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Sortie du nucléaire en 2025 ?

Valmy, parfait bilingue français-néerlandais, attire notre attention sur les deux articles suivants :

Sortie du nucléaire en 2025: la question n’est plus « si », mais « comment ». Journal  De Standaard.

15 décembre 2017 | Auteur : Bart Sturtewagen | Traducteur : Herve Voglaire Sanchez 

Alors que les quatre ministres, régionaux et fédéral, de l’Energie sont parvenus à se mettre d’accord en début de semaine pour signer un pacte énergétique prévoyant, notamment, la fermeture des dernières centrales nucléaires du pays en 2025, la N-VA a fait savoir qu’elle ne donnerait pas son feu vert, ni au niveau fédéral ni au niveau flamand.

Dans son communiqué, le premier ministre fédéral Charles Michel a adopté un ton acéré dont il n’est d’ordinaire pas coutumier. « Je ne laisserai personne torpiller le pacte énergétique », a-t-il assuré. Avant de poursuivre en évoquant une « exécution loyale de la loi » et la « bonne foi ». Autant de termes qui laissent peu d’espace aux négociations ou à une retraite honorable. Depuis que la N-VA a intégré le gouvernement, jamais elle n’avait à ce jour été mise aussi ouvertement sous pression par le premier ministre.

Tous les partis au pouvoir, tant sur le plan régional que national, sont concernés par le pacte énergétique interfédéral, qui prévoit à nouveau la fermeture des dernières centrales nucléaires à l’horizon 2025. La N-VA, de son côté, n’est pas convaincue que la production d’énergie fiable et abordable sera suffisante d’ici là si les deux dernières centrales venaient à baisser le rideau.

Si l’on se fie au passé, tout plaidoyer en faveur d’un délai supplémentaire s’avère insoutenable. Les premières décisions quant à la fin de l’ère nucléaire remontent à près de 15 ans en arrière, à l’époque du gouvernement violet-vert de Guy Verhofstadt. L’histoire nous apprend qu’il y a toujours une bonne raison d’attendre et que, avant que l’on ne s’en aperçoive, le délai fixé apparaît tout d’un coup intenable. S’ensuit alors systématiquement un énième report et une dynamique essoufflée. Voilà pourquoi il est urgent, à présent, de mettre les mains dans le cambouis. Ce n’est que sous la contrainte qu’une mission extrêmement difficile peut être menée à bien.

La N-VA rétorque qu’il est néanmoins insensé de suivre aveuglément la loi si celle-ci nous mène droit dans le mur. Les importants groupes de pression issus de l’industrie, tels que la FEB, sont sur la même longueur d’onde. Cette position a le mérite d’obliger les partisans du pacte énergétique à chiffrer la manière dont l’objectif ambitieux sera atteint. Le plus simple, en effet, consiste à signer un plan et d’en confier la mise en œuvre au gouvernement suivant, voire à la prochaine génération politique.

La politique de la montagne russe menée jusqu’à présent sape le dossier énergétique dans son ensemble. Ce sempiternel manège doit cesser. Et persuader la population que tout finira par s’arranger si chacun y met du sien, ce n’est pas sérieux. Il faut maintenant impérativement mettre les chiffres et les modèles qui démontrent la faisabilité du projet ainsi que les efforts nécessaires à sa réussite sur la table. Assez palabré.

En définitive, il est hors de question de laisser tomber l’objectif fixé en matière de sortie du nucléaire d’ici 2025. Cela fait bien longtemps que la question n’est plus « si », mais « comment ». Face à l’inéluctable, il est vain de jouer les prolongations.

La fermeture des centrales nucléaires coûtera minimum 30 milliards. Journal De Morgen.

2 janvier 2018 | Auteur : Jeroen Van Horenbeek | Traducteur : Fabrice Claes 

La fermeture de cinq centrales nucléaires suisses coûtera 20 milliards d’euros. La facture de la fermeture des centrales belges risque de se chiffrer à un montant nettement supérieur. Mais qui la paiera ?

Fermer une centrale nucléaire, c’est facile en apparence. Mais dans la pratique, ça l’est beaucoup moins. La déconnexion d’une centrale du réseau électrique ne constitue qu’une première étape sur une route très longue. Une fois que la centrale est à l’arrêt, nous pouvons retirer le combustible nucléaire hautement radioactif du réacteur et le stocker pendant plusieurs décennies, d’abord dans une piscine nucléaire, puis dans un container sur le site même. Et finalement, nous pourrons nous débarrasser du combustible dans une décharge nucléaire.

Le combustible, c’est une chose, mais les centrales en sont une autre. Un réacteur mis à l’arrêt, c’est comme un énorme hall rempli de tuyaux et de matériel éventuellement contaminés par des éléments radioactifs. Il faut donc tout contrôler et traiter avec le plus grand soin. D’après les experts, le démantèlement d’une centrale nucléaire dure plus de quinze ans. La fermeture d’une centrale et l’élimination des déchets nucléaires constituent des tâches herculéennes. Qui coûtent un certain prix.

En Suisse, on discute depuis des années de la fermeture de cinq centrales nucléaires (puissance totale : 3 200 mégawatts). Une nouvelle étude, menée à la demande de l’État helvétique, évalue le prix du démantèlement total à 20 milliards d’euros à l’heure actuelle. Avant de réaliser cette étude, les Suisses ont analysé le coût de la fermeture de réacteurs de pays étrangers, et l’addition est nettement plus salée que prévu.

Une tirelire pas assez remplie

La facture suisse pose donc aussi question sur la sortie du nucléaire en Belgique. La loi prévoit la fermeture de sept centrales nucléaires à Doel et à Tihange (puissance : 6 000 mégawatts) d’ici 2025. Pourtant, notre pays n’a procédé à aucune évaluation du coût de cette fermeture, et ce, tout simplement parce que le politique n’a pas encore décidé de la manière dont il entend stocker les déchets. Probablement dans le sol de la Campine, mais personne n’ose trancher.

Dans l’attente d’une décision, les exploitants des centrales nucléaires, à savoir Engie-Electrabel et dans une moindre mesure EDF Luminus, sont contraints, chaque année, de remplir une tirelire en vue du nettoyage à venir. Celle-ci contient à l’heure actuelle 10,1 milliards d’euros. La question est donc de savoir si la tirelire sera suffisamment remplie lors de la fermeture des centrales en 2025.

Les Suisses, dans leur étude, évaluent le coût à 6,2 millions d’euros par mégawatt. Étant donné que la plupart des réacteurs belges sont du même type que les réacteurs suisses, qu’ils ont le même âge et que les deux pays envisagent un stockage souterrain des déchets, il semble sage d’utiliser les mêmes prévisions que les Suisses. Par conséquent, la Belgique, avec ses 6 000 mégawatts, devra débourser quelque 37 milliards d’euros.

Par ailleurs, pour plusieurs sources proches du dossier nucléaire, une somme de 30 milliards d’euros ou plus serait « plausible ». S’il est bien trop délicat pour ces sources d’évoquer publiquement une telle somme, Eloi Glorieux, de Greenpeace, n’a aucun mal à s’exprimer sur le sujet : « Je prévois depuis des années que le coût du démantèlement des centrales nucléaires ne sera pas couvert par la tirelire que remplissent Engie-Electrabel et EDF Luminus. Il faut beaucoup plus d’argent. »

Glorieux craint qu’en définitive, ce soit le contribuable qui règle la différence. « Dans les années 80, c’était déjà le contribuable qui avait dû payer pour la démolition de l’usine de traitement de combustibles irradiés Eurochemic à Dessel. Et il en ira de même pour les centrales nucléaires. Les producteurs d’énergie tentent par tous les moyens d’échapper au pouvoir politique. En Allemagne, par exemple, les fournisseurs d’énergie E.ON et RWE ont l’intention d’isoler leurs activités nucléaires dans une bad bank qui pourra tomber en faillite, de manière à ce qu’ils n’aient plus à payer pour le nettoyage. »

Electrabel seule

Le gouvernement allemand a empêché cette pratique. En Belgique, la question n’est pas à l’ordre du jour, mais pour combien de temps ? Le groupe français Engie envisage notamment une isolation de sa filiale belge Electrabel. Dans ce cas, l’énorme héritage du nucléaire reviendrait à Electrabel seule. La société sera-t-elle alors à même d’assumer ses responsabilités financières ? Dans la négative, l’argent devra venir d’une autre source. En d’autres termes : de l’État, c’est-à-dire du contribuable.

La ministre fédérale de l’Énergie Marie Christine Marghem (MR) promet de « se pencher sur l’étude suisse » et se refuse à tout autre commentaire. Pour Engie-Electrabel, il est difficile d’appliquer le mode de calcul suisse à la Belgique. « Quoi qu’il en soit, la loi est claire : Engie-Electrabel paiera pour le démantèlement des centrales nucléaires, assure Anne-Sophie Hugé, la porte-parole de la société. Nous respectons cette obligation, et nous continuerons de le faire. »

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Le rayonnement de la France

Non, il ne s’agit pas d’écrire un article sur des temps à jamais révolus, parce qu’on refuserait de voir le monde qui change.

En cette fin d’année 2017, alors que le « modèle belge » est à l’agonie, le Courrier international s’est penché sur ce qu’il appelle « le bel automne français ». On y apprend que « dans le classement Soft Power 30 », établi par deux institutions américaines, « la France a très poliment ravi la première place aux Etats-Unis, devenant ainsi le pays le plus influent de la planète ».

Et aussi : « Le quotidien économique allemand Handelsblatt a attribué le titre de ‘personnalité de l’année’ à Emmanuel Macron. L’article consacré au président français est rédigé par l’ancien chef du Parti social-démocrate Sigmar Gabriel, qui voit en lui ‘une chance pour l’Allemagne et pour l’Europe' ». Selon le Handelsblatt, en récupérant le siège de l’Autorité bancaire européenne en novembre, la France a montré  « pourquoi elle, et non l’Allemagne, pourrait bientôt diriger la finance européenne ».

Bien sûr, il est beaucoup question d’Emmanuel Macron dans les articles rassemblés par le Courrier international. Sur la question climatique, « Macron dicte l’ordre du jour, revendique le monopole de la juste interprétation et veut être le maître du jeu », écrit-on dans le quotidien allemand Die Welt. Le New York Times, pour sa part, juge que la diplomatie française comble le vide laissé par les Etats-Unis dans le monde arabe : « Il y a un an, personne n’aurait imaginé qu’Emmanuel Macron puisse être le visage de la diplomatie occidentale au Moyen-Orient. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. »

Dans le magazine Foreign Policy, dépendant du Washington Post, on s’est intéressé à la récente inauguration du Louvre Abou Dhabi. Voici quelques extraits de cet article :

« Quand il est arrivé aux Émirats, peu après un discours prononcé par Trump à Séoul contenant une menace militaire directe contre la Corée du Nord, Macron avait un message très différent à adresser à ses hôtes. Il les a invités en substance à savourer non seulement les vins et les produits  de luxe de la France, mais aussi et surtout sa culture et les valeurs universelles et humanistes qui sont les siennes. (…) »

« L’œcuménisme militant de Macron était lourd de sous-entendus. En affirmant que ‘de manière indétricotable, irréductible, nos religions sont liées, nos civilisations sont liées’, il a dénoncé ‘ceux qui veulent faire croire, où que ce soit dans le monde, que l’islam se construit en détruisant les autres monothéismes’. La France, a-t-il souligné, ‘doit être à vos côtés pour lutter contre tous les obscurantismes’. Pas besoin d’être historien pour apprécier l’habileté avec laquelle Macron rattache l’héritage culturel de la France aux événements actuels.

« Évoquant la lumière qui filtrait depuis le désert et la mer environnants à travers l’immense dôme ajouré, Macron tenait sa transition vers le siècle des Lumières, la lumière de la raison. Avec un admirable culot, le président en a profité pour promouvoir l’enseignement du français dans les écoles émiraties, affirmant : ‘Le français, c’est la langue de la raison, c’est la langue de la lumière’. »

A côté de ça, « Macron ne craint pas d’incarner le hard power de l’armée française. Dans un style gaullien, il a déclaré lors de sa visite sur la base navale 〈française d’Abou Dhabi〉 : ‘Notre présence ici est le signe d’une France qui tient son rang dans un ordre mondial profondément bousculé’. »  Militairement parlant, la France ne dispose évidemment pas de moyens comparables à ceux des États-Unis mais, bien décidée à combattre les djihadistes dans la bande sahélo-saharienne, elle « a convoqué un sommet international pour financer cette force antiterroriste et ‘le lobbyiste de service, Emmanuel Macron, a réussi à faire délier le cordon de la bourse à d’autres contributeurs' », écrit-on sur le site d’information burkinabé Wakat Séra, lequel précise que l’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis « s’engagent à injecter respectivement 100 millions et 30 millions d’euros ».

Dans Il Foglio, le quotidien milanais qui s’adresse à l’intelligentsia de la droite italienne, on est manifestement séduit par la France d’Emmanuel Macron :

« En Europe… il y a une oasis de bonheur qui s’appelle France. Où non seulement les populistes ne gagnent pas, mais où les astres se sont magiquement alignés, pour le bénéfice d’un pays qui n’a pas de problème de stabilité, ni de gouvernabilité, ni de leadership et qui, grâce à un système qui parvient à rassembler en faveur de quelque chose et pas uniquement contre quelqu’un, commence à récolter les fruits de son formidable soft power.

« Citons la conquête du siège de l’ABE, l’Autorité bancaire européenne, qui quitte le Royaume-Uni, une victoire arrachée à l’Allemagne. Et auparavant, la conquête de la direction de l’Unesco (avec l’ex-ministre Audrey Azoulay), la conquête des Jeux olympiques de 2024, la conquête de la Coupe du monde de rugby 2023 (une année importante, celle du bicentenaire de l’invention de ce sport)…

« En Europe, ces dernières années, nous avons appris à comprendre ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas, ce qui donne des résultats et ce qui n’en donne pas, ce qui menace le continent et ce qui le sauve, ce qui stimule la croissance et ce qui l’entrave. Mais quantité d’observateurs –et pas seulement en Italie- oublient souvent que, à côté des directions à éviter (souverainisme, populisme, nationalisme), il en est une qu’il faudrait suivre, et qui est aujourd’hui indiscutablement celle de la France.

« La France est aujourd’hui un petit miracle, non pas parce que les astres se sont alignés miraculeusement, mais parce que ceux qui la dirigent récoltent les fruits d’un système qui ne pouvait que trouver en Emmanuel Macron, 39 ans, un digne héritier de Charles de Gaulle. Le modèle français fonctionne parce que la France, depuis 1958, a choisi de miser sur un système qui permet de gouverner la fragmentation et qui empêche la fragmentation de gouverner le pays (‘Comment gouverner un pays qui possède 258 variétés de fromages ?’ aurait déclaré de Gaulle). (…)

« Pour ceux qui n’aiment pas la France (mais qui sont ceux qui aujourd’hui n’aiment pas la France ?), il est dur de l’admettre, mais à une époque de l’histoire où les partis qui ne se renouvellent pas meurent (et la France nous dit beaucoup sur l’avenir des partis socialistes) et où les systèmes institutionnels ne résistent pas à la multitude de variétés de fromages qui, après chaque élection, finissent au Parlement, les grands dirigeants d’Europe devraient trouver une manière de discuter d’une harmonisation institutionnelle dont on parle peu et qui mériterait peut-être plus d’espace dans notre débat public que les idioties sur la démocratie directe : qu’attendons-nous pour exporter le modèle français dans toute l’Europe ? (…)

« Si le soft power de la France fonctionne –et aujourd’hui, tous les classements sur le soft power nous indiquent que celui de la France fonctionne même mieux que celui des États-Unis, mais oui !-, ce n’est pas un hasard : la France a trouvé une manière efficace de gouverner ses 258 variétés de fromages. Et, peut-être, lors de la prochaine campagne électorale dans notre pays, y aura-t-il quelqu’un qui aura le courage d’expliquer qu’avant de penser à européaniser l’Italie il faut comprendre comment franciser l’Europe. »

La RTBF commencerait-elle à voir clair ?

Trop beau pour ne pas le publier. Voilà la RTBF qui commence à percevoir le ravin au bout du chemin…

Valmy

Belgique, stade terminal

Par Philippe Walkoviak, Directeur du service politique à la RTBF.

« La victoire a cent pères mais la défaite est orpheline. » (J.F. Kennedy)

Ils sont nombreux aujourd’hui ceux qui fustigent la manière dont le dossier du stade national a été mené… mais finalement ne sont-ce pas les mêmes qui se seraient bousculés pour être sur la photo le jour de l’inauguration, si elle avait eu lieu, tout en soutenant que finalement tout cela, c’est un peu grâce à eux ??! L’indécence des uns n’a finalement d’équivalent que dans l’inconséquence des autres.

Le fédéral au balcon

Le gouvernement bruxellois est parti seul, bille en tête, en 2013. A la ville de Bruxelles, le tandem Mayeur-Courtois embraie et le gouvernement fédéral de l’époque (Di Rupo-Reynders) lui apporte un soutien poli. Le projet est censé être financé totalement par le privé, il ne doit rien coûter aux contribuables entend-on à l’époque. Le 11 septembre 2013, les gouvernements fédéral, flamand et bruxellois souscrivent au dépôt d’une lettre d’intention par l’Union belge auprès des instances sportives européennes, ouvrant la voie à une candidature de la Belgique à la co-organisation de l’Euro 2020 et à la construction d’un nouveau stade sur le parking C du Heysel. Autrement dit, PS, MR, cdH, Open VLD, N-VA, etc. portent l’initiative.
Pourtant, l’affaire est mal emmanchée (stade « national » sur le sol flamand construit par des Bruxellois) mais les initiateurs, tous partis confondus, se veulent rassurants.
Au gré de la complexification du dossier, des changements de majorité et de la mauvaise volonté de la Flandre N-VA, le gouvernement fédéral a préféré regarder ailleurs, oubliant l’engagement initial.

Se racheter une conduite

Didier Reynders oublie à présent qu’il faisait partie du gouvernement fédéral qui a soutenu le projet pour ne charger que le seul exécutif bruxellois, Charles Michel semble découvrir qu’Alain Courtois est membre du MR et Alexander De Croo aurait souhaité que le dossier soit géré au niveau fédéral, un niveau fédéral où son parti est présent depuis 18 ans et sur un projet où un ministre de son parti (Guy Van Hengel) a été une des chevilles ouvrières!!
Le PS bruxellois semble lui, surpris, de sa propre naïveté.
L’alliance avec la N-VA ne peut tout expliquer et ce dossier de stade en rappelle d’autres. La construction du RER ou le survol de Bruxelles présentent les mêmes symptômes : une Flandre qui dispose d’une vision claire de ses objectifs, une classe politique francophone pusillanime, des intérêts particuliers ou des concessions francophones supposées au nom de l’unité du pays.
On le sait, souvent, ce que les Francophones obtiennent n’est pas mis en œuvre: comme la ratification par la Flandre de la convention-cadre sur la protection des minorités censée intervenir après la 5ème réforme de l’Etat ou la mise en place d’une Communauté Métropolitaine autour de Bruxelles, après la scission de BHV.

Le résultat est connu : à la fin, c’est la Flandre qui gagne… les nuisances sonores pour les Bruxellois, les retombées économiques pour la Flandre, un RER qui roule au nord, en carafe au sud, et désormais un stade qui restera assez sûrement dans les cartons.

Ces dossiers en disent long sur l’état de la Belgique en 2017…

« J’ai mal pour la Wallonie gastronome »

Vu ce 21 novembre sur le site de RTL :

Le guide Michelin crée des tensions communautaires. Le nouveau guide sort cette semaine et 3 nouveaux restaurants décrochent leur 2e étoile… Tous situés en Flandre. 14 obtiennent leur première étoile, dont 12 situés côté flamand. Faut-il en conclure que les restaurants wallons sont moins bons ?

Apparemment, ce ne serait pas une question de qualité, mais plutôt de moyens. Il y a plus d’argent en Flandre, dit Jean-Luc Pigneur dans les colonnes de « l’Avenir » ce matin.

Il est le porte-parole du mouvement Génération W, une association qui défend le patrimoine culinaire wallon. Il explique que les Flamands vont davantage au restaurant, ce qui facilite « l’ouverture d’établissements de qualité », ajoute-t-il. (…)

« J’ai mal pour la Wallonie gastronome »

Dany Lombart, le seul candidat wallon à la dernière finale des Bocuse d’or, pousse un coup de gueule sur les réseaux sociaux. Il explique que les chefs flamands reçoivent des subsides pour mettre en valeur leur gastronomie, alors que ce n’est pas le cas en Wallonie.

« Je trouve qu’en Belgique wallonne, il y a beaucoup de talent au niveau de la gastronomie et je m’étonne et je m’inquiète pour notre métier, a-t-il expliqué ce matin sur Bel RTL. Il ne faut pas se leurrer, à l’heure actuelle, on a quand même encore besoin de ce genre de petit coup de pouce pour dire d’augmenter un peu la fréquentation du restaurant. J’ai mal pour la Wallonie gastronome ».

Pas de polémique communautaire pour le chef du restaurant le Val d’Heure a Montignies-le-Tilleul, mais juste l’envie de valoriser le patrimoine culinaire wallon. Il note sur Facebook, un certain déséquilibre. « Sortie du guide Michelin aujourd’hui, et sur pas loin de 20 restaurants titrés, 1 seul en Wallonie, à Braine-le-Château. Je pense que nos politiciens feraient bien de se réveiller, nos « compatriotes » flamands, eux, ont tout compris, en octroyant des subsides pour faire grandir La Flandre gastronomique », écrit-il.

Le 11 novembre, la Flandre indépendantiste s’exprime

Lu ce 11 novembre sur le site de la RTBF : 

Le président du parlement flamand, Jan Peumans (N-VA) a critiqué l’Europe samedi lors de son discours annuel prononcé à l’occasion du pèlerinage de l’Yser à Dixmude à la suite de la crise en Catalogne, pointant surtout du doigt la non-reconnaissance par l’Union européenne de la région espagnole comme nation.

Ce pèlerinage, qui rend hommage aux soldats morts pendant la première guerre mondiale, est aussi un rassemblement traditionnel des indépendantistes, qui y voient une occasion de saluer les soldats flamands envoyés à la mort par un état-major francophone.  » (…)

« Le gouvernement Rajoy nie les aspirations démocratiques de 7,5 millions de Catalans d’une manière qui nous rappelle ce qui est arrivé à la Flandre il y a environ 100 ans, lorsqu’elle a réclamé davantage d’égalité,(…). (…). »

M. Peumans a également critiqué l’attitude de l’Europe. (…) « (…) une nation qui se sépare de son Etat central disparaitraît automatiquement de l’Union européenne. De telles menaces traduisent une approche de la carotte et du bâton, insufflée par des dirigeants réactionnaires. (…) Visiblement, cela ne correspond pas à la vision de la génération actuelle des dirigeants européens, (… )Leur politique mène à une suprématie malsaine de quelques grands blocs de pouvoirs en Europe », a-t-il conclu.

Le président du comité de pèlerinage, Paul De Belder, s’est également exprimé et a tracé un parallèle entre la Flandre de 1917 et la Catalogne actuelle. « Aux demandes des Flamands pour plus d’égalité,  la réponse de l’ancien establishment belge a été la même que celle de l’Espagne actuelle soi-disant démocratique : la répression, rien de plus ».

M. De Belder ne comprend pas pourquoi l’Europe n’agit pas davantage. (…) (…) (…) « Elle risque de perdre sa dernière once de crédibilité. »

Il a également prié le ministre-président flamand, Geert Bourgeois (N-VA)   de ne pas succomber aux diktats belges. « La Belgique n’a ici aucun droit moral à s’exprimer car elle est elle-même le résultat d’un putsch violent, commis par une minorité complètement illégitime, à l’encontre de toutes les constitutions possibles et des normes de droit international, sans le moindre référendum préalable ». (…)

Lombardie, Vénétie, Catalogne… Même combat?

Valmy réagit à l’actualité.

Lu sur le site du VIF (source : Afp, mis en ligne le 22/10/17) :

Le président du Parlement européen, l’Italien Antonio Tajani, estime que l’Europe doit « craindre » la multiplication des petites patries, à l’heure où la Catalogne bataille pour son indépendance et où les régions italiennes de Lombardie et de Vénétie votent dimanche pour plus d’autonomie. (Entretien publié dimanche par le quotidien romain Il Messaggero.)

« C’est pourquoi personne en Europe n’a l’intention de reconnaître la Catalogne en tant qu’Etat indépendant. (…) L’ Espagne est par son histoire un Etat unitaire, avec de nombreuses autonomies, avec des populations diverses, qui parlent aussi des langues différentes, mais qui sont un Etat unitaire. (…) » 

Il  prend soin de distinguer le référendum catalan de ceux de Lombardie et de Vénétie, deux régions italiennes qui votent ce dimanche pour demander plus d’autonomie.  « D’abord,  ces deux référendums sont légitimes, ce qui n’était pas le cas en Catalogne. Et puis le référendum catalan était pour l’indépendance, alors que la Lombardie et la Vénétie demandent plus d’autonomie. Attention, donc, à ne pas interpréter les référendums de dimanche comme l’amorce d’une scission indépendantiste. »

Questions :

1) Depuis quand un référendum serait-il illégitime en démocratie?

2) Pourquoi l’Espagne serait-elle plus unitaire que l’Italie, alors que ces deux Etats se composent de régions autonomes?

3) Où se situe la frontière intellectuelle, en Catalogne, Vénétie et Lombardie, entre « indépendance » et « large autonomie financière »?

4) Où l’Italien Antonio Tajani place-t-il la problématique belge?

5) Rejetterait-il un référendum dans l’une des quatre régions linguistiques (Flandre (N), Wallonie (FR), Bruxelles (FR-N), Communauté de langue allemande ) composant le puzzle belge?

6) Considérerait-il le royaume de Belgique, fabriqué de toutes pièces par la force des armées étrangères depuis le 16e siècle jusqu’au 19e siècle comme unitaire à la sauce espagnole?

Il faudrait le savoir parce que la « culpabilité » de « l’Europe » dans la création de l’Etat belge est indiscutable!

La seule tactique pour donner la réplique à  cet « éminent » membre de l’Union européenne et à l’Union européenne, c’est d’étudier la réunion (fédérale ou confédérale ou unitaire sous une forme à déterminer) de la Flandre aux Pays-Bas et de la Wallonie à la France. Y penser, c’est l’essayer…

Valmy

Zemmour, la Belgique et les belgicains

Le très controversé Eric Zemmour a évoqué la fin prochaine de la Belgique. Il devait forcément se trouver quelqu’un pour lui voler dans les plumes. Mais quand on répond à des affirmations péremptoires par des propos non moins contestables ou simplistes, on n’élève pas le débat. C’est ce qui a fait réagir Jean-Luc Lefèvre.

Une opinion de Bruno Yammine, docteur en histoire, publiée sur le site de La Libre Belgique.

Petite leçon d’histoire à son intention : non, notre pays n’est pas né en 1830 du mariage de deux peuples !

Le polémiste français Eric Zemmour s’en est pris avec virulence à la Belgique (« La Libre Belgique », 14/10/2017). Selon lui, notre pays est une « création complètement artificielle qui va finir par se séparer entre Flamands et Wallons » (Quid de Bruxelles et des germanophones ?) Il évoque également la dislocation de l’Espagne et de l’Italie, tout en passant sous silence les courants nationalistes en Corse, en Bretagne, en Alsace, ainsi qu’en Catalogne française et en Pays basque français, qui devraient le toucher davantage.

De toute façon, les séparatistes répètent depuis belle lurette de tels propos. Il reste à examiner s’ils correspondent pour autant à la vérité. La Belgique est bel et bien une création artificielle. Cependant, les 193 Etats membres des Nations unies sont tout autant des créations artificielles, pour l’excellente raison qu’aucun pays n’est le résultat d’une intervention divine, ni de la volonté de la nature. En effet, chaque Etat s’est construit par des actions humaines.

Probablement, le polémiste français a une idée sous-jacente lorsqu’il fait allusion à la prétendue nature « artificielle » de la Belgique. Il dépeint ainsi un Etat qui naquit en 1830 d’un prétendu mariage de deux peuples : les Flamands et les Wallons, un pays dessiné sur la carte par les grandes puissances d’alors, en tant qu’une espèce de tampon entre la France et la Prusse.

Celui qui pense que la Belgique est une création de 1830 doit considérer 1958 comme la date de naissance de la France. C’est en effet pendant cette année que ce pays instaura la Ve République. En réalité, la Belgique est devenue un pays indépendant, sous la forme d’une monarchie constitutionnelle, en 1830. Tout comme la France, elle est évidemment plus ancienne que la date à laquelle elle a adopté sa forme d’Etat la plus récente.

La plupart des pays européens se sont formés à partir d’une fédération de plusieurs Etats datant du Moyen Age. Des forces centralisatrices ont transformé en nations unifiées ces mosaïques de duchés, de comtés et de royaumes, au cours d’un processus qui a pris des centaines d’années et s’est déroulé tant en France qu’en Belgique.

Les Pays-Bas bourguignons, datant du XVe siècle, comprenaient en gros le territoire de la Belgique, du Luxembourg et des Pays-Bas. Ils furent scindés en deux à la fin du XVIe siècle. Il en résulta la formation de deux nations, une belge – sous tutelle habsbourgeoise (1482-1794) – et une néerlandaise. Déjà en 1789, une première révolution belge eut lieu, avec pour résultat la création des Etats-Belgiques-Unis. Après la restauration habsbourgeoise vint l’occupation française, qui se termina en 1814, au moment où les alliés qui se battaient contre l’armée de Napoléon proclamaient l’indépendance de la Belgique. Ensuite, les grandes puissances réunirent la Belgique et les Pays-Bas. Les clivages religieux et politiques précipitèrent la fin de ce royaume et provoquèrent l’instauration de l’Etat belge indépendant. Loin d’être un « Etat tampon », la Belgique actuelle elle s’est précisément séparée de l’Etat tampon susmentionné !

On ne peut que constater qu’en 1830 il n’y avait pas de Flamands, ni de Wallons. Ce n’est pas la Belgique, qui est le produit de la Flandre et de la Wallonie, mais l’inverse. Le mouvement flamand est né de l’enthousiasme provoqué par la révolution belge, ce qui a fait que les philologues se sont mis en quête de ce qui rendait la Belgique si unique. Dans le « nederduytsch » (le néerlandais), considérée depuis des siècles comme une langue nationale de la Belgique, ils trouvaient un tel élément. Bref, le mouvement flamand était dans sa première phase un courant inspiré par le nationalisme culturel belge.

Ce qui est encore plus important, c’est que la majorité écrasante des Belges veut à l’heure actuelle vivre en bonne entente dans un pays uni. Sans doute, il s’agit d’une vérité incommode pour certains, mais ce n’est pas pour des raisons idéologiques qu’il faut échafauder des mythes de la plus belle eau.

La réaction de Jean-Luc Lefèvre :

Cette opinion de Bruno Yaminne s’inscrit parfaitement dans l’air du temps trumpien ! Mais l’analyse historique, même pour un membre du B.E.B. comme Yaminne, exige plus de… déontologie, et moins de simplisme.

Quel condensé d’approximations dans une « opinion » qui n’est pas celle d’un historien, mais d’un histrion… comme Zemmour.

Des approximations bien cachées derrière des faits : tous les états se sont construits par des actions humaines, la plupart à partir d’une fédération datant du Moyen Age sous l’impulsion de forces centralisatrices… Certes! Mais l’état belge constitue une exception. Il est issu d’une décision humaine, bien entendu, mais qui, à la différence de tous les autres états européens, a été prise en-dehors du cadre géographique concerné, d’où  cette posture « nationale » éminemment artificielle en termes  de droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Tout le reste est à l’avenant, comme la condamnation sans appel de la naissance en 1830 de l’état belge, aussi sotte que le serait celle de la France en 1958, ce que personne jusqu’ici, sauf Yaminne, n’a  osé imaginer dans ses délires les plus fous.

La Wallonie avec la France en Europe et dans le monde