mais il aurait tort de tout miser sur le ralliement de l’opinion flamande. Gouverner, c’est prévoir. Mieux vaut se ménager une porte de sortie, surtout si, derrière la porte, il y a la France.

Participer à l’élection de François Hollande avec sa casquette de premier ministre belge et goûter à l’ivresse de la victoire et au bonheur de l’amitié, cela valait suffisamment le coup pour ne pas tenir compte, une fois, de l’opinion flamande (et nous ne parlons pas de l’agacement du MR).

« La façon dont la Wallonie regarde la France, c’est incroyable, répète De Wever. “Si on nous laisse tomber, il reste la France”. On va dire que je provoque, mais parfois, j’ai plus confiance dans la Wallonie que les Wallons eux-mêmes. »

Ben tiens… Ne pas lâcher la Wallonie après l’avoir étranglée, on ne doute pas que cela convienne à Bart De Wever (et à ses électeurs confédéralistes, à la fois belges et très flamands). Mais nous, ce qui nous fait espérer, c’est la perspective de nous reconstruire avec la France.

Publié dans Editorial, Presse / TV | 1 Commentaire

Le clin d’œil de Kroll

Sollicité par le Standaard, Pierre Kroll va désormais écrire un billet par mois pour des (é)lecteurs flamands. De quoi a-t-il choisi de leur parler la première fois ?

De l’intérêt des Wallons pour l’élection présidentielle française et de la difficulté d’être un militant réunioniste en Wallonie.

Lire son billet : ici (à la date du 10 mai 2012).

Clin d’œil pour clin d’œil, en voici un autre (de Kroll, évidemment) qui ne laisse personne indifférent :

(Dessins parus dans le Ciné Télé Revue du 9 mai 2012, reproduits ici avec l’aimable autorisation de l’auteur.)

Publié dans Presse / TV, Vu sur le web | 2 Commentaires

La N-VA réagit au rapport français sur la situation de la Belgique

Sous la plume de Pierre Havaux, le “Vif/L’express” donne la parole au sénateur N-VA Karl Vanlouwe. L’entretien a trait au rapport de deux députés français dont notre site avait donné la primeur (lien). 

vendredi 18 mai 2012 à 10h03

Cette semaine, Le Vif/L’Express dévoile un rapport parlementaire français consacré à l’avenir de la Belgique, et le débat qui s’en est suivi à l’Assemblée nationale. Les Flamands ont pris tous les coups : Bart De Wever dépeint en “idéologue froid”; la N-VA, parti à composante “fasciste”; la Flandre coupable d’ “exactions” sur les francophones. Sénateur N-VA, Karl Vanlouwe prend très mal la chose et crie à l’intoxication francophone.

Bart De Wever et le nouveau slogan de la N-VA : «La force du changement».

La France se fait du souci pour la santé fragile de son petit voisin du nord. A tel point qu’en pleine crise politico-communautaire, l’Assemblée nationale a plongé les mains dans le cambouis belge, en envoyant deux députés sonder l’ampleur de la déchirure entre Flamands et Wallons.

Rapport de mission : la situation de la Belgique est grave, quasi désespérée. Mais les députés de l’Hexagone ont été plus loin. En séance de l’Assemblée nationale, les oreilles des Flamands ont sifflé : égoïstes, ingrats, intolérants, limite fascistes… La N-VA en a aussi pris pour son grade. Un de ses sénateurs, Karl Vanlouwe, riposte.

La N-VA et son chef de file, Bart De Wever, ne sont pas sortis grandis du débat consacré à la Belgique par l’Assemblée nationale française…

Les reproches adressés à la N-VA et à la Flandre, dont j’ai pu prendre connaissance, ne sont pas du tout corrects. Ils sont tendancieux et témoignent d’une méconnaissance de la réalité flamande. Il ne s’agit que de l’opinion d’un ou de deux députés français. Mais cela m’étonne tout de même.

La N-VA, vue de Paris, est dépeinte comme un parti à composante fasciste…

Ce sont des termes inacceptables. Je n’ai pas l’impression que l’effort nécessaire a été fait pour lire notre programme. Nous sommes un parti respectable.

Du travail d’amateur, ce rapport parlementaire censé baliser l’avenir politique de la Belgique ?

Je constate que la situation belge a été trop perçue par les députés français avec des lunettes francophones. Manifestement, les contacts avec les forces vives en Flandre ont été insuffisants pour découvrir correctement la réalité flamande.

Ainsi, les journalistes qui ont été entendus lors de la mission n’étaient que francophones. Même chose avec les politologues : pourquoi ne pas avoir rencontré quelqu’un comme le professeur de la KUL, Bart Maddens ?

Bart De Wever a bien eu droit à la visite des deux émissaires français, en votre présence d’ailleurs : comment s’est déroulé l’entretien ?

De façon très intéressante. Mais il est difficile de pouvoir appréhender correctement les choses en une heure d’entretien.

Le temps suffisant pour que les Français retirent l’impression d’avoir en face d’eux “un idéologue froid”…

Leur jugement est conforme au portrait de Bart De Wever que leur a dressé une de leurs interlocutrices, Mia Doornaert, conseillère au cabinet du Premier ministre Leterme (CD&V)…

Les Français n’ont donc rien compris ?

En fait, j’ai l’impression qu’ils se sont braqués sur la crise qui se déroulait au niveau fédéral, sans chercher à analyser les véritables causes du blocage politique.

Ils auraient pu constater que la N-VA est un parti qui gouverne en Flandre, donc capable de compromis. Pourquoi un ministre N-VA n’a-t-il pas été entendu lors de la mission parlementaire française ? Kris Peeters, ministre-président flamand CD&V, n’a pas non plus été reçu, à l’inverse de Charles Picqué, son homologue bruxellois. Je ne comprends pas.

Les députés français ne croient manifestement plus en l’avenir de la Belgique : sur ce point au moins, vous partagez leur analyse ?

Tout à fait. La Belgique connaîtra encore des crises communautaires et des réformes de l’Etat. L’analyse des députés français est correcte. Ils ont raison de se montrer inquiets.

Entretien: Pierre Havaux

Voir le site du Vif/L’Express.

Lire l’article complet publié dans Le Vif/L’Express : ici.

Publié dans Presse / TV | 2 Commentaires