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En France, on invente le futur

« En France, on n’a pas de pétrole mais on a des idées. » Cette phrase de Giscard d’Estaing, prononcée après le choc pétrolier de 1973, est bien plus qu’une formule incantatoire. Sans remonter au temps de Colbert et à la création de l’Académie des sciences (ni à Denis Papin qui, après avoir exploré avec Huygens les possibilités d’un premier moteur à explosion, fut le véritable inventeur de la machine à vapeur, dont les Anglais surent tirer profit), constatons que la France occupe une position de pointe dans l’industrie nucléaire, à laquelle on cherche aujourd’hui des alternatives pour d’évidentes raisons de sécurité. Le coût environnemental étant davantage pris en compte en France qu’aux Etats-Unis, il n’est pas question d’y exploiter le gaz de schiste. Avec le projet international ITER, développé sur le site de Cadarache, dans les Bouches-du-Rhône, on cherche à passer de la fission nucléaire à la fusion nucléaire, avec la perspective de produire beaucoup plus d’énergie et beaucoup moins de déchet. Mais on semble en droit d’attendre une avancée plus rapide et moins coûteuse dans le secteur des biopiles et, cette fois, sans produire aucun déchet. Là aussi, la France fait la course en tête, ce qui lui permet d’attirer les jeunes chercheurs étrangers.

L’article qui suit a été publié dans le magazine Le Vif/L’Express du 8 septembre 2017.

Une biopile pour la voiture de demain

Alors que s’ouvre, à Francfort, le 12 septembre, le salon de l’automobile, en France, des chercheurs du CNRS ont mis au point un prototype de biopile, sans platine, pour alimenter les voitures électriques à hydrogène. Une technologie prometteuse : coûts de fabrication réduits, « zéro émission » et une production d’hydrogène utilisant la biomasse. Autant d’arguments capables de séduire les gouvernements qui misent sur le « tout-électrique ».

« On n’est pas loin de pouvoir fabriquer une biopile suffisamment puissante pour pouvoir alimenter en électricité une voiture électrique, sans utiliser de platine, mais de simples enzymes issues des bactéries, pour la catalyse », s’enthousiasme Ievgen Mazurenko, chercheur au CNRS. « Déjà, notre biopile peut parfaitement alimenter des ordinateurs portables ou des smartphones. C’est une nouvelle génération de pile à combustible que nous avons mise au point, grâce à la collaboration du CNRS et des universités d’Aix et Marseille. »

Pour rappel : la pile à combustible traditionnelle combine l’hydrogène à l’oxygène de l’air, pour produire de l’électricité. Un réservoir de dihydrogène liquéfié remplace la pesante batterie au lithium, qui grève la plupart des voitures électriques d’aujourd’hui. « Pour réduire encore les émissions de gaz à effets de serre, et obtenir un produit résolument écologique, nous allons utiliser l’hydrogène de la biomasse », souligne encore Ievgen Mazurenko.

Une nouvelle qui pourrait sacrément titiller le marché : aujourd’hui, la majorité des constructeurs de voitures électriques misent sur des batteries au lithium. C’est le cas de Tesla ou de Nissan. D’autres constructeurs, comme Honda, Hyundai et Toyota, parient, eux, sur l’auto à hydrogène, une espèce de « supervoiture électrique », qui fonctionne (pour l’instant) avec la fameuse pile à combustible au platine, capable de produire sa propre électricité, tout en ne rejetant que de l’eau. Le hic : le platine est rare. Et ce qui est rare est cher. C’est également le cas du lithium, utilisé dans les batteries.

Alors que la Wallonie, mais aussi la France, l’Inde ou le Royaume-Uni misent sur les voitures électriques, le Centre commun de recherche européen a récemment alerté du « risque de pénurie » en 2020 – 2030 des métaux stratégiques, comme le lithium ou le platine. En parallèle, la dépendance de l’UE par rapport aux importations chinoises ou sud-africaines n’a pas prévu de baisser. Dans ce contexte, la biopile à enzymes constitue un sacré « plan B ». Aujourd’hui, seulement 0,2 % du parc mondial automobile est électrique. Concrètement, cela ne concerne que deux millions de voitures.

 ROSANNE MATHOT

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Regards croisés sur la formation de nos enseignants

Par Jean-Luc Lefèvre, ancien directeur d’écoles normale et secondaire

En Belgique francophone, comme aussi en  France (où la pénurie d’enseignants existe aussi : 14% de postes non pourvus selon le syndicat S.N.E.S.-F.S.U. lors du concours 2016), nombreux sont ceux qui, interpellés par les résultats des élèves lors des enquêtes internationales Pisa, s’interrogent sur la qualité du système éducatif. Qui dit qualité de l’enseignement, dit aussi, d’abord, des gens compétents, des professionnels.

C’est dans ce contexte que la formation des maîtres devient un réel enjeu dans nos deux pays. Dès juillet 2013, la France ouvre le bal de la rénovation : les Instituts Universitaires de Formation des Maîtres – la formation des enseignants incombait déjà avant cette date aux universités !  – sont alors remplacés par les Ecoles Supérieures de Professorat et de l’Education.

Toujours intégrées aux universités, ces écoles sont chargées d’accueillir les étudiants après bac+3, de les former aux métiers de l’enseignement en leur délivrant après deux ans de formation un master censé les préparer aux concours, tant dans l’enseignement fondamental (C.R.P.E.) qu’au collège et au lycée (C.A.P.E.S.). Quant à la tutelle des écoles privées sous contrat avec l’état, elle organise de son côté, à l’intention exclusive de ses enseignants, un Institut Supérieur de Formation de l’Enseignement Catholique dont le mandat doit respecter le socle des 14 compétences requises par l’Administration.

Chez nous, on envisage aussi de porter à quatre ans, et non cinq, la durée des études d’enseignant, dont la première cohorte nouvelle formule serait diplômée en 2023. Un master de spécialisation, non obligatoire, au terme d’une 5e année est aussi programmé, tout cela dans le cadre d’une certification partagée entre universités et hautes écoles.

Contrairement à la France, l’université francophone ne reçoit donc pas le monopole de la formation des maîtres dont l’accent, selon J. THONON de la CGSP – enseignement sur les antennes de la R.T.B.F. le 30 mai 2017, devrait être mis sur « la didactique des disciplines et la gestion du groupe ».

2013 – 2016… Les terres romanes de Belgique ont le recul nécessaire pour évaluer la réforme mise en place en France.

Comme à Grenoble où les étudiants stagiaires se sont mis en grève au printemps dernier, où Grégory Corps, responsable du Syndicat National des Lycées et des Collèges (S.N.A.L.C.), déplore un formatage inefficace en master 2 avec des enseignants–chercheurs qui n’enseignent pas dans le secondaire, comme aussi à Lille où le bilan se veut plus nuancé : des points forts (formation riche et solide, qualité des équipes, aller-retour théorie/pratique… et des points faibles (faiblesse de certains enseignements, éloignement des besoins du terrain…

Récemment, le 22 mai 2016, l’hebdomadaire Marianne déplorait la moyenne de recrutement des instituteurs qui se situe à 8/20 . Quant à Guillaume Mélère, stagiaire des Métiers de l’Enseignement, de l’Education et de la Formation, sur son blog de Mediapart, il dénonce  le peu de place laissée à la didactique de la conjugaison et à la grammaire (moins de 20 heures sur deux cent !).

L’I.S.F.E.C., n’est pas en reste : il déplore « le pédagogiquement correct de l’éducation nationale, le prêt-à-enseigner », ce que confirme G. Corps : « on ne parle pas de liberté pédagogique ».

Autant de clignotants qui devraient inciter, au-delà de toute considération philosophique ou religieuse, à regarder Outre-Quiévrain dont l’ardeur d’avance en la matière ne peut être contestée.

Ne serait-ce que pour éviter certains pièges !

Devenir de la Wallonie : thriller ou réalité?

Ce titre est celui que Paul Mélot, de l’AWF, a choisi pour la conférence qu’il donnera le 16 septembre à l’invitation de l’asbl « La Vigne Philosophe », un bar à vin philosophique installé à Wavreille, dont les activités sont présentées sur le site lavignephilosophe.be.

Nous reprenons ici la fin du courrier envoyé par les organisateurs de la conférence.

Chers Amis de la Vigne, Wallonne, Wallon !

(…)

Oufti ! Il nous faut y voir clair, vite, un guide !

Paul Mélot est un observateur neutre et il aime passionnément la Wallonie, retiré d’un syndicat et d’un parti politique depuis 11 ans, il est libre… et bien informé. Il souhaite partager le fruit de ses recherches.

Le 16 septembre, à 20 heures, il sera devant vous à la Vigne :

« Devenir de la Wallonie: Thriller ou réalité? »

Nous vivons dans une belle région, mais nous voyons que les nuages s’amoncellent : Benoît « a retiré la prise », Bart rigole, la NVA est en embuscade, toujours pas de gouvernement en Communauté, Raoul monte dans les sondages, Elio ne passe pas la main… et, sans rire, « La Bonne Gouvernance » dont on nous abreuve… « démocratie » qu’il disait… humm, tu vas voter quoi, toi?

Il y a pourtant des solutions et des attitudes nouvelles apparaissent. Paul Mélot nous fera découvrir une philosophie économique et sociale, le rôle d’un petit pays qui ne veut pas mourir… ses atouts et de nouvelles mentalités pour réenchanter les sangliers.

Ta présence à la Vigne ce 16 septembre est un gage de responsabilité, d’intérêt pour savoir ce qui va t’arriver demain… pour espérer des lendemains qui chantent et que les secours populaires ne doivent pas distribuer « la soupe à la grimace »…

Concerné ? Un acte citoyen.

Il y aura du vin, pas pour noyer son chagrin mais pour saluer, espérons-le, un renouveau. Ce sera la cuvée Clara, un Minervois du Domaine de Clarmon, choisi par Muriel au salon des vignerons de Redu…Gage d’un moment de bonheur.

Réservations obligatoires au 084/223356 ou 0475/524722 ou vignephilo@gmail.com

Adresse: 38, Route de Tellin à 5580 Wavreille.

Conférence à 20 h (accueil dès 19h30)

Entrée 7 € , première consommation offerte. Parlez-en à vos amis.

 L’Equipe de la Vigne.

Esprit des Lumières et nation française

Par Georges Régibeau

Marché planétaire et société globale, mise en cause de l’Etat-nation, dépérissement de l’Etat : certains feront sans doute valoir que la question du rattachement de la Wallonie à la France a perdu de sa pertinence au XXIe siècle, et que la diversité des trajectoires individuelles autant que la multiplication des enjeux planétaires auront bientôt raison des identités nationales. A ce compte, on pourrait même soutenir que l’évaporation de la Belgique est un signe de modernité. En poussant le raisonnement plus loin, pourquoi ne pas se faire à l’idée que, pour être à l’avant-garde, il faudrait précipiter la fin de l’Etat belge ?

Il est un peu ridicule de se croire au-dessus des problématiques identitaires pour justifier que l’on s’accroche aux symboles de la Belgique, en dépit d’une relation de moins en moins évidente avec la Flandre. Il faut voir le changement sous toutes ses formes. La vérité, c’est qu’il y a une difficulté bien réelle à se défaire d’une identité sans en prendre une autre.  Si, pour paraphraser Gaston Eyskens, la nation belge est « dépassée par les faits », cela n’est pas dû à l’avènement d’une ère post-nationale mais à l’émergence d’un Etat-nation flamand dont souffre une Wallonie incapable d’exister par elle-même.

Alors, oui, nos yeux sont tournés vers la France, dont la culture est aussi la nôtre. Oui, il est question de trouver sa place dans un monde ouvert, global, marchandisé, avec de nouveaux rapports de force, où la peur du vide pousse à la radicalisation religieuse ou idéologique, où, dans tel ou tel pays, les fantômes du passé resurgissent pour justifier la volonté de puissance, où les relations sociales sont avant tout déterminées par les forces économiques. Oui, il est question de s’adapter à une réalité mouvante en gardant la maîtrise du changement, de concilier l’ouverture avec une conscience de soi qui ne cède à aucun relativisme. Il n’y aura pas d’avenir pour les collectivités sans une identité forte et rayonnante.

Alors que la politique est de plus en plus soumise à la logique économique, il faut espérer que la France aura plus à défendre qu’une image de marque et, qu’avec tout le poids de son histoire, elle ne soit pas « fatiguée d’être elle-même », ainsi que l’écrivait l’historien Pierre Nora, décontenancé de voir se réduire à presque rien l’enseignement de la philosophie des Lumières en France.

Avec l’humanisme des Lumières, on touche à l’identité de la République française. La Déclaration des droits de l’homme ouvrait la voie à un certain multiculturalisme, mais elle en fixait aussi les limites. La révolution morale, économique et technologique issue des Lumières a favorisé l’émancipation de l’individu. Celui-ci s’est imposé davantage encore à la fin du XXe siècle. Poussé à bousculer les normes et à refuser les frontières, sinon les contraintes, il est plus que jamais « condamné à être libre », selon la formule de Jean-Paul Sartre. On a fait de l’autonomie un idéal universel. En faisant croire à l’individu qu’il n’a d’obligation qu’envers lui-même, ou envers la communauté de son choix, on risque néanmoins de trahir les valeurs dont on se réclame.

Les progrès de l’esprit humain, revendiqués par Condorcet, excluaient tout retour à l’état sauvage ou au tribalisme ou à la soumission totale à des croyances. La liberté ne peut conduire à l’affaiblissement de la démocratie. On ne peut à la fois saper le lien politique et répéter les mots « citoyenneté responsable » à la façon d’une formule magique. Il n’y a plus de citoyenneté quand on perd de vue l’articulation nécessaire entre intérêt personnel et intérêt général. L’esprit des Lumières est détourné quand la liberté et la raison ne servent qu’à légitimer le pouvoir de l’argent, au point de marginaliser le débat politique, ou de le plonger dans le doute et la confusion. L’abandon de références communes ne fortifie pas le libre examen mais renvoie chacun à ses propres appartenances, au mépris des valeurs de liberté et de raison qu’on ne fait même plus semblant de croire universelles, et dont on finit par se demander si on a le droit de les imposer dans l’éducation. Ce qui a pourtant caractérisé les droits de l’homme, en 1789, c’est la fin des privilèges et des lois particulières adaptées au statut des uns et des autres. Il n’y a pas d’universalité si la loi n’est pas la même pour tous et, dans une culture humaniste, la loi est décidée par les citoyens qui, ensemble, forment la nation.

Qu’il y ait un rapport culturel, historique, entre les droits de l’homme et la nation française, cela n’enlève rien à la portée universelle des principes énoncés. Si on y adhère, il faut en respecter l’esprit. L’être humain se construit par imitation. Il lui faut du temps pour développer sa capacité de jugement. L’expérience qu’il a du monde est forcément réduite, imparfaite, et pourtant il doit pouvoir s’élever au-dessus des croyances et des préjugés. Cela suppose une culture, une éducation qui ne se limite pas à déclamer liberté-égalité-fraternité, car les mots sont susceptibles d’être interprétés différemment. Dans ce monde en effervescence, où chacun s’emploie à saisir sa chance et à faire exister ses croyances, en fonction de tout ce qui le détermine, il faudra plus que de mots pour protéger l’esprit des Lumières.

Pour tendre à l’universel, la France doit d’abord être elle-même. Assumer collectivement un héritage collectif, dans une perspective forcément dynamique, en prolongeant son histoire. Il est évident que, dans un monde toujours plus connecté, la nation doit se redéfinir, mais sans renoncer à ses principes fondamentaux. Là où la cohésion nationale est malmenée, il faut retrouver le sens de la vertu républicaine, enseigner les droits mais aussi les devoirs, le respect des règles indispensables au bon fonctionnement de la démocratie. Il faut aussi faire aimer le pays dont on est l’incarnation vivante, où l’on construit sa vie, auquel on a choisi de s’attacher. Pour cela, il faut créer les conditions d’une identification positive et constructive, encourager la participation citoyenne et développer la conscience d’une responsabilité partagée. Et puis, sans rien enlever à sa vocation internationale, la France doit miser davantage sur la langue française.

Au XIXe siècle, les Etats-nations se sont constitués, essentiellement, sur le critère de la langue. A l’époque, on a pensé que la Belgique ne serait viable qu’en adoptant une seule langue officielle et le choix du français ne semblait souffrir aucune discussion, même en Flandre, où il s’était imposé dans les « bonnes familles ». En réponse, il y eut le « Tael is gansch het Volk », qui devait préserver la germanité de la Flandre au prix d’un vibrant nationalisme, que la Wallonie francophone a ressenti comme une trahison. Aujourd’hui, alors que la connaissance du français régresse en Flandre et dans la partie germanophone du pays, c’est surtout avec la France que les entrepreneurs wallons font des affaires, en raison d’une plus grande sécurité linguistique. Ajoutons, si c’est bien utile, que ce sont les chaînes françaises qui concurrencent la télévision belge francophone et que les Wallons ne savent à peu près rien de la culture flamande. 

Difficile de balayer la question des langues, surtout dans un pays crispé sur une frontière linguistique élevée au rang d’institution, légalement bétonnée, champ de betteraves transformé en champ de mines, de façon à sanctuariser le territoire où l’identité flamande a ses racines. Il faut une bonne dose de parti pris pour soutenir que la Belgique est un modèle annonçant l’avènement d’une ère post-nationale, alors que ce pays se redessine au gré d’un nationalisme flamand devenu plus représentatif et intransigeant, uniquement soucieux de servir les intérêts de la Flandre. « Belgique, la revanche des langues », écrivait Jean de La Guérivière en 1993. S’il y a une chose que tend à confirmer l’évolution récente de la Belgique, c’est qu’en dépit de l’ouverture à l’Europe et au monde, il y a un lien farouche entre unité linguistique, conscience nationale et solidarité consentie.

Sûre d’elle-même et soucieuse de conforter sa place en Europe et dans le monde, la Flandre est bien décidée à renforcer sa collaboration avec les Pays-Bas. Qui osera nier qu’elle est mieux adaptée au monde actuel que la Wallonie, incapable de se projeter en dehors d’un cadre belge au bord de la rupture ?

Alors oui, la Wallonie a besoin d’une idée nationale pour assurer son existence, à la façon d’une colonne vertébrale. En sapant la légitimité de l’Etat-nation, c’est à la forme moderne de la solidarité qu’on s’attaque, et cela devrait logiquement conduire à moins de services publics, moins de sécurité sociale, moins de contrôle démocratique, moins de repères et moins de confiance en soi. Mais il convient de dénoncer le réflexe identitaire auquel cède encore une majorité de Wallons, accrochés à l’Etat belge comme à une barque en perdition. La Belgique est devenue un fantasme dont ils paieront le prix. Sans jouer au prophète, il est permis d’avancer que la Wallonie sera française ou ne sera plus. L’avenir de la Wallonie est situé en France, dans un grand pays dont elle partage la culture et les valeurs.

C’est avec la France que la Wallonie pourra de nouveau s’épanouir.

C’est avec la Wallonie que la France retrouvera la confiance en un destin particulier.

Pierre Hazette sur le « Pacte d’excellence »

Il y a une semaine, le magazine Le Vif/L’Express publiait une carte blanche signée Pierre Hazette, qui exerça, faut-il le rappeler, les fonctions de ministre en charge de l’enseignement. Voici ce que cet homme sage, qui soutient l’AWF, a éprouvé le besoin d’écrire à propos du « Pacte d’excellence ».

Pacte d’excellence: « Prétendre à l’excellence sans mobiliser le travail, c’est mentir »

Peut-être s’est-il rouvert le champ des alternatives aux propositions accumulées dans ce qu’il est ou était convenu d’appeler le pacte d’excellence.

J’en salue la possibilité et je m’autorise quelques observations et suggestions que m’inspire l’expérience.

Je ne me réfère pas à un titre académique en psychologie, pédagogie ou psychopédagogie. J’ai été professeur, parlementaire, puis ministre dans le gouvernement de la Communauté française en charge de l’enseignement.

Cela, j’en conviens, il y a bien longtemps ! 

Voici une observation qui ne m’appartient pas en propre : elle s’impose en de multiples milieux ; elle est véhiculée par des institutions internationales : en Communauté française de Belgique, l’enseignement, quoique souvent réformé, va de mal en pis.

Aux résultats catastrophiques de nos étudiants en première année de l’enseignement supérieur, et singulièrement à l’université, s’ajoutent aujourd’hui les contreperformances des écoliers qui peinent à sortir du primaire.

Bref : cela ne va pas ; il faut faire mieux.

Il me semble que ce n’est pas en répétant de réforme en réforme les mêmes erreurs que la solution se fera jour. Mais où serait la solution ? Cherchons-la du côté de la vérité.

Le temps de travail proprement scolaire, c’est-à-dire le temps passé par l’écolier ou l’élève avec un instituteur ou un professeur s’est dramatiquement réduit. En deux générations, l’enseignement obligatoire est passé de 400 demi-jours par an à 180 jours qui comprennent les après-midis de congés, les journées blanches d’après examen, et les heures passées à la salle d’étude, faute de professeur remplaçant.

Or, il faut du temps pour enseigner, comme il faut du temps pour apprendre.

Conclusion

Il faut ajouter du temps au temps.

Je propose d’admettre dans l’enseignement primaire les enfants de cinq ans qui y resteront sept ans. Pour le reste, ce ne peut être le secteur des loisirs, ni l’industrie du tourisme, ni les centrales syndicales qui doivent dicter ou le moment, ou la durée des vacances scolaires. C’est tout simplement l’intérêt général, dont est dépositaire le gouvernement.

L’école est le lieu de la transmission des savoirs.

C’est dans ses murs que se situe l’apprentissage de la langue française, telle que nous l’ont livrée des auteurs exceptionnels, telle que l’ont préparée, pour les générations montantes, des grammairiens de génie.

Il n’y a pas de multiculturalisme qui tienne devant l’obligation qui s’impose à une communauté de langue et de culture françaises : la priorité, c’est la maîtrise de la langue, son respect, l’explication de ses subtilités, l’assimilation des particularités de son orthographe. C’est aussi l’ardente nécessité de faire naître et d’entretenir le plaisir de lire et de vérifier la compréhension du texte lu.

Un enseignement de qualité part de là. Comment concevoir, en effet, la compréhension des consignes en mathématiques ou en sciences, si le vocabulaire fait défaut, si les articulations du texte ne sont pas comprises ?

Dès lors qu’aucun compromis, aucun renoncement n’est admissible sur ce chapitre, il faut ouvrir le champ des possibles.

Enseigner aujourd’hui ne peut plus se concevoir sans une attention portée en permanence à des formes d’intelligence qui ont été ignorées ou méprisées par l’école traditionnelle.

A côté des enfants qui vont exceller dans l’usage de la langue ou que l’arithmétique fascinera, d’autres dessineront avec talent, trouveront à s’exprimer dans le travail du bois, les montages électriques ou les manipulations du clavier d’ordinateur, d’autres encore chercheront leur plaisir dans la musique ou les exercices sportifs. Les formes d’intelligence sont multiples et chacune peut ouvrir la voie à l’épanouissement personnel. Il n’y faut qu’une condition : L’enseignement fondamental, dès les premiers jours, doit être organisé pour les révéler toutes et leur assurer la même considération.

Mais « ouvrir le champ des possibles », c’est aussi offrir aux enfants, aux adolescents qui n’ont pas le français comme langue maternelle, qui ne le parlent pas et ne l’entendent pas à la maison, un enseignement qui tienne compte de ce handicap et s’emploie à le résorber par un horaire différent de celui appliqué aux autochtones. Sur ce point aussi, le renoncement est coupable même s’il se drape dans les plis d’une mixité sociale artificielle qui bafoue les libertés de choix de l’école, prérogative de la famille, contestée par l’idéologie régnante.

J’ai évoqué mon expérience ministérielle. Je puis, à ce titre porter témoignage. Des dizaines de professeurs du secondaire m’ont dit lors de ma tournée des écoles de Wallonie et de Bruxelles : 

– De grâce, Monsieur le Ministre, mettez un terme au passage automatique de première en deuxième année du secondaire.

Je les ai écoutés.

Or, l’orientation du prétendu pacte d’excellence allonge le tronc commun jusqu’à la fin de la troisième année du secondaire, avec l’intention de réduire les redoublements budgétivores.

Je suis convaincu que, sur rapport des instituteurs et au départ des observations fournies par les CPMS, tout le monde gagnerait à orienter les élèves vers des enseignements adaptés à leurs aptitudes. Il n’y a que du profit à tirer d’un adolescent bien dans sa peau devant un banc de menuisier, un banc de montage électrique, un bac de pâte à pain ou un plan de cuisine. C’est là que réside la solution au problème réel des redoublements excessifs.

Faut-il attendre que l’ado ait quinze ans et ait traîné son ennui, quand ce n’est pas sa rébellion, de classe en classe avant de lui ouvrir le champ des possibles ?

Faut-il imposer aux professeurs de cours généraux de freiner la marche de la classe pour tenter que des jeunes sans motivation rejoignent le groupe à l’arrêt ?

Faut-il continuer à sacraliser l’enseignement général et, par le fait même, mépriser les formations techniques et professionnelles, alors que la société prouve tous les jours leur utilité et leur nécessité ?

La vérité a des droits: un passage de classe se mérite, comme se mérite la rémunération d’un travail bien fait, mais on ne demande pas à un poisson de grimper à un arbre, ni à un oiseau de traverser un fleuve à la nage.

Imaginons donc des élèves bien dans leur classe, bien dans leur peau.

Tous les problèmes ne sont pas, pour autant, derrière nous.

Il est une équivoque qu’il faut lever.

La relation au savoir

Les connaissances ne sont pas figées ; elles évoluent à notre époque plus vite qu’à n’importe quelle autre. Les matières enseignées à l’école évoluent également. Il appartient au professeur d’assurer les connaissances de base indispensables à chacun, connaissances autour desquelles gravitent les innovations. C’est la mission fondamentale de l’enseignant. C’est en l’assumant qu’il établira les bases de son autorité. C’est la qualité de son savoir et la maîtrise de sa communication qui lui permettra d’intégrer les jeunes dans la continuité de la génération qui les précède, en d’autres termes de faire d’eux les acteurs en devenir de la société où ils sont appelés. Il ne s’agit pas d’endoctrinement, mais de susciter une adhésion critique, raisonnée, argumentée.

Le seul engagement requis des enseignants, c’est le ralliement, l’adhésion aux libertés constitutionnelles et aux droits de l’homme. Il n’y a là non plus aucun renoncement tolérable.

C’est là que se situent les réponses aux questions que lui poseront ses élèves, parfois désemparés par les problèmes de notre société.

Ceci posé, il appartient au gouvernement de restituer le professeur dans sa mission de transmission des savoirs et, par voie de conséquence, de l’aider, de l’inciter à construire sa personnalité, son identité professionnelles en s’intégrant lui-même dans un processus d’apprentissage tout au long de la vie.

La relation de l’école au pouvoir

La Communauté française a la compétence d’organiser l’enseignement francophone. Dépourvue du pouvoir fiscal, elle dépend pour son financement de l’Etat fédéral. Elle subventionne les écoles qu’elle n’organise pas elle-même. La loi de financement a été conçue pour contraindre la Communauté à une organisation moins coûteuse, en dépit même des évolutions, notamment dans l’enseignement supérieur, qui annonçaient des charges croissantes. Les difficultés financières sont récurrentes.

La suppression annoncée des provinces jette un éclairage nouveau sur la question. Si le pouvoir fiscal des provinces devait être transféré à la Région wallonne, la compétence de la Communauté en matière d’enseignement pourrait suivre la même voie.

Il y aurait dans cette réforme des moyens nouveaux affectables en Wallonie, tout au moins, aux besoins les plus évidents du secteur : les traitements, l’équipement, les bâtiments.

Je conclurai en citant un vieux sage Yazidi : « We have no other way to survive except through learning. »

Pierre HAZETTE, écrivain et ancien ministre de l’Enseignement de la Communauté française

Une avicultrice prend la parole

Notre amie Henriette Havelange tient à remettre les choses en place.

Chers amis,
que de bavardages sans connaître le monde de l’aviculture! Vous dites ne manger que des œufs 0 ou 1. Savez-vous pourquoi les éleveurs ont dû employer un produit plus performant ? Rappelez-vous le mois de juin, il fait très chaud et l’AFSCA demande aux éleveurs de confiner leurs poules (la grippe aviaire). Or, imaginez-vous le sol des poulaillers couvert de poules qui salissent partout jusque dans leurs mangeoires! Ajoutez la chaleur, les poux rouges se multiplient rapidement et infestent la volaille. Alors que faire ?

Et c’est alors que passe un démarcheur qui a belle allure et qui vend un produit bio, le remède miracle… 

Vous connaissez la suite. Et bien moi je vous dis que mes poules en cages répondent mieux à tous les critères d’hygiène et de salubrité que l’on est en droit d’attendre actuellement. Tout le bavardage et les avis de GAIA and co ne sont qu’un écran de fumée, une tromperie diffusée par nos médias à l’affût des événements sensationnels.

Et pourquoi ne poursuit-on pas les coupables au lieu de promettre un dédommagement avec l’argent public ?

A bon entendeur… salut,

Henriette Havelange

Joyeux enfants de la Bourgogne…

Par Georges-Henry Simonis

On ne connait pas suffisamment l’importance des liens qui unissent la Wallonie et la Bourgogne, spécialement en Entre-Sambre-et-Meuse.

Sans remonter à Philippe le Bon, ou aux foires médiévales qui attiraient nos ancêtres à Dijon ou à Troyes, je constate les liens qui se sont tissés grâce à de nombreux jumelages : Philippeville  avec  Saulieu, Couvin avec Montbard, Walcourt avec Chatillon-sur Seine, Ciney avec  Semur-en-Auxois, Florennes avec Longvic (Dijon), Silenrieux (Cerfontaine) avec Recey-sur-Ouche, Tamines (Sambreville) avec  Nuits-Saint Georges

L’amour du bon vin n’y est certainement pas étranger avec, dans ce domaine aussi, une différence bien belge entre les Flamands, plus attirés par les vins de Bordeaux qui leur parvenaient par bateaux, et les Wallons plus proches de ces routes terrestres devenues pour beaucoup des itinéraires de vacances classiques par Couvin, Charleville, Poix-Terron, Mazagran, Vitry-le-François…

Il est une autre raison, non moins honorable : au début de la guerre de 1914, de nombreuses familles wallonnes ont fui les hordes allemandes qui faisaient preuve d’une violence inouïe. On n’a pas assez parlé des massacres de Dinant ou de Tamines qui ont fait des milliers de morts, hommes, femmes et enfants…  Les Wallons ont trouvé en Bourgogne  une hospitalité exceptionnelle qui a laissé de nombreuses traces dans le cœur des gens. D’où tous ces jumelages plus que folkloriques. Les territoires ont de la mémoire…

Aujourd’hui, enfin, les Wallons s’émancipent peu à peu de la Belgique artificiellement créée au XIXème siècle pour se rapprocher de leur mère-patrie. Il ne me déplairait pas que les maires des communes concernées, et les comités de jumelage, participent à ce rapprochement en marche. Qui plus est, pourquoi la Région wallonne, et son nouveau gouvernement impromptu, ne pourrait-elle encourager ces rapprochements et en susciter d’autres, spécialement avec les Régions françaises les plus proches et les métropoles voisines ?

Ainsi, si Liège est déjà jumelée avec Lille et Nancy, et Tournai avec Troyes, Charleroi aurait tout à gagner à se rapprocher rapidement de Reims et de Dijon, en profitant de l’amélioration sensible des liaisons routières qui se profile enfin vers le Sud et, espérons-le, demain à l’Ouest vers la Haute Sambre, Maubeuge et les autoroutes françaises.

Qu’on se le dise ! Vive la France et vive la Wallonie !