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Les routes s’affaissent, le modèle belge aussi

Vous avez peut-être lu l’éditorial de Béatrice Delvaux du 19.09.17  dans le quotidien « Le Soir ». L’intérêt de cet éditorial Comment ajouter du chaos au chaos vaut son pesant d’or car en face, de l’autre côté de la frontière, les éditorialistes regardent les événements soit effarés d’incompréhension soit comme le chat observant la souris. A cet effet, veuillez trouver en annexe un article du Tijd assez interpellant : Les routes s’affaissent, le modèle belge aussi
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Le Rafale, Austerlitz ou Berezina wallonne ?

Valmy réagit à la carte blanche d’André Flahaut sur le remplacement de nos avions de combat.

Pourquoi offrir des F35 à la Grande Néerlande juste avant la rupture confédérale ?
Entre 2025 et 2035, les transferts de la Flandre vers la Wallonie et Bruxelles vont graduellement cesser. Dans moins de vingt ans, la Wallonie sera autonome et ne pourra plus compter sur la Flandre. Et bien avant cela, il ne faut pas perdre de vue la menace de la mise en œuvre d’une septième réforme de l’Etat et l’instauration du confédéralisme voulus par la NVA, son président Bart De Wever et le ministre-président flamand Geert Bourgeois, après les élections de 2019.
Dans ce cas de figure, il faudrait prévoir la répartition de la dette fédérale entre les régions. Au total, la Wallonie devrait faire face à un déficit budgétaire de -12,37% du PIB, soit 11,121 milliards d’euros ! Intenable, elle devrait quitter l’Union européenne car incapable de respecter les critères de Maastricht vu un déficit budgétaire de plus de 3%. Ce jour-là, elle devrait réaliser de vastes assainissements et réduire ses dépenses publiques d’un quart. Cela créerait assurément un climat de tension quasi révolutionnaire, d’où la panique dans les partis politiques wallons et leur actuelle sujétion face à la Flandre puisqu’ils renâclent à se tourner vers la France, leur patrie naturelle.
Affabulation délirante ? Absolument pas, la Flandre accepte le statu quo communautaire, parce que la sixième réforme de l’Etat l’avantage outrageusement et n’est pas encore aboutie. Mais, grâce au fameux article premier des statuts de la NVA, elle joue au chantage permanent à l’éclatement du pays.
Bart De Wever n’hésite pas à affirmer que « le confédéralisme est l’essence de son parti » malgré le fait qu’avec la NVA aux manettes, la België marche et la Flandre en sort gagnante. Donc patience tant que les Wallons se prosternent « la corde au cou comme les bourgeois de Calais ». Il faut également observer l’hypocrisie des autres partis flamands qui présentent tous des faces de Janus mais qui n’en laissent pas moins la manœuvre à la NVA tant qu’elle mène l’offensive profitable à Mère Flandre.
Bien que le « Belgian Kingdom » soit un Etat dit fédéralisé mais toujours unitaire quand cela arrange certains cercles d’intérêts puissants, le gouvernement wallon juge-t-il la Wallonie si riche pour jeter des milliards d’euros dans l’achat de 35 nouveaux avions de combat, dont les premiers devront être opérationnels dès 2023, au seul profit de la « Belgische Luchtmacht » en passe de convoler avec la Koninklijke Luchmacht néerlandaise ?
Il faudrait que le gouvernement wallon se souvienne que la Wallonie paie déjà beaucoup pour les bateaux de la « Belgische Zeemacht » ( les ports se situent en Flandre, les navires sont donc flamands) qui se coulent avec délices dans le giron de la néerlandaise Koninklijke Marine.
Ne deviendrait-il pas urgent de réfléchir à la régionalisation de la « Belgian Army », d’autant que les autorités estiment le coût de l’acquisition des F35 à 3,59 milliards d’euros, auxquels il faut ajouter 1,2 milliard pour des activités annexes comme l’entretien ou la formation des techniciens et pilotes. Sur les 40 ans de vie (sic) évaluée pour les futurs avions de chasse, la facture devrait atteindre les 15 milliards d’euros, a précisé l’agence Belga.
Mais à quoi ressemblerait le Belgium en 2023 ?
Dans quel état serait la Wallonie en cas de confédéralisme qui signifierait d’office la fin des transferts flamands, comme cela se programme de toute façon à partir de 2025 ?
Qui va enfin alerter et soulever les Wallons face à cette nouvelle duperie, à ce cambriolage institutionnel ?
Qui va oser s’opposer à cette manœuvre ? Y-a-t-il un homme providentiel dans la salle ?
Le Premier Ministre Charles Michel ? Aucune chance ! Dans le Niewsblad du 5 septembre 2017, Farid El Mabrouk écrivait au sujet du Premier ministre Michel que d’aucuns voient en lui « un Premier ministre à la botte des partis flamands ». Le politologue Carl Devos (U Gent) affirme qu’ « (…) au sein d’un gouvernement dominé par les partis flamands, il n’a jamais mené la danse face aux présidents de parti et vices-premiers ministres influents et ce n’est d’ailleurs pas près d’arriver ».
Au sein des partis politiques wallons (oublions les « francophones ») ? Aucune chance ! Seul le Ministre d’Etat André Flahaut a émis un appel d’alerte mais seulement en faveur de la défense européenne et de l’industrie belge (sic) face à la manœuvre néerlandaise et flamande en faveur du F 35 américain. Quant à son parti le PS, unitariste-monarchiste, englué dans les affaires, ce dernier n’a pas la force de bouger le petit doigt et Monsieur Magnette n’envisage pas de « révolte au palais de l’Empereur ».
Un syndicaliste bien connu pourrait se lever et en appeler, comme en 1960, à la résistance, il s’agit de Thierry Bodson, Secrétaire général de la FGTB wallonne. Il a le charisme et l’âme régionaliste. Mais il lui faudrait dynamiter la FGTB « nationale » ; peu de chance !
Existerait-il une chance d’interpeller le Président Macron, Président de la France et proche du patronat de son pays, sans oublier l’Européen convaincu, afin de lui demander : à quoi sert l’Europe si ses membres fondateurs (Pays-Bas, Italie et Belgique) mettent à mal l’industrie européenne, et française en particulier, au profit de l’américaine ?
Personne en Europe n’ignore que le F-35 est un appareil destiné à torpiller l’industrie aéronautique européenne et notamment la française. La France, seul pays, excepté la Russie, qui maîtrise l’ensemble des technologies pour développer et industrialiser un avion de combat. « Il faut bien savoir que les Américains souhaitent casser notre industrie de défense pour vassaliser l’Europe et accroître leur domination mondiale car la France est leur seul concurrent », expliquait dans l’indifférence générale en mai 2002 Serge Dassault dans une interview accordée à « La Tribune ».
Brussel est évidemment très attirée par le F-35 car la Flandre est naturellement tentée de reformer le club des quatre pays de l’OTAN (Belgique, Pays-Bas, Norvège et Danemark) qui avaient décidé, à l’époque du choix du F16, de faire un choix commun pour leur futur avion de combat.
Il faut également tenir compte de la farouche et opiniâtre volonté de la Flandre d’œuvrer à l’édification d’une Grande-Néerlande (nostalgie compréhensible de la défunte Union d’Utrecht, 16e siècle), actuellement préfigurée par le BENELUX, cheval de Troie destiné à enfermer les « braves » Wallons dans l’ancien Royaume des Pays-Bas dont ils se séparèrent en 1830. Ces « braves » Wallons semblent d’ailleurs l’oublier malgré les commémorations officielles (folkloriques ?) du mois de septembre ! (ndlr : lire Le mémorandum stratégique flamand (voir Doorbraak du 14/07/2017) sur le site AWF « Nation flamande » du 04 août 2017).
De plus, il paraît que la België se voit « contrainte » d’acheter le F-35 si elle veut garder sa tâche nucléaire que l’OTAN lui confie depuis des décennies et qu’elle délègue aux chasseurs-bombardiers stationnés à Kleine-Brogel (F-84F, F-104G et F-16A). Ces avions sont capables d’emporter et de larguer une bombe nucléaire américaine B-61 dont la présence sur la base limbourgeoise n’est « ni confirmée, ni démentie ». Bien évidemment, la Flandre n’abandonnera pas cet honneur ! Et baste l’Europe et les Wallons !
Le gouvernement du Belgium devrait se décider courant 2018 après la remise des propositions finales des candidats.
Mais il paraîtrait déjà que l’offre française d’acquérir des chasseurs Rafale dans le cadre d’un partenariat plus large entre les deux pays, « ressemble à un va-tout » qui « a peu des chances de passer », selon la très belgicaine « La Libre Belgique », qui rappelait vendredi le statut d' »outsider » du Rafale et du Typhoon face au F-35 américain.
De plus, si la België achète les 35 appareils F35 américains, la survie de la base aérienne de Florennes risque de se poser à nouveau, même si les parlementaires MR et CDH de la province de Namur parlent de « casus belli ». Il ne faut pas perdre de vue que tous les partis politiques wallons acceptent l’idée d’un choix américain malgré le fait qu’ils soient tous au courant du « tropisme orangiste » de la Flandre et de son souhait de sauvegarder sa tâche nucléaire au même titre que la Grande-Bretagne et l’Allemagne. (Lire sur Google : http://www.esu.ulg.ac.be/…/20150923123511-Remplacement-des-F16-belges-16-08-2015-pdf- ) Un petit dessin: actuellement au total 68 F16, soit Kleine-Brogel 38 F16 en 3 escadrilles et Florennes 30 F16 en 2 escadrilles. Mais avec deux bases pour seulement 35 avions de chasse F35, on risque assurément le dépôt d’une question budgétaire par les députés flamands au parlement de Brussel !
En conclusion, soit les Wallons refusent la dépense en faveur du F35 qui leur est TOTALEMENT défavorable surtout à terme pour cause d’impécuniosité suite à « séparation confédérale de corps et de biens », soit ils convainquent les industriels flamands de les suivre dans la coopération industrielle française, soit (un rêve !), ils exigent le partage de l’investissement en vue d’acquisition de F35 et de Rafales (nb : prix unitaire estimé par la Cour des comptes française 〈101,1 millions d’euros〉, le Rafale ressort même à 128,6 millions de dollars pièce).
Existerait-il malgré tout un « Danton » wallon providentiel qui oserait reprendre les paroles de l’ex-ministre-président Paul Magnette (2016) : « Quand j’en appelle au patriotisme économique (…). Il ne s’agit en aucune manière d’un repli sur soi. Nous restons une terre d’accueil pour tous ceux qui veulent investir chez nous, et nous voulons nous projeter toujours plus sur la scène internationale. » et inviter la Wallonie à se tourner enfin vers la France au lieu de suivre le train de la soumission aux Germains du BENELUX ?

Valmy

Pour une collaboration renforcée avec la France

On ne peut pas encourager des synergies entre l’armée belge et l’armée hollandaise puis fermer la porte aux propositions de collaboration venant de la France : interrogé ce soir par Eddy Caekelberghs sur la Première, André Flahaut, qui exerça pendant plus de huit ans les fonctions de Ministre de la Défense, a mis en évidence le parti pris flamand de ses successeurs. Cette interview faisait suite à une carte blanche du même André Flahaut, publiée notamment sur les sites du Soir et du Vif/L’Express. Nous sommes autorisés à en reproduire le texte.

Remplacement des F-16 : une opportunité européenne à saisir

Dans l’actuel contexte stratégique, le gouvernement fédéral et les entités fédérées ont tout intérêt à examiner sérieusement, et de façon conjointe, l’offre de partenariat formulée par la France en marge de la réunion européenne qui s’est tenue ce jeudi 7 septembre à Tallinn (Estonie).

Outre le remplacement de nos anciens F-16 par les Rafales de Dassault Aviation, la proposition du gouvernement français ouvre de nouvelles voies pour la Défense belge, mais aussi pour l’Europe. En effet, la coopération structurante qui nous est offerte vise, par-delà la fourniture d’avions de combat, le développement, le partage et l’amélioration réciproque des « capabilités techniques » ayant trait à des aspects opérationnels, de formation et de soutien. Florence Parly, Ministre française des Armées, pointe aussi les « possibilités de coopération industrielle et technique » qu’un partenariat de ce type viendrait alimenter pour les entreprises de nos deux pays.

Tandis que le Royaume-Uni négocie sa sortie de l’UE (prévue pour mars 2019), ce qui la met de facto en retrait de la Politique européenne de Sécurité et de Défense (au sein de laquelle elle a d’ailleurs souvent représenté un frein), une redéfinition du paysage militaire et stratégique s’impose plus que jamais aux acteurs de l’Europe unie. Il va nous falloir faire face à des mouvements de personnel et de matériel au sein des 22 pays qui sont aujourd’hui à la fois membres de l’OTAN et de l’UE. Sans doute y a-t-il ici une chance à saisir pour remettre à flot la Défense de l’Europe : la rendre plus efficace, plus cohérente, et surtout plus lisible. L’enjeu s’avère d’importance à l’heure du Brexit et de Trump. Le partenariat « de gouvernement à gouvernement » proposé par la France constitue, à cet égard, un jalon notable et une occasion à saisir.

Au moment où la France et l’Allemagne cherchent, semble-t-il, à relancer la coopération européenne en matière de Défense en l’élargissant à d’autres États – l’Italie et l’Espagne, notamment -, l’offre française, qui pourrait également concerner le Luxembourg, représente une opportunité unique de participer à un tel processus de relance. Ceci étant, l’Europe de la Défense que j’appelle de mes vœux doit être pensée comme complémentaire à l’OTAN, et non dans une optique de concurrence. Il en va de notre sécurité commune. C’est dans ce sens qu’il faut œuvrer ensemble.

Comprenons bien : le fait de partager les coûts, de mettre en commun les formations, de faire jouer les synergies dans un maximum de domaines représente, en matière de Défense, une voie privilégiée vers l’efficacité. En l’occurrence, le but est de dépenser mieux (non pas de dépenser plus), tout en s’attachant à rencontrer des priorités sociales, concrètes et en prise avec les exigences du temps. Il s’agit aussi d’être capable de répondre avec originalité et audace aux défis du futur – la lutte contre la pauvreté, par exemple. Une pauvreté qui, dans bien des cas, est source d’insécurité et d’instabilité à l’échelle internationale.

Cette façon d’opérer permettrait, à l’évidence, de questionner le besoin (ou peut-être l’absence de besoin) qu’a notre pays de se doter d’une flotte aussi importante d’avions de chasse. La sagesse n’est-elle pas, en effet, de s’inscrire dans une démarche fermement européenne où l’intégration et la coopération doivent primer ? C’est ce que nous avions fait au sein du gouvernement Verhofstadt lorsqu’il s’était agi de remplacer les avions-transporteurs C-130 Hercules et d’acquérir – via un projet européen – des Airbus A400M Atlas.

Cet aspect du problème est d’autant plus pertinent que les conflits classiques cèdent aujourd’hui du terrain face aux guerres asymétriques ou hybrides, et à la lutte contre le terrorisme. Dès lors, ne conviendrait-il pas de privilégier la prévention, le renseignement et la lutte contre tous les trafics (êtres humains, armes et drogue) qui, le plus souvent, transitent par des voies maritimes ? L’avenir est peut-être là. Enfin, les équipements électroniques dans le renseignement et les drones armés sont amenés à se développer, ce qui pourrait reléguer la chasse classique à l’arrière-plan.

Il n’en reste pas moins que le partenariat ambitieux et constructif proposé par la France constitue, à plus d’un titre, une exceptionnelle opportunité pour nos entreprises. Elle ne manquera pas d’offrir de nouvelles perspectives d’emploi dans nos Régions. Mieux, si l’accord devait se concrétiser, il viendrait renforcer l’autonomie stratégique de l’Europe en diminuant, au sein de l’OTAN, notre dépendance à l’égard des États-Unis. Lesquels souhaitent, de très longue date, un meilleur partage des charges financières et des risques opérationnels de part et d’autre de l’Atlantique.

Le gouvernement fédéral doit viser l’intérêt général de la Belgique et de toutes ses Régions. II est par ailleurs indispensable qu’il travaille à consolider l’Europe dans toutes ses dimensions par des actes concrets et pas uniquement par des discours.

André Flahaut

En France, on invente le futur

« En France, on n’a pas de pétrole mais on a des idées. » Cette phrase de Giscard d’Estaing, prononcée après le choc pétrolier de 1973, est bien plus qu’une formule incantatoire. Sans remonter au temps de Colbert et à la création de l’Académie des sciences (ni à Denis Papin qui, après avoir exploré avec Huygens les possibilités d’un premier moteur à explosion, fut le véritable inventeur de la machine à vapeur, dont les Anglais surent tirer profit), constatons que la France occupe une position de pointe dans l’industrie nucléaire, à laquelle on cherche aujourd’hui des alternatives pour d’évidentes raisons de sécurité. Le coût environnemental étant davantage pris en compte en France qu’aux Etats-Unis, il n’est pas question d’y exploiter le gaz de schiste. Avec le projet international ITER, développé sur le site de Cadarache, dans les Bouches-du-Rhône, on cherche à passer de la fission nucléaire à la fusion nucléaire, avec la perspective de produire beaucoup plus d’énergie et beaucoup moins de déchet. Mais on semble en droit d’attendre une avancée plus rapide et moins coûteuse dans le secteur des biopiles et, cette fois, sans produire aucun déchet. Là aussi, la France fait la course en tête, ce qui lui permet d’attirer les jeunes chercheurs étrangers.

L’article qui suit a été publié dans le magazine Le Vif/L’Express du 8 septembre 2017.

Une biopile pour la voiture de demain

Alors que s’ouvre, à Francfort, le 12 septembre, le salon de l’automobile, en France, des chercheurs du CNRS ont mis au point un prototype de biopile, sans platine, pour alimenter les voitures électriques à hydrogène. Une technologie prometteuse : coûts de fabrication réduits, « zéro émission » et une production d’hydrogène utilisant la biomasse. Autant d’arguments capables de séduire les gouvernements qui misent sur le « tout-électrique ».

« On n’est pas loin de pouvoir fabriquer une biopile suffisamment puissante pour pouvoir alimenter en électricité une voiture électrique, sans utiliser de platine, mais de simples enzymes issues des bactéries, pour la catalyse », s’enthousiasme Ievgen Mazurenko, chercheur au CNRS. « Déjà, notre biopile peut parfaitement alimenter des ordinateurs portables ou des smartphones. C’est une nouvelle génération de pile à combustible que nous avons mise au point, grâce à la collaboration du CNRS et des universités d’Aix et Marseille. »

Pour rappel : la pile à combustible traditionnelle combine l’hydrogène à l’oxygène de l’air, pour produire de l’électricité. Un réservoir de dihydrogène liquéfié remplace la pesante batterie au lithium, qui grève la plupart des voitures électriques d’aujourd’hui. « Pour réduire encore les émissions de gaz à effets de serre, et obtenir un produit résolument écologique, nous allons utiliser l’hydrogène de la biomasse », souligne encore Ievgen Mazurenko.

Une nouvelle qui pourrait sacrément titiller le marché : aujourd’hui, la majorité des constructeurs de voitures électriques misent sur des batteries au lithium. C’est le cas de Tesla ou de Nissan. D’autres constructeurs, comme Honda, Hyundai et Toyota, parient, eux, sur l’auto à hydrogène, une espèce de « supervoiture électrique », qui fonctionne (pour l’instant) avec la fameuse pile à combustible au platine, capable de produire sa propre électricité, tout en ne rejetant que de l’eau. Le hic : le platine est rare. Et ce qui est rare est cher. C’est également le cas du lithium, utilisé dans les batteries.

Alors que la Wallonie, mais aussi la France, l’Inde ou le Royaume-Uni misent sur les voitures électriques, le Centre commun de recherche européen a récemment alerté du « risque de pénurie » en 2020 – 2030 des métaux stratégiques, comme le lithium ou le platine. En parallèle, la dépendance de l’UE par rapport aux importations chinoises ou sud-africaines n’a pas prévu de baisser. Dans ce contexte, la biopile à enzymes constitue un sacré « plan B ». Aujourd’hui, seulement 0,2 % du parc mondial automobile est électrique. Concrètement, cela ne concerne que deux millions de voitures.

 ROSANNE MATHOT

Regards croisés sur la formation de nos enseignants

Par Jean-Luc Lefèvre, ancien directeur d’écoles normale et secondaire

En Belgique francophone, comme aussi en  France (où la pénurie d’enseignants existe aussi : 14% de postes non pourvus selon le syndicat S.N.E.S.-F.S.U. lors du concours 2016), nombreux sont ceux qui, interpellés par les résultats des élèves lors des enquêtes internationales Pisa, s’interrogent sur la qualité du système éducatif. Qui dit qualité de l’enseignement, dit aussi, d’abord, des gens compétents, des professionnels.

C’est dans ce contexte que la formation des maîtres devient un réel enjeu dans nos deux pays. Dès juillet 2013, la France ouvre le bal de la rénovation : les Instituts Universitaires de Formation des Maîtres – la formation des enseignants incombait déjà avant cette date aux universités !  – sont alors remplacés par les Ecoles Supérieures de Professorat et de l’Education.

Toujours intégrées aux universités, ces écoles sont chargées d’accueillir les étudiants après bac+3, de les former aux métiers de l’enseignement en leur délivrant après deux ans de formation un master censé les préparer aux concours, tant dans l’enseignement fondamental (C.R.P.E.) qu’au collège et au lycée (C.A.P.E.S.). Quant à la tutelle des écoles privées sous contrat avec l’état, elle organise de son côté, à l’intention exclusive de ses enseignants, un Institut Supérieur de Formation de l’Enseignement Catholique dont le mandat doit respecter le socle des 14 compétences requises par l’Administration.

Chez nous, on envisage aussi de porter à quatre ans, et non cinq, la durée des études d’enseignant, dont la première cohorte nouvelle formule serait diplômée en 2023. Un master de spécialisation, non obligatoire, au terme d’une 5e année est aussi programmé, tout cela dans le cadre d’une certification partagée entre universités et hautes écoles.

Contrairement à la France, l’université francophone ne reçoit donc pas le monopole de la formation des maîtres dont l’accent, selon J. THONON de la CGSP – enseignement sur les antennes de la R.T.B.F. le 30 mai 2017, devrait être mis sur « la didactique des disciplines et la gestion du groupe ».

2013 – 2016… Les terres romanes de Belgique ont le recul nécessaire pour évaluer la réforme mise en place en France.

Comme à Grenoble où les étudiants stagiaires se sont mis en grève au printemps dernier, où Grégory Corps, responsable du Syndicat National des Lycées et des Collèges (S.N.A.L.C.), déplore un formatage inefficace en master 2 avec des enseignants–chercheurs qui n’enseignent pas dans le secondaire, comme aussi à Lille où le bilan se veut plus nuancé : des points forts (formation riche et solide, qualité des équipes, aller-retour théorie/pratique… et des points faibles (faiblesse de certains enseignements, éloignement des besoins du terrain…

Récemment, le 22 mai 2016, l’hebdomadaire Marianne déplorait la moyenne de recrutement des instituteurs qui se situe à 8/20 . Quant à Guillaume Mélère, stagiaire des Métiers de l’Enseignement, de l’Education et de la Formation, sur son blog de Mediapart, il dénonce  le peu de place laissée à la didactique de la conjugaison et à la grammaire (moins de 20 heures sur deux cent !).

L’I.S.F.E.C., n’est pas en reste : il déplore « le pédagogiquement correct de l’éducation nationale, le prêt-à-enseigner », ce que confirme G. Corps : « on ne parle pas de liberté pédagogique ».

Autant de clignotants qui devraient inciter, au-delà de toute considération philosophique ou religieuse, à regarder Outre-Quiévrain dont l’ardeur d’avance en la matière ne peut être contestée.

Ne serait-ce que pour éviter certains pièges !

Devenir de la Wallonie : thriller ou réalité?

Ce titre est celui que Paul Mélot, de l’AWF, a choisi pour la conférence qu’il donnera le 16 septembre à l’invitation de l’asbl « La Vigne Philosophe », un bar à vin philosophique installé à Wavreille, dont les activités sont présentées sur le site lavignephilosophe.be.

Nous reprenons ici la fin du courrier envoyé par les organisateurs de la conférence.

Chers Amis de la Vigne, Wallonne, Wallon !

(…)

Oufti ! Il nous faut y voir clair, vite, un guide !

Paul Mélot est un observateur neutre et il aime passionnément la Wallonie, retiré d’un syndicat et d’un parti politique depuis 11 ans, il est libre… et bien informé. Il souhaite partager le fruit de ses recherches.

Le 16 septembre, à 20 heures, il sera devant vous à la Vigne :

« Devenir de la Wallonie: Thriller ou réalité? »

Nous vivons dans une belle région, mais nous voyons que les nuages s’amoncellent : Benoît « a retiré la prise », Bart rigole, la NVA est en embuscade, toujours pas de gouvernement en Communauté, Raoul monte dans les sondages, Elio ne passe pas la main… et, sans rire, « La Bonne Gouvernance » dont on nous abreuve… « démocratie » qu’il disait… humm, tu vas voter quoi, toi?

Il y a pourtant des solutions et des attitudes nouvelles apparaissent. Paul Mélot nous fera découvrir une philosophie économique et sociale, le rôle d’un petit pays qui ne veut pas mourir… ses atouts et de nouvelles mentalités pour réenchanter les sangliers.

Ta présence à la Vigne ce 16 septembre est un gage de responsabilité, d’intérêt pour savoir ce qui va t’arriver demain… pour espérer des lendemains qui chantent et que les secours populaires ne doivent pas distribuer « la soupe à la grimace »…

Concerné ? Un acte citoyen.

Il y aura du vin, pas pour noyer son chagrin mais pour saluer, espérons-le, un renouveau. Ce sera la cuvée Clara, un Minervois du Domaine de Clarmon, choisi par Muriel au salon des vignerons de Redu…Gage d’un moment de bonheur.

Réservations obligatoires au 084/223356 ou 0475/524722 ou vignephilo@gmail.com

Adresse: 38, Route de Tellin à 5580 Wavreille.

Conférence à 20 h (accueil dès 19h30)

Entrée 7 € , première consommation offerte. Parlez-en à vos amis.

 L’Equipe de la Vigne.

 Le pacte d’excellence ne convainc pas

M. Jules Jasselette,  Echevin honoraire de l’enseignement communal liégeois, nous envoie une lettre écrite par deux enseignantes qui se posent pas mal de questions quant au pacte d’excellence. Avec beaucoup de pertinence, elles interrogent ce pacte.

Cette lettre a été signée par Sylvie et Sophie Hendrickx, professeurs de néerlandais dans le premier degré du secondaire. Elle a été publiée sur le site du journal Le Soir le 31 janvier 2017. 

«Nous avons l’impression d’être sur un paquebot qui coule»

Cher Pacte pour un enseignement d’excellence,

Voilà plusieurs mois que tu fais partie de nos discussions journalières avec nos collègues, nos amis, notre famille. Parfois, tu hantes nos nuits.

Tu as gagné le centre de nos conversations car ton contenu nous inquiète beaucoup. Certains de tes passages nous font même peurNous avons peur pour nos futurs élèves, peur pour « nous », peur pour notre profession, peur pour notre Enseignement.

T’es-tu rendu dans les écoles pour analyser les effets du passage automatique de première en deuxième secondaire ? As-tu rencontré tous ces élèves en « décrochage » ? As-tu pu faire comprendre à tous ces élèves de première qu’il était important d’étudier et de fournir un travail rigoureux même s’ils passent d’office en deuxième (peu importent leurs résultats) ? As-tu pu motiver ces élèves de deuxième – qui, souvent, n’ont pas acquis les compétences de fin de première – et leur expliquer qu’ils doivent se mettre sérieusement au travail et ne pas attendre les épreuves du CE1D en fin d’année (car « il n’y a que ça qui compte ») ?

As-tu passé du temps avec les élèves du différencié ? Tu sais, ces élèves qui ont besoin de travailler « d’autres choses » et différemment. Ce sont des élèves qui évoluent et s’épanouissent dans ces petites classes avec un encadrement différencié.

As-tu eu un moment de partage avec tous ces élèves qui ont, parfois depuis la première secondaire, un « projet » ? Ces élèves qui sont souvent bloqués trois ans dans le premier degré, ne demandent pas grand-chose : ils demandent qu’on les aide à peaufiner leur projet mais – surtout – ils demandent à ne pas perdre un an supplémentaire dans le degré. As-tu entendu leurs demandes ?

Tous ces élèves dont nous t’avons parlé ci-dessus, que vont-ils devenir dans le Tronc Commun ? Il paraît que nous devons espérer que les moyens supplémentaires mis en maternelle et en primaire nous apporteront, dans le secondaire, des élèves avec bien moins de difficultés qu’actuellement. Ces élèves auront intégré, dès leur plus jeune âge, qu’ils doivent travailler et fournir des efforts même si « cela ne compte pas pour des points ». Y crois-tu vraiment ? Nous en doutons fortement… Nous avons bien compris qu’il fallait diminuer le nombre de redoublement dans l’enseignement de la Communauté française. L’objectif est, entre autres, d’atteindre le pourcentage de redoublement de la Communauté flamande. Nous allons atteindre cet objectif grâce à un passage automatique de la première maternelle à la troisième secondaire. Devrons-nous en être fiers ?

Que devons-nous penser de la fusion du technique de qualification et du professionnel ? Les élèves dans ces deux filières ont des profils et des projets tout à fait différents. La fusion de ces filières, est-elle vraiment la seule manière que tu as pu imaginer pour revaloriser l’image de celles-ci ?

Le vase est plein

Dans une école, il n’y a pas que les élèves. Il y a également les professeurs, les éducateurs, le personnel administratif, la direction… As-tu pensé à toutes ces personnes à qui on impose, depuis plusieurs années, de nouveaux décrets ? Te rends-tu compte à quel point cela engendre du travail supplémentaire, de la pression, du stress… ? Te rends-tu compte comme nos conditions de travail se sont compliquées ces dernières années ? Plusieurs de tes mesures risquent d’accentuer davantage toutes les difficultés auxquelles nous devons faire face aujourd’hui. Le vase est plein, nous te supplions de ne pas le faire déborder.

Pour l’enseignement maternel, tu annonces l’engagement de 1.100 enseignants, puéricultrices, psychomotriciens. Ces 1.100 personnes vont-elles toutes se retrouver dans les classes et les écoles existantes afin d’améliorer la gestion et le travail ? Ou ce chiffre inclut-il toutes les personnes qui devront être engagées pour faire face au manque de place dans les écoles et accueillir les futurs élèves ? D’ailleurs, sais-tu où en est la CF dans la création de ces nouvelles écoles et de ces nouvelles classes (nous parlons des « vraies » classes, pas des pavillons mobiles) ?

« Comme tout le monde » ? Chiche…

Dans le secondaire, tu prévois pas mal de changements pour les enseignants. Tu redéfinis le temps de travail et les tâches. Lors d’une assemblée, nous avons appris que tu tiens à quantifier nos heures de travail afin de t’assurer que nous prestons bien 38 heures par semaine (« comme tout le monde »). Ne t’inquiète pas, avec le travail que nous fournissons, nous arrivons déjà à nos 38 heures par semaine et, régulièrement, nous les dépassons. Que va-t-on faire, dès lors, de ce travail supplémentaire que l’on devrait effectuer ? Serions-nous payés pour les heures supplémentaires ? Ou nous permettrais-tu de pointer ? Ainsi, on s’arrêterait tous à nos 38 heures et cela éviterait tout problème de paiement d’heures supplémentaires ou de récupération. Dans le cas où l’on ferait « comme tout le monde », nous supposons que tu prévois de nous fournir un lieu de travail correct ainsi que notre matériel de travail (matériel de bureau, ordinateur, connexion internet, imprimante, cartouches d’encre, feuilles, manuels scolaires). Mais cela, nous n’en doutons pas. Peut-être aurait-on même droit « comme tout le monde » à certains avantages tels que des chèques-repas, des écochèques, une assurance hospitalisation, une assurance groupe… ?

Tu redéfinis également l’évaluation. Nous serons désormais évalués, en équipe, par la direction ou par un collègue « expérimenté ». Avec la charge de travail croissante qui s’impose aux directions, nous imaginons que beaucoup d’équipes seront évaluées par un collègue « expérimenté ». Tu comprendras aisément que nous craignons un changement d’ambiance et de relations dans nos équipes. Est-ce normal d’être évalué par un collègue ? As-tu épluché des études fiables qui montrent des effets positifs de telles évaluations ? Pourrais-tu nous rassurer en nous répondant par la positive et en nous communiquant ces études ?

Une ASBL regroupant de nombreux professeurs de la CF postait le 4 janvier 2017 :

 « Concernant le Pacte d’excellence, il n’y a fort objectivement aucun risque à le tenter et l’appuyer. »

 « On ne peut pas dire, qu’avec ce Pacte, ‘On va niveler par le bas et ce sera pire’. Au fond du fond, on y est déjà. Et faire pire que ça, ce sera quand même compliqué. »

« Et on verra dans dix ou quinze ans. L’histoire jugera. »

Un Pacte à lire en intégralité

Pour notre part, nous avons l’impression d’être sur un paquebot qui coule depuis quelque temps. Selon nous, ce paquebot n’a pas encore, même s’il en est dangereusement proche, touché le fond. Nous ne souhaitons pas être fatalistes. Nous souhaitons faire part de nos plus grandes inquiétudes te concernant, cher Pacte, afin que les élèves, les parents, le personnel des écoles… te lisent. Ceci leur permettra de se rendre compte de l’ampleur des impacts qu’auraient certaines de tes mesures. Nous espérons que toutes ces personnes prendront le temps, comme nous et comme beaucoup d’autres, de te faire part de leurs ressentis (positifs et négatifs).

Nous espérons réellement que tu tiennes compte de tous les retours et avis qui te concernent et pas uniquement des « synthèses » (rapports) qui te sont remis. C’est comme toi, il vaut mieux te lire en entier que ton résumé.