Jeunes Wallons : l’appel du 1er mai

Le journaliste Pascal Seret donne la parole à Jules Gheude dans « Vers l’Avenir » (lien).

Jules Gheude compte mobiliser les jeunes Wallons via les réseaux sociaux.

Et si les jeunes Wallons se mobilisaient pour leur Région ? Et pourquoi pas ce 1er mai ? L’idée doit faire son chemin sur les réseaux sociaux.

«Notre personnel politique manque de charisme. Les plans successifs ne mobilisent pas en Wallonie. Il faut faire passer un souffle créateur sur notre région. Il n’y a que les jeunes pour nous en sortir. Si la jeunesse capitule, c’est foutu !»

C’est un jeune… retraité qui parle. Jules Gheude est officiellement à la pension depuis quelques mois. L’ancien enseignant proche de François Perin écrit toujours. Et il coordonne les travaux du Gewif (Groupe d’Études pour la Wallonie intégrée à la France).

Il observe depuis des années le nœud communautaire belge. Et, comme d’autres, il estime quela Wallonie ne remportera pas le fameux défi de 2022, quand les transferts flamands s’épuiseront. Jules Gheude pense même que les Wallons n’ont peut-être même plus 10 ans devant eux.

1. BHV : ça craint. «Je crois que les élections communales d’octobre ne seront pas sans incidence sur la coalition au fédéral. On s’imagine que le dossier BHV est réglé. Mais je ne suis pas sûr qu’on ait bien tout bétonné jusque dans les détails», glisse Jules Gheude. Il note que les interprétations commencent à diverger sur ce qui a été négocié. Et aussi que les éditorialistes flamands parlent d’un travail fait à moitié, qui sera à l’origine de nouveaux problèmes communautaires. «D’autant que la mouvance nationaliste poursuit son ascension. Et je crains vraiment un regain de tensions dans la périphérie à l’approche des élections. Voire des violences», dit-il gravement. «On n’imagine pas que le scrutin de 2014 va arranger les choses non plus.» C’est, entre autres, ce qui lui fait dire que la scission n’est plus très loin.

2. Si la Flandre largue les amarres… On en a fait déjà, des scénarios sur une scission du pays. Mais le jugement de Jules Gheude sur la trajectoire wallonne est sévère : «De 1980 à 2012, qu’a-t-on fait de nos compétences ? On ne voit aucun signe de redressement notoire», dit-il. Le chômage ? «Il baisse, oui. Mais il est toujours deux fois plus important qu’en Flandre». Les investissements étrangers ? «On cite toujours les mêmes : Microsoft, Johnson & Johnson, Google. C’est bien mais on doit miser sur un réseau dense de petites et moyennes entreprises, innovantes, performantes et… non délocalisables.» Selon lui, le ministre-président flamand Kris Peeters «n’a que faire de l’échelon fédéral et des autres entités fédérées. Il entend se profiler clairement comme le chef d’un État flamand souverain. Il faut se préparer activement à l’envol prochain de l’État-Nation “Flandre”».

3. La dette. Selon le coordinateur du Gewif, en cas de scission, «on se retrouverait seul face à une situation effrayante. Selon les critères du PIB, en 2010, le solde à financer pour la dette propre à la Wallonie ajoutée à la part de la dette belge revient à 9,074 milliards €. Soit 22 % des dépenses publiques wallonnes. Mais on se base sur un taux d’intérêt appliqué en 2010 à l’État belge, soit 3,6 %. En cas de scission, le taux serait différent. Mettons 12 % pour rester raisonnable. On se retrouverait sans doute avec plus de 15 milliards à financer, soit 37 % des dépenses publiques wallonnes. Une catastrophe !»

4. Les jeunes ! «Je voudrais profiter du 1er mai pour lancer un grand rassemblement des jeunes de Wallonie sur le plateau de la Citadelle à Namur, à 11 h. Toutes tendances, tous partis confondus, avec comme seul thème le sauvetage de leur région. Il faut leur dire : “Engagez-vous ! Mobilisez-vous ! Forcez vos responsables politiques à cesser leurs jeux partisans !”» Jules Gheude compte sur Facebook et Twitter pour battre le rappel. Mais comment mobiliser une partie de la population qui veut bien s’indigner, mais a priori pas pour une cause régionale ? «Ils ne se mobilisent pas parce qu’on leur tient un discours trompeur. Or, ils ont droit à la vérité. Il est temps !» Et après ? «J’espère que ça ne restera pas sans lendemain. On aura essayé…» Naïf ? «On peut parfois l’être», sourit-il.

Epinal n’est pas français

Jean-Luc Lefèvre (Emptinne)

L’alliance Wallonie-France n’a pas bonne presse. Quelle qu’elle soit !

Dans le Grand Livre des Objections à cette Nouvelle Alliance, les thuriféraires de l’état-Belgique en appellent aux autonomies et pouvoirs locaux comme ultimes repoussoirs.

D’un côté, le fier Perron liégeois, de l’autre le Léviathan jacobin. Horreur donc !

Le plat pays qui est le mien a longtemps été, c’est vrai, terre de beffrois et de communautés de feux. Il a longtemps été, c’est vrai, pays où « l’air de la ville rend libres ». Libres et donc rebelles comme l’ont été les bourgeois d’Arras démantelée par Louis XI, l’« Universelle araignée », figure emblématique de la France honnie.

D’un côté donc, un vivier de décentralisation politique, de l’autre, un mouroir de déconcentration administrative.

Et pourtant !

Quand j’entends le Ministre FURLAN, confronté, c’est vrai, à de profondes mais très locales dérives municipalistes, dénoncer l’autonomie communale qui serait aussi un facteur de « chaos » (sic), quand je vois des mandataires locaux s’ »escagacer » de la tutelle étouffante de la Région wallonne, quand je sais le rétrécissement du champ des compétences communales (l’implantation des parcs éoliens et des grandes surfaces commerciales en périphérie urbaine, hier, le « Schéma de développement économique régional et ses noyaux d’habitat », demain), je m’interroge sur la valeur politique ajoutée des terres romanes de Belgique par rapport à la France.

Une France qui, pour rapprocher ses citoyens de la décision politique, a toujours privilégié l’approche des communautés urbaines et rurales à celle des fusions de communes !

Prétendre que les terres romanes de Belgique ne sont pas solubles dans le paysage institutionnel français sous prétexte de la culture hexagonale de la centralisation antinomique de notre culture politique, c’est refuser de prendre en compte nos évolutions les plus récentes; c’est aussi collaborer à l’émergence du mythe d’une structure institutionnelle non bio-dégradable; c’est enfin se regarder dans le rétroviseur au lieu de regarder devant soi.

Serions-nous de nouveaux Narcisse ?

Jeunes de Wallonie, engagez-vous !

Jules Gheude, essayiste politique (1)

Paul Magnette  parlant de « sommet d’hypocrisie  » à propos de Charles Michel et de Didier Reynders, Charles Michel s’en prenant à Joëlle Milquet au sujet de la sécurité : il n’y a pas à dire, la cohésion est belle au sein de la coalition « papillon »…  Et celle-ci n’en est qu’à son troisième mois d’existence !

Quant à la controverse Kris Peeters-Olivier Chastel à propos des « compétences usurpées », elle montre clairement que la pacification communautaire est loin d’être au rendez-vous. On se situe ici dans le domaine du leurre et de l’illusion.

En prônant le « fédéralisme de solidarité », le Premier ministre Elio Di Rupo est en retard d’une guerre. Il semble ignorer que la Flandre s’est résolument engagée, depuis 1999, dans la voie du confédéralisme.

La manière dont le Parlement vient d’adopter la révision « provisoire » de l’article 195 de la Constitution n’est pas digne de ce que l’on peut attendre d’un Etat de droit. En 1978, le Premier ministre Léo Tindemans n’a pas hésité à torpiller le Pacte d’Egmont en déclarant : « J’ai dit que la Constitution n’est pas pour moi un chiffon de papier. Je ne veux pas que des aventuriers de gauche ou de droite puissent invoquer demain un précédent de Tindemans pour justifier leurs actes. »

La récente visite du ministre-président flamand, Kris Peeters, au Myanmar, révèle que l’intéressé entend clairement se profiler à l’étranger comme le chef d’un véritable Etat souverain. Il n’a que faire de l’échelon fédéral et des autres entités fédérées.

Quant aux derniers sondages, ils indiquent que la mouvance nationaliste en Flandre poursuit son irrésistible ascension et que Bart De Wever est en passe de remporter l’ultime bataille belge : permettre, à très court terme, l’envol d’un Etat-nation « Flandre ».

Lors de la mise en place du gouvernement Di Rupo, les observateurs, tant flamands que francophones, ont unanimement reconnu qu’il reposait sur du sable. On en aura très vite la confirmation.

Il suffit de relire certains éditoriaux flamands pour comprendre que la façon dont BHV sera scindé n’agrée pas la Flandre et que les élections communales d’octobre engendreront de nouvelles tensions dans la périphérie. Je n’exclus pas, pour ma part, des actes de violence.

Il ne faut pas être Madame Soleil pour réaliser le caractère inéluctable de la scission du Royaume de Belgique, conçu naguère de manière tout à fait artificielle pour des raisons strictement diplomatiques. René Magritte aurait pu réaliser un tableau « Belgique » intitulé « Ceci n’est pas un pays ! »…

La Wallonie continue à stagner dangereusement et les écarts avec la Flandre ne cessent de s’accroître, notamment au niveau du chômage et du commerce extérieur. En 2010, la Flandre a exporté, hors transit du gaz naturel, pour 164,4 milliards €, contre 38,7 pour la Wallonie. Ces chiffres parlent d’eux-mêmes.

En l’espace de dix ans, la Région wallonne a connu six plans de redressement sans enregistrer de résultats notoires. Les économistes Robert Deschamps (FUNDP Namur) et Pierre Pestieau (ULg) ne constatent que de timides frémissements.

Il ne faut pas tourner autour du pot. La Wallonie souffre fondamentalement d’une hypertrophie politico-administrative, à laquelle le PS est loin d’être étranger. Il est impératif d’entreprendre un vaste chantier de rationalisation, notamment au niveau des organismes publics et des structures de l’enseignement.

Les analyses menées depuis deux ans par le Gewif (voir le site www.gewif.net), avec le concours d’experts avisés, montrent clairement qu’en cas de démantèlement de la Belgique, un Etat wallon indépendant et un Etat Wallonie-Bruxelles ne constituent pas des options réalistes et financièrement viables. De même, une assimilation totale à la République française ne pourrait être envisagée dans un premier temps, en raison de différences notoires notamment au niveau de l’enseignement et des syndicats-mutuelles. En revanche, une union intégration, avec un statut particulier que permet une Constitution française fort souple, serait tout à fait possible, moyennant évidemment un référendum de part et d’autre.

Un tel référendum ne devrait pas poser problème.

Au sein de l’Hexagone, les PME wallonnes, fer de lance du redressement économique, se trouveraient valorisées. Aujourd’hui, toutes les régions françaises connaissent un PIB supérieur à celui de la Wallonie. Quant à la France, elle accroîtrait, de manière tout à fait pacifique, son territoire et sa population. Un élément non négligeable dans le contexte européen actuel.

Le nouveau président du Parlement wallon serait bien inspiré en invitant l’institution à faire ce que son pendant flamand a fait en 1999 : engager un vaste débat sur l’avenir de la Région. Un tel débat, à l’instar des études effectuées par le Gewif, ne pourrait déboucher que sur l’impérieuse nécessité d’approcher au plus vite les Autorités françaises.

Par ailleurs, il convient de noter que la Wallonie manque cruellement de leaders charismatiques, capables de mobiliser la population. Or, sans cette mobilisation, rien de durable ne pourra être entrepris.

Wallonnes, Wallons, indignez-vous ! Contraignez les responsables politiques à prendre d’urgence les mesures nécessaires et à cesser les petits jeux partisans.

Jeunes de Wallonie, engagez-vous pour faire passer par la Wallonie un souffle créateur ! Il y va de votre avenir !

Comme le disait le général de Gaulle : « Tâchez de vous trouver des chefs jeunes qui diront la vérité au peuple et qui mobiliseront ce qui en reste. (…) Rien n’est jamais définitivement perdu dans la vie des peuples si ses dirigeants ne s’abandonnent pas au faux fatalisme de l’histoire. »

(1) Derniers ouvrages parus : « Le petit guide de l’après-Belgique » (Mols, 2010) et « On l’appelait Belgique » (Mon Petit Editeur, 2011).

La dynamique flamande

Il suffit de s’informer pour saisir la dynamique flamande. André Dumont fait le point sur ce qu’il a lu récemment dans le journal Le Soir à ce propos. Il va sans dire que la Wallonie est concernée.

10 & 11 mars : Exportation

La Banque Nationale cite les chiffres à l’exportation belge pour l’année 2011 : 82,54 % pour la Flandre, 15,51 % pour la Wallonie et 1,95 % pour Bruxelles. Ces chiffres représentent une augmentation de 11,6 % pour la Flandre, par rapport à l’année 2010. Kris Peeters déclare : « La Flandre reste le moteur de l’économie belge. »

12 mars : Elections communales d’octobre 2012

Sondage Ipsos-Le Soir : « La Flandre est en route vers la révolution d’octobre ! » Crédité de 38,4 % des votes et d’un potentiel de 50,8 %, le parti de Bart De Wever, la N-VA, écrase tous les autres partis de Flandre. En additionnant les résultats du CD&V (15,7 %), du SP.A (13,3 %) et de l’Open VLD (10 %), vous obtenez le vote de la N-VA.

13 mars : Affaires étrangères

Profitant d’une délégation économique au Vietnam conduite par le Prince Philippe, Kris Peeters, Président du gouvernement flamand, a brûlé la politesse au ministre des Affaires étrangères Didier Reynders en se rendant en Birmanie à la tête d’une délégation de 28 entreprises flamandes.

14 mars : Armée

Le député Bert Maertens (N-VA) et son collègue Jan Jambon (N-VA) se sont rendus en novembre dernier à La Haye pour explorer les pistes d’une coopération militaire belgo-néerlandaise. La N-VA met ainsi en avant un projet orangiste « d’armée des Pays-Bas ».

20 mars : Social

Le VOKA, l’association flamande des patrons flamands, a transféré son siège d’Anvers à Bruxelles. Cette étape s’intègre dans la nouvelle stratégie du VOKA : « augmenter sa force de frappe et son efficacité ».

26 mars : Armée

La flamandisation de l’armée progresse : 7 généraux sur 10 sont néerlandophones. 80 % des représentations militaires internationales (EU, OTAN, Eurocorps) sont néerlandophones. 3 composantes de l’armée (Air, Terre, Médicale) sont néerlandophones, 1 composante (Marine) est francophone à Ostende… Les dernières nominations sont intervenues le 12 mars 2012.

29 mars : Sidérurgie

Avec la fermeture définitive de Carsid à Charleroi, c’est le dernier haut-fourneau wallon qui disparaît. Sidmar à Gand maintient ses activités et augmente sa production.

29 mars : SNCB

Malgré une superficie plus petite, la Flandre bénéficie d’un réseau ferroviaire plus étendu qu’en Wallonie, alors qu’en 1980 la Wallonie disposait de 350 km de voies supplémentaires.

30 mars : Institutionnel

A la demande de la N-VA, la réforme de l’Etat s’accélère. Priorité : scission de BHV, nomination des bourgmestres et financement de Bruxelles. Les textes de lois sont prêts : 200 pages en modifications constitutionnelles et législatives. « Document historique », déclare Melchior Wathelet qui savoure la défaite des francophones.

30 mars : Football

Les présidents des 6 premiers clubs de la D1 du football belge sont d’accord pour envisager un championnat commun avec les Pays-Bas. Ce sera la Be.Ne.Liga.

Peut-être est-il encore opportun de rappeler ces propos de Charles de Gaulle : « C’est un drame pour le peuple wallon, dont le passé est si remarquable, de dépendre aujourd’hui d’un autre peuple qui ne fera rien d’autre que de l’étouffer en attendant de l’absorber un jour. »

A SUIVRE…

Ce que José Fontaine en dit

José Fontaine est, notamment, chroniqueur sur le site québécois Vigile.net. A l’attention des souverainistes québécois, il a commenté le numéro de la revue française Economies et sociétés consacré à L’après-Belgique (lien). Nous reprenons l’intégralité de son texte. On sait combien José Fontaine est attaché à la reconnaissance de la Wallonie. Sur ce point, nous le suivons, mais nous pensons que la Wallonie a besoin de la France pour s’affirmer. 

La revue Economies et sociétés a publié un numéro hors série consacré à L’après-Belgique qui peut être aussi considéré comme constituant les actes d’un colloque du Cercle Condorcet de Liège qui eut lieu l’an passé en avril. Le numéro est très bien introduit par le professeur Jules Gazon qui a supervisé l’ensemble du numéro avec une très grande honnêteté intellectuelle.

Les conséquences d’une scission de l’Etat belge sur la Wallonie

Le Professeur Mignolet qui fait partie du groupe informel 4P3U (quatre partis, trois universités, groupe à l’intérieur duquel scientifiques wallons et dirigeants politiques s’échangent les informations utiles) signe un article dont le titre est celui de ce paragraphe. Les écarts de revenus entre habitants des trois Régions du pays sont les suivants : « En 2008, quand un Wallon disposait en moyenne de 90,5 €, un Flamand en comptait 106,1 et un Bruxellois 95,8. » (J.Mignolet, in Economie et Sociétés, p.1973). Les écarts seraient plus grands s’ils n’étaient pas corrigés par la redistribution via les impôts et la sécurité sociale (qui, fondée en 1944, du temps de l’Etat unitaire belge, demeure nationale). Les transferts régionaux qui s’opèrent en Belgique via les impôts et les cotisations sociales sont importants, bien qu’ils soient égaux voire même en deçà de la moyenne des transferts entre Régions à l’intérieur de l’Europe. Mais selon le professeur Mignolet, les montants des transferts interrégionaux ne sont pas indicatifs de la situation dans laquelle se retrouverait par exemple la Wallonie (qui bénéficie de ces transferts), si comme chacune des autres régions elle « se retrouvait nantie des seules recettes qu’elle génère sur ses résidents et était confrontée aux besoins pris en charge par le pouvoir fédéral (services publics, allocations sociales) » (p.1978). Toujours selon le professeur, seul le concept de solde primaire est approprié pour répondre à cette question. Le solde primaire mesure l’écart entre recettes et dépenses courantes et en capital avant paiement des intérêts de la dette publique.

La suppression totale de l’Etat belge entraînerait un bonus de 1,2 milliard d’ € pour Bruxelles, de 11,7 milliards pour la Flandre et un malus de 2,7 milliards pour la Wallonie, un malus correspondant à 3,5% du PIB wallon. Mais il ne s’agit pas des soldes primaires totaux, car il faudrait ajouter aux excédents (flamands) ou aux impasses (wallonnes) budgétaires (consécutifs à l’abandon des recettes détenues par l’Etat fédéral), le solde primaire propre à chaque Région suite à l’exercice des compétences régionales et communautaires qui lui échoit. Et pour obtenir le solde net à financer de chaque région, il faudrait en outre soustraire la fraction des intérêts de la dette publique attribuée à chacune des régions. De toute façon, la Wallonie se trouverait considérablement appauvrie. D’autres économistes ont fait valoir que cela constituerait pour les Wallons une diminution de 15 à 20% de leur standing de vie. Mais ils ajoutent aussi que la Wallonie est la meilleure cliente des produits flamands et que la Flandre n’aurait pas avantage aux difficultés financières de son meilleur client. Certains économistes prônent qu’en cas de scission totale, les Régions se partagent la dette publique belge en proportion du PIB de chacune des Régions. Ou aussi prônent que les Régions organisent un partage efficient des risques créés par la scission de l’Etat belge.

D’une certaine façon, on pourrait dire que le professeur Mignolet – et/ou les économistes qu’il cite – envisagent donc les choses comme ayant à se poursuivre dans le cadre actuel – même radicalement transformé comme d’ailleurs ce sera le cas avec la dernière réforme de l’Etat belge – des trois Régions belges et de l’Etat fédéral qui les encadre ou… ne les encadrerait plus.

Politiquement, j’ai, en un certain sens, défendu le même point de vue dans cette revue sous le titre Un séparatisme wallon paradoxal, article co-signé avec Xavier Dupret qui souligne pour son compte l’importance de l’épargne des ménages wallons (160% du PIB, ce qui est plus important que l’épargne des ménages en Hollande ou en Allemagne).

D’autres points de vue

Jules Gheude, par exemple, estime (ce que le professeur Mignolet se refuse lui à calculer, pensant que c’est impossible), qu’en cas d’indépendance de la Wallonie, le ratio dette /PIB serait de 150% et que les prestations sociales devraient baisser de 20%. Nicolas Thirion pense que la meilleure solution serait le rattachement pur et simple de la Wallonie à la France, mais que cela se heurterait à l’intérêt des élites selon le principe qu’un dirigeant politique souhaitera toujours être le premier dans son village (ou dans les premiers), que le second à Rome.

Michel Quévit, lui, propose, comme solution de remplacement – éventuelle vu le nationalisme flamand – une union entre Bruxelles et la Wallonie dont il assure que tous les chiffres militent en faveur de sa viabilité. Si l’on additionne le PIB wallon et le PIB bruxellois, on atteint un PIB par habitant de l’entité Wallonie-Bruxelles supérieur à celui de la Flandre ou, pour s’exprimer dans les mêmes termes que Michel Quévit, on en arriverait à une situation où Bruxelles et la Wallonie atteindraient ensemble le « même niveau de développement que la Flandre » (p. 2050).

La proposition de Jacques Lenain est encore différente. Comme les autres options rattachistes, elle est fondée sur l’idée que la Wallonie ne pourrait pas s’en sortir seule. Mais Jacques Lenain est un haut fonctionnaire français qui connaît très bien la façon dont fonctionne la Belgique et il estime que Bruxelles et la Wallonie ensemble – ou si ce n’est pas possible la Wallonie seule – doivent devenir des régions de France mais conservant l’essentiel de leurs compétences actuelles (en raison des traditions sociales et politiques – très différentes dela France – de ces deux régions). Il ne dit cependant pas que cet essentiel se verrait amputé de la capacité de la Wallonie de signer des traités ni du rôle que joue la Wallonie au niveau européen où, avec la Flandre (ou avec la Flandre et Bruxelles), elle fixe la position de la Belgique dans tous les domaines où elle est compétente. Dans le projet de Jacques Lenain, tout cela serait assumé parla France. Or, au nom de quoi la Wallonie devrait-elle perdre cette capacité qu’elle a de se rendre présente dans le monde même si c’est modestement ? Notamment dans le monde africain francophone (Afrique noire et Maghreb)… Dans les échanges que j’ai eus avec lui, Jacques Lenain estime que cette capacité internationale de la Wallonie n’existe que sur le papier. Mais il le fonde un peu sur la façon dont la France envisage la chose, du moins officiellement.

Il est vrai que dans les accords politiques entre la Wallonie et la France, la France (comme par exemple dans le traité sur la Meuse), exige que la signature de la Belgique s’ajoute à celles des entités fédérées belges seules compétentes dans le domaine de la gestion du fleuve, mais cet ajout n’est cependant qu’un ajout formel, ce que l’on peut vérifier par le fait que la participation « belge » (Flandre, Wallonie et Bruxelles, donc les régions) est au total de 49,5 % du financement de ce traité mais que l’Etat fédéral n’y prend qu’une part, plus symbolique qu’autre chose, de 0,5 points. Il me semble aussi que l’on peut dire que la France répugne comme Etat à considérer qu’une entité fédérée devrait être prise en compte (la France n’a agi autrement – et autrefois hélas ! – qu’à l’égard du Québec). Alors que ce n’est pas le cas d’autres Etats souverains recevant le Président wallon comme un homologue, comme récemment les Pays-Bas ou la Tunisie.

Le travail de Michel Quévit

Michel Quévit a remis sur le chantier son grand travail historique et sociologique sur la façon dont la Flandre a pu profiter de l’Etat belge. Il arrive que certains disent que ce travail ne portant que sur le passé, n’a pas d’intérêt directement pragmatique comme les travaux destinés à éclairer la manière dont la Wallonie pourrait ou non s’en sortir seule. Il faut cependant dire que le moteur le plus puissant du mouvement flamand, c’est bien un passé d’humiliation de la langue de la Flandre par – essentiellement, il ne faut pas s’y tromper – non la Wallonie ou les Wallons mais la bourgeoisie francophone belge, composée peut-être même majoritairement d’éléments flamands. C’est cette humiliation qui a mobilisé une nouvelle bourgeoisie – flamande celle-ci – qui, à la faveur de la position démographiquement (et donc politiquement) majoritaire de la Flandre dans l’Etat belge, a réussi à détourner une part disproportionnée des ressources publiques en faveur de son développement. Cette semaine, du fait de la fermeture du dernier haut fourneau de Wallonie, on a pu réentendre l’idée que la sidérurgie wallonne aurait dû se reconvertir plus tôt et ne pas être aidée. Pourtant, la sidérurgie wallonne s’est effectivement profondément reconvertie et ce que Michel Quévit montre, c’est que l’ensemble des industries flamandes – dont la plupart ne rencontraient aucune difficulté – ont bénéficié bien plus que la Wallonie des aides de l’Etat belge. Des aides dispensées seulement (et injustement !) en raison de l’idée que des francs investis en Wallonie devaient l’être également en Flandre. Je me permets d’insister sur cela en raison de la clarté de l’exposé de Michel Quévit. Mais aussi parce que la perception générale en Wallonie est faussement l’idée que ce serait celle-ci qui aurait été assistée dans l’Etat belge alors que Quévit a clairement montré le contraire dans cet article de 2011 où il reprend les grandes lignes de son livre de 2010.

Bernard Wesphael quitte ECOLO

Comme il l’avait annoncé, après 15 jours de réflexion, Bernard Wesphael a pris sa décision : il quitte Ecolo.

C’est un homme de convictions qui quitte un parti qui a rejoint depuis des années déjà  les pratiques des partis traditionnels francophones. A l’instar de ceux-ci, Ecolo est entré dans le système belge et en a épousé les tares : participation au pouvoir à n’importe quel prix, pouvoir absolu des présidents de parti tuant tout débat, collusions entre petits amis, cabinets pléthoriques, attachement effréné à une Belgique fédérale tournant le dos aux intérêts des régions wallonne et bruxelloise, mais qui a l’avantage de préserver les rentes de situation.

Où  sont les dirigeants d’Ecolo  qui ont vécu il y a une trentaine d’années la belle aventure de faire de la politique « autrement » ?  

Bernard Wesphael ne pouvait plus respirer dans un parti qui ne respectait plus le droit d’exprimer ses spécificités. Il a eu le courage politique d’en tirer les conséquences qui s’imposaient : merci, Monsieur Wesphael, et bonne route dans la voie que vous choisirez.

J’imagine bien que vous aurez à cœur de mettre l’Humain au sommet de vos préoccupations. J’imagine aussi que vos choix s’inspireront du siècle des Lumières et que les mots liberté, égalité, fraternité et laïcité de l’Etat seront votre ligne d’horizon.

 Paul Durieux  

Le communiqué de Bernard Wesphael

Voici le texte du communiqué que Bernard Wesphael a adressé à Belga :

« Combattant de la première heure de l’écologie politique et membre fondateur du parti, je quitte Ecolo aujourd’hui. Mais je le fais sans animosité, sans amertume et sans remords.

Au risque de décevoir les amateurs de politique spectacle, il ne faut pas compter sur moi pour invectiver ce parti qui fut le mien.

J’estime sincèrement que le combat écologiste garde sa pertinence et sa légitimité. Je pense cependant ne plus avoir ma place au sein d’Ecolo car ma conception de l’action politique ne correspond plus à celle de ses cadres.

Je pars sans animosité, en particulier à l’égard du peuple Ecolo, tous ces militants souvent formidables auxquels je dois mon parcours politique jusqu’à ce jour, en particulier à Liège. Je les respecte profondément, je leur conserve toute mon affection et je leur dis toute ma gratitude.

Certains se diront « bon débarras ». D’autres, en revanche, ne comprendront pas. En particulier, celles et ceux qui partagent les valeurs de progrès que nous avons si longtemps défendues ensemble, au sein du parti.

Pour eux, je suis sincèrement désolé. Néanmoins, je leur demande de comprendre que mon départ est non seulement une objection de conscience, mais aussi une façon d’honorer nos valeurs et de me respecter moi-même.

Je pars sans réelle amertume car la politique est d’abord un rapport de forces. Chez Ecolo, aussi. Je tire donc toutes les conséquences du match triangulaire du 4 mars dernier. Mais il est vrai que j’ai cru jusqu’au bout que, dépassant ce simple rapport de forces, les dirigeants d’Ecolo seraient capables d’assumer le pluralisme des tendances, au sein du parti, en attribuant les fonctions d’influence de façon à tenir compte de toutes les sensibilités présentes.

Soyons de bon compte, j’ai aussi pris des risques en raison de certaines positions qui ont déplu, notamment sur la laïcité de l’Etat, dans un contexte dangereux de replis identitaires.

La fondation d’Ecolo m’a, en tout cas, offert une aventure hors du commun, celle de faire partie des pionniers de l’écologie politique. Ce fut une expérience exceptionnelle pour quelqu’un qui n’avait, à cette époque, pas spécialement un bagage le prédisposant à pareil cheminement, hormis l’ambition d’améliorer le monde. Je n’ai pas perdu cet enthousiasme. J’ai été, je suis et je resterai un défricheur de possibles.

Enfin, je pars sans remords parce que j’ai l’intime conviction de m’être donné à fond durant plus de trente ans pour faire de la politique « autrement » et parce qu’il n’est pas, mes amis le savent bien, dans ma nature de m’apitoyer sur mon sort. Comme chacun d’entre nous, j’ai fait des choix, certains plus heureux que d’autres. Je les assume tous, sans exceptions.

Changez tout ! Tel est le titre de mon dernier livre. Aujourd’hui, j’entame la première page d’une nouvelle tranche de vie. Il est une chose qui ne changera pas. Je continuerai à consacrer mon énergie à oeuvrer pour un monde meilleur et donc à changer ce qui doit l’être.

Changeons donc tout ! Je quitte aujourd’hui Ecolo, non comme un homme affaibli mais comme une personne retrouvant sa liberté absolue de pensée et prenant son envol vers de nouveaux défis. J’en dirai davantage, d’ici quelques semaines, sur la forme concrète que revêtira ce renouveau.

Mon cap est déjà tracé. A cet égard, j’entends évidemment ne renoncer à aucun combat. J’œuvrerai, comme par le passé, à la réduction des inégalités sociales croissantes et absolument incompatibles avec la pérennité de nos démocraties. Je favoriserai également une citoyenneté vivante et revendicatrice.

Sur le plan économique, fidèle au « non » que j’ai opposé au Traité constitutionnel européen en 2005, je continuerai à émettre des propositions visant à mettre au pas la finance et la spéculation. Enfin, je poursuivrai mon travail de longue haleine pour la bonne gouvernance, un meilleur cadre de vie et le redressement de la Wallonie. »

Bien sûr, nous ne savons rien des projets de Bernard Wesphael, mais celui-ci intéresse manifestement Jean-Luc Mélenchon : voir, à ce sujet, l’article de La Libre.

Réponse de Bernard Wesphael : « Il y a une proximité très grande entre Jean-Luc Mélenchon et moi. Je trouve son combat admirable avec le front de gauche. Si j’étais Français, je voterais Mélenchon. » A l’égard du PTB, le ton de Bernard Wesphael n’est pas du tout le même. (Voir l’article du Soir.)

La Wallonie avec la France en Europe et dans le monde