Archives pour la catégorie Revue de presse

Le 11 novembre, la Flandre indépendantiste s’exprime

Lu ce 11 novembre sur le site de la RTBF : 

Le président du parlement flamand, Jan Peumans (N-VA) a critiqué l’Europe samedi lors de son discours annuel prononcé à l’occasion du pèlerinage de l’Yser à Dixmude à la suite de la crise en Catalogne, pointant surtout du doigt la non-reconnaissance par l’Union européenne de la région espagnole comme nation.

Ce pèlerinage, qui rend hommage aux soldats morts pendant la première guerre mondiale, est aussi un rassemblement traditionnel des indépendantistes, qui y voient une occasion de saluer les soldats flamands envoyés à la mort par un état-major francophone.  » (…)

« Le gouvernement Rajoy nie les aspirations démocratiques de 7,5 millions de Catalans d’une manière qui nous rappelle ce qui est arrivé à la Flandre il y a environ 100 ans, lorsqu’elle a réclamé davantage d’égalité,(…). (…). »

M. Peumans a également critiqué l’attitude de l’Europe. (…) « (…) une nation qui se sépare de son Etat central disparaitraît automatiquement de l’Union européenne. De telles menaces traduisent une approche de la carotte et du bâton, insufflée par des dirigeants réactionnaires. (…) Visiblement, cela ne correspond pas à la vision de la génération actuelle des dirigeants européens, (… )Leur politique mène à une suprématie malsaine de quelques grands blocs de pouvoirs en Europe », a-t-il conclu.

Le président du comité de pèlerinage, Paul De Belder, s’est également exprimé et a tracé un parallèle entre la Flandre de 1917 et la Catalogne actuelle. « Aux demandes des Flamands pour plus d’égalité,  la réponse de l’ancien establishment belge a été la même que celle de l’Espagne actuelle soi-disant démocratique : la répression, rien de plus ».

M. De Belder ne comprend pas pourquoi l’Europe n’agit pas davantage. (…) (…) (…) « Elle risque de perdre sa dernière once de crédibilité. »

Il a également prié le ministre-président flamand, Geert Bourgeois (N-VA)   de ne pas succomber aux diktats belges. « La Belgique n’a ici aucun droit moral à s’exprimer car elle est elle-même le résultat d’un putsch violent, commis par une minorité complètement illégitime, à l’encontre de toutes les constitutions possibles et des normes de droit international, sans le moindre référendum préalable ». (…)

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Lombardie, Vénétie, Catalogne… Même combat?

Valmy réagit à l’actualité.

Lu sur le site du VIF (source : Afp, mis en ligne le 22/10/17) :

Le président du Parlement européen, l’Italien Antonio Tajani, estime que l’Europe doit « craindre » la multiplication des petites patries, à l’heure où la Catalogne bataille pour son indépendance et où les régions italiennes de Lombardie et de Vénétie votent dimanche pour plus d’autonomie. (Entretien publié dimanche par le quotidien romain Il Messaggero.)

« C’est pourquoi personne en Europe n’a l’intention de reconnaître la Catalogne en tant qu’Etat indépendant. (…) L’ Espagne est par son histoire un Etat unitaire, avec de nombreuses autonomies, avec des populations diverses, qui parlent aussi des langues différentes, mais qui sont un Etat unitaire. (…) » 

Il  prend soin de distinguer le référendum catalan de ceux de Lombardie et de Vénétie, deux régions italiennes qui votent ce dimanche pour demander plus d’autonomie.  « D’abord,  ces deux référendums sont légitimes, ce qui n’était pas le cas en Catalogne. Et puis le référendum catalan était pour l’indépendance, alors que la Lombardie et la Vénétie demandent plus d’autonomie. Attention, donc, à ne pas interpréter les référendums de dimanche comme l’amorce d’une scission indépendantiste. »

Questions :

1) Depuis quand un référendum serait-il illégitime en démocratie?

2) Pourquoi l’Espagne serait-elle plus unitaire que l’Italie, alors que ces deux Etats se composent de régions autonomes?

3) Où se situe la frontière intellectuelle, en Catalogne, Vénétie et Lombardie, entre « indépendance » et « large autonomie financière »?

4) Où l’Italien Antonio Tajani place-t-il la problématique belge?

5) Rejetterait-il un référendum dans l’une des quatre régions linguistiques (Flandre (N), Wallonie (FR), Bruxelles (FR-N), Communauté de langue allemande ) composant le puzzle belge?

6) Considérerait-il le royaume de Belgique, fabriqué de toutes pièces par la force des armées étrangères depuis le 16e siècle jusqu’au 19e siècle comme unitaire à la sauce espagnole?

Il faudrait le savoir parce que la « culpabilité » de « l’Europe » dans la création de l’Etat belge est indiscutable!

La seule tactique pour donner la réplique à  cet « éminent » membre de l’Union européenne et à l’Union européenne, c’est d’étudier la réunion (fédérale ou confédérale ou unitaire sous une forme à déterminer) de la Flandre aux Pays-Bas et de la Wallonie à la France. Y penser, c’est l’essayer…

Valmy

Zemmour, la Belgique et les belgicains

Le très controversé Eric Zemmour a évoqué la fin prochaine de la Belgique. Il devait forcément se trouver quelqu’un pour lui voler dans les plumes. Mais quand on répond à des affirmations péremptoires par des propos non moins contestables ou simplistes, on n’élève pas le débat. C’est ce qui a fait réagir Jean-Luc Lefèvre.

Une opinion de Bruno Yammine, docteur en histoire, publiée sur le site de La Libre Belgique.

Petite leçon d’histoire à son intention : non, notre pays n’est pas né en 1830 du mariage de deux peuples !

Le polémiste français Eric Zemmour s’en est pris avec virulence à la Belgique (« La Libre Belgique », 14/10/2017). Selon lui, notre pays est une « création complètement artificielle qui va finir par se séparer entre Flamands et Wallons » (Quid de Bruxelles et des germanophones ?) Il évoque également la dislocation de l’Espagne et de l’Italie, tout en passant sous silence les courants nationalistes en Corse, en Bretagne, en Alsace, ainsi qu’en Catalogne française et en Pays basque français, qui devraient le toucher davantage.

De toute façon, les séparatistes répètent depuis belle lurette de tels propos. Il reste à examiner s’ils correspondent pour autant à la vérité. La Belgique est bel et bien une création artificielle. Cependant, les 193 Etats membres des Nations unies sont tout autant des créations artificielles, pour l’excellente raison qu’aucun pays n’est le résultat d’une intervention divine, ni de la volonté de la nature. En effet, chaque Etat s’est construit par des actions humaines.

Probablement, le polémiste français a une idée sous-jacente lorsqu’il fait allusion à la prétendue nature « artificielle » de la Belgique. Il dépeint ainsi un Etat qui naquit en 1830 d’un prétendu mariage de deux peuples : les Flamands et les Wallons, un pays dessiné sur la carte par les grandes puissances d’alors, en tant qu’une espèce de tampon entre la France et la Prusse.

Celui qui pense que la Belgique est une création de 1830 doit considérer 1958 comme la date de naissance de la France. C’est en effet pendant cette année que ce pays instaura la Ve République. En réalité, la Belgique est devenue un pays indépendant, sous la forme d’une monarchie constitutionnelle, en 1830. Tout comme la France, elle est évidemment plus ancienne que la date à laquelle elle a adopté sa forme d’Etat la plus récente.

La plupart des pays européens se sont formés à partir d’une fédération de plusieurs Etats datant du Moyen Age. Des forces centralisatrices ont transformé en nations unifiées ces mosaïques de duchés, de comtés et de royaumes, au cours d’un processus qui a pris des centaines d’années et s’est déroulé tant en France qu’en Belgique.

Les Pays-Bas bourguignons, datant du XVe siècle, comprenaient en gros le territoire de la Belgique, du Luxembourg et des Pays-Bas. Ils furent scindés en deux à la fin du XVIe siècle. Il en résulta la formation de deux nations, une belge – sous tutelle habsbourgeoise (1482-1794) – et une néerlandaise. Déjà en 1789, une première révolution belge eut lieu, avec pour résultat la création des Etats-Belgiques-Unis. Après la restauration habsbourgeoise vint l’occupation française, qui se termina en 1814, au moment où les alliés qui se battaient contre l’armée de Napoléon proclamaient l’indépendance de la Belgique. Ensuite, les grandes puissances réunirent la Belgique et les Pays-Bas. Les clivages religieux et politiques précipitèrent la fin de ce royaume et provoquèrent l’instauration de l’Etat belge indépendant. Loin d’être un « Etat tampon », la Belgique actuelle elle s’est précisément séparée de l’Etat tampon susmentionné !

On ne peut que constater qu’en 1830 il n’y avait pas de Flamands, ni de Wallons. Ce n’est pas la Belgique, qui est le produit de la Flandre et de la Wallonie, mais l’inverse. Le mouvement flamand est né de l’enthousiasme provoqué par la révolution belge, ce qui a fait que les philologues se sont mis en quête de ce qui rendait la Belgique si unique. Dans le « nederduytsch » (le néerlandais), considérée depuis des siècles comme une langue nationale de la Belgique, ils trouvaient un tel élément. Bref, le mouvement flamand était dans sa première phase un courant inspiré par le nationalisme culturel belge.

Ce qui est encore plus important, c’est que la majorité écrasante des Belges veut à l’heure actuelle vivre en bonne entente dans un pays uni. Sans doute, il s’agit d’une vérité incommode pour certains, mais ce n’est pas pour des raisons idéologiques qu’il faut échafauder des mythes de la plus belle eau.

La réaction de Jean-Luc Lefèvre :

Cette opinion de Bruno Yaminne s’inscrit parfaitement dans l’air du temps trumpien ! Mais l’analyse historique, même pour un membre du B.E.B. comme Yaminne, exige plus de… déontologie, et moins de simplisme.

Quel condensé d’approximations dans une « opinion » qui n’est pas celle d’un historien, mais d’un histrion… comme Zemmour.

Des approximations bien cachées derrière des faits : tous les états se sont construits par des actions humaines, la plupart à partir d’une fédération datant du Moyen Age sous l’impulsion de forces centralisatrices… Certes! Mais l’état belge constitue une exception. Il est issu d’une décision humaine, bien entendu, mais qui, à la différence de tous les autres états européens, a été prise en-dehors du cadre géographique concerné, d’où  cette posture « nationale » éminemment artificielle en termes  de droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Tout le reste est à l’avenant, comme la condamnation sans appel de la naissance en 1830 de l’état belge, aussi sotte que le serait celle de la France en 1958, ce que personne jusqu’ici, sauf Yaminne, n’a  osé imaginer dans ses délires les plus fous.

Deux nations sur la voie de l’indépendance

Jacques Lenain attire notre attention sur l’article du quotidien Le Monde ci-après.

La position délicate des nationalistes flamands de Belgique face au référendum catalan

Par Jean-Pierre Stroobants (Bruxelles, bureau européen)

Membre du gouvernement fédéral belge qui soutient la position de Madrid, les nationalistes de la N-VA sont pourtant favorables à l’indépendance de la Catalogne.

Membre d’un gouvernement qui, comme tous les autres au sein de l’Union européenne, soutient officiellement la position de Madrid mais en même temps très favorable à l’indépendance de la Catalogne qui organise un référendum interdit dimanche 1er octobre, l’Alliance néo-flamande (N-VA) est contrainte au grand écart. Le parti de Bart De Wever se déchire entre sa participation au pouvoir fédéral belge et son objectif à terme : la séparation de la Flandre et de la Belgique.

Membre d’un gouvernement qui, comme tous les autres au sein de l’Union européenne, soutient officiellement la position de Madrid mais en même temps très favorable à l’indépendance de la Catalogne qui organise un référendum interdit dimanche 1er octobre, l’Alliance néo-flamande (N-VA) est contrainte au grand écart. Le parti de Bart De Wever se déchire entre sa participation au pouvoir fédéral belge et son objectif à terme : la séparation de la Flandre et de la Belgique.

Membre d’un gouvernement qui, comme tous les autres au sein de l’Union européenne, soutient officiellement la position de Madrid mais en même temps très favorable à l’indépendance de la Catalogne qui organise un référendum interdit dimanche 1er octobre, l’Alliance néo-flamande (N-VA) est contrainte au grand écart. Le parti de Bart De Wever se déchire entre sa participation au pouvoir fédéral belge et son objectif à terme : la séparation de la Flandre et de la Belgique.

Sortir de l’ambiguïté

« Vous voyez bien que la N-VA est devenue un parti bipolaire », souligne Hendrik Vuye, député dissident de la formation nationaliste. Ce professeur de droit constitutionnel à l’Université (wallonne) de Namur dénonce l’ambiguïté d’un parti qui, dit-il, défend la cause catalane mais « n’ose rien dire au sein du gouvernement [fédéral] ». Au parlement régional de Flandre, le groupe N-VA a tenté récemment de faire voter une motion dénonçant « la répression » exercée par Madrid en Catalogne. Ses alliés du parti chrétien démocrate CD & V s’y sont opposés.

Le chef du gouvernement fédéral, Charles Michel, n’est pas plus à l’aise. Lui qui a fait le pari de pactiser avec la N-VA pour sortir le royaume d’une crise inextricable s’est exprimé avec une évidente prudence sur le dossier catalan. « C’est une affaire interne espagnole. Si la question se pose au niveau européen, je défendrai certainement un point de vue », a-t-il indiqué en marge du sommet de Tallinn, auquel il participait, jeudi 28 et vendredi 29 septembre.

L’avenir de sa coalition pourrait, en tout cas, être déterminé par la suite des événements en Espagne. Pour beaucoup d’observateurs belges, une déclaration unilatérale d’indépendance prononcée par la Catalogne obligerait M. De Wever à sortir de l’ambiguïté et à soutenir officiellement ce projet. Ce qui ne manquerait pas de créer une situation intenable pour les autres partis néerlandophones et pour la formation de M. Michel.

Quelques réflexions de l’AWF

La Catalogne et la Flandre ne sont pas les seules nations à aspirer à l’indépendance. Nous pourrions y associer l’Ecosse, la Lombardie, … en ne pensant qu’à l’Europe.

Certains nous diront et la Corse, et la Bretagne, et l’Alsace, et le Pays basque, et l’Occitanie pour ne citer que cinq régions françaises à l’identité forte, voire très forte ?

La Corse a un statut bien particulier, sa langue est respectée et les citoyens corses se sont prononcés il n’y a guère pour refuser démocratiquement que plus de pouvoirs soient alloués à leur région.

L’Alsace conserve elle aussi un statut particulier et sa culture est respectée par la République française.

Quant à la Bretagne, elle cultive sans problème aujourd’hui une langue qui est bien vivante. Pour l’anecdote, je me souviens du chanteur Alan Stivell qui dans les années 70 n’avait de mots trop durs quand il évoquait la France. Aujourd’hui, il est le poète et le chanteur qui arpente les scènes de France et du monde pour mettre en valeur avec sérénité sa langue bretonne, mais aussi la Celtie dont fait partie la France.

Lors de compétitions sportives, les drapeaux bretons, basques, occitans font bon ménage avec leurs athlètes qui défendent les couleurs des Bleus.

En Belgique, je ne vous conseille pas d’aller supporter une équipe belge en arborant le coq wallon ou le lion flamand.  Seul, le noir, jaune, rouge peut exister. Très vite, vous serez obligé de  rendre votre drapeau invisible…!

Il serait réducteur de penser que seule la richesse de ces régions soit le moteur égoïste de leur soif d’indépendance. Un regard approfondi dans l’histoire de la Catalogne donne autant de motivation sinon plus d’obtenir un avenir qui lui appartient.

La réaction brutale du premier ministre espagnol a fait resurgir d’autre part les années sombres du franquisme et de la guerre civile espagnole, ce que n’ont pas manqué de relever nombre de journalistes peu suspects d’être des fanatiques de l’indépendance de la Catalogne.

Paul Durieux

Les routes s’affaissent, le modèle belge aussi

Vous avez peut-être lu l’éditorial de Béatrice Delvaux du 19.09.17  dans le quotidien « Le Soir ». L’intérêt de cet éditorial Comment ajouter du chaos au chaos vaut son pesant d’or car en face, de l’autre côté de la frontière, les éditorialistes regardent les événements soit effarés d’incompréhension soit comme le chat observant la souris. A cet effet, veuillez trouver en annexe un article du Tijd assez interpellant : Les routes s’affaissent, le modèle belge aussi

Pour une collaboration renforcée avec la France

On ne peut pas encourager des synergies entre l’armée belge et l’armée hollandaise puis fermer la porte aux propositions de collaboration venant de la France : interrogé ce soir par Eddy Caekelberghs sur la Première, André Flahaut, qui exerça pendant plus de huit ans les fonctions de Ministre de la Défense, a mis en évidence le parti pris flamand de ses successeurs. Cette interview faisait suite à une carte blanche du même André Flahaut, publiée notamment sur les sites du Soir et du Vif/L’Express. Nous sommes autorisés à en reproduire le texte.

Remplacement des F-16 : une opportunité européenne à saisir

Dans l’actuel contexte stratégique, le gouvernement fédéral et les entités fédérées ont tout intérêt à examiner sérieusement, et de façon conjointe, l’offre de partenariat formulée par la France en marge de la réunion européenne qui s’est tenue ce jeudi 7 septembre à Tallinn (Estonie).

Outre le remplacement de nos anciens F-16 par les Rafales de Dassault Aviation, la proposition du gouvernement français ouvre de nouvelles voies pour la Défense belge, mais aussi pour l’Europe. En effet, la coopération structurante qui nous est offerte vise, par-delà la fourniture d’avions de combat, le développement, le partage et l’amélioration réciproque des « capabilités techniques » ayant trait à des aspects opérationnels, de formation et de soutien. Florence Parly, Ministre française des Armées, pointe aussi les « possibilités de coopération industrielle et technique » qu’un partenariat de ce type viendrait alimenter pour les entreprises de nos deux pays.

Tandis que le Royaume-Uni négocie sa sortie de l’UE (prévue pour mars 2019), ce qui la met de facto en retrait de la Politique européenne de Sécurité et de Défense (au sein de laquelle elle a d’ailleurs souvent représenté un frein), une redéfinition du paysage militaire et stratégique s’impose plus que jamais aux acteurs de l’Europe unie. Il va nous falloir faire face à des mouvements de personnel et de matériel au sein des 22 pays qui sont aujourd’hui à la fois membres de l’OTAN et de l’UE. Sans doute y a-t-il ici une chance à saisir pour remettre à flot la Défense de l’Europe : la rendre plus efficace, plus cohérente, et surtout plus lisible. L’enjeu s’avère d’importance à l’heure du Brexit et de Trump. Le partenariat « de gouvernement à gouvernement » proposé par la France constitue, à cet égard, un jalon notable et une occasion à saisir.

Au moment où la France et l’Allemagne cherchent, semble-t-il, à relancer la coopération européenne en matière de Défense en l’élargissant à d’autres États – l’Italie et l’Espagne, notamment -, l’offre française, qui pourrait également concerner le Luxembourg, représente une opportunité unique de participer à un tel processus de relance. Ceci étant, l’Europe de la Défense que j’appelle de mes vœux doit être pensée comme complémentaire à l’OTAN, et non dans une optique de concurrence. Il en va de notre sécurité commune. C’est dans ce sens qu’il faut œuvrer ensemble.

Comprenons bien : le fait de partager les coûts, de mettre en commun les formations, de faire jouer les synergies dans un maximum de domaines représente, en matière de Défense, une voie privilégiée vers l’efficacité. En l’occurrence, le but est de dépenser mieux (non pas de dépenser plus), tout en s’attachant à rencontrer des priorités sociales, concrètes et en prise avec les exigences du temps. Il s’agit aussi d’être capable de répondre avec originalité et audace aux défis du futur – la lutte contre la pauvreté, par exemple. Une pauvreté qui, dans bien des cas, est source d’insécurité et d’instabilité à l’échelle internationale.

Cette façon d’opérer permettrait, à l’évidence, de questionner le besoin (ou peut-être l’absence de besoin) qu’a notre pays de se doter d’une flotte aussi importante d’avions de chasse. La sagesse n’est-elle pas, en effet, de s’inscrire dans une démarche fermement européenne où l’intégration et la coopération doivent primer ? C’est ce que nous avions fait au sein du gouvernement Verhofstadt lorsqu’il s’était agi de remplacer les avions-transporteurs C-130 Hercules et d’acquérir – via un projet européen – des Airbus A400M Atlas.

Cet aspect du problème est d’autant plus pertinent que les conflits classiques cèdent aujourd’hui du terrain face aux guerres asymétriques ou hybrides, et à la lutte contre le terrorisme. Dès lors, ne conviendrait-il pas de privilégier la prévention, le renseignement et la lutte contre tous les trafics (êtres humains, armes et drogue) qui, le plus souvent, transitent par des voies maritimes ? L’avenir est peut-être là. Enfin, les équipements électroniques dans le renseignement et les drones armés sont amenés à se développer, ce qui pourrait reléguer la chasse classique à l’arrière-plan.

Il n’en reste pas moins que le partenariat ambitieux et constructif proposé par la France constitue, à plus d’un titre, une exceptionnelle opportunité pour nos entreprises. Elle ne manquera pas d’offrir de nouvelles perspectives d’emploi dans nos Régions. Mieux, si l’accord devait se concrétiser, il viendrait renforcer l’autonomie stratégique de l’Europe en diminuant, au sein de l’OTAN, notre dépendance à l’égard des États-Unis. Lesquels souhaitent, de très longue date, un meilleur partage des charges financières et des risques opérationnels de part et d’autre de l’Atlantique.

Le gouvernement fédéral doit viser l’intérêt général de la Belgique et de toutes ses Régions. II est par ailleurs indispensable qu’il travaille à consolider l’Europe dans toutes ses dimensions par des actes concrets et pas uniquement par des discours.

André Flahaut

La Wallonie avec la France en Europe et dans le monde