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La lettre d’Emmanuel Macron

Notre ami Pierre André, journaliste professionnel et initiateur de l’excellent blog « Liège 28 » nous fait parvenir la lettre du président de la République Emmanuel Macron aux Françaises et Français.

Lors de nos rencontres sur le terrain avec les Citoyennes et Citoyens de Wallonie et des votes par internet mis en place lors des campagnes électorales des deux tours de la Présidentielle française, nous avons pu constater la large convergence qui existait entre les sondages et résultats qu’ils viennent de France ou de Wallonie. Aussi pouvons-nous imaginer que cette lettre du Président de la République s’adresse aussi à nous, Wallons.

Saumane

Chères Françaises, chers Français, mes chers compatriotes,

Dans une période d’interrogations et d’incertitudes comme celle que nous traversons, nous devons nous rappeler qui nous sommes.

La France n’est pas un pays comme les autres.

Le sens des injustices y est plus vif qu’ailleurs. L’exigence d’entraide et de solidarité plus forte. 

Chez nous, ceux qui travaillent financent les pensions des retraités. Chez nous, un grand nombre de citoyens paie un impôt sur le revenu, parfois lourd, qui réduit les inégalités. Chez nous, l’éducation, la santé, la sécurité, la justice sont accessibles à tous indépendamment de la situation et de la fortune. Les aléas de la vie, comme le chômage, peuvent être surmontés, grâce à l’effort partagé par tous.

C’est pourquoi la France est, de toutes les nations, une des plus fraternelles et des plus égalitaires.

C’est aussi une des plus libres, puisque chacun est protégé dans ses droits et dans sa liberté d’opinion, de conscience, de croyance ou de philosophie.

Et chaque citoyen a le droit de choisir celles et ceux qui porteront sa voix dans la conduite du pays, dans la conception des lois, dans les grandes décisions à prendre. 

Chacun partage le destin des autres et chacun est appelé à décider du destin de tous : c’est tout cela, la nation française.

Comment ne pas éprouver la fierté d’être Français ?

Je sais, bien sûr, que certains d’entre nous sont aujourd’hui insatisfaits ou en colère. Parce que les impôts sont pour eux trop élevés, les services publics trop éloignés, parce que les salaires sont trop faibles pour que certains puissent vivre dignement du fruit de leur travail, parce que notre pays n’offre pas les mêmes chances de réussir selon le lieu ou la famille d’où l’on vient. Tous voudraient un pays plus prospère et une société plus juste.

Cette impatience, je la partage. La société que nous voulons est une société dans laquelle pour réussir on ne devrait pas avoir besoin de relations ou de fortune, mais d’effort et de travail. 

En France, mais aussi en Europe et dans le monde, non seulement une grande inquiétude, mais aussi un grand trouble ont gagné les esprits. Il nous faut y répondre par des idées claires.

Mais il y a pour cela une condition : n’accepter aucune forme de violence. Je n’accepte pas, et n’ai pas le droit d’accepter la pression et l’insulte, par exemple sur les élus du peuple, je n’accepte pas et n’ai pas le droit d’accepter la mise en accusation générale, par exemple des médias, des journalistes, des institutions et des fonctionnaires. Si tout le monde agresse tout le monde, la société se défait !

Afin que les espérances dominent les peurs, il est nécessaire et légitime que nous nous reposions ensemble les grandes questions de notre avenir.

C’est pourquoi j’ai proposé et je lance aujourd’hui un grand débat national qui se déroulera jusqu’au 15 mars prochain. 

Depuis quelques semaines, de nombreux maires ont ouvert leurs mairies pour que vous puissiez y exprimer vos attentes. J’ai eu de nombreux retours que j’ai pu prendre en compte. Nous allons désormais entrer dans une phase plus ample et vous pourrez participer à des débats près de chez vous ou vous exprimer sur internet pour faire valoir vos propositions et vos idées. Dans l’Hexagone, outre-mer et auprès des Français résidant à l’étranger. Dans les villages, les bourgs, les quartiers, à l’initiative des maires, des élus, des responsables associatifs, ou de simples citoyens… Dans les assemblées parlementaires comme régionales ou départementales. 

Les maires auront un rôle essentiel car ils sont vos élus et donc l’intermédiaire légitime de l’expression des citoyens.

Pour moi, il n’y a pas de questions interdites. Nous ne serons pas d’accord sur tout, c’est normal, c’est la démocratie. Mais au moins montrerons-nous que nous sommes un peuple qui n’a pas peur de parler, d’échanger, de débattre. 

Et peut-être découvrirons-nous que nous pouvons tomber d’accord, majoritairement, au-delà de nos préférences, plus souvent qu’on ne le croit.

Je n’ai pas oublié que j’ai été élu sur un projet, sur de grandes orientations auxquelles je demeure fidèle. Je pense toujours qu’il faut rendre à la France sa prospérité pour qu’elle puisse être généreuse, car l’un va avec l’autre. Je pense toujours que la lutte contre le chômage doit être notre grande priorité, et que l’emploi se crée avant tout dans les entreprises, qu’il faut donc leur donner les moyens de se développer. Je pense toujours qu’il faut rebâtir une école de la confiance, un système social rénové pour mieux protéger les Français et réduire les inégalités à la racine. Je pense toujours que l’épuisement des ressources naturelles et le dérèglement climatique nous obligent à repenser notre modèle de développement. Nous devons inventer un projet productif, social, éducatif, environnemental et européen nouveau, plus juste et plus efficace. Sur ces grandes orientations, ma détermination n’a pas changé.

Mais je pense aussi que de ce débat peut sortir une clarification de notre projet national et européen, de nouvelles manières d’envisager l’avenir, de nouvelles idées.

À ce débat, je souhaite que le plus grand nombre de Français, le plus grand nombre d’entre nous, puisse participer. 

Ce débat devra répondre à des questions essentielles qui ont émergé ces dernières semaines. C’est pourquoi, avec le Gouvernement, nous avons retenu quatre grands thèmes qui couvrent beaucoup des grands enjeux de la nation : la fiscalité et les dépenses publiques, l’organisation de l’Etat et des services publics, la transition écologique, la démocratie et la citoyenneté. Sur chacun de ces thèmes, des propositions, des questions sont d’ores et déjà exprimées. Je souhaite en formuler quelques-unes qui n’épuisent pas le débat mais me semblent au cœur de nos interrogations.

Le premier sujet porte sur nos impôts, nos dépenses et l’action publique. L’impôt est au cœur de notre solidarité nationale. C’est lui qui finance nos services publics. Il vient rémunérer les professeurs, pompiers, policiers, militaires, magistrats, infirmières et tous les fonctionnaires qui œuvrent à votre service. Il permet de verser aux plus fragiles des prestations sociales mais aussi de financer certains grands projets d’avenir, notre recherche, notre culture, ou d’entretenir nos infrastructures. C’est aussi l’impôt qui permet de régler les intérêts de la dette très importante que notre pays a contractée au fil du temps. 

Mais l’impôt, lorsqu’il est trop élevé, prive notre économie des ressources qui pourraient utilement s’investir dans les entreprises, créant ainsi de l’emploi et de la croissance. Et il prive les travailleurs du fruit de leurs efforts. Nous ne reviendrons pas sur les mesures que nous avons prises pour corriger cela afin d’encourager l’investissement et faire que le travail paie davantage. Elles viennent d’être votées et commencent à peine à livrer leurs effets. Le Parlement les évaluera de manière transparente et avec le recul indispensable. Nous devons en revanche nous interroger pour aller plus loin.

Comment pourrait-on rendre notre fiscalité plus juste et plus efficace ? Quels impôts faut-il à vos yeux baisser en priorité ?

Nous ne pouvons, quoi qu’il en soit, poursuivre les baisses d’impôt sans baisser le niveau global de notre dépense publique.

Quelles sont les économies qui vous semblent prioritaires à faire ? 

Faut-il supprimer certains services publics qui seraient dépassés ou trop chers par rapport à leur utilité ? A l’inverse, voyez-vous des besoins nouveaux de services publics et comment les financer ?

Notre modèle social est aussi mis en cause. Certains le jugent insuffisant, d’autres trop cher en raison des cotisations qu’ils paient. L’efficacité de la formation comme des services de l’emploi est souvent critiquée. Le gouvernement a commencé à y répondre, après de larges concertations, à travers une stratégie pour notre santé, pour lutter contre la pauvreté, et pour lutter contre le chômage.

Comment mieux organiser notre pacte social ? Quels objectifs définir en priorité ?

Le deuxième sujet sur lequel nous devons prendre des décisions, c’est l’organisation de l’Etat et des collectivités publiques. Les services publics ont un coût, mais ils sont vitaux : école, police, armée, hôpitaux, tribunaux sont indispensables à notre cohésion sociale.

Y a-t-il trop d’échelons administratifs ou de niveaux de collectivités locales ? Faut-il renforcer la décentralisation et donner plus de pouvoir de décision et d’action au plus près des citoyens ? A quels niveaux et pour quels services ?

Comment voudriez-vous que l’Etat soit organisé et comment peut-il améliorer son action ? Faut-il revoir le fonctionnement de l’administration et comment ? 

Comment l’Etat et les collectivités locales peuvent-ils s’améliorer pour mieux répondre aux défis de nos territoires les plus en difficulté et que proposez-vous ?

La transition écologique est le troisième thème, essentiel à notre avenir. Je me suis engagé sur des objectifs de préservation de la biodiversité et de lutte contre le réchauffement climatique et la pollution de l’air. Aujourd’hui personne ne conteste l’impérieuse nécessité d’agir vite. Plus nous tardons à nous remettre en cause, plus ces transformations seront douloureuses.

Faire la transition écologique permet de réduire les dépenses contraintes des ménages en carburant, en chauffage, en gestion des déchets et en transports. Mais pour réussir cette transition, il faut investir massivement et accompagner nos concitoyens les plus modestes. 

Une solidarité nationale est nécessaire pour que tous les Français puissent y parvenir. 

Comment finance-t-on la transition écologique : par l’impôt, par les taxes et qui doit être concerné en priorité ?

Comment rend-on les solutions concrètes accessibles à tous, par exemple pour remplacer sa vieille chaudière ou sa vieille voiture ? Quelles sont les solutions les plus simples et les plus supportables sur un plan financier ?

Quelles sont les solutions pour se déplacer, se loger, se chauffer, se nourrir qui doivent être conçues plutôt au niveau local que national ? Quelles propositions concrètes feriez-vous pour accélérer notre transition environnementale ?

La question de la biodiversité se pose aussi à nous tous. 

Comment devons-nous garantir scientifiquement les choix que nous devons faire à cet égard ? Comment faire partager ces choix à l’échelon européen et international pour que nos producteurs ne soient pas pénalisés par rapport à leurs concurrents étrangers ? 

Enfin, il est évident que la période que notre pays traverse montre qu’il nous faut redonner plus de force à la démocratie et la citoyenneté. Être citoyen, c’est contribuer à décider de l’avenir du pays par l’élection de représentants à l’échelon local, national ou européen. Ce système de représentation est le socle de notre République, mais il doit être amélioré car beaucoup ne se sentent pas représentés à l’issue des élections. 

Faut-il reconnaître le vote blanc ? Faut-il rendre le vote obligatoire ?

Quelle est la bonne dose de proportionnelle aux élections législatives pour une représentation plus juste de tous les projets politiques? 

Faut-il, et dans quelles proportions, limiter le nombre de parlementaires ou autres catégories d’élus ?

Quel rôle nos assemblées, dont le Sénat et le Conseil Economique, Social et Environnemental    doivent-ils jouer pour représenter nos territoires et la société civile ? Faut-il les transformer et comment ?

En outre, une grande démocratie comme la France doit être en mesure d’écouter plus souvent la voix de ses citoyens. 

Quelles évolutions souhaitez-vous pour rendre la participation citoyenne plus active, la démocratie plus participative ? 

Faut-il associer davantage et directement des citoyens non élus, par exemple tirés au sort, à la décision publique ? 

Faut-il accroître le recours aux référendums et qui doit en avoir l’initiative ? 

La citoyenneté, c’est aussi le fait de vivre ensemble.

Notre pays a toujours su accueillir ceux qui ont fui les guerres, les persécutions et ont cherché refuge sur notre sol : c’est le devoir de l’asile, qui ne saurait être remis en cause. Notre communauté nationale s’est aussi toujours ouverte à ceux qui, nés ailleurs, ont fait le choix de la France, à la recherche d’un avenir meilleur : c’est comme cela qu’elle s’est aussi construite. Or, cette tradition est aujourd’hui bousculée par des tensions et des doutes liés à l’immigration et aux défaillances de notre système d’intégration. 

Que proposez-vous pour améliorer l’intégration dans notre Nation ? En matière d’immigration, une fois nos obligations d’asile remplies, souhaitez-vous que nous puissions nous fixer des objectifs annuels définis par le Parlement ? Que proposez-vous afin de répondre à ce défi qui va durer ?

La question de la laïcité est toujours en France sujet d’importants débats. La laïcité est la valeur primordiale pour que puissent vivre ensemble, en bonne intelligence et harmonie, des convictions différentes, religieuses ou philosophiques. Elle est synonyme de liberté parce qu’elle permet à chacun de vivre selon ses choix.

Comment renforcer les principes de la laïcité française, dans le rapport entre l’Etat et les religions de notre pays ? Comment garantir le respect par tous de la compréhension réciproque et des valeurs intangibles de la République ?

Dans les semaines qui viennent, je vous invite à débattre pour répondre à ces questions déterminantes pour l’avenir de notre nation. Je souhaite aussi que vous puissiez, au-delà de ces sujets que je vous propose, évoquer n’importe quel sujet concret dont vous auriez l’impression qu’il pourrait améliorer votre existence au quotidien. 

Ce débat est une initiative inédite dont j’ai la ferme volonté de tirer toutes les conclusions. Ce n’est ni une élection, ni un référendum. C’est votre expression personnelle, correspondant à votre histoire, à vos opinions, à vos priorités, qui est ici requise, sans distinction d’âge ni de condition sociale. C’est, je crois, un grand pas en avant pour notre République que de consulter ainsi ses citoyens. Pour garantir votre liberté de parole, je veux que cette consultation soit organisée en toute indépendance, et soit encadrée par toutes les garanties de loyauté et de transparence. 

C’est ainsi que j’entends transformer avec vous les colères en solutions.  

Vos propositions permettront donc de bâtir un nouveau contrat pour la Nation, de structurer l’action du Gouvernement et du Parlement, mais aussi les positions de la France au niveau européen et international. Je vous en rendrai compte directement dans le mois qui suivra la fin du débat. 

Françaises, Français, je souhaite que le plus grand nombre d’entre vous puisse participer à ce grand débat afin de faire œuvre utile pour l’avenir de notre pays.

En confiance, 

Emmanuel MACRON

A Propos de proximus…

A l’attention de nos lecteurs français : PROXIMUS est l’héritier de l’opérateur historique BELGACOM en ce qui concerne la téléphonie (fixe + portable), l’internet et la télévision. Trois opérateurs se partagent ce marché belge pour un secteur qui est resté encore aujourd’hui régi par le pouvoir fédéral. Outre PROXIMUS qui opère dans chaque région belge et reste ainsi le leader belge, VOO opère par le câble en Wallonie et dans 6 communes bruxelloises. TELENET, 1er opérateur en Flandre, opère par le câble en Flandre et dans 7 communes bruxelloises. Un petit dernier ORANGE pointe son nez et inquiète PROXIMUS. (Saumane)

Par Paul Mélot

Dominique LEROY la grande prêtresse de Proximus- qui palpe 937.000 euros/an et n’a pas anticipé l’évolution de la clientèle – a expliqué que le gouvernement n’a rien à décider, puisqu’il s’agit d’une entreprise publique AUTONOME… Vrai ou pas ?

Rappelons d’abord qu’en son temps, le sieur DI RUPO , géniteur des « consolidations stratégiques » de BELGACOM et de LA POSTE indiquait au parlement et à la « nation » qu’il n’y avait rien de mieux pour maintenir et développer l’outil que d’y faire entrer le capital privé dans un contexte concurrentiel…

Donc, le gouvernement ( donc nous!) est propriétaire de 53.5% de Proximus et n’a rien à y dire …
Donc le gouvernement qui envoie des politiques ( 5) au C.A. de Proximus n’y envoie que des gens qui n’y ont rien à dire…
Donc, les membres du CA désignés par le gouvernement ont une « fonction » comparable aux membres des Comités de secteurs de PUBLIFIN et sont payés pour ne rien décider… On fait quoi, alors ???

Parmi les « décideurs » publics du CA de PROXIMUS, l’ex-chef de cabinet d’Elio DI RUPO … YES !

Conférence

Quel avenir pour la Wallonie (11)

Notre ami Paul Mélot veut commencer 2019 avec l’enthousiasme qui le caractérise.

Aussi reprend-il son cycle de conférences-débats qui l’a conduit dès 2017 puis en 2018 aux quatre coins de la Wallonie. Son travail consiste d’abord en une entreprise d’information qui amène le citoyen wallon à se poser les questions utiles à l’avenir de la Wallonie. Plus que jamais, en cette année d’élections européenne, fédérale et régionale, il est important que chacune et chacun connaisse la situation que vont devoir affronter la Wallonie et son monde politique.

Précisons aussi que de conférence en conférence, notre insatiable conférencier actualise le contenu de son exposé.

Enfin, Paul Mélot tient à préciser qu’il est ouvert à toute initiative pluraliste et à tout organisme qui voudrait offrir à ses membres une information objective.

Paul D.

Le Comité d’Action Laïque de Wanze-Héron asbl a la plaisir de vous convier à la conférence-débat du Jeudi 24 janvier 2019 à 20h00 à Wanze

Salle Catoul – Place Faniel à Wanze

LE DEVENIR DE LA WALLONIE :  

THRILLER OU RÉALITÉ ?

Par Paul Mélot

Directeur d’école retraité – Écrivain public bénévole – Ancien Vice-président du CPAS de Liège

Au départ de graphiques reprenant des données publiées notamment par les universités ou le Bureau du Plan, le conférencier mène, sans concession, une analyse comparative – positive et négative – des économies régionalisées.

Cet examen critique l’amène à se poser la question essentielle :

« Quel avenir pour la Wallonie ? »

Renseignements : 0476 825 195 – 085 230 055

cal.wanzeheron@gmail.com

PAF : 3 €

A quel jeu jouent vraiment les libéraux flamands ?

Par Jules Gheude

Tantôt unitaristes, tantôt séparatistes, les mandataires Open VLD tiennent un discours ambigu dont les racines remontent à plusieurs décennies.

Réagissant à mon opinion « Une Flandre indépendante en 2019 n’est certes pas une chimère », publiée sur le site de « Knack », Tim Vandenput, bourgmestre de Hoeilaart et député fédéral Open VLD, m’écrit ceci : « (…) une fois de plus, vous oubliez de reprendre des faits importants dans votre article. Par exemple, 80 % des Flamands ne veulent pas une Flandre indépendante ! Ce n’est pas parce que des gens votent momentanément pour les menteurs de la N-VA que ces mêmes votants veulent aussi une Flandre indépendante. De cette façon, vous rendez votre article non crédible et il en devient même ridicule, comme toujours. Dommage ! Dans les dix ans qui viennent, on verra naître un mouvement pour une Belgique plus forte et une Europe fédérale. Des structures de l’Etat où la coopération sera centrale, au lieu de la volonté de scission d’une petite minorité. On en reparlera dans dix ans. »

Avant d’utiliser le terme « menteurs », il convient de bien réfléchir. Qui ment ? Qui est ici « non crédible » et « ridicule » ?

Des faits marquants dès 1967

On se souvient encore de la manière dont les partis traditionnels – qui avaient une structure unitaire – se sont opposés énergiquement à la mise sur pied du fédéralisme. Au congrès de Knokke des 29-30 septembre et 1er octobre 1967, les libéraux estimaient qu’une telle réforme conduirait le pays au séparatisme, à l’aventure économique et au déclin de son bien-être.

François Perin s’était empressé de fustiger l’attitude de ces conservateurs aveugles, précisant que les combats d’arrière-garde étaient vains face aux évolutions irréversibles.

La progression des formations communautaires

Le 7 février 1968, le gouvernement Vanden Boeynants tomba sur l’affaire de Louvain. Le parti libéral se présenta aux élections du 31 mars avec le slogan « Mon parti, c’est mon pays ! », assorti des couleurs tricolores. Mais il n’empêcha pas les formations dites communautaires (Volksunie, Rassemblement wallon et FDF) de progresser de manière significative.

On vit ensuite les partis unitaires se scinder l’un après l’autre : le parti catholique dans la foulée du « Walen buiten », le parti libéral en 1972 et le parti socialiste en 1978. Le visage de la Belgique, quant à lui, allait être profondément transformé.

Cette réforme de l’Etat sur une base fédérale ne se fit pas sans peine, avec la question bruxelloise comme pierre d’achoppement.

Après l’échec du Pacte d’Egmont en 1978, François Perin s’efforça d’accorder libéraux flamands et francophones autour d’un projet institutionnel commun. Mais face à l’intransigeance des premiers, il démissionna spectaculairement du Sénat, le 26 mars 1980 : « Après avoir vu, échec après échec, tous les événements de ces dernières années, je ne parviens plus, en conscience, à croire en l’avenir de notre Etat », déclara-t-il.

« La Belgique est bien morte ! »

Il est intéressant d’apprendre comment les libéraux flamands s’étaient comportés à l’époque. Dans ses notes personnelles, François Perin dévoile : « Un curieux dîner libéral eut lieu à Lierre, chez Vanderpoorten, le 13 octobre 1978. (…) Vanderpoorten affirma qu’il ne concevait pas de concéder quoi que ce soit aux Bruxellois. (…) Le ton monta et des propos aigres et pessimistes furent tenus sur la viabilité de la Belgique. (…) Jeudi 6 mars 1980 : groupe parlementaire commun PRL Chambre et Sénat. Belle révélation par Jean Gol pour la journée commune du 16 mars 1980 avec le PVV. Contre l’accord précédent, Bascour est imposé comme président au lieu de De Greef. En outre, De Clercq ne veut pas du drapeau belge, même assorti des drapeaux des deux communautés ! Les Anversois refusent de venir (Grootjans) ! La Belgique est bien morte ! »

Lorsque Paul-Henry Gendebien était Délégué général de la Communauté française à Paris (de 1988 à 1996), il eut l’occasion de recevoir Jean Gol, chef de file des libéraux francophones. Dans son livre Splendeurs de la liberté, il raconte : « Il m’avoua qu’il ne croyait plus à la nation belge ni même à l’Etat. (…) surtout, il avait été ulcéré par les “avancées” du nationalisme chez les libéraux flamands auxquels s’était d’ailleurs ralliée l’une des ailes marchantes de la Volksunie. » Manifestement, le virus de la séparation avait atteint le libéralisme flamand.

Des libéraux à géométrie variable

Aujourd’hui, Tim Vandenput prêche pour une Belgique plus forte. Aurait-il oublié ce que déclara Karel De Gucht, alors président de l’Open VLD, sur le plateau de VTM, le 6 novembre 2002 : « La Belgique est condamnée à disparaître à terme, à s’évaporer, et en attendant elle n’apporte plus aucune valeur ajoutée à la Flandre. » Deux mois plus tard, Patrick Dewael, ministre-président flamand (Open VLD !) présentait ses priorités pour une future réforme de l’Etat. Il s’agissait, pour lui, de transférer un maximum de compétences à la Flandre, sur le plan de l’emploi, des soins de santé, de la mobilité et de la fiscalité.

Et que dire d’Alexander De Croo, président de l’Open VLD, qui retira en 2010 la prise du gouvernement Leterme II, plongeant ainsi la Belgique dans la plus longue crise politique de son histoire : 541 jours sans gouvernement de plein exercice !

Tels sont les faits. Ils sont, dit-on, plus forts qu’un lord-maire. Que sont en réalité les libéraux ? Quel jeu jouent-ils vraiment ? Tantôt ils se comportent en purs nationalistes flamands, tantôt ils affichent leur sensibilité belge.

Un vote flamand émis en connaissance de cause

Tim Vandenput accuse la N-VA de mensonge. L’article 1er des statuts de ce parti est pourtant clair. Il y est question de la République indépendante de Flandre, Etat membre d’une Union européenne démocratique. Le Vlaams Belang, quant à lui, défend sans ambiguïté une vision séparatiste. Ensemble, les deux formations totalisent 40,2 % des intentions de vote, selon le dernier sondage réalisé par Het Nieuwsblad. Tim Vandenput affirme que seule une faible minorité des Flamands est acquise au séparatisme. Mais chacun n’est-il pas censé voter en connaissance de cause ? Les 40,2 % de personnes qui soutiennent la N-VA ou le Vlaams Belang, sont censées soutenir aussi l’option séparatiste.

Le Parlement flamand est l’émanation du peuple flamand. Il dispose de la légitimité démocratique. Le jour où une majorité appropriée existera, rien ne pourra l’empêcher de proclamer l’indépendance de la Flandre. Pas besoin de référendum pour cela !

Faute tactique

Tim Vandenput évoque des structures de l’Etat où la coopération sera centrale. C’est aussi ce que souhaite le ministre fédéral de la Mobilité, François Bellot (MR). Mais son plan pour une nouvelle agence destinée à coordonner la politique des régions vient d’être rejeté par le ministre flamand de la Mobilité, Ben Weyts (N-VA), ainsi que par son collègue bruxellois, Pascal Smet (SP.A). Pour ce dernier, ce n’est pas très malin, de la part de Bellot, d’avancer cette solution. Cela ressemble à la Belgique de papa qui dit aux régions ce qu’elles doivent faire. Une faute tactique. Voyez aussi comment le plaidoyer de Maggie de Block (Open VLD) en faveur d’une refédéralisation de la politique de santé a été accueilli par le président du CD&V, Wouter Beke : « Le passé a montré qu’une politique fédérale unique n’était pas la réponse. Il ne peut dès lors être question de refédéraliser. »

Tim Vandenput est convaincu qu’on fera marche arrière et il me fixe rendez-vous dans dix ans. J’aurai alors 82 ans. Si je vis encore, je serai heureux de le recevoir à Namur. Et j’espère que la Wallonie sera alors une région française !

La nation flamande existe bel et bien

Par Jules Gheude

Dimanche 23 décembre 2018. Sur le plateau de l’émission de RTL-TVI C’est pas tous les jours dimanche, le chroniqueur Michel Henrion lâche : « Je ne suis pas Flamand, Dieu m’en garde, … » Réaction immédiate du présentateur, Christophe Deborsu : « Pas cela, Michel, c’est choquant ! »

Confronté à une vague de commentaires indignés sur les réseaux sociaux, l’intéressé s’est expliqué : « La phrase sur ma fiche disait en substance : Si j’étais nationaliste flamand, que Dieu m’en garde, je serais furax. A l’antenne, ma langue, dans sa lancée, a malencontreusement fourché et gommé un seul mot, mais de ceux qui changent redoutablement tout à l’audition. Celui de « nationaliste ». Ce qui a donné ce couac aussi évident que regrettable. »

Si Michel Henrion a approfondi l’histoire de ce pays, il n’ignore pas que sa constitution, en 1830, s’est faite d’un trait de plume diplomatique, sans que les populations concernées aient eu voix au chapitre. Même le choix du monarque nous fut imposé par Londres. Talleyrand, le négociateur français, s’était d’ailleurs montré sceptique quant aux chances de viabilité de cette construction artificielle, fruit des circonstances de l’époque : « Deux cents protocoles n’en feront jamais une nation. Cela ne peut tenir. »

Dès le départ, en fait, le ver était dans le fruit. Il suffit de relire ce que Charles Rogier déclarait : « Il est évident que la seule langue des Belges doit être le français. Pour arriver à ce résultat, il est nécessaire que toutes les fonctions civiles et militaires soient confiées à des Wallons et Luxembourgeois. De cette manière, les Flamands, privés temporairement des avantages attachés à ces emplois, seront contraints d’apprendre le français, et l’on détruira peu à peu l’élément germanique en Belgique. »

Un génocide linguistique, donc. C’est précisément pour le contrecarrer qu’un Mouvement flamand se constitua assez vite. De nature romantico-culturelle au départ, il finit par acquérir une dimension sociale et politique.

La grande majorité des francophones ignore à quel point ce mouvement a dû lutter pour arracher les premières lois linguistiques et faire en sorte que la Flandre puisse se faire entendre sur l’échiquier politique. Au début du XXe siècle, le cardinal Mercier parlait toujours de « l’unité belge, cimentée par l’emploi de la langue française. » A ses yeux, le flamand était la langue des servantes et des valets.

Tout cela laissera des traces durables et contribuera à engendrer un fort sentiment national flamand. L’identité flamande passera au premier plan. En 1973, Manu Ruys sous-titrait son livre « Les Flamands » : « Un peuple en mouvement, une nation en devenir. »

Aujourd’hui, cette nation existe bel et bien, comme le stipule d’ailleurs le préambule de la « Charte pour la Flandre », présentée en 2012 par le Gouvernement flamand.

Il n’y a pas d’équivalent chez les Wallons qui, majoritairement, se sentent Belges avant tout. Tel est le drame auquel est confronté ce Royaume et que François Perin a parfaitement résumé : « Il n’y a pas place, dans ce petit pays pour deux nations : la belge, si tant est qu’elle ait jamais existé, et la flamande. »

Force est aujourd’hui de constater que les six réformes institutionnelles qui ont été effectuées depuis 1970, n’ont pas contribué à engendrer la cohabitation sereine et paisible des deux grandes communautés. Chaque dossier (survol de Bruxelles, construction d’un stade national, immigration…) est sujet à controverses et palabres sans fin. S’ajoute à cela le fossé béant entre la Flandre et la Wallonie sur le plan économique.

Michel Henrion souligne l’intérêt qu’il porte à sa région, la Wallonie. Mais lui qui fut le porte-parole de Guy Spitaels, n’ignore pas que, depuis la mise sur pied officielle de la régionalisation en 1980, la ministre-présidence wallonne fut confiée, de façon quasi ininterrompue, au PS. Difficile, donc, de nier l’influence prépondérante que ce parti a eue sur la gestion des affaires. Et force est de constater que cette gestion ne s’est pas révélée efficace. La Flandre, en revanche, doit sa prospérité à une politique marquée clairement à droite. Grâce au dynamisme de ses PME, elle parvient ainsi à réaliser plus de 80% des exportations belges.

Les résultats des dernières élections communales et provinciales n’ont fait que confirmer le diagnostic de Bart De Wever : « La Flandre et la Wallonie constituent deux démocraties. Le confédéralisme s’impose donc, afin que chacun puisse être financièrement responsable de ses propres choix politiques. »

On peut comprendre ce raisonnement après avoir pris connaissance du dernier classement Eurostat concernant le PIB des régions de l’Union européenne. On constate, en effet, que la Flandre se situe à 120, l’indice de comparaison étant fixé à 100. Pour la Wallonie, par contre, la situation reste inquiétante, avec un indice de 85.

Jusqu’ici la Wallonie a pu bénéficier des transferts financiers en provenance de Flandre, soit quelque 7 milliards d’euros par an, mais on sait que ceux-ci sont amenés à s’éteindre progressivement.

L’actuelle coalition wallonne MR-CDH, en place depuis un an et demi, s’efforce de remédier à une gestion qui, durant près de 35 ans, a consisté à vivre largement au-dessus de ses moyens. Un an et demi, cela ne suffit évidemment pas pour renverser la situation. Mais une chose est sûre : si la Wallonie, livrée à elle-même, devait être gouvernée, au lendemain des élections régionales du 26 mai 2019, par la coalition « progressiste » qu’Elio Di Rupo appelle de ses vœux, on n’ose imaginer dans quel pétrin budgétaire elle se trouverait ! Et cette évolution ne manquerait évidemment pas de compliquer, voire de rendre impossible, la formation d’un nouveau gouvernement belge.

Michel Henrion s’en prend violemment aux nationalistes flamands. Mais le nationalisme flamand ne concerne pas que la N-VA et le Vlaams Belang, crédités ensemble de 40,2% d’intentions de vote, selon le dernier sondage « Nieuwsblad ». Comme l’a bien précisé l’ancien ministre CD&V Stefaan De Clerck : « Il y a toujours eu, en Flandre, deux forts courants : la démocratie chrétienne et le nationalisme flamand démocratique. Ensemble, ils représentent un sentiment très majoritaire en Flandre. Ils sont complémentaires. »

Il convient d’ailleurs de rappeler ici que c’est le ministre-président flamand CVP Luc Van den Brande qui lança, au début des années 90, l’idée confédéraliste, expliquant : « Mais collègues de l’exécutif flamand, socialistes compris, se rallient à mes déclarations sur le confédéralisme. » Et le Parlement flamand se prononça dans ce sens en 1999.

C’est aussi l’actuel président du CD&V, Wouter Beke, qui, en 2007, déclara au journal québécois « Le Devoir » : « Nous voulons une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend. Si les francophones n’acceptent pas de lâcher du lest, nous n’aurons pas d’autre choix que l’indépendance. » On ne peut être plus clair !

Bart De Wever ne fait donc que s’inscrire logiquement dans la ligne du Mouvement flamand, qui, au fil des décennies, a gagné sur toute la ligne, les « demandeurs de rien » francophones finissant toujours par céder.

En 2019, la Belgique pourrait donc, très rapidement, être mise échec et mat.

Quant à Michel Henrion, il devrait relire l’interview-testament de son mentor Guy Spitaels : « Il (Bart De Wever) m’intéresse. Parce qu’il est intelligent et rusé. Son discours – que les francophones ne veulent pas entendre – est très clair. C’est un superbe manœuvrier. (…) Très, très habile. Il est très fort intellectuellement et l’ennemi des bobos ! »

Sur les gilets jaunes en Wallonie

Directeur de l’Institut Jules Destrée, Philippe Destatte s’est longuement étendu sur la crise des « gilets jaunes » en Wallonie. Nous reprenons ici le début du texte qu’il a posté sur son blogue, auquel nous renvoyons le lecteur pour la suite de l’article.

Et pourtant, le jaune vous allait si bien…

Par Philippe Destatte, le 29 décembre 2018

Qui peut s’étonner que des gilets jaunes aient été actifs en Wallonie? D’abord, parce que l’influence de la France y est constante et puissante, et pas nécessairement depuis que les grands médias audiovisuels y sont en première ligne. On se souviendra que, toute proportion gardée, les agitations de 1789, 1830, 1848 et 1870 y ont eu des effets immédiats. On sait que les Wallons ont, depuis toujours, une belle propension à pousser la Marseillaise… Et même quand la voix de la République était portée par la BBC, en 1940, la Wallonie libre se disait au côté de la France libre. C’est la même vibration qui, lors des élections présidentielles de 2016, faisait naître de ce côté de l’Oise la Wallonie insoumise comme la Wallonie en marche. Comme naguère s’était ici aussi répandu un Front national, heureusement moins florissant et moins enraciné qu’Outre Quiévrain. Dans le développement des gilets jaunes, depuis début novembre 2018, le côté émotionnel est apparu extrêmement important. En Wallonie comme en France. Néanmoins, ce prurit semble loin d’avoir eu la même ampleur ici que là-bas. Il serait d’ailleurs imprudent de plaquer les multiples décodages de la situation française sur la réalité wallonne qui, au-delà du mimétisme, me paraît assez différente.

Ensuite, nous ne devons pas nous étonner d’une activité de gilets jaunes en Wallonie parce que cette région connaît depuis des décennies de réelles difficultés et offre un paysage socio-économique dévasté. Primo, un redressement qui tarde : ce sont les reproches qui ont été adressés aux gouvernements wallons Van Cauwenberghe, Demotte et Magnette, et qui ont provoqué, au-delà de questions majeures de gouvernance, les changements de majorité en 2017. Les observateurs sérieux et honnêtes, voire courageux, ont pu constater l’absence de mobilité dans les indicateurs essentiels depuis le début du nouveau siècle, que l’on se compare à la Flandre, à la Belgique, à l’Europe : un taux d’emploi 2017 des 20-64 ans de 63,6% qui se situe à 10 points de moins que la Flandre : celle-ci atteint déjà l’objectif Europe 2020 de 73%. Un taux de chômage wallon de 13,4%, quand il est à la moitié en Flandre (6,7%), ce qui signifie – comme le rappelait voici peu le Ministre-Président Willy Borsus – que 292.000 Wallons, pourtant sur le marché du travail, ne travaillent pas. 16% des jeunes Wallons de 18 à 24 ans ne sont ni dans un emploi, ni dans l’enseignement, ni en formation (NEETs). 26,5% de la population wallonne sont en risque de pauvreté et d’exclusion sociale. Un héritage difficile à assumer, d’autant que, derrière la rigueur et le caractère abstrait des chiffres, nous savons que se déploient des réalités sociales terribles et cruelles, des parcours individuels pénibles, du délitement social, de la déconsidération et de la souffrance. Secundo, parce que les corps intermédiaires ne sont plus capables d’expliquer ce qui se passe à la population. Peut-être doit-on invoquer la complexité croissante du monde, l’accélération des mutations, la globalisation, l’interdépendance, l’inflation croissante de l’information ? C’est un sujet difficile, car la perception de ces complexités et accélérations est une constante de l’évolution des civilisations depuis trois mille ans. La démocratisation voire la massification des études et des formations en tout genre constitue une autre réalité. Les réseaux sociaux, l’internet sont aussi de formidables moteurs d’éducation. Néanmoins, il reste des obscurités majeures – que l’on songe au prix du carburant à la pompe – que nul ne semble vouloir ou pouvoir expliquer à la population. Il semble que besoins de comprendre et savoirs enseignés sont condamnés à ne se rencontrer que très rarement. Cet exemple ouvre – tertio – sur la situation conjoncturelle stressante liée à une hausse importante du carburant au travers d’une augmentation des accises sur le prix du diesel qui a constitué un mécontentement dans certaines catégories de population, probablement les plus directement impactées : celles qui ne parviennent pas à échapper d’une manière ou d’une autre au coût direct.

Enfin, des « gilets jaunes » se sont manifestés en Wallonie parce que, comme en France, la légitimité de l’impôt pose la question de la transparence et de l’efficience de l’État, voire de son périmètre. On a entendu ce discours de la part de manifestants disant que l’État prend beaucoup d’argent aux citoyens pour fonctionner, assurer ses missions régaliennes et de protection sociale, mais aussi d’autres choses aux contours flous. Cette opacité relative, mais aussi quelques « affaires » plus ou moins récentes ouvrent la porte à pas mal de suspicion, mais aussi à quelques fantasmes. (…)

Pour lire la suite de l’article : https://phd2050.wordpress.com/2018/12/30/jaune/

Bilan wallon décembre 2018

Ce qui suit n’est pas réjouissant en ces journées de fêtes de fin d’ année, mais la vérité a ses droits et rester la tête dans le sable n’a jamais permis de résoudre des problèmes. Ce que dit Philippe Destatte au journaliste de l’Echo rejoint point par point ce que disent nos éveilleurs de conscience que sont nos amis Jules GAZON et Paul MELOT lorsqu’ils arpentent les quatre coins de la Wallonie pour, lors de leurs conférences-débats, amener les citoyens wallons à réfléchir sur l’avenir de cette Wallonie qui nous tient tant à coeur.

Paul DURIEUX

INTERVIEW DE PHILIPPE DESTATTE PAR FRANÇOIS-XAVIER LEFÈVRE DANS L’ECHO.

Entre les zakouski servis lors du cocktail célébrant l’arrivée du géant chinois de l’e-commerce Alibaba à Liège début décembre et les paillettes du Nouvel An, le constat que nous sert Philippe Destatte, le directeur de l’Institut Jules Destrée, un centre d’études et de prospective en Wallonie, sur l’état du sud du pays a un côté indigeste. Installé dans son bureau à côté du Parlement et en face de l’Elysette qui se trouve de l’autre côté de la Meuse, il est aux premières loges pour observer la vie régionale. Ce matin, Philippe Destatte nous met sur la table une série d’indicateurs. PIB, pauvreté, chômage chez les jeunes… «La Wallonie ne se redresse pas. Il faut sortir de cette idée de redressement. Tous les indicateurs montrent depuis des années que malgré les efforts extraordinaires – affirmés –, le PIB par habitant sur la longue durée est un encéphalogramme plat. En 1995, on est à 73,5 (la Belgique égale 100) et on arrive à 72,7 en 2006. Les contrats d’avenir successifs lancés par les gouvernements wallons, les plans Marshall et les 12 milliards versés par les fonds structurels européens n’ont pas permis à la Wallonie de se redresser. Il n’y a pas de décollage.

À aucun moment. La première fois que j’ai tenu ce discours en 1997, le contrat d’avenir représentait moins de 5% du budget régional. Comment voulez-vous activer un redressement avec moins de 5% du budget régional. Le constat tient toujours partiellement.» À travers sa fenêtre, il pointe le bureau de Willy Borsus, le ministre-président libéral du gouvernement régional, qui se trouve face au sien sur l’autre rive . «En face, il y a au moins un changement, c’est qu’on voit qu’on travaille. Les lumières sont allumées le soir. Cela n’a pas toujours été le cas», lâche-t-il.

Pluraliste, Philippe Destatte reconnaît que le changement de locataire à l’Elysette a eu le mérite d’enfin partager son constat sur l’état de la Wallonie. «Il y a un changement de mentalité. Willy Borsus est présent sur le terrain et aborde les problèmes concrets comme la pauvreté ou le chômage. Jusqu’ici, on a trop souvent observé une sorte de déni alors que les indicateurs montraient qu’on ne se redressait pas. C’est un déni qui a été partagé par une large part des acteurs et qui consistait à dire que cela va mieux pour que cela aille mieux. C’était un refus de regarder la réalité en face.

Le nombre de jeunes sans emploi ni formation, les fameux NEETS, sont à des niveaux affolants. On est à 9,9% de la population au niveau belge, 11,6% au niveau européen et 12,2% au niveau de la Wallonie. Les différents plans successifs ont probablement permis de stabiliser la Wallonie et de faire en sorte que l’idée du déclin wallon soit terminé depuis la fin des années 1990. Mais si la Wallonie n’est plus en déclin, elle ne se redresse pas. On doit essayer de trouver d’autres solutions.»

C’est justement ce qu’on a envie de lui demander. Quelles solutions doit adopter la Wallonie? «Elles sont connues par un certain nombre d’économistes mais elles ne sont pas mises en évidence. Le levier budgétaire du plan Marshall pour relancer la Wallonie a toujours été insuffisant. De 5%, on est passé à 3% du budget de la Région. Le problème majeur de la Wallonie est son incapacité à créer autant de valeur qu’elle ne devrait pour se redresser. Le professeur Giuseppe Pagano (de l’Université de Mons, NDLR) l’a bien mis en évidence dans un ouvrage ‘Où va la Wallonie’. C’est indispensable de dégager des marges suffisantes pour soutenir de nouvelles politiques. La Wallonie est plombée par son tissu socio-économique. Il y a un déficit de 100.000 emplois dans la sphère de l’entreprenariat alors que la sphère plus sociétale, comme le non-marchand et la fonction publique qui sont nécessaires, ne crée pas de valeur. La sphère créatrice de valeur (qui paie de la TVA) est trop petite. Il y a également un problème de productivité des travailleurs et des machines parce qu’elles sont bien souvent moins innovantes que celles que l’on trouve ailleurs. On en revient au même problème. On n’a pas les marges de manœuvre suffisantes.»

En finir avec la logique d’assistanat Tout en pointant le plan d’investissement lancé par le gouvernement, Philippe Destatte estime que pour s’en sortir, la Wallonie doit frapper plus fort. «Si on pense dans une logique de réinvestissement et de décollage, il faut aller beaucoup plus loin. Il faut compter sur nous-mêmes. Il faut s’atteler au déséquilibre majeur entre la sphère créatrice de valeur et la sphère sociétale qui ne crée pas de valeur.» En guise de plat de résistance, il met sur la table la réforme des points APE. Ces aides à l’emploi pèsent plus d’un milliard d’euros et donnent du travail à 60.000 personnes en Wallonie. À ses yeux, la réforme du gouvernement ne va pas assez loin. «Ces aides sont au centre de ce déséquilibre. Cela soulève la question du périmètre de l’Etat et de quoi il doit s’occuper. Mon interrogation est de se demander comment on peut redéfinir ce périmètre de l’Etat en Wallonie de telle sorte que l’on crée de la valeur suffisante.

Les gens sous statut APE sont placés dans des trajectoires qui ne sont pas bénéfiques pour eux car les emplois sont souvent précaires et non statutaires. De plus, ces emplois ne créent pas de valeur pour la Wallonie. Je comprends évidemment qu’à 5 mois des élections, la réforme du gouvernement doit rester prudente mais il faut encourager les jeunes qui sont à la recherche d’emploi à entrer dans le monde des entreprises.» À la place de subsidier des emplois APE à travers les CPAS, comme les livreurs de repas, Philippe Destatte plaide pour une logique de marché. «Il faut des passerelles pour que l’on crée des emplois indépendants tout en donnant un ticket aux gens pour qu’ils continuent à recevoir ce service. Il faut encourager des services à domicile qui s’inscrivent dans la logique du marché, et donc dans la concurrence, et pas uniquement dans une logique sociale d’un assistanat qui se trouve à l’intérieur de communes. L’enveloppe APE doit servir aux bénéficiaires. Il faut donner aux personnes en difficultés les moyens financiers pour qu’elles disposent de ce service qui créera de la valeur. Je le dis d’une façon non idéologique.» Si son discours risque de braquer le monde syndical, Philippe Destatte y voit une logique durable. «Oui, cela s’appelle du développement durable. Le rapport Brundtland qui fonde le développement durable en 1987 dit qu’il s’agit d’un système économique capable de dégager des excédents et de créer des compétences techniques sur une base soutenue et autonome. C’est une logique d’autosuffisance. En France, on ne se pose pas le problème de savoir si la Champagne est autonome sur le plan budgétaire. Mais nous, on se pose cette question puisqu’on vit dans une région où la solidarité dans le pays ne fonctionne plus comme elle devrait. Les transferts des Flamands ne vont plus se poursuivre et les transferts de l’Europe vont probablement diminuer. En plus, les Wallons ne vivent pas bien. Lorsque l’on compare les dépenses annuelles des ménages entre la Flandre et la Wallonie, il y a environ 15% de différence. Sur les vêtements et chaussures, sur les meubles, sur la culture et les temps libres, la formation, par habitant, la Wallonie est à chaque fois derrière la Flandre en matière de dépenses. Le seul point sur lequel le Wallon dépense plus, c’est sur le tabac et l’alcool. Ce qui nous permet de maintenir un certain équilibre, c’est l’argent qui vient de l’Europe et de Flandre et le fait que l’on se serre la ceinture. Le fait de dire que la Wallonie doit se redresser comme le fait l’actuel gouvernement est un discours responsable.»

Willy Borsus, le successeur d’André Renard ? Enivré par les indicateurs, il en vient à parler d’André Renard, le fondateur de la FGTB et des prochaines échéances électorales de 2019 et 2024. «Lorsque André Renard appelle au fédéralisme en 1950, il va devant un congrès wallon et dit qu’il apportera l’appui de la FGTB pour autant que l’on crée une région où le chômage est banni. Voilà la motivation du fédéralisme. Aujourd’hui, le chômage en Wallonie reste une plaie chez les jeunes. Deux choses alors, ou bien c’est la faillite du fédéralisme ou celle des acteurs wallons qui doivent mettre en place des réformes de structure. Il faut dire ce qui est. Ces réformes de structure ne sont pas faites. Pourquoi toute la Wallonie n’est-elle pas au niveau du Brabant wallon?» Il encourage ainsi Willy Borsus à poursuivre l’œuvre entamée par André Renard. «Willy Borsus a plaidé début décembre, lors du congrès de l’Institut Destrée, pour un transfert intrafrancophone des compétences de l’enseignement technique et professionnel de la Communauté française vers la Région wallonne. Mais il y a d’autres réformes de structure à faire comme au niveau de la recherche et du développement. Nous sommes dans un des maux wallons, celui de la fragmentation. Vous avez des centres de recherche microscopiques un peu partout. Il faut les associer et en faire des centres de niveau européen. On peut dire la même chose pour les universités. Avoir une grande école d’ingénieur en Wallonie aurait du sens. Le gouvernement wallon doit aussi réinvestir massivement, 150 millions dans la recherche et le développement.» Reste l’addition finale.

C’est classique, en Wallonie, on en revient toujours au problème financier. «On ne fera pas l’économie d’une analyse de l’ensemble des dépenses. Je parlais des APE mais on peut aussi parler du monde des entreprises. Il y aurait moyen d’avoir un accord avec le monde des entreprises pour dire que tous les dispositifs d’aides aux entreprises rentrent dans une phase d’extinction si, parallèlement, on diminue la fiscalité des entreprises de manière proportionnelle. Il faut en finir avec tous les phénomènes d’aubaine et les mécanismes de contrôle qui génèrent une importante bureaucratie», conclut-il. On vérifiera l’année prochaine si ses vœux sont exaucés! D’ici là, bon réveillon.