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La Belgique bientôt privatisée ?

Par Saumane

Toute personne sérieuse ne peut considérer la Belgique actuelle comme étant une nation. Au mieux, c’est un Etat fédéral dont l’appellation est contestée par des personnalités flamandes de plus en plus nombreuses. Pour eux, c’est un Etat confédéral. Si nous considérons que tous les transferts de compétences des différentes réformes de l’état sont toutes allées dans le même sens (transferts du fédéral vers les régions ou communautés), nous ne pouvons que leur donner raison. De ce point de vue, Yves Leterme (CD&V) était un précurseur lorsqu’il déclarait : « le fédéralisme belge est un échec, il faut passer au confédéralisme ».

Et voici que même cette nouvelle appellation d’origine  contrôlée par la Flandre serait sur le point d’être dépassée. Une Belgique complètement privatisée serait une S.P.R.L., une S.A., voire une A.S.B.L. 🙂 , où l’Etat ne jouerait plus qu’un rôle purement régulateur, régulé bien sûr par Mère Flandre qui s’y connaît quand il s’agit de travailler à son développement économique.

Lisez plutôt ce qui suit !

La Belgique bientôt privatisée ?

Débats Première – Publié le mercredi 16 mai 2018 sur le site de la RTBF

Depuis les années 80, la Belgique vit au rythme des privatisations. C’est un mouvement de fond, l’Etat délègue de plus en plus de missions au privé. La RTT, la SABENA, la CGER, le Crédit Communal et puis une série innombrable de bâtiments, de missions de l’Etat ont été confiées au privé. Et le pouvoir régalien commence aussi à être touché. Récemment, le gouvernement fédéral a ainsi confié la surveillance de certaines bases militaires au groupe G4S. Le mouvement ne semble pas s’arrêter. A droite et au centre droit, on en appelle en Flandre à l’efficacité, au pragmatisme. A gauche, mais aussi chez nombre de libéraux sociaux, on dénonce une idéologie néolibérale.

Qu’est-ce qui explique et justifie au fond ces privatisations ? Jusqu’où peuvent-elles aller ? L’Etat actionnaire est-il voué à disparaître pour devenir un Etat purement régulateur ?

ET si c’était une solution subtile pour régionaliser totalement le Belgium en douceur sans passer par la « case parlement » ? La politique du fait accompli donne souvent de bons résultats en ce pays « surréaliste » qui, rappelons-le, fut créé de cette façon !

A.G.O. de l’A.W.F. (3) : le discours de Pierre-Yves Jeholet

1. La lettre de demande de M. Paul Mélot :

Monsieur le Ministre,

Permettez-moi tout d’abord de me faire l’interprète de M. Paul DURIEUX, Président de l’ALLIANCE WALLONIE FRANCE pour vous remercier très vivement pour votre intervention lors de l’A.G.O. de notre mouvement citoyen pluraliste au Palais des Congrès de Liège ce samedi 28 avril. Et de me réjouir de vos prises de paroles précises et étayées relatives au devenir de la Wallonie et de la Communauté française.

Par la même occasion, il nous revient de vous présenter toutes nos excuses pour un timing décalé qui n’a malheureusement pas permis un débat que, comme vous, nous souhaitions plus riche. Effectivement, vous nous aviez informé de votre impossibilité de rester parmi nous au-delà de midi…

 Nous poursuivons cependant notre rôle qui consiste à informer clairement les personnes, très nombreuses, qui consultent notre site web. C’est la raison pour laquelle nous nous permettons de formuler la demande suivante :

Accepteriez-vous de me transmettre quelques lignes succinctes reprenant vos interventions sous la forme de réponses aux questions posées lors de l’A.G. :

– La Communauté française est-elle encore viable ?

– Transferts de la Communauté vers la Région wallonne ?

– La Wallonie dans une Belgique confédérale ?

– Commente faire, et après ?

Il est bien entendu que si vous adhériez à cette demande, votre texte complet serait mis en ligne sur le site de l’AWF. Ceci serait une manière de produire nos excuses…et de nous « racheter » !

Vous remerciant à l’avance pour votre parfaite attention et en réitérant nos remerciements, recevez, Monsieur le Ministre, nos salutations respectueuses.

Pour l’Alliance Wallonie France,

Paul Mélot

2. La réponse de Madame Julie Stapelle, Secrétaire du ministre Jeholet :

« Le Ministre me dit qu’en réalité, il n’avait pas de texte … Je ne peux donc rien vous faire suivre. Merci pour votre demande. »

Cordialement,

                      Julie Stapelle

3. Mes notes

En homme prévoyant, j’avais mon petit carnet qui me suit partout…  Je suis donc en mesure de vous livrer textuellement des extraits de ce qu’a dit le vice-premier Ministre wallon. Je suis conscient que retiré du contexte d’un discours, les mots peuvent donner sujet à caution, mais je suis certain que les extraits ci-dessous ne trahissent pas l’esprit de ce qu’a dit Monsieur Jeholet.

Paul Durieux

4. Ce qu’a dit le Ministre Jeholet :

a) La Wallonie

 La Wallonie a son sort entre les mains. Elle ne pourra compter que sur elle-même.

On connaît la problématique : elle est budgétaire. Le gâteau devra grandir afin qu’il permette de subvenir aux besoins des Wallonnes et des Wallons, il devra être partagé équitablement.

Les moyens financiers risquent de diminuer.

La primauté du fait régional est là. Je constate de plus en plus une synergie entre le M.R. et le P.S. sur ce point.

La Fédération Wallonie-Bruxelles : je me demande ce qu’ils font de leur journée.

b) L’enseignement

Le pacte d’excellence est un échec. L’enseignement est un enjeu majeur.

Il faut intégrer l’enseignement technique et professionnel dans les compétences régionales.

Un gros problème que connaît la Wallonie est la formation.

c) le futur

Il ne faut pas se faire d’illusion : une 7ème réforme de l’état, on l’aura parce que la Flandre la veut.

Certaines régions françaises souffrent plus que la Wallonie aujourd’hui.

Le rattachisme, je l’envisagerai après. Il n’est pas d’actualité.

5. Commentaire de l’A.W.F. : nous espérons que M. Jeholet pratique la prospective. Nous l’invitons à prendre connaissance du projet d’intégration-autonomie de la Wallonie dans la République française qu’il trouvera dans notre nouvelle brochure que nous lui avons remise lors de notre A.G.O. Nous lui demandons de prendre notre projet en considération non pas demain, mais aujourd’hui !

Conférence-débat de Paul Mélot (6)

Après Wavreille,  Barvaux , Verviers, Liège (Ste Walburge), après Maison de la Culture, Centre d’action laïque, Vigne Philosophe ou Centre culturel laïc, notre ami Paul  Mélot continue à offrir sa conférence-débat à toutes les associations qui lui font l’honneur de l’inviter.

Ce soir, mercredi 16 mai 2018 à 19.30, il sera au Centre culturel laïc de Trooz, 3, Rue de la Fenderie à 4870 Trooz (0472 515 554).

De conférence en conférence, Paul Mélot a le souci de peaufiner le contenu du thème qui lui tient à coeur : « l’avenir de la Wallonie ».

Ne possédant pas l’affiche qui concerne la conférence-débat de ce jour, nous nous sommes permis de reprendre celle de Verviers  car le canevas de la conférence et le texte qui accompagne l’affiche restent d’actualité.

Souhaitons plein succès à une conférence-débat qui sort des sentiers battus.

Un an de macronisme : à vous de juger !

En guise de préambule : actualité de l’assemblée nationale (577 élus).

Macron, on l’aime, on l’adore ou on ne l’aime pas, on le déteste… Il ne laisse pas indifférent. Il a révolutionné la politique française et installé un pouvoir vertical rarement atteint en s’appuyant durant cette première année de pouvoir sur une majorité LREM solide.

Toutefois, un nombre appréciable de ces députés commencent à faire entendre leur voix discordante sur plusieurs sujets au point d’envisager la constitution d’un groupe parlementaire distinct. (Pour rappel, il faut 15 députés pour former un groupe parlementaire.)

Plusieurs fidèles parmi les fidèles avaient été choisis pour recadrer les « perturbateurs ». Nous pouvons affirmer que leur action a limité pour l’instant la casse, mais n’a pas réussi totalement dans son œuvre. Toutefois, le Président de la République qui avait 309 députés à sa disposition garde une majorité confortable.

De l’aveu même de Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron a gagné le 1er round.

« La France insoumise » de Mélenchon (17 élus) est la force d’opposition qui a une cohérence, un programme, une dynamique, mais là aussi un Ruffin commence à faire entendre sa différence.

La Droite de Wauquiez (98 élus) n’en finit pas de chercher sa voie, de donner de la consistance, du contenu et un positionnement au parti « Les Républicains ».

Le P.S. se retrouve dans « la Nouvelle Gauche » (27 élus) qui comme la Droite est aussi à la recherche de sa voie, de son positionnement et de sa construction (ou reconstruction).

Le groupe U.D.I., Agir et indépendants, « Les Constructifs » (centre et droite qui ne se reconnaît pas dans la droite « décomplexée » de Wauquiez (47 élus), le mouvement démocrate et apparentés (35 élus) votent les projets de loi à la carte selon qu’ils y adhèrent ou non.

La gauche démocrate et républicaine (16 élus) a réussi grâce à ses 16 élus à fonder un groupe parlementaire.

Le F.N. (ou ex-F.N. ?) avec ses 8 élus passe le plus clair de son temps à essayer de construire un groupe parlementaire avec certains des 20 élus non-inscrits.

Notons que pouvoir constituer un groupe est important (droit à avoir des présidences de commission ainsi que l’accès à des dotations publiques).

L’A.W.F., mouvement citoyen pluraliste a parmi ses membres des sensibilités qui recouvrent l’ensemble de l’échiquier politique français (à l’exception notable du F.N. qui ne répond pas à l’article 1er de nos statuts). Nous sommes un espace de discussions riche.

Il appartiendra quand on demandera au Wallon de voter pour les présidentielles et les législatives de choisir son parti, son candidat ou de s’abstenir.

 Nous n’avons pas voulu escamoter le débat concernant un an de macronisme, mais nous donner le temps de la réflexion et du débat interne. L’article paru dans le « Le Vif- L’Express » nous a paru bien structuré. Aussi nous proposons-vous de lire ce qui suit :

Article publié dans le magazine Le Vif/L’Express du 03/05/18

Par Corinne Lhaïk

Faire. J’assume. Transformation. Cordée. Ces mots du Président français incarnent le style et l’action de sa première année à l’Elysée.

FAIRE

L’ambition

Le président français adore ce verbe, au point de l’avoir prononcé 3 068 fois en un peu plus d’un an. C’est « faire » qu’il préfère, après « France » (3 215 fois), selon le site « Le poids des mots du président », de Paris Match. Porte-parole de l’Elysée et ancien journaliste, Bruno Roger-Petit raconte : « Quand je suis arrivé à l’Elysée, le président m’a dit : « Tes confrères se trompent, je n’aime pas la politique, je n’aime que l’action politique. » » Les macronistes sont unanimes : le président « fait » pour rattraper les renoncements du passé. En mai 2017, le nouvel élu confie au syndicaliste Jean-Claude Mailly, alors secrétaire général de Force ouvrière, qu’il veut « tout faire en deux ans ». Richard Ferrand, le président du groupe REM à l’Assemblée nationale, en est convaincu : « Quand l’ensemble sera mis en oeuvre, les Français auront plus d’emploi, de santé, d’école. » D’ici là, Emmanuel Macron compte sur l’action pour lui servir de paravent. « Macron est un doer ( traduction: un homme qui agit), c’est son principal airbag par rapport aux critiques : « il fait, avec détermination », souligne Philippe Grangeon, membre du bureau exécutif de la République en marche et proche du chef de l’Etat. Si le président ne reste pas inerte, où va-t-il ? C’est une autre question. Moralisation de la vie publique, réforme du marché du travail, de l’assurance-chômage, de la formation professionnelle, de l’apprentissage, de la fiscalité du capital, des institutions, de l’école, du bac, de l’orientation des lycéens, des prisons, des hôpitaux, des règles de l’asile et de l’immigration, de la fonction publique, de la SNCF, la France est devenue un vaste chantier.

Le risque

C’est celui du tournis et, in fine, de l’incompréhension. Si la politique a lassé les Français faute de résultats, la seule recherche de l’efficacité ne suffit pas. Que manque-t-il ? « La pédagogie, oui bien sûr, affirme ce député REM, et, comme tout le monde, je fais ma génuflexion en disant qu’elle est nécessaire, mais donner des explications, c’est solliciter la rationalité alors que les Français ont besoin d’empathie. » Pour l’heure, le président n’a pas trouvé la réponse à ces électeurs qui le jugent lointain et arrogant. Le risque, c’est aussi l’essoufflement. Si Macron fait tout en deux ans, à quoi emploiera-t-il le reste de son quinquennat ? Pourtant, quatre sujets importants sont à l’agenda : la création d’une cinquième branche de la Sécurité sociale pour financer la dépendance, aux côtés de la maladie, la vieillesse, la famille et les accidents du travail ; la refonte du système de retraites pour qu’il soit égalitaire et lisible ; la réforme de la fiscalité locale ; et, surtout, celle de la dépense publique, condition essentielle de la transformation.

J’ASSUME

L’ambition

Par ce mot, le chef de l’Etat français se défend face aux contestations. « J’assume totalement les gestes fiscaux faits sur l’Impôt de solidarité sur la fortune. » « J’assume la hausse de la Contribution sociale généralisée pour les retraités. »  » J’assume ces choix », dit le président à propos de la gestion des hôpitaux. Ce terme s’accorde bien avec le verbe faire et avec la rupture que Macron entend incarner. « La plupart des gouvernants trouvent toutes sortes de justifications pour se disculper : c’est l’Europe, c’est la crise, ce n’est jamais de leur responsabilité », affirme Bruno Roger-Petit. Mathieu Laine, directeur du cabinet du conseil Altermind, poursuit : « Son « j’assume » est conforme au contrat démocratique « j’ai été élu donc je fais ». Il n’y a pas d’arrogance, le président signifie que c’est lui qui sera jugé par l’histoire. »

Les inquiétudes et les mécontentements sont entendus, vous promet-on, mais n’entament pas les convictions présidentielles. Le « j’assume » est aussi un choix politique. Bien sûr, Emmanuel Macron songe à un second mandat et il lui arrive de l’évoquer en privé. « Mais il accepte le risque de conflictualité, automatique quand on transforme. Il n’agit pas avec l’horloge de la prochaine présidentielle et a la lucidité de savoir que, même s’il obtient des résultats, il peut ne pas être réélu. Regardez Schröder en Allemagne », affirme Philippe Grangeon.

Le risque

Le mot peut claquer comme un déni d’écoute, de compréhension, comme une forme de mépris technocratique, ceux qui savent écrasant les « ignorants ». A l’Elysée, Ismaël Emelien comprend le danger : le conseiller spécial du président passe ses journées le nez dans les sondages à analyser l’opinion. Il lui arrive de réfléchir out of the box, comme disent les macronistes, par exemple, de proposer au président d’aller présenter ses vœux le 1er janvier à midi, en descendant dans la rue. Si cette idée n’a pas été retenue, son offensive contre un gouvernement des « sachants » a été prise au sérieux. Le chef de l’Etat ne renonce pas au « j’assume », mais ne parle plus de « réparer ». C’est le garagiste qui répare, il soulève le capot, plonge dans le moteur, et vous, vous n’y comprenez rien, vous explique-t-on à l’Elysée. Désormais, on « réconcilie ». De même que l’on ne se contente plus de « libérer et protéger ». On « unit », également.

« J’assume » souligne aussi une contradiction entre la verticalité du pouvoir selon Macron et ses promesses d’horizontalité durant la campagne. Macron juge les syndicats trop faibles et trop divisés pour mener les réformes qu’il souhaite. Mais la distance entretenue avec les corps intermédiaires est-elle une condition de l’efficacité ? Ou l’amorce d’une rupture avec cette société civile dont le président a besoin pour réussir ?

TRANSFORMATION

L’ambition

Oubliez les réformes, un vocable qui écorche les oreilles, rappelle de mauvais souvenirs et un cortège d’adjectifs fâcheux : « inachevées », « amputées », ou pire, « libérales ». La transformation, c’est bien autre chose que de repeindre la carrosserie. Benjamin Griveaux, le porte-parole du gouvernement, revendique cette radicalité : « Jusqu’à présent, chaque nouveau problème donnait naissance à une nouvelle dépense et, l’année d’après, à un nouvel impôt pour combler les déficits. » Désormais, l’inspiration des politiques publiques tient en un mot, très ambitieux : l’émancipation. « La principale inégalité, c’est la prédestination des gens en raison de leur origine sociale et de leur parcours, estime Philippe Grangeon. Nous aurons réussi si, dans cinq ans, nous avons permis une mise en mouvement collective pour que les destins individuels puissent se réaliser. « 

Voilà pour l’objectif. La méthode, c’est un autre proche, Jean-Marc Borello, président du Groupe SOS, qui la décrit : « La règle est simple et respectée, on réfléchit, on ouvre un dossier, on fait le travail à fond, on le ferme et on passe à autre chose. Rien ni personne n’empêcheront le président d’aller jusqu’au bout. » La détermination affichée est la nourriture de la transformation. Sur ce chapitre, les macronistes sont imbattables.

Le risque

Le premier, c’est celui de la transition. « Nous l’avions anticipé : l’élection s’éloigne et les résultats concrets ne viendront que plus tard, analyse Gilles Le Gendre, vice-président du groupe REM à l’Assemblée. Notre politique ne consiste pas à redistribuer de l’argent à tout-va, mais à nous attaquer aux défauts de fond du modèle français. C’est plus difficile, mais plus efficace. Il nous faut aller vite pour que les bénéfices adviennent sans tarder. Et être très clairs sur les responsabilités : les fonctionnaires, les cheminots, les infirmières, etc., ne sont pas coupables de la situation actuelle ; mieux, ils ont tout à gagner à sa transformation. »

Le second et principal risque, c’est celui de la déception, un écart trop important entre les prétentions du début et la réalisation finale. Il est déjà arrivé à Emmanuel Macron de rogner les promesses de départ. Comme avec l’assurance- chômage, certes étendue aux démissionnaires, mais avec des restrictions. Ou avec les ordonnances sur le droit du travail qui donnent plus de pouvoir de négociation aux branches professionnelles que prévu durant la campagne. Toutefois, l’essentiel est ailleurs : dans cette refondation de la dépense collective, donc des politiques publiques. Elle doit dégager des économies et respecter la promesse de transformation. Un Comité action publique (CAP 22) va remettre son rapport dans quelques semaines. Il suscite beaucoup d’attentes et de doutes : combien d’exercices de ce genre l’ont précédé sans résultats ? Si la méthode dure devait aboutir à des réformes molles, le chef de l’Etat aura perdu sur les deux tableaux : il aura fait peur aux Français, sans changer vraiment leur vie.

CORDEE

L’ambition

Interrogé par TF1 et LCI, le 15 octobre 2017, le chef de l’Etat affirme : « Je veux qu’on célèbre (les) réussites. Si on commence à jeter des cailloux sur les premiers de cordée, c’est toute la cordée qui s’effondre. » En quelques mots sont exposées sa conception de l’économie et celle de la société : tout le monde est lié, les riches ne peuvent pas s’exonérer de leurs responsabilités, les pauvres ne doivent pas rêver d’affaiblir les riches.

Cordée, c’était juste la trouvaille d’une soirée, mais le mot devient l’auberge espagnole du macronisme. A chacun sa définition. Pour Mathieu Laine, « Emmanuel Macron exprime la conviction que si l’on ne libère pas la pression fiscale, on ne va pas libérer l’embauche et l’investissement. C’est une pédagogie libérale bienvenue ». Benjamin Griveaux insiste sur ces premiers de cordée qui ne sont pas forcément des riches et des patrons. « Ce sont aussi des personnes qui n’acceptent pas l’assignation à résidence pour eux et les autres. »

Le risque

C’est d’établir une hiérarchie implicite entre ceux « qui réussissent » et ceux « qui ne sont rien », selon une autre expression très controversée du président (le 2 juillet 2017, lors de l’inauguration de la Station F campus de start-up à Paris). « On peut donner l’impression que l’on fait exclusivement une politique pour les premiers », reconnaît un ministre. Pour le moment, l’arithmétique est implacable : les plus riches profitent davantage des baisses d’impôts que les plus modestes. Et le président a du mal à faire comprendre ce qu’il propose : que les plus aisés, financièrement ou culturellement, s’investissent pour la collectivité ; que la transformation en route va bénéficier aux plus faibles. Un député de la majorité affirme : « Ce mot de cordée, je le trouve pauvre, je préfère le « libérer et protéger », qui incarne le dépassement absolu du dilemme entre plus d’Etat ou plus de marché. Il faut plus des deux. » C’est le challenge.

A.G.O. de l’A.W.F. (2) : le discours de Pierre-Yves Dermagne

Veuillez trouver ci-dessous l’intégralité du discours prononcé par Pierre-Yves Dermagne, Député wallon, chef de groupe P.S. au Parlement wallon lors de l’Assemblée générale ouverte de l’Alliance Wallonie-France du samedi 28 avril. 

Lors de la réception du discours de Pierre-Yves Jeholet, Vice-Président MR du gouvernement wallon, nous nous ferons un plaisir de le publier sur notre site.

Après publication des deux discours, notre mouvement citoyen répondra aux interventions de nos deux députés wallons.

1456-pierre-yves-dermagneIntervention de Pierres-Yves Dermagne

1. Remerciements

Avant tout, je veux remercier le Président et le Conseil général de l’Alliance Wallonie-France de m’avoir convié à votre assemblée générale pour parler… de la Wallonie !

Peut-être un peu de la France aussi, dans la foulée car, quand j’entends un rattachiste inviter les Wallons à « sortir du bois », j’ai tendance à voir poindre les moustaches du comte Albert, et je vous sens tout prêts à nous donner une leçon de catéchisme.

Je n’éluderai pas la question en terminant mon intervention mais je veux, avant tout, me centrer sur l’objet précis et immédiat de la réflexion institutionnelle que vous voulez nourrir.

2. L’avenir de la Wallonie plus que celui de la CF

À ce propos, je pense que nous allons nous retrouver sur un grand nombre de points mais je voudrais néanmoins me dissocier quelque peu de votre prémisse.

« La Wallonie au secours de la Communauté française via un transfert de compétences ? », écrivez-vous… Non ! Je vous dirai simplement que ce n’est pas mon but. Déjà, dans ma conception, le but d’un élu n’est pas de secourir une institution, c’est de servir une population et un projet de société. Mon but, c’est le bien‑être des Wallonnes et des Wallons. Et, pour cela, chercher les meilleurs moyens ‑ notamment institutionnels ‑ d’y parvenir.

En outre, la question de « secourir la Communauté française » nous renvoie plutôt à une situation passée. Celle des années 1990 où, pour sauver l’enseignement ‑ pas la Communauté ‑, nous avons procédé à des transferts de compétences communautaires vers la Région, sans l’intégralité des moyens y afférents. Je pense aux fameux transferts « St-Quentin » qui se sont d’ailleurs avérés très bénéfiques pour les matières concernées. Depuis, les Communautés ont été refinancées en 2001 et la sixième réforme de l’État leur a conservé un financement basé sur des clefs de « besoins » (le nombre d’élèves, etc.), là où les Régions sont largement passées à un financement sur base de leur contribution à la production de richesses. Alors, bien sûr, la Communauté ne roule pas sur l’or et ne dispose de facto pas de pouvoir fiscal, mais l’enjeu n’est plus de la sauver comme ce fut le cas pour le passé ; et je ne vous cache pas que c’est une excellente chose pour la Wallonie.

Dès lors, si nous devons mener une réflexion institutionnelle intrafrancophone, c’est pour la Wallonie ! C’est pour donner aux Wallons les meilleurs leviers pour assumer leur destin ou, en des termes moins grandiloquents, pour mettre en œuvre leur projet. Je ne suis pas un romantique mais je ne pense pas non plus qu’il soit indigne d’aimer sa patrie wallonne, bien au contraire. Mais comme pragmatique et comme responsable politique, je suis convaincu de l’importance de gérer au mieux les compétences fédérées, c’est-à-dire dans la plus grande cohérence et avec le meilleur rapport aux réalités du terrain.

Et, en ce sens, ce n’est pas faire preuve d’idéologie que de dire que la coexistence de deux entités fédérées n’est pas sans poser de questions :

° parce que ce système hybride n’existe dans aucun système fédéral au monde ;

° parce que le fédéralisme qui fonctionne est toujours un fédéralisme territorial, donc également fiscal;

° parce que la juxtaposition de deux institutions sur le même terrain induit de facto, au pire des concurrences, au mieux des cloisonnements, en dépit de tous les mécanismes que nous avons tous bricolés au fil du temps pour croiser les politiques et articuler les initiatives ;

° et parce que nos concitoyens aspirent à de la lisibilité institutionnelle et ont besoin de repères et d’institutions de référence. C’est le cas de la Wallonie comme du fédéral. Ce ne fut jamais le cas de la Communauté française, même rebaptisée Fédération Wallonie-Bruxelles, alors qu’elle approche du demi-siècle d’existence.

Mais cette question, je ne la pose même pas sur le plan des principes, je constate qu’elle se pose à partir de la valorisation même des compétences.

C’est vrai pour la culture où, depuis 1983 – trois ans seulement après la création de la Région wallonne ‑, chez des visionnaires comme les signataires du Manifeste pour la culture wallonne, on souligne la difficulté de créer une dynamique régionale ‑ et notamment un projet économique fédérateur ‑ sans disposer du levier culturel. C’est vrai – et on en parle assez, à raison – pour l’enseignement. Tout l’enseignement, du maternel au supérieur, ou prioritairement certaines filières, en insistant, là encore, sur le manque d’interaction entre la sphère éducative et le monde économique. Je ne suis pas suspect d’avoir des objectifs « adéquationistes » visant à créer une main-d’œuvre sur mesure et jetable pour les besoins – d’ailleurs évolutifs – des entreprises, mais je suis convaincu qu’une interconnaissance est porteuse de gains pour les deux parties.

° Dans les deux sens, d’ailleurs, car de plus en plus d’emplois auront besoin d’aptitudes créatives et culturelles fortes pour faire face aux attentes de notre temps.

° Culture, enseignement, on pourrait poser le même constat pour le sport – artificiellement dissocié des infrastructures sportives ‑ ; le patrimoine, où le « mobilier » est à la Communauté tandis que l’immobilier relève de la Région ; les petits reliquats de santé restés communautaires lorsqu’ils sont attachés au sport ou à l’enfance, sans parler des hôpitaux universitaires, demeurés dans la sphère académique alors qu’ils sont avant tout… des hôpitaux.

Donc des questions se posent, effectivement, et l’on peut se réjouir qu’elles se posent dans un contexte beaucoup plus dépassionné qu’autrefois, lorsqu’on était régionaliste ou communautariste comme on pouvait être supporter du Standard ou d’Anderlecht. Les partis ont évolué ‑ et certains radicalement – et la presse a évolué, là aussi fondamentalement, quand on se souvient de la manière dont certains journaux se positionnaient sur la question à l’époque de Robert Collignon.

Personnellement, je m’en réjouis. Mon but n’est pas de délivrer rétrospectivement des brevets de pionnier ou de premier converti ; je n’ai d’ailleurs pas l’âge pour le faire. S’il y a eu évolution, c’est aussi parce que la société a évolué – la sociologie de la population a changé, notamment à Bruxelles ‑ et parce que, quoi qu’on en dise, le fédéralisme a mûri.

Et donc votre deuxième question, celle du « Comment faire ? », arrive plus à propos que jamais. Parce qu’on sent qu’un consensus politique n’est plus impossible… et qu’après les accords de la Saint-Quentin (1993) et de la Sainte-Émilie (2014), un nouveau grand accord pourrait survenir.

Votre question du « Comment faire ? » est non seulement pertinente mais elle est aussi importante, parce qu’elle permet la clarification. Parce que, reconnaissons-le, on entend énormément de choses à ce sujet, dont pas mal de positions qui pêchent par leur absence de fondement. Je ne parle même pas de démagogie mais plutôt de connaissance approximative de nos institutions et des mécanismes qui président à leur réforme. Or, dès le moment où l’on cesse de lancer des idées sur le mode du « Il faudrait que… » pour envisager une traduction concrète, on rentre dans le domaine du droit et, là, il ne s’agit plus d’approximations.

Pour apporter une réponse à la division des compétences qui nuit au fonctionnement optimal de notre fédéralisme, il y a deux voies : la réforme de l’État au sens fédéral du terme ou l’accord intrafrancophone.

Par la réforme de l’État, on peut tout faire ! Mais dans des conditions nombreuses et difficiles à réunir. Il faut déclarer les articles constitutionnels à révision, réunir une majorité des deux tiers pour modifier la loi fondamentale et une majorité des deux tiers renforcée d’une majorité simple dans les deux groupes linguistiques pour amender les lois spéciales… À la Chambre et au Sénat ! Autrement dit, il faut la participation de la Flandre, qui – vous vous en doutez ‑ ne va pas nous l’apporter « par sympathie » pour nous permettre de clarifier notre paysage comme nous l’entendons.

Heureusement, pour ce qui ne concerne que nous – ce qui dépend de nous, aurait dit Épictète ‑, et c’est le cas pour les compétences que j’évoquais ‑, il existe une seconde voie qui ne nécessite que des accords au niveau de nos entités. Et ce n’est pas un heureux hasard, c’est le fait de la volonté des artisans de la réforme de l’État.

Tout le monde a à l’esprit que la dualité Communauté-Région est le fruit du compromis originel entre les conceptions flamandes et wallonnes du fédéralisme. Ce qu’on dit moins souvent – et c’est un tort ‑, c’est qu’au lendemain de la création et de la mise en œuvre de ces deux types d’entités, nous avons établi dans la Constitution, les moyens juridiques pour que les différentes populations puissent rompre la symétrie institutionnelle originelle pour faire prévaloir leur entité de référence.

Même si elles n’ont pas été créées exactement en même temps, ces voies sont faciles à retrouver dans la Constitution puisqu’elles se suivent aux articles 137, 138 et 139.

L’article 137 permet à la Communauté flamande d’exercer les compétences de la Région flamande et, en schématisant, d’absorber ses institutions. C’est une faculté que la Flandre a activée dès 1980.

En théorie, cette disposition permet à la Communauté française de faire de même avec la Région wallonne mais cette faculté doit être ouverte par la loi spéciale de réformes institutionnelles. Elle l’a été pour la Flandre mais pas pour la Wallonie. Et ce n’est pas fortuit. La volonté était clairement de nous mettre définitivement à l’abri d’une fusion « à la flamande » qui aurait signifié la disparition de la Région wallonne ; une option qui était alors portée par le PRL et le PSC (les anciens se souviennent d’ailleurs du renvoi à Bruxelles des cabinets de l’Exécutif régional wallon conduit par Melchior Wathelet père de 1985 à 1988).

L’article 139, lui, vise à répondre aux aspirations des germanophones, en permettant de transférer de la Région wallonne vers la Communauté germanophone des compétences régionales exercées dans les neuf communes de la région de langue allemande.

Là aussi, cette habilitation soustrait ce débat au fédéral et aux entités qui n’en sont pas parties, pour permettre aux parlements wallon et germanophone de régler cette question seuls, d’un commun accord entériné à la majorité simple.

Cette faculté a été activée à de nombreuses reprises depuis 1994, pour concerner progressivement les monuments, sites et fouilles ; l’emploi ; les fabriques d’église ; les funérailles et sépultures et les pouvoirs locaux.

Le PS a toujours soutenu ces transferts. Et des négociations étaient d’ailleurs en cours sur de nouvelles matières lorsque j’étais ministre wallon, c’est-à-dire jusqu’en juillet dernier. Je crois savoir qu’elles se poursuivent sous l’actuelle majorité. Monsieur Jeholet – qui provient de l’arrondissement de Verviers ‑ n’avait d’ailleurs jamais caché son ouverture à ces certaines demandes.

Nos amis germanophones organisaient encore un colloque institutionnel voici quelques semaines et il a été l’occasion pour eux de redire leur aspiration à un transfert progressif de toutes les compétences fédérées présentes et à venir. Cela a le mérite de la clarté mais chacun sait que c’est un mouvement progressif et concerté.

J’ai gardé pour la fin l’article 138, car c’est celui qui nous concerne le plus directement. Il fut, en effet, inséré à la demande de la Wallonie, pour permettre ‑ à l’inverse du 137 ‑ de transférer l’exercice des compétences de la Communauté française à la Région wallonne, d’une part, et, d’autre part, non pas à la Région bruxelloise – bilingue ‑ mais à sa Commission communautaire française, la fameuse Cocof.

Là, aussi, la volonté a été de soustraire cette décision au visa ou au veto des représentants flamands et même des élus fédéraux. Cette habilitation attribue donc ce choix exclusivement aux entités fédérées francophones concernées : la Communauté française, la Région wallonne et la Cocof.

Peut-être par excès de prudence à l’époque ou pour mettre cette faculté à l’abri des coalitions circonstancielles, ce mécanisme a été conditionné à des majorités qualifiées, soit une majorité des deux tiers au Parlement de la Communauté, comme instance cédante, et une majorité simple tant au Parlement wallon qu’au Conseil de la Cocof, tous deux récepteurs.

Là aussi, cette faculté a été activée dès sa création, en 1993, par les accords de la Saint-Quentin qui ont transféré l’exercice des compétences en matière d’infrastructures sportives, de tourisme, de formation professionnelle, de transports scolaires ainsi que d’une grande partie des matières personnalisables (+ le mécanisme des Spabs pour les bâtiments scolaires).

Elle a été mise en œuvre une deuxième fois, plus récemment, en 2014, dans la foulée de la sixième réforme fédérale. Le motif principal de ces transferts dits de la Sainte-Émilie était de consacrer la symétrie pour la Wallonie en matière d’allocations familiales, qui avaient été « quasi-régionalisées » pour Bruxelles par leur transfert à la Commission communautaire commune ; la Cocom qui, en fait, a les mêmes instances que la Région bruxelloise mais où les décisions sont prises non seulement par une majorité dans l’assemblée mais aussi au sein de chacun des deux groupes linguistiques.

Au passage, ce mouvement a permis de transférer l’exercice des nouvelles compétences en matière de santé et d’aide aux personnes, communautarisées par la sixième réforme de l’État [1] ainsi qu’une compétence connexe précédemment communautaire : la médecine préventive, qui est venue rejoindre le pôle « santé » constitué au niveau régional, parallèlement à celui toujours très fort demeuré au niveau fédéral, dans le giron de la Sécurité sociale.

Nous avons donc à notre disposition un mécanisme qui permet de réorienter des ou les compétences de la Communauté française vers la Wallonie et la Cocof de Bruxelles :

° sans nécessiter de septième réforme de l’État qui imposerait de donner une contrepartie, toujours risquée, à la Flandre ;

° sans impliquer les élus flamands ou fédéraux ;

° et sans impliquer de déclaration de révision de la Constitution puisque celle-ci nous habilite à opérer ces transferts en tout temps.

Avec juste une exigence de majorité renforcée au niveau communautaire : les deux tiers.

Mais avec, il faut en convenir, un bémol pour le volet bruxellois du transfert.

Que la Wallonie reçoive une compétence communautaire par transfert fédéral dans le cadre d’une réforme de l’État ou par transfert de son exercice sur base de l’article 138, cela revient de facto au même.

Il y a bien l’exigence un peu formelle du Conseil d’État de régler les deux types de matières par des décrets distincts et l’abstention des députés wallons germanophones lors des votes portant sur les matières communautaires mais c’est sans conséquence.

En revanche, je l’ai dit, à Bruxelles, ce transfert n’a pas pour destinataire la Région mais la Cocof. Ce qui signifie que les matières transférées ne rejoignent pas un ensemble fonctionnel et budgétaire régionalo-communautaire unique mais une instance spécifique. C’est une entité fédérée en tant que telle, avec ses dotations et sa capacité décrétale mais sans pouvoir fiscal, faute de sous-nationalité à Bruxelles. Et le financement additionnel via la Région n’est pas la panacée non plus, puisqu’il se fonde sur la clef de répartition 80-20 qui est d’application à Bruxelles mais qui ne rend pas compte du rapport réel des groupes linguistiques.

Ne nous voilons pas la face, cet élément pèse dans la balance du côté bruxellois, de manière objective, à côté du fait – moins ouvertement exprimé – que, pour des raisons historiques post‑unitaires, Bruxelles se taille généralement la part du lion dans les budgets communautaires ; la ventilation des crédits culturels est, en cela, particulièrement évocatrice (cf. l’analyse des Focus Culture).

Voilà, selon moi, où se trouve le nœud objectif du problème, pas ailleurs.

Car le problème n’est plus dans l’attachement de certains à l’institution communautaire. Cela a été longtemps le cas à Bruxelles qui n’a pas connu d’institution régionale avant 1989, mais cela a évolué de manière spectaculaire, en parallèle avec l’évolution sociologique de la métropole européenne où la majorité des habitants peuvent se sentir Belges et Bruxellois mais en dehors d’un rapport particulier avec la Wallonie ou la Flandre et donc hors des cadres bi-communautaires sur lesquels la Région a été fondée.

Et le problème n’est pas non plus dans le fait que la Communauté française serait nécessaire à la défense des francophones face à la Flandre. Soyons clairs : la minorité francophone de ce pays doit être défendue mais elle ne l’a jamais été et ne le sera jamais par la Communauté française. Simplement parce que ce n’est pas son rôle. Les mécanismes protecteurs ne sont pas là. Ils sont dans les groupes linguistiques du Parlement fédéral, dans les majorités spéciales requises par certaines lois, dans le mécanisme de la sonnette d’alarme, dans la parité du Conseil des ministres – et puisque vous nous avez demandé de nous exprimer sans affrontement, je ne m’attarderai pas sur le degré de protection francophone qu’assure aujourd’hui le MR face aux trois partis flamands qui lui assurent la majorité.

Ces mécanismes de protection sont aussi dans la Cour constitutionnelle, qui a été créée à cet effet pour connaître des conflits de compétences ; on l’appelait d’ailleurs initialement Cour d’arbitrage. Et ils sont aussi dans la procédure de traitement des conflits d’intérêts que peuvent notamment lancer la Wallonie, la Cocof ou la Région de Bruxelles-Capitale. Alors, je ne dis pas que la Communauté française n’est pas soucieuse des intérêts des francophones, ce ne serait pas exact, mais, concrètement, ceux-ci seraient défendus exactement de la même manière sans elle.

Voilà donc les données du problème qui, je pense, méritaient d’être reprécisées, particulièrement dans un cadre comme celui‑ci où ces questions et parfois ces subtilités trouvent un écho, qu’on ne peut pas donner dans les trois slogans échangés lors d’un débat dominical.

Et donc j’en arrive à votre dernière question : faut-il « Précéder le prévisible ? »

On pourrait discuter de la nature de ce « prévisible ». Parce que, si on peut critiquer une certaine propension à nier le caractère inéluctable de la réforme de l’État durant ses premières phases, il serait excessif d’affirmer que tout est écrit dans les astres et que l’évolution va être linéaire.

Cela étant, je pense comme vous qu’on ne peut pas gouverner sans prévoir. Et d’ailleurs, je l’ai dit, si nous avons des leviers d’adaptation institutionnelle en main, c’est parce que nos prédécesseurs avaient prévu à la fois l’évolution du système et le sens dans lequel il irait. Et le PS a été parfaitement constant à ce propos, depuis l’origine et à toutes les étapes de la réforme de l’État, puisqu’il a été impliqué au premier chef dans chacune.

Alors, suis-je un homme prévoyant socialiste ? Et, avec monsieur Jeholet, prévoyons-nous l’avenir, à défaut de pouvoir le prédire ?

Je puis en tout cas vous dire que nous y réfléchissons. Vous vous en rendez d’ailleurs compte au fil des déclarations.

° Je ne peux pas répondre pour le MR, mais je lis les déclarations de monsieur Jeholet comme de monsieur Crucke. Elles sont claires ; toujours un peu plus radicales et empressées dans l’opposition que dans la majorité mais c’est inévitable. Et je lis aussi, de temps à autre, une saillie en sens inverse (Wahl, Bertieaux, Ducarme). On pensait le « grand soir » venu avec le congrès doctrinal de novembre 2016… et on a vu sortir un manifeste « de compromis » qui ménage la sensibilité des différents courants. Ce n’est pas une critique, c’est un constat, et monsieur Jeholet dressera sans doute le même pour le PS, où existe un courant régionaliste historique, continu et disposant de relais puissants mais où se manifestent aussi des prises de position différentes. Mais on sent s’exprimer un mouvement clair et, comme vous, je souhaite qu’il puisse se formaliser en temps opportun.

Tout en soulignant, bien sûr, que le résultat des élections régionales sera déterminant à ce sujet puisqu’il ne s’agit pas de trouver un majorité simple pour soutenir de telles réformes mais une majorité des deux tiers au Parlement de la Communauté française, parmi les 75 députés wallons et les 19 députés bruxellois qui le composent.

° Chez Défi, c’est clair, le néo-FDF même candidat en Wallonie, reste génétiquement un défenseur de l’institution communautaire.

° Chez Écolo, c’est une attitude moins historique mais on perçoit, actuellement, une tendance communautariste prononcée, sauf peut-être à Bruxelles où la co-présidente a récemment défendu un modèle d’inspiration très régionale, mais selon une voie inapplicable sans réforme de l’État.

° Au CDH, on ne sait pas bien quelle est leur position. Mais, cela, ce n’est pas propre au débat institutionnel, monsieur Jeholet pourra peut-être nous éclairer davantage sur les intentions de son partenaire. Ils avaient bien une tendance historique assez communautariste ‑ et Alda Greoli a d’ailleurs pris des positions très claires en ce sens ‑ mais si vous écoutez Maxime Prévot à Namur, c’est tout l’inverse et la régionalisation des compétences n’est qu’une question de temps.

° Au PTB, n’en parlons pas, on se trouve dans une nébuleuse néo-unitariste où les dirigeants sont Flamands et les électeurs Wallons et qui affirment ne voir de vrais enjeux qu’au niveau national.

En un mot, donc, la réflexion suit son cours, dans de grandes formations, à un haut niveau et en ralliant un nombre croissant d’adeptes, convaincus par la réalité des faits ! Et vous savez que les faits sont têtus, ils finissent toujours par s’imposer.

Vous connaissez tous à ce propos le syllogisme de Marcel Thiry, Jean-Maurice Dehousse ne manque jamais de le rappeler :

Les réalités finissent par prévaloir.

La Wallonie est une réalité.

Donc la Wallonie prévaudra.

Je ne sais pas si c’est un modèle de rigueur logique mais c’est, en tout cas, une pensée positive et volontariste.

3. Pour un mouvement rattachiste positif envers la Wallonie

Juste un mot encore, avant de céder la parole au ministre Jeholet et dans l’attente de l’échange. Un mot promis et attendu sur le rapport à la France.

Pour vous dire que tout m’y rattache, sentimentalement comme intellectuellement. Pour appartenir à l’arrondissement de Dinant-Philippeville, je vous dirais même avoir un peu de mal à considérer cette question en termes de relations entre États tant l’articulation entre la Wallonie et la France est une réalité quotidienne pour nous.

Alors, francophile, oui, sans le moindre complexe, et c’est effectivement important dans un pays qui, dans sa partie centro‑septentrionale a toujours cultivé une certaine gallophobie.

Cela étant, je ne suis pas venu faire mon « coming out » rattachiste, réunioniste ou irrédentiste. J’assume déjà publiquement que je suis républicain, même en Belgique !…

Je ne vous dirai pas que je vis dans l’attente d’un retour à ce qui serait notre mère patrie.

Je pense sincèrement que, sans la défaite de Waterloo, nous serions Français, sans doute plus même que certains Français, et qu’il n’y aurait pas de question wallonne comme il peut exister une question corse ou bretonne.

Mais il y a eu Waterloo et deux siècles ont passé. Deux siècles durant lesquels nous avons développé une tradition de concertation rhénane – avec nos spécificités qui en ont fait un modèle mosan ‑, durant lesquels nous avons nourri une dynamique de petit espace d’interconnexion et durant lesquels nous avons développé une logique très forte de pouvoir de proximité qui, aujourd’hui, s’avère d’ailleurs très adaptée au contexte mondialisé.

Alors, dès le moment où, grâce à Destrée autant qu’à Bovesse, nous avons garanti de toute atteinte le caractère latin et francophone de notre Région, je ne suis pas certain que nous serions plus heureux ou mieux protégés si nous étions Français.

Et je pense surtout que nous ne pourrions jamais retrouver le niveau d’autonomie et de responsabilité directe que nous avons conquis et que nous renforcerons encore.

Surtout, ce que je ne voudrais pas, c’est que nous voulions devenir Français pour de mauvaises raisons.

Et pour vous parler en toute sincérité, je vous dirais qu’il y a un élément que je n’apprécie pas dans certaines manifestations du courant rattachiste – dont je sais qu’il est pluriel – c’est lorsque certains, par amour de la France, en viennent à abaisser la Wallonie.

Ad augusta per angusta, me direz-vous. C’est peut-être un procédé rhétorique pour soutenir l’adhésion mais je ne le partage pas. Pour moi, dès lors que, pour convaincre de la nécessité de se rattacher un jour à la République, on en vient à conclure que la Wallonie est, par nature, une entité inapte à s’assumer elle-même, on franchit une ligne rouge.

Car, s’il s’abaisse à cela, le discours réunioniste n’est pas différent du discours belgicain le plus conservateur ou de la thèse communautariste la plus rétrograde.

C’est dire aux Wallons qui ont naguère rayonné sur le monde qu’ils sont désormais un peuple d’assistés qui ne peut espérer son salut que d’ailleurs et que cet « ailleurs » soit la Flandre, Bruxelles ou la France m’importe peu, dès lors qu’il dénie aux Wallons la capacité à forger leur avenir.

Cela je ne le crois pas. Cela je ne le veux pas.

Cela ne signifie pas que l’objectif de la Wallonie doit être l’indépendance mais cela signifie que son devoir est d’atteindre l’autonomie effective ! Pas pour sauver la Belgique. Pas pour rallier la France dans de bonnes conditions. Simplement pour assurer le bien-être et la dignité des Wallonnes et des Wallons.

Qu’ensuite, sur cette base, dans l’hypothèse de la disparition de la Belgique, qu’une part de nos concitoyens souhaitent qu’un jour la Wallonie organise un référendum pour savoir s’il convient d’adresser à la France « une demande qui aurait toutes les apparences de la légitimité » – pour reprendre la formule attribuée au général de Gaulle – c’est une opinion totalement légitime en démocratie.

Et je ne suis pas de ces conservateurs ibériques qui lanceraient des procès en rébellion dès lors qu’au final, c’est le peuple qui s’exprime.

Mais on n’en est pas là. Et donc, ici et maintenant, il est un objectif sur lequel je pense que nous pouvons tous nous réunir : c’est d’achever le redressement de la Wallonie, pour en faire une terre de prospérité et de modernité, une terre de progrès technique et éthique et, pour moi, une terre de laïcité et de solidarité.

Je suis convaincu qu’il y a, sur cette base, un vrai consensus à bâtir, qui ne soit pas un plus petit commun dénominateur mais bien le noyau d’un vrai projet de société.

Le reste se résume, au final, aux moyens d’y parvenir.

Et qu’est-ce que les moyens quand on s’accorde sur la fin ?

À vous de nous le dire, peut-être, lors de notre échange.

 [1] Les soins de santé des personnes âgées, notamment les lits « maisons de repos » et « maisons de repos et de soins » ; les conventions Inami en lien avec la santé mentale et la réhabilitation des personnes handicapées ; la prévention (fonds tabac, sida…) ; les programmes de promotion de la santé, ainsi que certains aspects de la médecine préventive.

Pourquoi le 8 mai n’est-il pas un jour férié en Wallonie et à Bruxelles ?

Une opinion publiée le 8 mai 2013 dans La Libre Belgique, suivie d’un commentaire de l’AWF.

Interview de Pieter Lagrou, professeur d’histoire contemporaine à l’Université libre de Bruxelles.

Pourquoi le 8 mai n’est-il pas un jour férié, alors que le 11 novembre l’est toujours ?

En Belgique, la date du 8 mai est toujours restée dans l’ombre de celle du 11 novembre. A la différence du 8 mai 1945, le 11 novembre 1918 est une date qui a un rapport immédiat avec l’histoire. Ce jour-là, les Allemands étaient encore en Belgique, et ils ont dû commencer à partir. La date du 8 mai 1945, par contre, n’a aucun lien direct avec les événements qui se sont déroulés en Belgique. Notre pays a été libéré bien plus tôt, en septembre 1944, mais il y eut encore la bataille des Ardennes à l’hiver 1944.

Le 8 mai constitue donc davantage une date dans l’histoire diplomatique : c’est ce jour-là que la reddition de l’Allemagne a été officiellement signée. D’ailleurs, tous les pays ne fêtent pas la fin de la guerre le même jour ! Au Pays-Bas, elle est fêtée le 5 mai, par exemple. De plus, il ne faut pas oublier que la guerre a encore continué en Asie durant près de quatre mois. La Seconde Guerre mondiale a donc véritablement pris fin en août 1945.

Jusqu’à quand le 8 mai était-il un jour férié ?

Le 8 mai n’a jamais été officiellement un jour férié généralisé en Belgique. Il l’a seulement été dans les écoles et les administrations. Mais il a été supprimé il y a plusieurs années. Aujourd’hui, les défilés d’associations d’anciens combattants ont toujours lieu le 11 novembre, ou lors des fêtes de la Libération. Très peu de rituels propres au 8 mai sont organisés en Belgique.

Pour moi, on devrait vraiment fêter la victoire ultime de la démocratie et de ses valeurs contre le racisme. La date du 8 mai a ainsi beaucoup plus de sens pour fêter la fin de la guerre. Il s’agit d’une date marquante commune de la mémoire européenne.

536b2ef23570484df5afbd6cCommentaire de l’A.W.F. : la capitulation de l ‘Allemagne nazie a été signée à Reims le mardi 08 mai 1945 comme l’atteste la une de la « Libre Belgique » reprise ci-dessus.

Non, M. le professeur, le 8 mai ne constitue pas davantage pour nous Wallons et Bruxellois de langue française une date dans l’histoire diplomatique.

Elle fait partie de notre héritage historique au même titre que celui de nos Frères français. C’est une blessure pour nous de voir les commémorations de cette journée historique en France et le silence qui entoure cette victoire contre le nazisme dans cet Etat à majorité francophobe nommé « Belgium » ou « Belgïe ».

Est-ce un hasard si lors du Congrès national wallon du 21 octobre 1945, soit 5 mois après la reddition allemande, 1048 participants représentatifs des forces vives wallonnes votèrent selon 4 propositions:

1. Structure unitaire avec modifications

2. Autonomie dans le cadre de la Belgique

3. Indépendance de la Wallonie

4. Réunion de la Wallonie à la France

Le résultat du vote à bulletin secret donna la majorité à la motion 4, celle de la réunion de la Wallonie à la République française.

Ce vote est l’A.D.N. de notre mouvement citoyen : l’Alliance Wallonie France.

72 ans après, de plus en plus de Wallons, quand ils sont éclairés quant aux perspectives que leur laisse la Belgique, font le même choix. Nous le voyons lorsque nous organisons le vote après nos conférences-débat.

Lorsque les médias cesseront de maintenir la tête des Wallons dans le sable, lorsque les centres d’études politiques accepteront de prendre en considération le projet d’intégration-autonomie de la Wallonie dans la République française, nul doute que nous revivrons le résultat du vote d’octobre 1945.

 Ceci dit, nous sommes en accord avec votre conclusion : « Pour moi, on devrait vraiment fêter la victoire ultime de la démocratie et de ses valeurs contre le racisme. »

Paul D.

Une ministre qui ne manque pas d’air…

Par Paul Mélot

Madame Schyns ne manque pas d’air en suggérant que des enseignants en DPPR ( disponibilité précédant la pré-retraite) reprendraient du service …

Après être allée trouver le ministre fédéral des pensions pour « défendre la cause des enseignants » ( dossier des fonctions pénibles), voici qu’elle se contredit en suggérant que des enseignants rempilent !
 
Oui ou non, y a-t-il pénurie ? Et pourquoi ? En améliorant les conditions de travail ET de traitements, ne serait-ce pas une solution? En refusant les dispositions inacceptables du « pacte » d’excellence, n’en serait-ce pas une autre ? 
Et les syndicats ? Dire tout simplement qu’on ne croit pas trop que des enseignants rempilent, n’est-ce pas un peu trop peu ? Ne devrait-on pas plutôt ouvrir le débat sur les rémunérations ??? Un incitant actuellement peu attractif, vu la pénurie mais qui rendrait espoir si les fins de mois étaient améliorées.
 
Est-ce si « intelligent » , en période de pénurie, d’augmenter la durée des études chez les instituteurs(trices) et les régents(tes) ?
 
Espérons que les enseignants en DPPR ne tomberont pas dans le panneau ( en allant chercher un peu d’argent ?) . Que les pré-retraités se rappellent encore qu’avec augmentation barémique pour les actifs, c’est la péréquation des pensions qui accompagne le montant de leur pension ! Espérons que les collègues en activité comprennent qu’en revendiquant de meilleurs barèmes, ils renforceraient non seulement leur poche, mais de plus, l’emploi.
Est-il si loin le temps de la revalorisation des barèmes de la fonction publique ???
Et les collègues en activité savent-ils ce que veut dire revalorisation barémique ??? 

La Wallonie avec la France en Europe et dans le monde