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Education, instruction : le tronc commun n’est pas la solution

Une carte blanche de Pierre Hazette, mise en ligne sur le site du quotidien « Le Soir ».

L’ancien ministre de l’Enseignement secondaire en Communauté française plaide pour une revalorisation des filières et l’exploitation des temps libres et autres journées blanches par des activités linguistiques, artistiques, sportives et philanthropiques.

« La théorie, c’est quand on sait tout et que rien ne fonctionne. »

Je me suis souvenu de cette saillie d’Albert Einstein en lisant les propos péremptoires et définitifs de la Professeure Dominique Lafontaine de l’Université de Liège. Elle s’inscrit fidèlement dans la suite de ses devanciers liégeois, les maîtres pédagogues Gilbert De Landsheere et Marcel Crahay. L’Ecole de Liège a, en effet, largement inspiré les réformes pédagogiques qui ont bouleversé l’enseignement dans la Communauté française de Belgique.

L’instauration du tronc commun vient du siècle précédent. Il n’a pas fonctionné parce qu’il s’est traduit, dans la perception des adolescents, comme l’assurance de passer automatiquement de la première à la deuxième année de l’enseignement secondaire. Il s’est heurté aux objections que les enseignants soulevaient, non seulement lorsqu’ils étaient confrontés à la démotivation des élèves, mais aussi lorsqu’ils constataient la difficulté de garder la qualité de leur enseignement au niveau qui les rendait fiers de leur travail et motivait les élèves, heureux d’apprendre et de progresser.

Des erreurs « sacralisées »

Le tronc commun jusqu’à quatorze ans a été un échec.

La correction proposée par le pacte d’excellence et soutenue par Madame Lafontaine fixe à quinze ans le terme du parcours commun, en attendant, annonce-t-elle, de le porter à seize ans.

Chez nous, on n’apprend pas vraiment de ses erreurs ; au contraire on les sacralise !

On s’accroche à un système qui prend l’eau pour éviter de présenter un autre modèle de société où chaque enfant trouverait sa place, parce que ses aptitudes propres auraient été reconnues et valorisées. On se gargarise de comparaisons internationales pour affirmer que nos piètres résultats se corrigeront en aggravant les erreurs qui les ont provoquées. Curieusement, le modèle allemand n’est jamais évoqué, alors que le chômage des jeunes y est moindre qu’ailleurs.

Une pluralité d’excellences

Dans un authentique « Pacte d’excellence », il conviendrait d’écrire « excellences ». C’est que l’excellence n’est pas unique. Il y a dans chaque enfant une quête de reconnaissance et plus tôt la parcelle d’excellence qu’il y a en lui se sera révélée, plus l’école aura l’obligation de lui ouvrir le chemin qui monte. Ce sera trop tard à quinze ans.

Se conforter par une étude statistique des systèmes étrangers, c’est refuser de construire l’école avec ses acteurs de terrain, avec les attentes des parents, des Hautes Ecoles et des Universités, des responsables économiques, aussi. Je rejoins Michel Onfray. « Une civilisation n’existe qu’en répondant à ce qui met sa vie en péril. » On peut, à coup sûr, dire la même chose de notre Communauté française de Belgique.

Exploiter les temps libres

Lorsque la Ministre annonce qu’elle accorde la priorité au français et à l’arithmétique à travers tout l’enseignement primaire, on a envie d’applaudir et d’ajouter, après l’ovation, que d’autres priorités sont à l’ordre du jour : meubler les temps libres, les jours de congé, les journées blanches, les mercredis après-midi, les samedis par une offre d’activités manuelles, de stages linguistiques, de découvertes artistiques et d’initiation à l’art, de pratiques sportives accessibles aux filles comme aux garçons, d’actions philanthropiques, de visites aux bibliothèques ou aux académies comme aux centres de technologie avancée. En associant à ces activités d’éveil ou d’initiation, des acteurs extérieurs à l’école, nous créerions enfin une société enfants admis et libérés de l’addiction aux tablettes et smartphones.

Des filières épanouissantes

Ainsi lorsque s’ouvrira l’enseignement secondaire, l’adolescent pourra trouver, non un tronc commun, parce qu’il aura appris à se connaître, parce que ses instituteurs auront recueilli les observations qui, s’ajoutant aux leurs, à celles des CPMS et à celles des parents, permettront de lui conseiller une orientation parmi tant d’autres. En d’autres termes, on en aura fini avec la relégation vers les filières techniques ou professionnelles. Celles-ci s’offriront au contraire comme la voie d’accès à un épanouissement attendu, espéré. De même, les filières de l’enseignement général pourront développer les enseignements adaptés aux attentes dans les domaines littéraire, scientifique, économique, artistique, sportif… Je ne crains pas de défendre les filières, pourvu qu’elles soient conçues pour permettre les passages de l’une à l’autre. La diversité de l’offre éducative, je la réclame, non pas quand l’adolescent aura quinze ans, mais quand accédant à la « grande école », il prendra conscience qu’il franchit une étape de sa vie et que le passage est important.

Dans ce contexte d’éducation élargie aux loisirs actifs, se situera aussi la réponse à apporter aux enfants et adolescents dont le français n’est ni la langue maternelle, ni la langue de communication à la maison. Pour eux, aussi, il faut briser le cadre horaire et offrir, voire imposer, la fréquentation d’activités d’appropriation de notre langue et de notre culture.

« Pour penser en largeur, écrit Michel Debray, il convient d’émouvoir en profondeur, et pour faire palpiter, il faut faire espérer. Quoi ? Que demain sera un autre jour. Que l’on peut s’en sortir. »

 

 

 

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Vogue la galère (et vive la révolution belge)

Par Georges Régibeau

Nous sommes entrés dans une année électorale et cela va tanguer, frotter, jouer des coudes au sein des différentes majorités gouvernementales, surtout en Flandre, où l’Open VLD, le CD&V et la N-VA, associés aux niveaux fédéral et régional, doivent marquer leur différence et mettre en avant leurs figures les plus populaires, au risque de fragiliser la cohésion des équipes gouvernementales.

Ne parlons pas de la Wallonie, où le PS a été débarqué par le CDh. Pour le MR, à la barre du vaisseau amiral, il s’agit seulement de ramer jusqu’au port.

Autour du Premier ministre, et ne se privant pas de le bousculer, l’état-major de la N-VA donne des coups de barre à droite. Il n’a aucune raison de se gêner puisqu’il ne lui déplairait pas de faire ainsi chavirer le gouvernement fédéral, de manière à provoquer des élections anticipées, qui seraient couplées aux élections communales, en octobre. Ainsi, pour autant que leur score électoral ne les affaiblisse pas, les nationalistes flamands pourraient faire monter le prix de leur participation à un prochain gouvernement fédéral, quitte à ce que rien n’avance vraiment jusqu’au moment des élections régionales, prévues le 26 mai 2019.

L’effacement de la Belgique au profit de la Flandre, ce glissement naturel vers le confédéralisme qui ferait de la Wallonie une région à la fois autonome et captive, sans moyen ni volonté réelle de se prendre en charge, il en est aussi question dans l’envie de la N-VA de rebaptiser le Benelux en « Vlawanelux ». Le Vif/L’Express, dans son édition du 4 janvier dernier, a consacré un article à cette idée qui chatouille l’esprit des nationalistes flamands. Puisqu’il faut se renforcer sur la scène internationale, la collaboration avec les Pays-Bas est bien entendu des plus sensées, avec pour effet que, dans une logique confédérale,  le maintien d’une Belgique résiduelle suppose en réalité de gommer les effets de la révolution belge et de revenir en quelque sorte au Royaume-Uni des Pays-Bas rebaptisé « Vlawanelux ».

Maîtres de leur destin, les Flamands continueront de célébrer leur victoire historique sur l’armée du roi de France en 1302, tandis que les Wallons, contents de rester dans une Belgique relookée, ils auront le bon goût d’oublier pourquoi ils font la fête au mois de septembre.  A moins qu’ils ne s’enfoncent encore un peu plus dans la schizophrénie.

On sait que, dans une relecture de leur histoire, les nationalistes flamands ont fait de la révolution belge une catastrophe au moins équivalente à la reprise et au sac d’Anvers par les Espagnols en 1576. Quand, le 18 mai 2006, deux députés du Vlaams Belang ont déposé à la Chambre une « proposition de résolution relative au démembrement de l’Etat belge en vue d’accorder l’indépendance au peuple flamand et au peuple wallon souverains », ladite proposition, dont à peu près tous les partis flamands ont accepté de débattre, était précédée d’un long justificatif historique. On y lisait notamment qu’ « il n’est pas exagéré de dire que le gouvernement provisoire a conquis la Flandre avec l’aide des Français », belgophilie et francophilie étant largement synonymes.

« Ce fut également sous la direction de généraux français, à savoir De Parent, Mellinet et Niellon, que la ville et la province d’Anvers furent ‘libérées’. Il ne s’agissait nullement d’une révolte de la population anversoise contre la ‘tyrannie hollandaise’. Au contraire, c’est avec abattement que fut accueillie la déclaration faite par le Roi Guillaume aux États-Généraux, le 20 octobre, que les décisions des Chambres ne s’appliqueraient désormais plus qu’au Nord. La ‘libération’ d’Anvers par le Gouvernement provisoire fut, en réalité, une conquête par des bandes françaises et wallonnes, donc par des étrangers, comme le fit remarquer Jan Frans Willems. Michiel  van  der  Voort  comparait  la  nouvelle  ‘armée’ belge  à  ‘une  bande  de  brigands’.  On  pouvait  certes trouver des idéalistes parmi les ‘libérateurs’, mais la grande  majorité  était  constituée  de  racaille,  d’aventuriers qui, en raison de la crise sociale, n’avaient rien à perdre. »

Cette lecture de l’histoire n’est pas moins légitime que les récits faisant de la révolution belge un glorieux fait d’armes, un événement fondateur sur lequel reposerait notre identité. On aurait tort de l’ignorer sous prétexte qu’elle est forcément viciée par l’extrême droite. En Flandre, il est commun de penser qu’après les Espagnols, au XVIe siècle, ce sont les Français qui ont séparé les Flamands de leurs cousins néerlandophones. « Après deux siècles, la Flandre n’avait plus d’âme, plus de conscience. Elle se laissa entraîner dans la révolution de l’année 30 : jamais révolution plus stupide ne fut déclenchée à la suite d’influences étrangères ! Nous fûmes livrés pieds et poings liés, le français devint la seule langue officielle… » Ces mots ont été écrits en 1896 par le jeune August Vermeylen, un socialiste qui deviendra notamment le recteur de l’Université de Gand quand celle-ci sera flamandisée. Un siècle plus tard, dans une Belgique de plus en plus flamande où le CVP réclamait déjà le confédéralisme, le président du Socialistische Partij, Louis Tobback, a lui aussi fait savoir que, selon lui, la révolution belge avait été une (grosse) erreur.

Le rapprochement de la Flandre avec les Pays-Bas, c’est tout sauf une aberration, mais faut-il qu’on raisonne ainsi du côté wallon ?  

Petit rappel insistant : la révolution belge nous a fait sortir du Royaume-Uni des Pays-Bas imposé par le Congrès de Vienne et c’est ce que célèbrent les fêtes de Wallonie, en septembre. Ce mouvement révolutionnaire, avec la Marseillaise chantée à Bruxelles, à Liège, à Verviers, juste après les « trois glorieuses » de juillet 1830 à Paris, ce fut notamment une tentative avortée de rejoindre la France. Cette révolution très « française » a finalement donné naissance à la Belgique, avec la bénédiction de l’Angleterre, et parce qu’on sentait bien que ce nouveau pays dont la langue officielle était le français penchait naturellement vers la France, il a fallu faire entrer dans la tête des Belges qu’ils n’étaient pas français et ne le seraient jamais.

Résultat : pour beaucoup de Wallons, rester belge signifie rester avec la Flandre, envers et contre tout. Quitte à la suivre dans son idée de confédéralisme étendu aux 17 millions de Hollandais. Une Wallonie économiquement faible, à l’identité incertaine, coincée dans un avatar de l’ancien Royaume-Uni des Pays-Bas, voilà ce que ces Belges de toujours sont prêts à choisir comme avenir. Par fidélité aux révolutionnaires de 1830. Cherchez l’erreur. On nage en plein surréalisme et certains se satisferont de dire ou d’écrire : « C’est ça la Belgique ».

Mais que diable allons-nous faire dans cette galère…

Information francophile

Un ami d’Uccle nous demande d’insérer sur notre site l’information suivante, ce que nous faisons avec grand plaisir :

L’Ambassade de France en Belgique organise, en partenariat avec le Lycée français Jean-Monnet à Bruxelles, la troisième édition du Salon des études supérieures Campus France.

Cet événement d’envergure a pour objectifs d’informer les élèves français, belges et internationaux ainsi que leur famille, et d’offrir une excellente opportunité aux établissements supérieurs français de rencontrer ce large public particulièrement intéressé par une mobilité vers la France.

Date et horaires du salon : samedi 13 janvier 2018 de 10h30 à 16h30

Lieu : Lycée français Jean-Monnet – avenue du Lycée français 9 à 1180 Uccle (Bruxelles)

Nombre d’exposants : plus de 50 écoles et universités françaises dans de nombreux domaines d’activités : ingénierie, management, business, art, design, sciences politiques,…

Entrée libre et gratuite – Se présenter à l’entrée du Lycée français Jean-Monnet muni d’une pièce d’identité

> Inscription conseillée via ce formulaire : https://docs.google.com/forms/d/1-6Xq7NWMYsI48PLldzn6Qt7QIR0u4VLOu4B7HHW2muo/edit?usp=sharing

Remplacement des F16: Atterrissage dangereux !

Une chronique de Jules Gheude publiée sur le site du Vif/L’Express.

Le remplacement des avions de combat vient, pour la seconde fois, alimenter le feuilleton communautaire.

En 1975, alors que le Rassemblement Wallon est dans le gouvernement Tindemans depuis quelques mois, une vive polémique surgit à propos du choix à opérer pour remplacement des 116 avions de combat F104G de la Force aérienne.

Outre la Belgique, les Pays-Bas, le Danemark et la Norvège sont également impliqués dans ce « marché du siècle », que vont se disputer finalement trois candidats : le YF16 américain, le Mirage F-1 français et le Viggen suédois.

Très rapidement, un clivage va se dessiner au sein du gouvernement belge. Si les ministres francophones marquent leur préférence pour l’appareil français, avec le souci de promouvoir une industrie aéronautique européenne, en revanche, les ministres flamands vantent les mérités techniques de l’avion américain. Amplifié par une vaste campagne de presse, ce clivage aura pour effet de retarder la décision belge.

Le président du Rassemblement Wallon de l’époque, Paul-Henry Gendebien, n’entend rien céder sur ce terrain, d’autant qu’il sent la base de son parti de plus en plus irritée contre les atermoiements flamands à propos de l’application de la loi de régionalisation préparatoire, mise sur pied par François Perin, le ministre RW de la Réforme des Institutions. Le Nord ne se résigne pas, en effet, à faire de Bruxelles une région à part entière.

A cette irritation de la base du RW s’ajoute l’incompréhension à l’égard du mutisme dans lequel François Perin, naguère si volubile en tant que président de parti, a décidé de se murer pour exercer ses fonctions ministérielles.

Pour l’intéressé, en tout cas, il ne peut être question de compromettre l’avancement du processus de régionalisation pour une affaire d’avions. Selon lui, le gouvernement ne peut chuter que lorsque la preuve sera faite soit qu’il est possible de faire progresser la régionalisation avec une autre équipe, soit que le pays est devenu totalement ingouvernable et qu’il faut dissoudre les Chambres.

Bref, une partie de bras de fer va s’engager entre Paul-Henry Gendebien, dont l’agressivité à l’égard du Premier ministre ne cessera de croître, et François Perin, soucieux avant tout de poursuivre la tâche qui lui a été confiée.

A partir du 25 mai, le choix de l’avion américain apparaît inéluctable. A cette date, en effet, le gouvernement des Pays-Bas annonce sa décision d’acheter le YF-16. Or, des compensations économiques intéressantes ont été garanties si le marché était conclu conjointement par les autres partenaires.

Le 5 juin, un élément va déterminer François Perin à opter pour la continuation de l’expérience gouvernementale. Ce jour-là, en effet, dans la soirée, un proche collaborateur du secrétaire d’Etat RW Etienne Knoops l’informe d’une offre du ministre CVP De Saeger relative notamment à la régionalisation de l’eau. Un espoir sérieux subsiste donc de poser de nouveaux jalons régionaux.

Convoqué à Namur, le 6 juin, le Bureau fédéral du RW va se dérouler dans une ambiance survoltée. Il se divisera de façon nette pour répondre à la question « Estimez-vous que le RW doit maintenir son veto à l’achat de l’avion américain même si ce veto doit entraîner la démission du gouvernement sous une forme ou sur une autre ? » Les ministres seront mis en minorité par 48 oui contre 31 non et 1 abstention.

Quelques heures plus tard, au conseil de gouvernement, l’achat de 102 YF-16 est décidé. Le gouvernement n’ayant pas démissionné, faut-il en déduire que François Perin a bafoué la volonté de son parti ? Point du tout, et il s’en explique aux journalistes : Vous connaissez la décision qui a été prise cette nuit par mon parti. J’ai défendu ce point de vue devant le conseil de gouvernement. Le Premier ministre, appuyé par les autres membres du Conseil, a estimé que l’absence d’unanimité ne constitue en aucune façon un rejet de la décision qui a été prise par le gouvernement. Chacun, successivement, a défendu sa position au cours de la réunion. Le droit de veto n’existe pas dans le système gouvernemental belge. En outre, avec notre décision, le Premier ministre – suivi par le Conseil unanime – a considéré que l’absence d’unanimité n’entraîne pas la démission collective du gouvernement. Hier, mes amis politiques n’ont pas demandé que nous offrions notre démission. Ils entendent au contraire faire avancer la construction européenne et la régionalisation.

Si le RW sort de l’aventure avec une vilaine blessure qui ne se cicatrisera jamais et entraînera finalement sa mort, François Perin, lui, peut aller de l’avant grâce aux garanties obtenues notamment quant à la régionalisation de l’eau, de l’administration et du logement.

Aujourd’hui, trois appareils sont susceptibles de remplacer les YF-16 : le F-35 américain de Lockheed Martin, l’Eurofighter du consortium européen éponyme et le Rafale français de Dassault Aviation. Mais pour le ministre de la Défense, Steven Vandeput (N-VA), seuls les deux premiers candidats ont répondu à l’appel d’offres dans le délai prescrit, à savoir le 7 septembre.

Du côté francophone, on voit là la volonté flamande d’écarter, pour la seconde fois, le candidat français. Et ce sentiment se confirme lorsque, face aux 20 milliards de compensations offertes par la France à la Belgique, le ministre déclare : C’est trop beau pour être vrai!

L’ancien patron de la base de Florennes, le colonel Luc Gennart, dont on se souvient du réquisitoire violent qu’il avait fait contre la flamandisation de l’armée, adopte un point de vue assez curieux. S’il rappelle que notre coopération avec les armées françaises est depuis plus de deux décennies parmi les plus intenses que nous puissions avoir avec des partenaires européens et que le groupe Dassault Aviation est déjà fortement implanté en Belgique depuis plus de 50 ans dans un réseau de 800 entreprises partenaires, il se pose toutefois la question quant à la sécurité juridique de l’offre française : Imaginons un seul instant la réaction de Paris à la situation inverse : un pays tiers faisant la même offre en dehors du cadre strict d’un marché stratégique majeur…

La question que Luc Gennart n’aborde pas est celle de savoir si le choix final qui sera opéré sera équilibré ou s’il favorisera nettement une région par rapport à l’autre. Sur ce point, les ministres de son propre parti – le MR – devront se montrer particulièrement vigilants…

Voyage en absurdie

Par Jean-Luc Lefèvre, Jambes

Lors de l’Affaire Cahuzac, cet expert de la fraude intellectuelle, aurait-on imaginé Le Figaro suggérer la prudence à la droite, et donc sa retenue pour exiger la démission du ministre P.S., en brandissant le spectre d’un renforcement de la gauche ?

Ne rions pas ! C’est ce qu’ose « La Libre » dans sa livraison du jeudi 29 décembre, au lendemain des Saints Innocents : en démissionnant, Francken renforcera son parti et affaiblira le CD&V.

Vrai ou faux ? Là n’est pas le problème.

Le problème, c’est d’abord, la perte des repères intellectuels en Belgique qui traduisent un estompement des normes, tant morales que politiques au point d’adopter, comme le chien de Pavlov, des attitudes inspirées de Trump.

Le problème, c’est aussi l’emprise que la N-VA exerce sur des cerveaux bien constitués, peu suspects de populisme, une authentique manipulation des esprits.

Deux faussaires, l’un français, l’autre belge (du moins, c’est ce que dit sa carte d’identité !), deux traitements de l’information qui en disent long sur l’état de santé d’un pays.

Si, en France, on n’a pas fait dans la dentelle pour exposer le cas Cahuzac à l’opinion, c’est parce que lui renvoyait au tabou de l’argent malhonnête, ce qui n’est pas le cas de Francken, dans un état, de surcroît, qui s’est émancipé depuis longtemps des droits les plus élémentaires des citoyens, comme dans les Fourons, comme en périphérie bruxelloise. N’est pas qui veut la patrie des Droits de l’Homme, et Francken le sait, qui s’en moque et en abuse !

Mais c’est aussi parce que, contrairement à la France, la Belgique est malade, ce dont tous s’accordent, même les media, tous rétifs à mettre de l’huile sur un feu qui n’en finit plus de consumer… au mépris d’une saine conception de leur travail.

Cahuzac, Francken, deux destins parallèles, deux cynismes aussi, mais un seul a droit au Paradis.

Une même amoralité, pourtant !

Donner au puzzle belge de la clarté

 
Paul D.
Pour savoir de quoi on parle, petite leçon de vocabulaire donnée par le CRISP (Centre de Recherche et d’Information  Socio-Politiques) :
Parlement flamand : Assemblée parlementaire de la Communauté flamande, dotée du pouvoir législatif et exerçant le contrôle du gouvernement flamand.
La Communauté flamande est une des trois communautés dont se compose l’État fédéral belge. Son parlement possède les mêmes fonctions législatives et de contrôle politique que les autres parlements de communauté ou de région. Sa composition est par contre spécifique, ainsi que ses compétences.

Ses compétences sont plus larges que celles des autres parlements de communauté car le Parlement flamand exerce, avec le gouvernement flamand, les compétences de la Région flamande, qui n’a pas d’institutions politiques propres.

Le Parlement flamand se compose de 124 députés. Depuis 2004, tous sont des élus directs. Ils se décomposent en deux ensembles :

– 118 membres sont domiciliés et élus dans la Région flamande ;
– 6 membres sont domiciliés dans la Région de Bruxelles-Capitale ; ils sont élus par toutes les personnes participant à l’élection régionale bruxelloise qui y ont choisi de se faire présenter les listes de candidats appartenant au groupe linguistique néerlandais. Une incompatibilité empêche de siéger simultanément dans les deux assemblées.

Tous les membres du Parlement flamand participent aux votes qui concernent les compétences de la Communauté flamande. Par contre, seuls les 118 membres élus en Région flamande participent aux votes qui concernent les compétences de la Région flamande. Les décrets relevant des compétences de la Communauté flamande s’appliquent dans la région de langue néerlandaise et dans la région bilingue de Bruxelles-Capitale, tandis que les décrets relevant des compétences de la Région flamande ne s’appliquent que dans celle-ci.

Les députés du Parlement flamand (ou députés flamands) exercent un mandat supplémentaire s’ils sont choisis par leurs pairs pour être sénateurs de communauté : c’est en effet le Parlement qui désigne les représentants de la communauté au Sénat.

Le Parlement flamand édicte des décrets, qui ont la même valeur juridique que les lois.

Le siège du Parlement flamand est situé à Bruxelles, capitale de la Communauté flamande.

Eux… et nous ?

Par Jean-Luc Lefèvre

Eux et nous ? Eternelle question qui fonde le vivre-ensemble, qui justifie aussi l’engagement politique de chacune et de chacun.  Aujourd’hui en Belgique, comme ailleurs, et donc aussi en ces terres romanes depuis trop longtemps confrontées à une Flandre arrogante hier cornaquée par le C.V.P. et, plus récemment, par la N-V.A.

La N-V.A. et nous ? Nous avons choisi de militer, parmi d’autres possibles, en faveur d’une improbable Alliance Wallonie-France ; nous savons aussi cette nouvelle alliance subordonnée à la disparition des scories de la Belgique dont la fin programmée est inscrite en lettres d’or dans les statuts du parti nationaliste flamand.

Cette convergence d’intérêts suffit-elle à justifier une quelconque bienveillance à l’égard de nos ministres fédéraux N-V.A. investis de compétences régaliennes exorbitantes grâce au seul parti francophone de l’attelage gouvernemental qui n’avait pas imaginé en 2014 l’impact qui serait le leur après les attentats terroristes, après la crise migratoire et à l’heure d’enfin construire une Europe de la défense ?

Je ne le crois pas. Bien au contraire.

D’abord pour des raisons morales, même si, après l’Affaire Publifin, d’aucuns prétendent accréditer l’idée que ce qui n’est pas interdit est légal.

Je ne puis être bienveillant à l’égard de la N-V.A. parce que je refuse d’apporter une quelconque caution à son entreprise concertée de démolition, et donc d’appauvrissement, de la Wallonie. La désertification du territoire en termes de services publics, la déshérence des soins de santé de proximité, la délocalisation des centres décisionnels… en sont autant d’indicateurs. Tous ont sans doute reçu, à un moment ou à un autre, l’approbation tacite des élites francophones, mais cela n’excuse rien : l’impuissance, réelle ou non, des comparses devenus larrons et… marrons, et moins encore leur aveuglement, n’exonèrent jamais les commanditaires !

Je ne puis être bienveillant à l’égard de la N-V.A. parce que je refuse d’apporter une quelconque caution à ses provocations, aux antipodes de la paix sociale dans le pays, tant vis-à-vis des francophones, tous mauvais gestionnaires et fainéants, que des populations venues d’ailleurs pour fuir guerres et misères, ni cautionner ses contradictions performatives (dénoncer les avocats procéduriers quand on s’épuise à épuiser toutes les procédures judiciaires), et son mépris pour les valeurs qui constituent le socle de notre démocratie comme le respect du droit des minorités.

Mais aussi pour de raisons politiques.

Témoigner d’une quelconque bienveillance à l’égard de la N-V.A., c’est aussi, qu’on le veuille ou non, parier sur notre avenir à tous, et donc aussi parier, comme Pascal, sur les ambiguïtés du possible tel qu’actuellement imaginé par la N-V.A. : le divorce pur et dur, un nouveau Brexit, par fidélité au principe de plaisir, ou, plus prosaïquement, plus réalistement, le… confédéralisme ? Quel confédéralisme, d’ailleurs ? Combien de partenaires ? Connaît-on même les réponses à ces questions au sein même de la N-VA ?

Il faut admettre que les amis catalans de la N-VA font preuve d’une tout autre détermination et d’une tout autre transparence d’intentions quand ils aspirent à couper, définitivement et irrémédiablement, le cordon ombilical avec l’état espagnol et donc aussi à renoncer, à la fois, à subsidier et à sucer les autres régions du pays. Pas de schizophrénie à Barcelone !

Une chose me paraît sûre. Parier sur la N-V.A. sous prétexte d’ainsi préparer une nouvelle alliance Wallonie – France est aussi dangereux qu’illusoire.

Dangereux parce que cette stratégie conduira inévitablement, au même titre que la frilosité de nos élites, à l’affaiblissement des francophones quand ils auront été amenés à négocier, que ce soit avec la Flandre – une 7e réforme de l’état -, ou que ce soit avec la France, quand la mariée aura trop vieilli pour encore aguicher outre-Quiévrain. Car de troisième voie, il n’en existe pas!

Cette stratégie sera-t-elle la nôtre ?

Puissions-nous, en 2018, à la veille d’échéances électorales très importantes, éviter le piège dans lequel sont tombées nos élites politiques, culturelles et sportives, celui du non-dit qui fonde leur survie et que nous dénonçons légitimement !

Car le non-dit sera toujours, pour tous les citoyens francophones, une sorte de grande parade dont ils sortiront cocus.

La Wallonie avec la France en Europe et dans le monde