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Des questions (et des réponses)

Nous reprenons ici la réaction de Valmy à l’article précédent.

Permettez-moi d’avancer les interrogations suivantes :

La Flandre a-t-elle besoin du cadre belge pour investir en Wallonie?

Non.
Les traités européens permettent la libre circulation des biens, des capitaux et des personnes. De ce fait la Flandre investit aussi bien en Wallonie qu’en France. Ainsi, la France détient le monde bancaire et l’industrie de l’énergie en Belgique. Sans oublier la présence wallonne dans le parc immobilier flamand.

A quoi tient l’indépendance de la Flandre?

La question de l’indépendance de la Flandre et du confédéralisme « belge » tient essentiellement aux traités européens qui permettent ou non l’émergence d’une ou de plusieurs nouvelles entités étatiques issues de la partition d’un Etat signataire des dits traités. D’où l’intérêt flamand pour les cas de l’Ecosse et de la Catalogne.

La NVA joue-t-elle un jeu hypocrite?

En fait, personne ne pourrait reprocher à un parti politique dominant de s’inspirer de la duplicité d’un Louis XI. Toutefois, sauf miracle électoral, la NVA compte sur l’appoint du Vlaams Belang pour imposer sa politique sécessionniste. Dans ce cas de figure, qui oserait jurer que le Vlaams Belang laisserait la NVA hésiter au dernier moment à détruire la Belgique? L’essence même du Vlaams Belang, comme celle du VVB, repose sur la haine de la Belgique!

Quels problèmes à prévoir ?

Pour problématiques qu’elles soient, les partitions possibles de l’Ecosse, de l’Irlande du Nord ne bouleverseraient pas l’ordre européen établi. Par contre, le cas de la Catalogne énerverait la France (protection de sa frontière pyrénéenne et crainte de répliques sur son territoire) et l’Italie ( la question de la Lombardie, du Haut-Adige et peut-être du Val d’Aoste).
Par contre, la disparition de la Belgique réveillerait l’Histoire diplomatique du XIXe siècle et ses fantômes, la trahison de M. de Talleyrand et la Belgique tête de pont et carpette britannique sur le continent (toujours valable aujourd’hui malgré le Brexit).

Existerait-il une solution pragmatique pour l’Europe?

Oui et assez simple.
L’Europe pourrait accepter le séparatisme de la Flandre mais lui imposer la création d’une grande confédération néerlandaise avec la Royaume des Pays-Bas. L’institution actuelle de Benelux offre le cadre à une telle solution. Ni le Vlaams Belang ni le VVB ni l’intelligentsia flamingante ne repousseront cette offre car elle répondrait à leurs vœux.
La France pourrait ainsi s’inviter à prendre la Wallonie sous son aile et les Wallons n’auraient pas d’autre choix. Question d’homogénéité linguistique et culturelle.
La « Belgique orientale » aurait le choix entre la RFA et le Grand-Duché de Luxembourg.

Que pourrait faire la France?

Comme le proclamait Charles Plisnier lors du Congrès National Wallon de 1945, la France n’est pas impérialiste. D’ailleurs, Charles de Gaulle ne conseilla-t-il pas aux Wallons d’appeler la France « au secours! » le jour où ils seraient représentés par des institutions politiques légitiment élues? Quant au Président Macron jusqu’où pousserait-il son caractère « jupitérien »? Rien n’exclut à ce jour de penser que sa vision d’une Europe renforcée ne l’impliquerait pas dans la « question belge ». La France n’a-t-elle déjà pas averti qu’elle reconnaîtrait le nouvel Etat de Flandre en cas de dislocation de la Belgique? Si elle accomplissait cette démarche vis-à-vis de la Flandre, elle ne pourrait pas laisser la Wallonie voguer en apesanteur dans la constellation européenne.

A quoi donc tient l’avenir de la Wallonie?

Aux politiques wallons et à eux seuls !
Charles Plisnier, lors du Congrès National Wallon de 1945, terminait ainsi son harangue : « Camarades wallons, nous aurons peut-être un jour besoin de la France, lorsque nous aurons fait cette expérience ultime qui nous est demandée, lorsque nous l’aurons faites dans un sacrifice à la raison et au sens des réalités politiques. Lorsque nous aurons fait cette expérience ultime et si, comme je le crains, cette expérience avorte, alors – j’entends le dire aujourd’hui – nous serions justifiés à nous tourner vers la France et aucun reproche ne pourrait nous être adressé, car cet expérience, nous la ferons en toute loyauté et sans arrière-pensée d’aucune sorte.« 
En conclusion : les wallons supportent le poids de « l’expérience ultime » depuis septante-deux ans. A bien observer « den eerste minister » Michel et la pétaudière gouvernementale en Wallonie, le peuple wallon n’a pas encore atteint la quatorzième station de son chemin de croix.

Valmy

La Wallonie promise… à la France

Par Georges Régibeau

On nous promet une autre Wallonie.

Au-delà du renversement de majorité voulu par Benoît Lutgen, les sondages annoncent l’effondrement du parti socialiste et celui-ci cherche à se sauver par une sévère correction de son mode de gouvernance. Ecolo, courtisé par le MR et le cdH, réclame une nouvelle façon de faire de la politique.

Cela bouscule à tous les étages. Pour mesurer l’ampleur du séisme, il y aura d’abord les élections communales. Autant de citadelles à prendre. Ou à perdre. Et puis, dans moins de deux ans auront lieu les prochaines élections fédérales et là, il faudra s’entendre avec les partis flamands pour encore une fois prolonger l’existence de la Belgique.

En un sens, la Belgique est déjà confédérale. Elle ne peut se maintenir que par consentement mutuel, aux conditions des uns et des autres. Après le blocage de 2007-2008, après la paralysie interminable de 2010-2011, après l’arrivée au pouvoir de la N-VA en 2014, on peut raisonnablement se demander si les élections de 2019 ne conduiront pas à une impasse, à l’impossibilité de former un gouvernement fédéral, et donc à un « divorce de velours », comme entre les Tchèques et les Slovaques il y a 25 ans.

Certes, pareille question, sur la fin prochaine de la Belgique, est totalement évacuée du débat politique. Certains la jugeront même incongrue. Il est bien connu que les Belges ont un sens du compromis très supérieur à celui des Tchèques et des Slovaques, surtout quand cela permet de multiplier les mandats politiques et les complexités en tout genre. Mais il y a quelques raisons de penser que, chacun jouant son rôle, en fonction de ses priorités, la conclusion s’imposera d’elle-même. En couverture du magazine Le Vif/L’Express, cette semaine, la question qui fâche est formulée en ces termes : « scandales + PTB = pays explosé dans deux ans ? »

On a beau chanter la brabançonne avec la main sur le cœur, boire une chope en mangeant des frites, nier, résister, dire quelques mots en flamand, rien n’y fait : la dynamique de l’état belge est centrifuge et, au vu des réactions de l’opinion publique en Flandre et en Wallonie, on semble au bord de la rupture. Il importe peu que le PTB soit un parti resté « national », unitaire, imperméable aux tensions communautaires, uniquement sensible à la lutte des classes : son envol en Wallonie confirme à souhait le diagnostic posé et répété par Bart De Wever : des deux côtés de la frontière linguistique, il y a deux cultures politiques étrangères l’une à l’autre. Après tout, c’est ce que Jules Destrée écrivait déjà en 1912, à une époque où la langue française était pourtant commune aux bourgeois de Flandre et de Wallonie.

Ce 10 juillet 2017, veille de la fête de la Communauté flamande, Geert Bourgeois ne manque pas l’occasion de le marteler aux auditeurs de la Première : « Il y a vraiment deux démocraties en Belgique ». Conclusion du chef de l’exécutif flamand : que chacun s’occupe de ses affaires, « …il nous faut plus de compétences, de vrais leviers sur le plan fiscal, (du) marché du travail, (des) soins de santé, des compétences homogènes ». En Wallonie, on se montre agacé par la rengaine de la N-VA. « Beaucoup de francophones ne disposent pas de lunettes jaunes et noires seules aptes à déceler ces deux démocraties si chères à la N-VA », écrit-on dans le journal Le Soir quand il s’agit de commenter « le navrant folklore nationaliste » associé à la célébration du 11 juillet.

Comme d’habitude, on sous-estime la dynamique flamande en se persuadant que la Belgique est faite pour durer, qu’on peut même inverser la tendance en renforçant l’autorité fédérale sans nuire aux intérêts des francophones. Le contexte actuel n’est pourtant pas favorable aux protestations belgicaines, ainsi que l’écrit Jan De Troyer dans La Libre. Les socialistes flamands tiennent à marquer leurs distances avec leurs homologues francophones. Et quand le Washington Post compare le système politique belge à d’anciens régimes africains peu démocratiques, avec un désordre institutionnel savamment entretenu qui profite à des barons locaux, surtout à Bruxelles, il y a tout lieu de penser que la N-VA marque à nouveau des points auprès des électeurs flamands, sans doute indignés d’être ainsi confondus avec les magouilleurs qui sévissent au sud de la frontière linguistique.

Et voici que la N-VA contre-attaque dans le dossier du survol de Bruxelles, encourageant les compagnies aériennes à ne pas payer les amendes imposées par la Région bruxelloise en cas de dépassement des normes de bruit. L’aéroport national situé en Flandre et les avions envoyés au-dessus de Bruxelles pour ne pas déranger les électeurs flamands : c’est une parfaite illustration du fédéralisme à la belge. Et il n’y a pas de raison que cela cesse, avec ou sans la N-VA qui demeure, et de loin, le premier parti de Flandre, une position qu’elle gardera sans doute en 2019, quoi qu’il arrive –y compris une hypothétique victoire des Diables rouges à la prochaine coupe du monde de football.

Pour faire encore exister la Belgique, sous une forme ou une autre, il faudra composer avec de nouvelles exigences flamandes. En Wallonie, on fait semblant de rien mais il faut supposer que, dans les centres d’étude ou les milieux académiques, il y a des experts qui s’ingénient à tracer les contours de ce que pourrait être une septième réforme de l’état belge. On n’entend personne remettre en cause l’obligation de s’entendre avec la Flandre, aux conditions qui seront les siennes. Il est vrai que les francophones auront aussi leur mot à dire. On doit atteindre un certain consensus pour réviser la constitution. Ce n’est pas gagné mais on fait comme s’il n’y avait pas d’alternative.

La Wallonie avance dans le brouillard. Nombreux sont les élus qui ont la fâcheuse habitude de ne réagir aux circonstances que lorsqu’ils ont le nez dessus. La règle est plutôt de s’installer dans le confort du pouvoir aussi longtemps que les problèmes ne s’imposent pas. A supposer même que ces élus soient lucides et responsables, il n’est pas sûr que leurs électeurs leur pardonneraient d’envisager maintenant la fin de la Belgique. Il ne faut pas réveiller les vieux démons communautaires. On est tous supporters des Diables rouges, olé, olé, olé. Mais le processus de démantèlement de l’état belge est une pente naturelle et peut aussi faire penser à des sables mouvants : quand on veut s’en extraire, on s’enfonce.

Paul-Henry Gendebien, dont nous saluons la clairvoyance, aime rappeler cette phrase de Marx : « Les hommes font l’histoire mais ils ne savent pas l’histoire qu’ils font ». Les attentes des électeurs, le jeu politique, tout peut conduire à des effets non contrôlés. Les manœuvres actuelles, en Wallonie, n’ont rien à voir avec le rattachement à la France, même si elles peuvent avoir été influencées par la façon dont Emmanuel Macron a rebattu les cartes en France. Il n’en reste pas moins que, même à son corps défendant, la Wallonie penche vers la France, et de plus en plus, parce qu’elle est culturellement attachée à la France et que le fédéralisme belge est centrifuge. On voudrait nous faire croire qu’en Wallonie on n’aime pas ce qui est simple et cartésien, et qu’on revendique une identité particulière avec le droit de garder une frontière là où elle est la moins naturelle. Une identité surréaliste ou, disons, schizophrène qui se manifesterait par une résistance irrationnelle à la perspective d’intégrer la République française. Cela nous semble exagéré, superficiel.

Demain ne sera pas comme hier. La Wallonie est secouée en profondeur par le coup de poker de Benoît Lutgen autant que par les dernières « affaires ». Une bonne partie de la classe politique, intimement liée à la société wallonne par une multitude de réseaux, de piliers, de relations clientélistes, est désormais désavouée. Aux yeux des électeurs, la politique semble avoir perdu ses lettres de noblesse et, dans une ambiance de fin de régime, la classe politique elle-même est poussée à réclamer la fin de ses privilèges, devenus insupportables, indéfendables.

On nous promet une autre Wallonie.

Nous ne sommes pas sur une île, au milieu de nulle part. Ce moment de crise est également le produit d’une évolution plus large de la démocratie. Ailleurs aussi, la politique est désormais confrontée à un impératif de rationalisation, de transparence. Il est permis de penser que la politique est devenue un marché comme un autre et que la plus haute ambition de la démocratie est de casser les situations de monopole, et qu’il suffit d’une saine concurrence pour sanctionner la mauvaise gestion, les profits abusifs, les arnaques en tout genre. A l’inverse, on peut se faire à l’idée que la grande faute de la politique est d’avoir perdu le sens de sa mission, de l’intérêt général, d’avoir perdu ses repères et, à force de céder à la culture de l’argent, d’avoir baissé pavillon devant le monde des affaires, en se ménageant parfois des opportunités de profit moralement discutables. Il est certain que la politique ne peut pas tout laisser faire en se contentant de célébrer la liberté individuelle : elle doit garder la main pour que soit garanti le contrôle effectif des citoyens.

Quoi qu’il en soit, on nous promet une autre Wallonie.

On nous annonce une réforme de la pratique politique mais cela ressemble à du sauve-qui-peut. De son côté, le Président Macron s’engage à réduire le nombre de parlementaires et surtout à réduire le nombre de cumuls dans le temps, de manière à ce que les élus de la République ne soient plus en situation de confisquer le pouvoir à leurs électeurs. Chacun peut juger souverainement cette évolution de nos démocraties et gloser sur les intentions des uns et des autres. Il apparaît néanmoins que ce contexte, en Wallonie, crée une instabilité nouvelle. En Wallonie et en cfwb, la classe politique est fragilisée et rien ne dit que les institutions pourront fonctionner normalement d’ici aux prochaines élections régionales, du moins si les majorités sont différentes en Wallonie et en Région bruxelloise.

Avec les difficultés qui s’annoncent, certains régionalistes entrevoient une avancée majeure vers une suppression de la Communauté française mais, parce que la complexité des institutions n’est pas un gage de bonne gouvernance, on finira tout simplement par liquider la Belgique et, sur cet ancien champ de bataille de l’Europe, on fera de Bruxelles le siège unique des principales institutions européennes.

Car au niveau européen aussi, on voudrait en finir avec les solutions alambiquées. Il faut du temps pour que les lignes bougent mais la répétition des mêmes exigences indique le sens de l’évolution la plus probable. On entend régulièrement des voix dénoncer l’obligation faite aux députés européens de se réunir à Bruxelles et à Strasbourg. Cette fois-ci, il semblerait que ce soit la CDU, le parti d’Angela Merkel, qui plaide en faveur d’un siège unique du Parlement européen à Bruxelles, à côté du siège de la Commission. Cela renforcerait l’Union européenne, et c’est là une des priorités du président français. L’abandon de Strasbourg pourrait se faire en échange du déménagement de l’Office européen des médicaments qui, suite au Brexit, doit quitter Londres pour une autre ville européenne. On peut imaginer les résistances françaises, même si, dans l’entourage d’Emmanuel Macron, il y a d’anciens eurodéputés qui ne cachent pas leur préférence pour un siège unique du Parlement européen à Bruxelles.

Et si, du même coup, la France s’agrandissait de la Wallonie ?

Voilà qui mettrait la France aux portes de Bruxelles.

Et si le président Macron, qu’on se plaît à comparer à l’un ou l’autre Bonaparte, faisait en sorte que le drapeau français flotte à Waterloo?

La France a-t-elle renoncé à tout sentiment de grandeur ?

N’abandonnez pas la langue française

Par Jean-Luc Lefèvre

« Avec le Brexit, le français est plus important que jamais, pour les Allemands comme pour les autres Européens », affirme Florentine FRITZEN dans les colonnes de la Frankfurter Allgemeine Sontagszeitung  le 21 mai dernier (Courrier International, n°1391, 29 juin- juillet). Elle poursuit : Parler français, c’est faire renaître l’idée européenne, c’est le monde libre, la liberté de penser. C’est une langue pour ceux qui souhaitent contrecarrer les courants politiques qui prospèrent actuellement en Europe comme aux Etats-Unis. Le français est l’ambition, le désir d’avoir un bon travail, bien rémunéré. Et il peut même sauver le monde : il est parlé dans de très nombreux Etats d’Afrique, dont les populations croissent rapidement. Avant de conclure : « Les enfants, le français, c’est l’avenir. N’abandonnez pas, lancez-vous ! »

Un enthousiasme excessif ? Peut-être, mais il est aussi lucide : avec le nouveau couple franco-allemand, « la France et l’Allemagne sont les deux noyaux de l’Union européenne qui ne peut fonctionner sans elle » et il est urgent en R.F.A. de convaincre ces nombreuses écoles fondamentales qui ont choisi l’anglais d’en revenir aux classes bilingues franco-allemand.

Mesurons-nous, en Belgique, ce basculement du centre de gravité sur le continent européen pour ce qui concerne, à la fois, la formation des jeunes générations et la future implantation des institutions européennes à rapatrier de Londres ?

L’attachement de la classe politique francophone pour sa langue maternelle n’est pas de nature à nous rassurer. Trop souvent, jusqu’ici, elle a brillé par son absence lors des sommets de la Francophonie, trop souvent aussi, par confinement intellectuel et frilosité communautaire, elle a plaidé pour l’enseignement du néerlandais dans nos écoles. Sera-t-elle capable d’anticiper des tendances rendues inéluctables par l’America first de Trump et la décision de Londres de quitter l’Union européenne ?

De mes Cévennes, je suis  régulièrement, entre autres, l’actualité wallonne et belge. Merci à Jean-Luc Lefèvre de m’avoir envoyé l’article qui précède. Après un problème de mot de passe réglé par notre Maître-Toile et un échange de courriels entre nous, l’article a pu être publié rapidement. Je le trouve rempli de bon sens. Et vous, chers lecteurs, qu’en pensez-vous ?

Paul Durieux

Rénovation wallonne

Nous ne faisons pas ici référence aux catholiques engagés dans le Mouvement wallon à partir de 1945, mais aux effets possibles de la crise ouverte par l’actuel président du cdH.

Lu ce 27 juin sur le site de La Libre :

Si on supprime les provinces, il faut discuter de la régionalisation de l’enseignement

Si les partis politiques francophones souhaitent – comme le demande Ecolo – aborder la question de la suppression des provinces, une chose est claire, il ne sera pas nécessaire de modifier la Constitution. « En effet, depuis la sixième réforme de l’Etat, les deux Régions – flamande et wallonne – peuvent supprimer les institutions provinciales et, si elles le souhaitent, mais il n’y a pas d’obligation, les remplacer par des structures supracommunales », explique le constitutionnaliste de l’ULg, Christian Behrendt qui rappelle que les provinces sans institutions (Conseil provincial et collège provincial) continueront à exister pour trois raisons essentielles. « Nous en avons besoin pour fixer les circonscriptions électorales fédérales, pour délimiter le ressort de la cour d’appel et pour maintenir les compétences des gouverneurs », précise-t-il.

En effet, géographiquement, en cas de suppression, les provinces continueraient à exister et le gouverneur, qui est un haut fonctionnaire – avec notamment, un statut de commissaire du gouvernement fédéral – serait maintenu ainsi que ses services (une dizaine de personnes par province). Pour supprimer les provinces wallonnes, les députés wallons devraient donc faire passer un décret spécial qui, par définition, devra être voté à la majorité des deux tiers.

Que deviendraient, alors, tous les agents de l’administration provinciale ? Par logique, on peut en déduire que les compétences provinciales ainsi que les structures et les agents qui y sont associés seraient transférés vers la Fédération Wallonie-Bruxelles (enseignement, culture, etc.) ou vers la Wallonie (tourisme, etc.). En théorie, c’est évidemment de cette manière que les choses seraient amenées à se produire. Néanmoins, Christian Behrendt prévient : « Si on parle de suppression des provinces, il faudra inévitablement aborder la question de la régionalisation de l’enseignement et de la culture, notamment. » Si notre constitutionnaliste ramène dans la crise politique actuelle, ce débat entre régionalistes et communautaristes, ce n’est évidemment pas par plaisir ou par idéologie. « La Fédération Wallonie-Bruxelles est financée via la loi spéciale de financement, elle n’a pas de capacité fiscale, contrairement à la Wallonie. »

Une fiscalité propre à la province

Pour résumer, les provinces sont financées à près de 60 % par une fiscalité propre (précompte immobilier), à 30 % par le fonds des provinces (venant de la Région wallonne) et à 10 de diverses manières. Cette fiscalité provinciale serait renvoyée vers la Wallonie et cette dernière ne peut « pas investir dans les compétences de la Fédération. Il faudra donc obligatoirement aborder la question du périmètre de compétences gérées par la Fédération Wallonie-Bruxelles », explique encore Christian Behrendt. Si la Fédération reprenait les compétences des provinces qui doivent lui revenir, elle se retrouverait dans l’incapacité de les financer. « Le budget cumulé des provinces avoisine 1,1 milliard d’euros. Et même si les enseignants de la province sont déjà rémunérés par la Fédération Wallonie-Bruxelles, les bâtiments et le reste du personnel sont payés par les provinces. On n’échappera donc pas à une discussion sur la régionalisation de l’enseignement et de la culture, qui représentent, je le rappelle, 80 % du budget de la Fédération Wallonie-Bruxelles. »

Le CDH, qui a souvent défendu l’existence de la Fédération Wallonie-Bruxelles, va-t-il évoluer vers une vision plus régionaliste de la chose comme certains membres du PS et du MR ? Les semaines qui viennent le diront certainement.

Stéphane Tassin

Un nouveau souffle

Comme on le sait, les partisans d’une Wallonie française sont loin de s’accorder sur tout. Il n’y a pas de raison qu’il en soit autrement. Chacun s’exprime en fonction de sa sensibilité politique. Voici la réaction de Jules Gheude à l’appel du CDH pour une majorité alternative en Wallonie, à la Région bruxelloise et à la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Le MR aurait tort de ne pas saisir la main qui lui est tendue. Les Wallons méritent mieux que par le passé !

En renonçant à poursuivre la route avec le PS au sein des gouvernements des entités fédérées, le président du CDH, Benoît Lutgen, a provoqué un véritable tsunami politique.

Nous avons eu, maintes fois, l’occasion de souligner l’énorme responsabilité que le PS porte dans la situation économique précaire que connaît la Wallonie. Depuis la mise en place de la régionalisation en 1980, ce parti a exercé, de façon quasi ininterrompue, la ministre-présidence de la Région. On voit aujourd’hui le résultat : un taux de chômage de près de 14 %, le report constant du retour à l’équilibre budgétaire, les scandales à répétition.

Le fossé est béant entre une Flandre dynamique et entrepreneuriale et une Wallonie marquée par l’hypertrophie politico-administrative, fruit d’un clientélisme effréné que le PS a littéralement érigé en système.

Les statistiques de la BNB concernant les exportations 2016 viennent confirmer ce constat : pour la troisième année consécutive, la Wallonie connaît une baisse (-0,5 %), avec un chiffre de 42,5 milliards d’euros, tandis que la Flandre progresse de 10,6 %, avec un chiffre de 205,7 milliards.

Lorsque, jeune ministre wallon des Affaires intérieures en 2004, Charles Michel tenta de jeter un coup de pied dans la fourmilière, il ne manqua pas d’indisposer le PS. Depuis lors, le MR est systématiquement écarté du pouvoir.

La Flandre n’est pas opposée à la solidarité, mais, lorsqu’elle constate que la Wallonie, en raison d’une gouvernance inefficace et inadaptée, tarde à décoller, elle est encline à reprendre ses billes. Inutile de rappeler ici l’analyse de Bart De Wever à propos du PS.

Les commentaires que l’on peut lire sur les réseaux sociaux indiquent un ras-le-bol citoyen de ces pratiques qui consistent à profiter de la crédulité des plus fragiles (ceux que Paul Magnette appelle « les petites gens ») pour s’enrichir. Ces déviances contribuent à faire le lit des extrêmes, comme en témoigne l’avance spectaculaire du PTB, crédité aujourd’hui de 20 %.

Depuis son « J’en ai marre des parvenus ! » en 2005, Elio Di Rupo s’est montré incapable d’engendrer une meilleure gouvernance. Incapable aussi de réformer en profondeur le PS pour lui permettre d’affronter, de façon pragmatique, les défis nouveaux d’un monde en pleine mutation. On est loin d’un Gerhard Schröder qui, en l’espace de quatre ans, a réussi à remettre l’Allemagne sur les rails.

Le PS français meurt également aujourd’hui du fait de n’avoir pas su s’adapter. Les « réformistes » ont rejoint le camp d’Emmanuel Macron.

Même si la décision de Benoît Lutgen n’est pas dépourvue d’arrière-pensées (mieux vaut quitter le bateau avant qu’il ne coule), elle offre à la Wallonie l’opportunité de trouver un nouveau souffle.

Il n’y a pas de fatalité wallonne. La Région regorge d’atouts qui ne demandent qu’à être mis en valeur. Des économies substantielles peuvent être faites dans de nombreux domaines – intercommunales, provinces… – et affectées à la promotion des petites et moyennes entreprises, créatrices d’emplois. Il faut aussi amener le personnel politique à exercer ses responsabilités avec un sens aigu de l’éthique et de la rigueur. Le cumul des mandats n’est pas sain.

Le MR aurait tort de ne pas saisir la main qui lui est aujourd’hui tendue. La population wallonne mérite mieux que ce qu’on lui a proposé jusqu’ici.

Au professeur Robert Liénard de l’université de Louvain qui était allé le rencontrer à la fin des années 1960, le général de Gaulle avait dit : « Chaque peuple ne peut se redresser que par lui-même. Tâchez de vous trouver des chefs jeunes qui diront la vérité au peuple et mobiliseront ce qui en reste. »

Jules Gheude

Positivons…

Par Georges-Henry SIMONIS

Les épreuves que traverse la Wallonie en ce début d’été 2017 sont les marches d’un escalier qu’elle gravit, avec constance, vers son redressement. C’est vrai sur le plan éthique, économique, social, et désormais politique. Au moment où le principe de la « bonne gouvernance » semblait s’imposer et faire l’unanimité, un trublion mal inspiré bouscule l’échiquier.

A la veille des vacances, et d’échéances parlementaires importantes, le président d’un parti mal en point, en chute constante dans les derniers sondages, tente un renversement d’alliance aussi imprévu qu’inattendu. Hormis  ses ministres qui gèrent la Wallonie avec une certaine cohérence, le CDH brille par son absence de projets et de prospective, et se replie clairement vers ses piliers traditionnels : enseignement, universités, mutuelles, hôpitaux… C’est un retour à une tradition sociale-chrétienne qu’on pensait oubliée au profit d’un humanisme plus moderne et rassembleur.

On a déjà  stigmatisé ce type de président de parti, faiseur de rois : en l’occurrence, Benoît Lutgen ne  sort pas grandi de son coup d’éclat qui pourrait ralentir la marche de la Wallonie vers un avenir plus joyeux pour les gens. J’ai déjà pensé qu’un gouvernement de salut public plus large que l’actuel contribuerait à une gestion encore meilleure : rappelons les démarches d’il y a quelques mois de MM. Crucke et Jeholet, au MR, et celles de MM. Dermagne, Collignon et Martin au sein du PS. J’y joindrais volontiers les brillants apports actuels des parlementaires ECOLO, au Fédéral comme à la Région. Et ce avec ou sans le CDH…

Je pense aujourd’hui à un large rassemblement large autour de Paul MAGNETTE, Président de Wallonie, qui pourrait constituer autour de lui un mouvement nouveau, à la manière d’un Emmanuel MACRON, d’un Julien TRUDEAU, ou encore de Bernie SANDERS et de Jérémie CORBYN…

A l’heure où la démocratie se cherche des voies nouvelles, ces voix seraient bien plus porteuses d’avenir que celle d’un président de parti  mal inspiré…! C’est aussi l’heure où la NVA, le plus grand parti du pays, et son président lancent de nouvelles pistes institutionnelles pouvant conforter l’avenir institutionnel de la Wallonie au sein de « l’après-Belgique »…

simonisgh@gmail.com  

La Communauté germanophone ose penser à l’indépendance