Archives pour la catégorie Revue de presse

« Les francophones ne décident rien »

Alors qu’il dirigeait encore la base aérienne de Florennes, le colonel Luc Gennart avait osé dénoncer la politique flamingante de son ministre de tutelle, Pieter De Crem (CD&V). Puis il est entré en politique, au MR, et le MR s’est associé aux nationalistes flamands de la N-VA pour diriger une Belgique de plus en plus flamande. On n’a plus entendu Luc Gennart. Pour obliger un responsable à se mettre au garde-à-vous, la politique serait-elle plus efficace que l’armée elle-même ? On s’est posé la question, mais Luc Gennart vient nous rassurer : il n’a pas tout à fait perdu sa liberté de parole.

L’information suivante est donnée par l’agence Belga :

Luc Gennart, ancien pilote et colonel de la force aérienne, estime que le dossier de la dissimulation d’informations par des hauts gradés de l’armée vis-à-vis du ministre Steven Vandeput, notamment au sujet des F-16 de la Défense, « n’est que flamand ». Il a indiqué cela dans un entretien au Soir, publié dans les pages du journal jeudi.

« Il est indispensable de remettre des francophones à la tête de la force aérienne. Ça ne peut être qu’enrichissant », affirme l’actuel échevin MR à Namur, qui avait déjà alerté sur une « flamandisation » de l’armée il y a plusieurs années. « Les francophones ne sont de facto nommés qu’à des postes où il n’y a aucune décision à prendre ».

Concernant la découverte que des « anciens collègues » aient pu cacher des informations au ministre, Luc Gennart juge cela « surprenant ». « Mais n’oublions pas que l’on se trouve dans la Grande Muette. Certains au sein de l’armée n’ont pas toujours un grand sens politique ». « Il faudra un nouveau bureau pour analyser les offres pour le remplacement des F-16 », ajoute-t-il, tout en continuant de défendre la nécessité d’investir dans ce nouveau matériel.

En matière de force aérienne, « la Belgique remplit ses missions avec brio (…) Il n’y a pas beaucoup de pays en Europe qui sont aussi performants que nous ».

L’obligation scolaire dès 3 ans : un projet français

Par l’AFP, le 26 mars 2018

Cyrulnik: « Un enfant qui s’épanouit en maternelle est bien parti dans l’existence. »

Paris – Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik a été chargé par le ministre de l’Education de préparer les « assises de la maternelle », qui s’ouvrent mardi à Paris en présence d’Emmanuel Macron. Pour ce spécialiste de la petite enfance, l’école doit apporter plus de sécurité affective.

Q: Pourquoi de telles assises ?

R: La maternelle française est très bonne, elle sert d’ailleurs encore de modèle à beaucoup de pays mais deux facteurs nouveaux sont apparus depuis 15-20 ans qu’il faut maintenant prendre en compte. En une génération, le développement neurologique, psychologique, affectif des enfants est devenu beaucoup plus rapide qu’avant. Les filles, notamment, ont une maturité plus précoce. Les enfants qui entrent à l’école ne sont plus les mêmes qu’avant.

Par ailleurs, « la niche sensorielle » des enfants a changé, c’est-à-dire leur environnement: aujourd’hui, les enfants ne sont plus entourés de la même façon qu’avant, notamment par leurs parents, qui pour la plupart travaillent. Ce sont donc aussi aux crèches et à l’école de créer l’attachement qui va permettre aux enfants de se sentir « sécurisés » et de pouvoir entrer pleinement dans les apprentissages.

Q: Ces assises mettent l’accent sur le langage et le bien-être des enfants qui étaient justement au cœur de la révision des programmes en 2015. Veut-on revenir sur ces priorités ?

R: Non, au contraire. Grâce à la neuro-imagerie, on a découvert que le théâtre, le jeu, la musique stimulaient le cerveau, amélioraient l’accès au langage. Le fait de renforcer de telles pratiques pourraient aider les enfants à progresser dans leur maîtrise de la parole, entraîner leurs habilités relationnelles, ou encore renforcer leur socialisation.  

Et même si des progrès ont été faits, il faut en France insister sur l’importance de l’affect: quand on parle, quand on joue, quand on se familiarise avec des enfants, on développe une relation affective qui permet ensuite de stimuler tous les autres apprentissages. 

Si un professeur des écoles est rigide, il inhibe le développement de l’enfant. Or on ne peut rien transmettre, ou difficilement, à un enfant inhibé ou malheureux. 

Si à l’inverse, le professeur est plus souple, par son comportement ou sa formation, cela permet à l’enfant de renforcer les apprentissages. Et un enfant qui s’épanouit à la maternelle est bien parti dans l’existence. 

Q: Faut-il donc revoir les formations des professeurs des écoles ? 

R: C’est un point central. Les professeurs des écoles ont un bon niveau universitaire mais qui n’est pas toujours adapté à la fonction sécurisante qu’ils doivent offrir aux enfants. Certains ont même un doctorat. Cela ne leur permet pas pour autant d’apprendre à un enfant qui arrive en maternelle à s’adapter à l’école. 

Il faut aussi revoir sans doute la formation des Atsem (agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles, qui aident les instits dans les classes, ndlr). Elles – car il s’agit quasiment toujours de femmes – servent de médiation entre l’enfant, la famille et les professeurs. Quand quelque chose ne va pas, elles sont souvent les premières à s’en apercevoir car ce sont vers elles que se tournent les enfants. Elles jouent un rôle crucial. Il faut donc leur donner une formation adaptée, pouvoir leur enseigner à elles-aussi les théories de l’attachement. 

Il faudrait aussi inviter les familles dans l’école, pour expliquer aux parents comment ils peuvent donner confiance à leurs enfants. 

Propos recueillis par Isabelle TOURNÉ 

Un héros

Nous ne pouvons résister au plaisir de vous faire partager « La lettre politique » de Laurent Joffrin, journaliste et directeur de rédaction du quotidien français « Libération ».

Un héros

Une partie de la droite – ou de l’extrême droite – est décidément incorrigible. Plutôt que de se joindre à l’hommage unanime rendu au colonel Beltrame, elle veut à toute force le récupérer au nom de préjugés partisans qui n’ont d’autre objet que de diviser – en vain – l’opinion. Avec insistance, ces récupérateurs soulignent la foi catholique qui animait le ­héros de Trèbes, qui s’est livré au terroriste pour sauver les otages. Factuellement,  la chose est parfaitement vraie. Le colonel Beltrame était retourné à la foi de ses pères il y a une dizaine d’années. Il avait effectué un pèlerinage à Sainte-Anne-d’Auray, haut lieu du catholicisme breton. Uni civilement à son épouse, il se préparait à un mariage religieux sous l’autorité d’un prêtre directeur de conscience, celui-là même qui l’a assisté dans ses derniers instants. Mais on sent bien qu’à isoler cet élément de sa biographie, on cherche à faire passer un message. Après tout, Arnaud Beltrame adhérait aussi, et peut-être surtout, aux valeurs de courage et de devoir de la gendarmerie, qui sont celles d’une force républicaine, quelles que soient les opinions des officiers ou des hommes du rang qui la composent, et qui ne sont pas toujours progressistes. Il a été décoré pour acte de bravoure une première fois en Irak, en 2005, alors même que sa piété religieuse ne s’était pas encore manifestée. Parler uniquement de son christianisme, c’est sous-entendre que son acte d’héroïsme en est la conséquence directe, ce que personne ne peut soutenir absolument. Et derrière ce sous-entendu, il y en a un autre : seule l’identité catholique donne un sens à l’existence de citoyens pour le reste déboussolés par une époque sans idéal et sans valeurs communes, minée par l’individualisme et le consumérisme marchand. Catholique et français toujours ! Sous-entendu idéologique marqué et partisan qui désigne la République française comme une terre de décadence, un pays sans Dieu et donc sans aveu. On n’est pas loin de la rhétorique islamiste…

Ceux-là oublient au passage un détail qui a son importance dans cette affaire très symbolique : le colonel Beltrame n’était pas seulement catholique. Il était aussi franc-maçon et donc membre de cet « Etat confédéré » dont parlait Charles Maurras – un auteur d’actualité – avec exécration. La Croix écrit qu’il avait pris ses distances avec « les frères ». Thèse contestée par Philippe Charuel, Grand-maître de la Grande Loge de France, qui précise : « De mémoire, Arnaud Beltrame a été initié en 2008 dans la Respectable Loge Jérôme-Bonaparte à Rueil-Nanterre. Il y était très assidu et remontait régulièrement du sud de la France aux « tenues » (les réunions franc-maçonnes, ndlr). » Et d’ajouter : « Notre frère Arnaud Beltrame participait encore à une tenue maçonnique un mois seulement avant sa mort. Et il était actif au sein de la Fraternelle de la gendarmerie. » Notre frère… Un catholique aurait pu le dire. Aucune raison, donc, d’opposer dans cette célébration chrétienté et république. Pas plus, d’ailleurs, qu’islam et république  : de nombreux musulmans ont assisté à la messe dite en mémoire du colonel dans l’église de Trèbes. On ne dira pas que Beltrame était un héros « multiculturel », mais enfin…

La gauche est-elle mal à l’aise avec cette héroïsation ? Rien ne le montre en dehors de la réaction lamentable d’un ancien candidat France insoumise aussitôt désavoué et exclu par son mouvement, puis condamné à un an de prison avec sursis pour « apologie du terrorisme ».

A l’Assemblée mardi, les hommages émanant des partis de gauche étaient peut-être les plus vibrants et Jean-Luc Mélenchon, avec gravité et éloquence, s’est associé, comme les autres leaders, au deuil national décidé en faveur du gendarme égorgé par un fanatique. Là aussi, peut-être plus qu’ailleurs, la tradition républicaine fait loi. Certes l’éloge de l’armée et de la police a longtemps gêné certains militants. Rappelons ces vers de l’Internationale : « Appliquons la grève aux armées/ Crosse en l’air et rompons les rangs !/ S’ils s’obstinent, ces cannibales/ A faire de nous des héros/ Ils sauront bientôt que nos balles/ Sont pour nos propres généraux. »

Voltaire, sans doute le premier, avait ironisé, au début de son Candide, sur le mot « héros » qu’il appliquait par antiphrase à quelques soudards massacreurs et violeurs. L’esprit soixante-huitard avait réveillé cet antimilitarisme ancien, né aux temps où l’armée massacrait les communards ou bien réprimait les viticulteurs et les mineurs en grève.

Ces temps sont bien lointains. La gauche au pouvoir, communistes compris, a cohabité sans heurts avec les militaires et les gendarmes. Elle aussi a dû rendre les honneurs aux soldats tombés en Afghanistan, au Mali ou en France, et prononcer des hommages sans mélange à leur courage. La gauche, aussi bien, célèbre aussi ses héros. Par exemple Hoche et Marceau, généraux de l’an II, le colonel Rossel, officier de l’armée versaillaise qui a rejoint les communards et fut fusillé en 1871. Ou, pour partie d’entre elle, Che Guevara, qui n’est pas seulement le héros romantique des posters des chambres d’étudiant, mais aussi un chef militaire abrupt et quelque peu fusilleur.

L’adulation n’est pas toujours de droite. Et la fabrication des héros rassemble tous les partis, qui ont chacun les leurs. On peut être agacé par les flonflons, les drapeaux, les hymnes et tout le cérémonial patriotique. On peut, comme Brassens, le jour du 14 Juillet, rester dans son lit douillet. On peut surtout voir dans le héros l’arbre qui cache la forêt de l’héroïsme quotidien, celui du peuple.

Dans le célébrissime finale du Spartacus de Kubrick, Dalton Trumbo, le scénariste mis sur liste noire à Hollywood pour sympathies supposées avec le communisme, fait dire aux esclaves révoltés « je suis Spartacus », signifiant que le vrai héros du film n’est pas le gladiateur, mais la foule rebelle. Pourtant la mémoire populaire se souvient surtout de Spartacus, premier héros de la liberté.

Dans le cas de Beltrame, au demeurant, il ne s’agit pas seulement de célébrer les vertus militaires. Rien dans le règlement de l’armée n’obligeait cet authentique héros à se sacrifier de la sorte. Il l’a fait pour venir en aide à d’autres citoyens, par solidarité humaine.

On oublie toujours le troisième terme de la devise gravée au fronton des bâtiments public  : la fraternité. Elle a pour but de réunir tous les Français et, au-delà, toute la pauvre humanité. Elle a une connotation spirituelle, ce qui lui permet d’emporter l’adhésion de tous, ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas. L’itinéraire du cortège qui suivra le cercueil d’Arnaud Beltrame traduit cet esprit d’unanimité fraternelle  : il arrivera aux Invalides, saint des saints de l’esprit militaire. Mais il part du Panthéon, temple du républicanisme.

 

Lequel des deux ministres tente de nous tromper ?

Je ne vois pas le malheur partout mais quand quelqu’un veut battre son chien, il trouve toujours un bâton pour le faire.

Le Ministre Di Antonio suggère-t-il que le Ministre Bellot ne connaît pas son dossier et l’état de la dorsale wallonne ?

Valmy

Di Antonio plutôt sceptique envers le projet de nouvelle liaison ferroviaire Namur-Paris

Publié le lundi 26 février 2018 à 20h29 Belga -RTBF Info

Le ministre wallon des Transports Carlo Di Antonio (cdH) s’est montré perplexe lundi envers la création d’une nouvelle liaison ferroviaire internationale entre Namur et Paris via Charleroi et Maubeuge, comme évoquée il y a une dizaine de jours dans la presse.

Interrogé lundi en commission du Parlement wallon par plusieurs députés sur le projet, le ministre wallon a regretté n’avoir nullement été associé ou concerté dans ce dossier piloté par le ministre fédéral de la Mobilité, François Bellot (MR). Les administrateurs régionaux auprès de la société ferroviaire n’ont pas plus été consultés, selon le ministre wallon.

D’un point de vue technique, Carlo Di Antonio s’est par ailleurs montré assez dubitatif lundi. « Il faut savoir que la L130 (Namur–Charleroi) est sujette à des problèmes de capacité aux heures de pointes d’autant que lors du dernier plan de transport, un train omnibus a été ajouté sur ce tronçon. Ceci a empêché l’application des revendications wallonnes, à savoir un IC supplémentaire aux heures de pointe et la réactivation du Thalys wallon », a-t-il commenté.

Quant à la ligne L130A (reliant Charleroi à Erquelinnes), elle est, selon le ministre, actuellement sujette à des « problèmes techniques » qui ont amené Infrabel à mettre un tronçon à voie unique.

De plus, « la vitesse a été réduite définitivement, sur un autre tronçon, de 100 à 60 km/h et Infrabel a demandé les permis pour passer à voie unique sur une partie de ce même tronçon », a-t-il ajouté.

« Je me pose donc la question de la rapidité d’un train international que l’on souhaite mettre en place entre Namur et Paris tout en sachant que l’on a écarté Liège et Mons, sans compter les problèmes de capacité qui seront rencontrés sur le territoire français, entre autres au niveau de Paris-Nord », a conclu le ministre tout en s’interrogeant sur les coûts financiers du projet, tant en termes d’infrastructure, d’exploitation que de matériel.

Namur était naguère directement reliée à Paris via à une liaison à grande vitesse (Thalys), mais celle-ci été supprimée au printemps 2015.

Parce qu’on ne croit pas au pacte d’excellence

Le Pacte d’excellence est un sujet récurrent sur ce site. Un mouvement pluraliste comme l’AWF, plaidant pour une intégration de la Wallonie dans l’espace français, n’a sans doute pas à prendre une position claire sur la réforme annoncée de l’enseignement francophone. Mais c’est peu dire que de nombreux membres de l’AWF se sentent concernés par ce qu’on nous prépare. Il est vrai que l’enseignement est un enjeu crucial pour l’avenir de nos sociétés.

Voici donc une nouvelle opinion très critique à l’égard du Pacte d’excellence, sans rapport avec l’AWF. Nous contribuons à sa diffusion parce que nous la jugeons pertinente. Ce texte a été publié ce 19 février sur le site du Vif/L’Express.

« Ne confondons pas la carte et le territoire »

Par Giovanni Cosentino, Licencié en sciences physiques – Professeur de physique à l’Athénée royal de Mons 1

Dès le début de sa conception, le Pacte pour un enseignement d’excellence n’a cessé d’alimenter les débats, les uns le considérant comme une rénovation salvatrice, les autres au contraire comme le coup fatal qui risquerait de faire s’écrouler tout l’édifice que représente notre école. Mais sait-on vraiment où l’on va ?

Dès le début de sa conception, c’est-à-dire depuis environ trois ans, le Pacte pour un enseignement d’excellence n’a cessé d’alimenter les débats, les uns le considérant comme une rénovation salvatrice, les autres au contraire comme le coup fatal qui risquerait, s’il venait à être porté, de faire s’écrouler tout l’édifice que représente notre école, notamment à cause de ce fameux tronc commun qui ne fera, selon certains, que reproduire les mêmes erreurs que « l’enseignement rénové » des années 70. De telles discordances nous amènent tout naturellement à la question : mais sait-on vraiment où l’on va ?

Il est incontestable que l’évolution rapide – devenue trop rapide aujourd’hui – de la société nous contraint à essayer de donner à nos jeunes un enseignement adapté aux enjeux de demain et l’ambition première du pacte semble bien être de répondre à ce besoin de renouvellement, mais la voie de réforme qu’il propose a le défaut majeur de manquer d’ancrage dans le réel.

En effet, il existe un abîme incommensurable entre la vision terriblement simpliste de l’école que nous présente le pacte et les réalités que doivent affronter tous les jours les acteurs de terrain dans leur travail.

Pour l’instant, ce pacte n’est guère plus qu’un simple plan sur le papier et l’optimisme niais de ses auteurs, avec ses ambitions incontestablement démesurées me fait penser à cette réflexion du père de la sémantique générale, Alfred Korsybski : « La carte n’est pas le territoire qu’elle représente ».

Autrement dit : la carte est la manière dont nous nous représentons la réalité, non la réalité elle-même. Et, de la même manière, le plan de construction qu’on nous propose aujourd’hui ne doit pas être confondu avec le véritable territoire de l’école où évoluent élèves et professeurs et où se révèlent chaque jour les difficultés vécues par les uns et le manque criant de moyens matériels mis à la disposition des autres. Il serait bien imprudent de croire naïvement qu’il suffit d’appeler une réforme « pacte d’excellence » pour qu’elle nous apporte cette qualité dont elle ne fait, somme toute, que prononcer le nom.

Comment ne pas s’étonner, voire s’irriter que l’on puisse inclure ce terme d’excellence dans l’appellation d’un projet lorsqu’il n’est encore qu’au stade de sa conception ? Comment pourrait-on prêter foi à ceux qui, aujourd’hui, voudraient vanter, à l’aide de ce titre pompeux, les mérites de quelque chose qui n’existe pas encore ?

La modestie ou tout simplement le souci d’objectivité et de réalisme auraient dû modérer les auteurs de ce projet et leur éviter de lui accoler ce terme qu’il est difficile de ne pas considérer comme fallacieux. Les lourds échecs des réformes antérieures sont pourtant bien là pour leur prouver que « réussir l’école » n’est pas une mince affaire.

L’objectif principal annoncé par le pacte est de permettre à tous les élèves, à travers un « tronc commun pluridisciplinaire et polytechnique renforcé » de les initier à toutes les branches de l’activité humaine afin de leur permettre de faire, par la suite, des choix professionnels judicieux : cela va de l’expression corporelle, aux nouvelles technologies numériques, en passant par le travail du bois et du métal, toutes les formes d’art et même la construction (en classe) d’objets (non encore spécifiés) ayant « un usage social avéré et pouvant réellement être utilisés ».

Un peu de bon sens suffit pourtant pour se rendre compte très vite que cette vision des choses trahit une certaine candeur et elle pourrait prêter à sourire si ce n’était pas l’avenir de notre enseignement qui était en jeu. On peut sérieusement se demander, en effet, si les concepteurs de ces programmes titanesques ont vraiment les pieds sur terre et s’ils ont seulement essayé d’évaluer les moyens financiers et humains qu’ils nécessiteraient.

Toutes les nouvelles activités prévues par le pacte (surtout les activités artistiques et technologiques) requièrent des compétences très spécifiques et les enseignants en place actuellement ne pourraient certainement pas répondre aux demandes qui leur seraient faites.

Afin peut-être de dissiper nos doutes sur la faisabilité de ce vaste chantier, le texte d’introduction du pacte tient ce discours rassurant : « Les orientations que nous proposons répondent à un idéal, celui d’une école efficace et équitable, et elles s’inscrivent dans un cadre réaliste ».

Et c’est ainsi que dès les premières lignes du texte du « projet d’avis numéro 3 », on nous annonce qu’un des axes stratégiques du pacte sera de « favoriser le plaisir d’apprendre ». Mais de qui se moque-t-on ?

Les enseignants avaient-ils vraiment besoin qu’on leur assène pareille évidence ? Que croyez-vous qu’ils font déjà, jour après jour, à longueur d’année, si ce n’est tenter de susciter l’intérêt de leurs élèves et de donner du sens à leur apprentissage.

« Il était nécessaire de changer l’école », nous dit-on aussi pour justifier la réforme, mais rien ne pourra changer dans la bonne direction si l’on ne tient pas compte des besoins spécifiques éprouvés par les enseignants dans leur travail. Or ces derniers ne sont pas rassurés du tout par les exigences draconiennes qui leur seront imposées comme par exemple les fameux « plans de pilotages » qui feront bientôt leur apparition dans les écoles et qui exigeront des équipes éducatives qu’elles atteignent une série d’objectifs en relation avec les taux de réussite, le nombre de diplômés, etc., comme si les résultats des élèves et leur implication dans le travail étaient des variables susceptibles d’être contrôlées comme on règle l’arrivée d’essence dans un carburateur !

Pour revenir à ce « cadre réaliste » auquel font allusion les auteurs du pacte, est-il vraiment réaliste, par exemple, de vouloir introduire dans le cursus scolaire des élèves, à côté de domaines classiques comme le français, les mathématiques ou les sciences, de nouveaux domaines d’apprentissage comme « la créativité, l’engagement et l’esprit d’entreprendre » ? Bien malin sera celui qui pourra nous dire ce que l’on entend exactement par là et comment les professeurs devront s’y prendre pour évaluer des compétences aussi vagues et aussi aléatoires.

Et c’est dans l’optique de ces nouveaux domaines d’apprentissage qu’on nous dit, par exemple, que l’élève doit « apprendre à oser se mettre en projet, individuellement et collectivement », qu’il doit « apprendre à  surseoir à l’acte et à l’immédiateté » ou encore « prendre conscience du temps et de l’espace et se lancer dans un temps d’effort plus ou moins long avant d’atteindre un résultat ». Verra-t-on bientôt les professeurs obligés de se transformer en spécialistes de la créativité artistique et de la psychologie cognitive ?

Pour ce qui concerne un autre sujet, plus sérieux, tout de même, celui du décrochage scolaire, est-il réaliste, par ailleurs, de promouvoir un dispositif sophistiqué de remédiation pour tous les élèves en difficulté et dans toutes les matières, mais sans reconnaître, pas même du bout des lèvres, qu’il nécessiterait, pour être opérationnel, des moyens considérables, comme l’introduction d’heures de cours supplémentaires et, a fortiori, l’engagement de nouveaux professeurs ?

On ne peut que constater que le pacte ne présente aucune évaluation, même approximative, des investissements qui devraient être faits pour accompagner les élèves en difficulté : non, le texte du pacte se contente de signaler « qu’il s’agira d’octroyer des périodes de remédiation selon des modalités à déterminer » et il appartiendra aux professeurs de se débrouiller.

N’est-ce pas un peu vague pour un projet qui se veut aussi ambitieux ? Au lieu de partir d’une réflexion intelligente et profonde sur ce que doivent être les conditions de travail idéales des élèves et des enseignants, au lieu de fonder ses projets sur la base d’un état des lieux pertinent qui nous aurait éclairés sur la question de savoir quelles sont les méthodes d’apprentissage qui fonctionnent le mieux et celles qui ne fonctionnent pas, au lieu de tout cela, les auteurs du pacte se contentent de tirer des plans sur la comète.

Le Projet d’avis numéro trois du pacte, un texte qui compte plus de 300 pages et qui définit les « axes stratégiques » des actions à entreprendre, présente une très longue liste d’objectifs qui commencent tous par un verbe écrit à l’infinitif : « renforcer la qualité de l’enseignement maternel, développer le leadership pédagogique des équipes de direction, responsabiliser les enseignants dans le cadre d’une dynamique collective d’organisation apprenante, rénover l’encadrement différencié, etc. »

On peut tout de même douter que ce long et sophistiqué verbiage puisse être suffisant pour sauver notre école. Les auteurs du pacte ne semblent pas avoir vraiment conscience de ce que sont les réalités du terrain. Jeter un plan sur le papier est une chose, le concrétiser en est une autre et le risque est grand de les voir confondre la carte et le territoire.

Namur-Paris : à nouveau sur les rails

L’agence Belga reprend une information donnée par le journal Vers l’Avenir :

La SNCB cherche une alternative pour relier la Wallonie à Paris, sur les cendres de la liaison en Thalys qui a été supprimée. Une étude de faisabilité en cours évalue la solution Namur – Charleroi – Maubeuge – Paris, rapporte L’Avenir jeudi. « La demande de liaison est partie de chez nous, mais la région Hauts de France est très intéressée par cette possibilité », explique le ministre de la Mobilité, François Bellot.

La liaison serait un bon compromis, à moindre coût, et environ 35 minutes plus lente que le Thalys, selon les premières estimations. Pour les Wallons, cela signifie le retour d’une liaison directe vers la capitale française. Pour les Français du Nord, un accès direct vers l’aéroport de Charleroi, et indirect vers Bruxelles (via Namur). « Ce sera plus lent que le Thalys, mais aussi moins cher. Cela ne devrait pas excéder 60% du prix du billet Thalys. Cette liaison classique pourrait donc intéresser un potentiel plus large de passagers ».

SNCB et SNCF analysent l’intérêt socio-économique ainsi que la faisabilité technique d’un tel raccordement. La difficulté majeure persiste dans l’homologation technique des trains belges sur le réseau français. Le ministre Bellot espère une réponse de la SNCF fin mars. Si l’étude est positive, la ligne devrait être effective dès 2019.

Cette 7ème réforme de l’Etat qui ne dit pas son nom

8 février 2018 | Auteur : Bart Maddens | Traducteur : Herve Voglaire Sanchez | Temps de lecture : 2 minutes. Lu sur Daardaar

Après un long temps d’attente, la septième réforme de l’État est enfin une réalité. Vous avez bien lu : la proposition de loi spéciale a été déposée le 23 janvier à la Chambre et signée par pratiquement tous les partis, N-VA et PS compris. Dès lors, la majorité des deux tiers requise au sein de chaque groupe linguistique sera également acquise sans peine.

Nombreux sont ceux qui craignaient qu’aucun nouveau transfert de compétences ne voie le jour durant cette longue période de cessez-le-feu communautaire. Ladite proposition vient dissiper cette inquiétude. C’est reparti pour un tour !

Ne nous emportons pas pour autant. Il y a plutôt lieu de parler d’un transfert de compétence, au singulier. Et peut-on bel et bien le qualifier de transfert de compétence ? Oui, si ce n’est qu’il s’agit d’un transfert qui semblait entériné depuis belle lurette. Dix-sept ans, pour être précis.

Des faits qui remontent à 2001, quand tout le monde supposait que l’accord du Lambermont prévoyait déjà le transfert des règles régissant la campagne des élections communales. Ces règles ont par ailleurs été inscrites dans les décrets électoraux des Régions wallonne et flamande. Pourtant, lorsque le gouvernement flamand a souhaité modifier lesdites règles en 2016, le Conseil d’État en a subitement décidé autrement, à la surprise générale. Il semblerait que, pour finir, les régions soient uniquement compétentes pour veiller au bon respect des règles, non pas pour les dicter. Chasse gardée du fédéral, comme c’est également le cas pour les élections régionales.

Il en résulte une situation pour le moins étrange. Les lois déjà approuvées par les parlements régionaux gardent en principe leur force, n’ayant fait l’objet d’aucune objection de la part de la Cour constitutionnelle et, par conséquent, d’aucune abrogation. Or maintenant qu’il est établi que les régions ne sont pas compétentes, tout amendement de la réglementation devra à l’avenir transiter par l’échelon fédéral. Partant de ce principe, il faudrait déterrer une vieille loi fédérale datant de 1994.

La septième réforme de l’État résout le problème d’un tour de passe-passe en régularisant, en quelque sorte, l’excès de compétences du passé. À présent, les régions deviennent compétentes pour les règles proprement dites, pas uniquement pour le contrôle de celles-ci. Une réforme tout sauf spectaculaire, certes. Néanmoins, ne sous-estimons pas à nouveau l’importance de ces lois. Elles constituent un sous-groupe significatif de la législation électorale.

Et maintenant ? Que faut-il penser de cette affaire ? Qu’en période de cessez-le-feu communautaire, de telles mini-réformes de l’État restent possibles. Un constat déjà observé en 2015, lorsque le système de financement de la Communauté germanophone a été modifié sans faire de bruit. Une légère erreur de calcul s’était apparemment glissée dans la sixième réforme de l’État.

De toute évidence, les partis sont enclins à se débarrasser des anomalies gênantes présentes au sein de la structure de l’État. Les partis francophones sont également demandeurs. C’est dire. Ils sont en effet favorables à ce que les régions soient pleinement compétentes en matière d’élections locales, sans exceptions obscures. Or si tout cela est de l’ordre du possible, pourquoi des transferts de compétences plus étendus relèvent-ils du tabou ?

La structure de l’État belge regorge d’absurdités et de règles inextricables. Les Flamands ne pouvaient-ils pas joindre la question des élections locales et de la modification de la loi spéciale de 1980 à la résolution de quelques autres points institutionnels sensibles ? Ou ne feraient-ils pas mieux de laisser perdurer ces anomalies afin de s’en servir, ultérieurement, comme levier dans l’optique d’une réforme plus substantielle ?

Questions épineuses s’il en est, qui ne doivent toutefois pas gâcher la joie flamande née de ce transfert de compétence. Une septième réforme de l’État qui ne dit pas son nom !

BART MADDENS SE REJOUIT.  ALORS, NOUS AUSSI !

La Wallonie avec la France en Europe et dans le monde