Archives pour la catégorie Revue de presse

Rénovation wallonne

Nous ne faisons pas ici référence aux catholiques engagés dans le Mouvement wallon à partir de 1945, mais aux effets possibles de la crise ouverte par l’actuel président du cdH.

Lu ce 27 juin sur le site de La Libre :

Si on supprime les provinces, il faut discuter de la régionalisation de l’enseignement

Si les partis politiques francophones souhaitent – comme le demande Ecolo – aborder la question de la suppression des provinces, une chose est claire, il ne sera pas nécessaire de modifier la Constitution. « En effet, depuis la sixième réforme de l’Etat, les deux Régions – flamande et wallonne – peuvent supprimer les institutions provinciales et, si elles le souhaitent, mais il n’y a pas d’obligation, les remplacer par des structures supracommunales », explique le constitutionnaliste de l’ULg, Christian Behrendt qui rappelle que les provinces sans institutions (Conseil provincial et collège provincial) continueront à exister pour trois raisons essentielles. « Nous en avons besoin pour fixer les circonscriptions électorales fédérales, pour délimiter le ressort de la cour d’appel et pour maintenir les compétences des gouverneurs », précise-t-il.

En effet, géographiquement, en cas de suppression, les provinces continueraient à exister et le gouverneur, qui est un haut fonctionnaire – avec notamment, un statut de commissaire du gouvernement fédéral – serait maintenu ainsi que ses services (une dizaine de personnes par province). Pour supprimer les provinces wallonnes, les députés wallons devraient donc faire passer un décret spécial qui, par définition, devra être voté à la majorité des deux tiers.

Que deviendraient, alors, tous les agents de l’administration provinciale ? Par logique, on peut en déduire que les compétences provinciales ainsi que les structures et les agents qui y sont associés seraient transférés vers la Fédération Wallonie-Bruxelles (enseignement, culture, etc.) ou vers la Wallonie (tourisme, etc.). En théorie, c’est évidemment de cette manière que les choses seraient amenées à se produire. Néanmoins, Christian Behrendt prévient : « Si on parle de suppression des provinces, il faudra inévitablement aborder la question de la régionalisation de l’enseignement et de la culture, notamment. » Si notre constitutionnaliste ramène dans la crise politique actuelle, ce débat entre régionalistes et communautaristes, ce n’est évidemment pas par plaisir ou par idéologie. « La Fédération Wallonie-Bruxelles est financée via la loi spéciale de financement, elle n’a pas de capacité fiscale, contrairement à la Wallonie. »

Une fiscalité propre à la province

Pour résumer, les provinces sont financées à près de 60 % par une fiscalité propre (précompte immobilier), à 30 % par le fonds des provinces (venant de la Région wallonne) et à 10 de diverses manières. Cette fiscalité provinciale serait renvoyée vers la Wallonie et cette dernière ne peut « pas investir dans les compétences de la Fédération. Il faudra donc obligatoirement aborder la question du périmètre de compétences gérées par la Fédération Wallonie-Bruxelles », explique encore Christian Behrendt. Si la Fédération reprenait les compétences des provinces qui doivent lui revenir, elle se retrouverait dans l’incapacité de les financer. « Le budget cumulé des provinces avoisine 1,1 milliard d’euros. Et même si les enseignants de la province sont déjà rémunérés par la Fédération Wallonie-Bruxelles, les bâtiments et le reste du personnel sont payés par les provinces. On n’échappera donc pas à une discussion sur la régionalisation de l’enseignement et de la culture, qui représentent, je le rappelle, 80 % du budget de la Fédération Wallonie-Bruxelles. »

Le CDH, qui a souvent défendu l’existence de la Fédération Wallonie-Bruxelles, va-t-il évoluer vers une vision plus régionaliste de la chose comme certains membres du PS et du MR ? Les semaines qui viennent le diront certainement.

Stéphane Tassin

La Communauté germanophone ose penser à l’indépendance

Le clavier « azerty » traditionnel bientôt en voie de disparition?

Communauté de destin

« Emmanuel nous voilà », s’exclame Luc Delfosse dans le magazine Le Vif/L’Express de ce jeudi. Même avec un zeste de dérision, de second degré, histoire de ne pas transformer sa chronique en tribune politique, l’ancien éditorialiste du Soir appelle bien la Wallonie à rejoindre la France du président Macron. Celui-ci parle d’une « communauté de destin » avec l’Europe, avec l’Allemagne : il est urgent de lui parler de la Wallonie, cette région de langue et de culture française qui fait le lien entre l’Allemagne et la capitale de l’Europe !

Voici le texte de Luc Delfosse :

Si cela ne tenait qu’à moi, je choisirais le Luxembourg. Un peu par réalisme crasseux, beaucoup en souvenir d’une mère qui barbota dans l’Alzette. Ou alors l’Islande, Malte ou, soyons fous, Sao Tomé-et-Principe qui a un drapeau rigolo et un babil aussi exquis que le nôtre. Mais je sens bien que nous n’en finirions pas de nous mettre d’accord. Et puis, même si l’air est aux vacances, on n’est pas là pour rêver, crénom ! Au train où Bart et sa troupe de joyeux termites mènent leur danse du scalp, il s’agit de trouver, et vite, une nouvelle « Patrie à aimer ».

Une « Patrie à aimer » ! Ce n’est ni du Clémenceau ni du Maurras mais du Didier Reynders, figurez-vous. Il y a quelques années, il désignait de la sorte à notre Amour sacré un enchevêtrement de tuyauteries baptisé Fédération Wallonie-Bruxelles où, depuis des décennies, un quarteron de ministres se relaient jour et nuit pour pomper l’eau des caves en nous faisant croire qu’ils pourraient y pêcher l’or qui financerait enfin leurs mirifiques plans quinquennaux. Plombier est un bien joli métier mais vous avouerez que, hormis en Pologne, il n’est pas de nature à déclencher une lame de fond « patriotique ».

La « communauté de destin » de Macron, ça vous affiche tout de même une autre gueule. Bref, il est sans doute temps de tourner casaque comme on dit dans le bas d’Uccle et, pauvres mais dignes que diable ! , de partir avant d’être jetés comme des profiteurs ou des junkies. Pour aller où ? Bof, on pourrait toujours s’amuser à « arrondir la France » pour reprendre la formule bidonnante de De Gaulle. Quoi ! Pour toujours ? On verrait bien. De toute façon, je suis assez d’accord avec ce galopin de Jules Renard : « L’Histoire n’est qu’une histoire à dormir debout. » Il sera toujours temps de se réveiller. Le fait est qu’avec le beau-fils idéal qui règne à Paris, nous serions assurés d’être au chaud pendant cinq ans. Dix peut-être… pour autant que le nouveau Jupiter dans l’attente imminente de « sa » majorité absolue, manoeuvre habilement sa centrifugeuse, fédère ses adorateurs, colle à la Super Glue ses transfuges glanés de gauche et de droite, vampe pour de bon ses technocrates et ses stars déguisés en  » société civile « , séduise sans discontinuer la Bourse qui sait que cet homme a du lingot en lui et mette sur la paille les héritières de la poissonnerie Le Pen.

Ne reste plus qu’à organiser le référendum décisif. Le 14 juillet me paraît être la date idéale et son objet limpide. De trois choses l’une : souhaitons-nous conclure une « souveraineté association », en revenir aux départements du 14 fructidor de l’an III ou passer en mode TOQ (Territoire d’outre-Quiévrain) ? Question subsidiaire : quel(le) élu(e) voulons-nous voir siéger au gouvernement « En marche ! » ? La bagarre entre Joëlle, Louis et Elio (trois jeunes pousses centristes aux belles espérances) s’annonce d’ores et déjà rafraîchissante. Ces menus détails éclaircis, il sera temps d’exiger « notre » représentant de la « société civile ». A mes yeux, un nom s’impose : Stéphane M., d’Ans. Vous connaissez ? Il est jeune, riche, geek à mort, séduisant, surdiplômé, entreprenant, Liégeois et sans scrupule (je crains une tautologie…). Et, depuis peu, d’une parfaite virginité politique. Emmanuel, c’est sûr, va l’a-do-rer.

Paul Magnette au Sénégal

Nous nous réjouissons de ce voyage de Paul Magnette puisque nous ne cessons d’affirmer que l’espace francophone doit développer non seulement ses relations culturelles, mais qu’en matière de coopérations économiques, nous devons faire beaucoup mieux, notamment avec nos partenaires de l’Afrique francophone.

En 2015, 134 millions d’exportations pour la Belgique contre 8,16 millions pour la Wallonie. Ces chiffres ne manquent pas d’interpeller. Les exportations wallonnes auraient donc représenté 6,1 % des exportations belges ? Ou devons-nous comprendre qu’une partie des 134 millions inclut une part wallonne ou, ce qui me semble plus vraisemblable, que c’est sous l’étiquette belge que se cachent en réalité des exportations flamandes ? Nous retrouvons là une ambiguïté  habilement entretenue. A l’heure du fédéralisme et à l’aube du confédéralisme, ne serait-il pas plus honnête et plus clair de citer des chiffres ventilés selon les différentes régions ? 

Comment s’étonner de ces chiffres quand on se rappelle la prestation de Rudy Demotte et de Charles Michel qui, lors d’un sommet de la francophonie, n’avaient rien trouvé de mieux que de s’exprimer en néerlandais ? Quand « notre » représentation politique fait si peu de cas de notre langue française, doit-on s’étonner d’une telle situation ? 

Remarquons au passage le tableau plus que positif dressé par l’auteur de l’article repris ci-dessous quant à la situation du Sénégal. La France n’est bien sûr pas étrangère à cet état de chose et gageons qu’une Wallonie intégrée à la France aurait, avec ses capacités industrielles, tout à gagner dans la masse de ses exportations vers une Afrique francophone en développement constant. 

Paul D.

le 16 mai 2017 :

Source: Belga

Le ministre-président wallon  entame ce mardi une mission de quatre jours au Sénégal. L’accent sera mis sur la coopération de la Wallonie et de la fédération Wallonie-Bruxelles avec le Sénégal ainsi que sur les opportunités économiques. C’est aussi l’occasion de revenir sur ce pays qui est un écrin de stabilité dans la bouillonnante Afrique de l’Ouest.

Un premier volet de cette visite portera sur les opportunités économiques pour la Wallonie dans ce pays d’Afrique de l’Ouest stable, doté d’un taux de croissance dynamique. Des opportunités existent notamment dans le domaine des infrastructures ferroviaires – en complète rénovation – ainsi que dans les énergies renouvelables. Une partie de la mission sera consacrée à la visite de la nouvelle ville de Diamniadio, créée pour désengorger la capitale Dakar. Cette ville nouvelle qui doit abriter à terme 300.000 habitants, proche du nouvel aéroport de Diass en construction, offre notamment des possibilités économiques pour des entreprises wallonnes.

La centrale solaire de Malicounda qui représente un intérêt pour la Wallonie en termes de sous-traitance et la société Trabesen, filiale sénégalaise de la société wallonne ITB Tradetech, figurent aussi au programme du volet économique de la mission. Autre volet de la mission wallonne: la coopération directe et indirecte. Le Sénégal fait partie des pays prioritaires de la Wallonie pour la coopération au développement. En 2017, le budget wallon alloué à la coopération est de 262.000 euros environ et de 245.000 euros pour la fédération Wallonie-Bruxelles. Entre 2002 et 2016, la Wallonie a octroyé 5,8 millions d’euros pour 115 projets développés au Sénégal. Des visites de terrain sont prévues durant la visite de Paul Magnette.

Enfin, Paul Magnette rencontrera les autorités politiques sénégalaises, dont le président Macky Sall et le Premier ministre Mohammed Ben Abdallah Dionne. Le retour de la délégation wallonne est prévu dimanche matin à Brussels Airport.

Le Sénégal, un écrin de stabilité dans une bouillonnante Afrique de l’Ouest

Le Sénégal est un écrin de stabilité en Afrique de l’Ouest confrontée depuis les indépendances à de multiples coups d’Etat, crises sanitaires, guerres civiles ou plus récemment l’émergence du radicalisme islamique.

Depuis son indépendance en 1960, le Sénégal est le seul pays d’Afrique de l’Ouest qui n’a pas été confronté à un coup d’Etat. Le système démocratique fonctionne correctement et le pays de la Teranga (hospitalité), comme on le surnomme, est régulièrement montré en exemple aux pays qui souhaitent suivre le chemin de la démocratie. Pays stable, à la lisière de l’Afrique du Nord et subsaharienne, le Sénégal a aussi résisté aux graves crises sanitaires qui ont touché la région ces dernières années/décennies. Même si beaucoup de chemin reste à faire pour assurer la santé pour tous, le pays a pu éviter la crise d’Ebola qui a dernièrement ravagé les pays voisins dont la proche Guinée. Pays multi-ethnique, cosmopolite, le Sénégal n’a jamais été confronté à une guerre civile de grande ampleur comme ce fut le cas dans des pays proches comme la Sierra Leone, la Côte d’Ivoire et le Liberia.

Seul ombre au tableau: le conflit en Casamance, au sud du pays, qui a opposé rebelles indépendantistes et gouvernement sénégalais durant une vingtaine d’années entre 1982 et 2003. Même si des cas sporadiques d’attaques surviennent en Casamance, la situation est stabilisée.

Enfin, le Sénégal, pays en grande majorité musulmane, a été épargné par le radicalisme islamiste qui couve en Afrique de l’Ouest et a failli précipiter le Mali dans les abîmes.

Stable politiquement, le Sénégal l’est aussi économiquement. Si le pays ne dispose pas de richesses naturelles aussi importantes que ses voisins, le pays est l’un des plus industrialisés de la région. Il peut aussi compter sur les ressources halieutiques, l’élevage, le tourisme et les services.

En 2015, la Belgique a exporté pour 134 millions d’euros au Sénégal. La Belgique exporte surtout du matériel de transport, machines, produits chimiques et des aliments. Les exportations wallonnes vers le Sénégal s’élevaient à un montant de 8,16 millions d’euros durant la même période, selon l’Awex (Agence wallonne à l’exportation).

La Wallonie exporte principalement des produits chimiques et pharmaceutiques, des équipements divers et des produits alimentaires.

Pacte d’excellence : et si… ?

Mélenchon pour sauver l’Europe ?

Lu ce 19 avril sur le site de La Libre :

Une opinion de Pierre Defraigne, directeur exécutif du Centre Madariaga-Collège d’Europe et directeur général honoraire à la Commission européenne.

La Présidentielle française ouvre le débat sur un contrat social européen. L’Europe a deux ans pour se réformer et en proposer les résultats à l’approbation du citoyen.

Avec l’élection présidentielle française, s’ouvre un créneau de deux années qui se fermera en mars 2019 avec la clôture du Brexit, et en juin avec l’élection du Parlement européen qui dorénavant choisira vraiment le prochain président de la Commission. L’Europe a donc deux ans pour se réformer et en livrer les résultats à l’approbation des citoyens. Les élections françaises marquent le coup d’envoi d’une réappropriation citoyenne de l’Europe, à l’échelle cette fois d’un grand pays.

Trois comportements distincts

Se plaint-on assez du déficit démocratique en Europe ! Eh bien voici que la campagne présidentielle énumère de façon vivante et précise les termes de l’équation européenne pour le citoyen de base. Pas moyen d’y échapper ! En gros on identifie trois comportements : d’abord les Dupont-Aignan et le Pen, personnalités au demeurant très différentes et opposées, mais tous deux champions de la fuite hors du système européen dont ils refusent les règles et les rapports de force. C’est l’illusion souverainiste ! Elle ne tient pas la route. Car cette posture archaïque et régressive ne peut séduire que les passéistes ou, à la rigueur, ceux des atlantistes qui préfèrent la tutelle de Washington à la souveraineté partagée de Bruxelles. Le souverainisme est voué à se marginaliser pourvu que l’Europe se réforme.

Viennent ensuite Macron et Fillon qui voient dans le redressement interne de la France la réponse à l’hégémonie allemande sur l’Europe, laquelle est en réalité celle de la droite CDU-CSU. Celle-ci, à travers le PPE – et la Commission -, contrôle en effet la politique économique européenne. Entre-temps, l’un et l’autre font profession d’exemplarité sur l’orthodoxie financière et sur les réformes structurelles : plus de marché, moins d’Etat et davantage de flexibilité pour le travail. Foncièrement, ils sont d’accord avec le modèle allemand actuel dont le caractère insidieusement dual soit leur échappe, soit les indiffère. Bons élèves de l’ordo-libéralisme, ils négocieront avec Berlin une fois qu’ils auront « reconstruit la crédibilité de la France », ce qui n’est pas très gaullien. Le premier est plus ouvert sur la défense commune que le second, enfermé dans une logique strictement intergouvernementale : c’est le Plan Fouchet du général de Gaulle.

Viennent enfin Mélenchon et Hamon, tous deux députés européens de gauche et qui entendent quant à eux changer l’Europe. Ils prennent le contrepied de Dupont-Aignan et Le Pen : Hamon veut remplacer le groupe informel de ministres des Finances qui codirigent l’eurozone, par un Parlement de l’eurozone; Mélenchon pour sa part va d’emblée au bras de fer avec le Dr Schauble : il entend renégocier la gouvernance de déflation larvée et de divergence interne de l’eurozone, sous la menace d’une sortie de l’euro, laquelle serait décidée par référendum. En revanche, si Hamon pense défense commune, Mélenchon se campe en paladin de la dissuasion nucléaire française qui ne saurait être partagée. On notera la posture gaullienne du leader des insoumis.

Les leçons à tirer

Que dégager comme leçons de ce paysage contrasté ? D’abord, que les positions sur l’Europe ne collent pas toujours avec la géographie politique : gauche et droite se recoupent sur plus d’un point. En témoigne l’existence aujourd’hui d’une opinion majoritaire en France qui rejette les politiques d’austérité de l’eurozone soutenues par les gouvernements de centre droit mais d’autres aussi, comme celui de Hollande précisément. L’addition des votes prêtés par les sondages aux Le Pen, Dupont-Aignan, Mélenchon et Hamon ne laisse aucun doute là-dessus. Ensuite, l’hostilité monte contre le dumping social, notamment la fraude à grande échelle dans la directive sur les travailleurs détachés qui est récusée par presque tous les candidats. Enfin le contrôle effectif de l’immigration, indissociable de formes variées de protectionnisme, reste le clivage le plus net entre l’extrême droite et les autres partis. En revanche une grande partie de l’opinion saisit le caractère singulier de la question des réfugiés.

La leçon qui s’impose dès maintenant est celle-ci : si les Français s’affirment, à près des trois quarts, attachés à l’euro, l’austérité budgétaire et salariale est récusée par une majorité disparate mais bien réelle d’entre eux parce qu’elle est absurde. Elle freine la croissance en Europe et elle finira par pousser un des pays périphériques – Italie, Grèce, Espagne, Portugal – hors de l’eurozone. La porte sera alors ouverte à de nouveaux Brexit dans l’UE-27, car c’est l’eurozone qui fournit son centre de gravité à l’Europe.

Or aujourd’hui, le dispositif institutionnel de l’eurozone interdit la révision des politiques d’austérité gravées dans le marbre des traités. Il exclut en effet de facto, voire en droit, les outils du redressement économique de l’eurozone : un budget fédéral, une mutualisation et une restructuration des dettes souveraines en excès, des gains de compétitivité par l’investissement public national et communautaire, une harmonisation de la fiscalité des multinationales et des très grands patrimoines. Cadenasser la gouvernance de l’eurozone comme l’entend à tout prix la CDU du Dr Schauble, c’est donc s’interdire de corriger les divergences entre le noyau et la périphérie de l’eurozone, de lutter contre les inégalités et de rétablir effectivement la justice fiscale entre capital et travail, et entre PME européennes et firmes globales étrangères. Or l’Europe ne doit pas servir à verrouiller et à clicher le régime de distribution de la richesse et du revenu construit par le progrès technologique et la mondialisation. Il en va ici d’une prérogative primordiale de la démocratie européenne.

La réforme de l’eurozone, nécessaire à l’abandon des politiques d’austérité, implique donc en même temps un contrat social européen. Renforcement des institutions et contrat social sont indissociables. C’est l’enseignement principal de la présidentielle française : la Convention qui clôturera les deux années de renégociation des traités, devra donc accoucher d’un compromis historique entre la gauche et la droite, entre les intergouvernementaux et les communautaires pour permettre à l’Europe de se redresser et reprendre sa route.

La Wallonie avec la France en Europe et dans le monde