Bilan wallon décembre 2018

Ce qui suit n’est pas réjouissant en ces journées de fêtes de fin d’ année, mais la vérité a ses droits et rester la tête dans le sable n’a jamais permis de résoudre des problèmes. Ce que dit Philippe Destatte au journaliste de l’Echo rejoint point par point ce que disent nos éveilleurs de conscience que sont nos amis Jules GAZON et Paul MELOT lorsqu’ils arpentent les quatre coins de la Wallonie pour, lors de leurs conférences-débats, amener les citoyens wallons à réfléchir sur l’avenir de cette Wallonie qui nous tient tant à coeur.

Paul DURIEUX

INTERVIEW DE PHILIPPE DESTATTE PAR FRANÇOIS-XAVIER LEFÈVRE DANS L’ECHO.

Entre les zakouski servis lors du cocktail célébrant l’arrivée du géant chinois de l’e-commerce Alibaba à Liège début décembre et les paillettes du Nouvel An, le constat que nous sert Philippe Destatte, le directeur de l’Institut Jules Destrée, un centre d’études et de prospective en Wallonie, sur l’état du sud du pays a un côté indigeste. Installé dans son bureau à côté du Parlement et en face de l’Elysette qui se trouve de l’autre côté de la Meuse, il est aux premières loges pour observer la vie régionale. Ce matin, Philippe Destatte nous met sur la table une série d’indicateurs. PIB, pauvreté, chômage chez les jeunes… «La Wallonie ne se redresse pas. Il faut sortir de cette idée de redressement. Tous les indicateurs montrent depuis des années que malgré les efforts extraordinaires – affirmés –, le PIB par habitant sur la longue durée est un encéphalogramme plat. En 1995, on est à 73,5 (la Belgique égale 100) et on arrive à 72,7 en 2006. Les contrats d’avenir successifs lancés par les gouvernements wallons, les plans Marshall et les 12 milliards versés par les fonds structurels européens n’ont pas permis à la Wallonie de se redresser. Il n’y a pas de décollage.

À aucun moment. La première fois que j’ai tenu ce discours en 1997, le contrat d’avenir représentait moins de 5% du budget régional. Comment voulez-vous activer un redressement avec moins de 5% du budget régional. Le constat tient toujours partiellement.» À travers sa fenêtre, il pointe le bureau de Willy Borsus, le ministre-président libéral du gouvernement régional, qui se trouve face au sien sur l’autre rive . «En face, il y a au moins un changement, c’est qu’on voit qu’on travaille. Les lumières sont allumées le soir. Cela n’a pas toujours été le cas», lâche-t-il.

Pluraliste, Philippe Destatte reconnaît que le changement de locataire à l’Elysette a eu le mérite d’enfin partager son constat sur l’état de la Wallonie. «Il y a un changement de mentalité. Willy Borsus est présent sur le terrain et aborde les problèmes concrets comme la pauvreté ou le chômage. Jusqu’ici, on a trop souvent observé une sorte de déni alors que les indicateurs montraient qu’on ne se redressait pas. C’est un déni qui a été partagé par une large part des acteurs et qui consistait à dire que cela va mieux pour que cela aille mieux. C’était un refus de regarder la réalité en face.

Le nombre de jeunes sans emploi ni formation, les fameux NEETS, sont à des niveaux affolants. On est à 9,9% de la population au niveau belge, 11,6% au niveau européen et 12,2% au niveau de la Wallonie. Les différents plans successifs ont probablement permis de stabiliser la Wallonie et de faire en sorte que l’idée du déclin wallon soit terminé depuis la fin des années 1990. Mais si la Wallonie n’est plus en déclin, elle ne se redresse pas. On doit essayer de trouver d’autres solutions.»

C’est justement ce qu’on a envie de lui demander. Quelles solutions doit adopter la Wallonie? «Elles sont connues par un certain nombre d’économistes mais elles ne sont pas mises en évidence. Le levier budgétaire du plan Marshall pour relancer la Wallonie a toujours été insuffisant. De 5%, on est passé à 3% du budget de la Région. Le problème majeur de la Wallonie est son incapacité à créer autant de valeur qu’elle ne devrait pour se redresser. Le professeur Giuseppe Pagano (de l’Université de Mons, NDLR) l’a bien mis en évidence dans un ouvrage ‘Où va la Wallonie’. C’est indispensable de dégager des marges suffisantes pour soutenir de nouvelles politiques. La Wallonie est plombée par son tissu socio-économique. Il y a un déficit de 100.000 emplois dans la sphère de l’entreprenariat alors que la sphère plus sociétale, comme le non-marchand et la fonction publique qui sont nécessaires, ne crée pas de valeur. La sphère créatrice de valeur (qui paie de la TVA) est trop petite. Il y a également un problème de productivité des travailleurs et des machines parce qu’elles sont bien souvent moins innovantes que celles que l’on trouve ailleurs. On en revient au même problème. On n’a pas les marges de manœuvre suffisantes.»

En finir avec la logique d’assistanat Tout en pointant le plan d’investissement lancé par le gouvernement, Philippe Destatte estime que pour s’en sortir, la Wallonie doit frapper plus fort. «Si on pense dans une logique de réinvestissement et de décollage, il faut aller beaucoup plus loin. Il faut compter sur nous-mêmes. Il faut s’atteler au déséquilibre majeur entre la sphère créatrice de valeur et la sphère sociétale qui ne crée pas de valeur.» En guise de plat de résistance, il met sur la table la réforme des points APE. Ces aides à l’emploi pèsent plus d’un milliard d’euros et donnent du travail à 60.000 personnes en Wallonie. À ses yeux, la réforme du gouvernement ne va pas assez loin. «Ces aides sont au centre de ce déséquilibre. Cela soulève la question du périmètre de l’Etat et de quoi il doit s’occuper. Mon interrogation est de se demander comment on peut redéfinir ce périmètre de l’Etat en Wallonie de telle sorte que l’on crée de la valeur suffisante.

Les gens sous statut APE sont placés dans des trajectoires qui ne sont pas bénéfiques pour eux car les emplois sont souvent précaires et non statutaires. De plus, ces emplois ne créent pas de valeur pour la Wallonie. Je comprends évidemment qu’à 5 mois des élections, la réforme du gouvernement doit rester prudente mais il faut encourager les jeunes qui sont à la recherche d’emploi à entrer dans le monde des entreprises.» À la place de subsidier des emplois APE à travers les CPAS, comme les livreurs de repas, Philippe Destatte plaide pour une logique de marché. «Il faut des passerelles pour que l’on crée des emplois indépendants tout en donnant un ticket aux gens pour qu’ils continuent à recevoir ce service. Il faut encourager des services à domicile qui s’inscrivent dans la logique du marché, et donc dans la concurrence, et pas uniquement dans une logique sociale d’un assistanat qui se trouve à l’intérieur de communes. L’enveloppe APE doit servir aux bénéficiaires. Il faut donner aux personnes en difficultés les moyens financiers pour qu’elles disposent de ce service qui créera de la valeur. Je le dis d’une façon non idéologique.» Si son discours risque de braquer le monde syndical, Philippe Destatte y voit une logique durable. «Oui, cela s’appelle du développement durable. Le rapport Brundtland qui fonde le développement durable en 1987 dit qu’il s’agit d’un système économique capable de dégager des excédents et de créer des compétences techniques sur une base soutenue et autonome. C’est une logique d’autosuffisance. En France, on ne se pose pas le problème de savoir si la Champagne est autonome sur le plan budgétaire. Mais nous, on se pose cette question puisqu’on vit dans une région où la solidarité dans le pays ne fonctionne plus comme elle devrait. Les transferts des Flamands ne vont plus se poursuivre et les transferts de l’Europe vont probablement diminuer. En plus, les Wallons ne vivent pas bien. Lorsque l’on compare les dépenses annuelles des ménages entre la Flandre et la Wallonie, il y a environ 15% de différence. Sur les vêtements et chaussures, sur les meubles, sur la culture et les temps libres, la formation, par habitant, la Wallonie est à chaque fois derrière la Flandre en matière de dépenses. Le seul point sur lequel le Wallon dépense plus, c’est sur le tabac et l’alcool. Ce qui nous permet de maintenir un certain équilibre, c’est l’argent qui vient de l’Europe et de Flandre et le fait que l’on se serre la ceinture. Le fait de dire que la Wallonie doit se redresser comme le fait l’actuel gouvernement est un discours responsable.»

Willy Borsus, le successeur d’André Renard ? Enivré par les indicateurs, il en vient à parler d’André Renard, le fondateur de la FGTB et des prochaines échéances électorales de 2019 et 2024. «Lorsque André Renard appelle au fédéralisme en 1950, il va devant un congrès wallon et dit qu’il apportera l’appui de la FGTB pour autant que l’on crée une région où le chômage est banni. Voilà la motivation du fédéralisme. Aujourd’hui, le chômage en Wallonie reste une plaie chez les jeunes. Deux choses alors, ou bien c’est la faillite du fédéralisme ou celle des acteurs wallons qui doivent mettre en place des réformes de structure. Il faut dire ce qui est. Ces réformes de structure ne sont pas faites. Pourquoi toute la Wallonie n’est-elle pas au niveau du Brabant wallon?» Il encourage ainsi Willy Borsus à poursuivre l’œuvre entamée par André Renard. «Willy Borsus a plaidé début décembre, lors du congrès de l’Institut Destrée, pour un transfert intrafrancophone des compétences de l’enseignement technique et professionnel de la Communauté française vers la Région wallonne. Mais il y a d’autres réformes de structure à faire comme au niveau de la recherche et du développement. Nous sommes dans un des maux wallons, celui de la fragmentation. Vous avez des centres de recherche microscopiques un peu partout. Il faut les associer et en faire des centres de niveau européen. On peut dire la même chose pour les universités. Avoir une grande école d’ingénieur en Wallonie aurait du sens. Le gouvernement wallon doit aussi réinvestir massivement, 150 millions dans la recherche et le développement.» Reste l’addition finale.

C’est classique, en Wallonie, on en revient toujours au problème financier. «On ne fera pas l’économie d’une analyse de l’ensemble des dépenses. Je parlais des APE mais on peut aussi parler du monde des entreprises. Il y aurait moyen d’avoir un accord avec le monde des entreprises pour dire que tous les dispositifs d’aides aux entreprises rentrent dans une phase d’extinction si, parallèlement, on diminue la fiscalité des entreprises de manière proportionnelle. Il faut en finir avec tous les phénomènes d’aubaine et les mécanismes de contrôle qui génèrent une importante bureaucratie», conclut-il. On vérifiera l’année prochaine si ses vœux sont exaucés! D’ici là, bon réveillon.

5 réflexions sur « Bilan wallon décembre 2018 »

  1. Faillite du fédéralisme ou faillite des acteurs wallons? Pourquoi ce choix réducteur? Et si le caractère endémique des maux wallons résidaient à la fois dans le fédéralisme et la faillite des élites politiques? J’ai la faiblesse de croire que l’un et l’autre sont les facteurs de l’anémie du sud du pays. La faillite du fédéralisme? Non, pas! Mais celle d’un fédéralisme conçu et organisé par la Flandre, à son seul profit, avec des outils financiers qui se sont retournés contre le sud du pays, sans que personne, dans les partis dits traditionnels, ne comprennent et admettent qu’ils ont été les dindons de la farce. J’en veux pour preuve qu’ailleurs le fédéralisme fonctionne, que la solidarité de tous produit ses fruits. Quant à la faillite des élites politiques wallonnes, la dénoncer s’apparente à enfoncer une porte ouverte aux quatre vents! Elles ont toutes, dans tous les partis, fait le lit des sous – régionalismes et des clientélismes qui ont conduit à cette fragmentation des égoïsmes aux antipodes d’un intérêt général bien conçu. Pourquoi Ores et Resa? Pourquoi ces chapelles provinciales, les unes dans le secteur hospitalier, les autres dans l’enseignement…sinon en raison des affinités des mâles dominants ici et là? Rien ne changera, sauf les TEC enfin restructurés, en 2019…Un ADN ne se change pas si facilement_
    Raison de plus pour ne pas, béatement, naïvement, admirer la N-VA. et ainsi cautionner notre appauvrissement. Ne collaborons pas avec elle. Collaborons entre francophones, tel est notre premier intérêt!

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  2. >>>>Philippe Destatte estime que pour s’en sortir, la Wallonie doit frapper plus fort, etc.

    Toujours la même litanie… Et toujours le même silence sur les causes structurelles encouragées par la Flandre qui pille la Wallonie. Et les transferts de la Wallonie vers la Flandre, qui en parle ? Les pensions notamment, plus tout ce qu’on nous cache encore pour ne pas énerver nos bons maîtres flamands.

    Bien sûr que la Wallonie ne se relève pas… elle ne se relèvera jamais. Nous sommes déjà beaucoup moins nombreux que les Flamands et le port d’Anvers restera en Flandre le Fédéral continuera à nous envoyer des missiles. L’armée, l’économie, la diplomatie sont FLAMANDES au cas où M. Destatte ne le saurait pas et si la Flandre aime la Wallonie (ses eaux et forêts, entre autres) elle déteste les Wallons..

    Le procès est toujours instruit à charge de la Wallonie. Finalement, c’en devient presque ridicule. TOUT est de notre faute alors que nous ne contrôlons rien dans cet Etat de m…. Et évidemment, la solution, c’est d’attaquer les services publics. Il suffisait d’y penser..

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    1. Entièrement d’accord avec vous. D’ailleurs, une phrase résume bien ce procès exclusivement à charge: « On ne fera pas l’économie de l’ensemble des DEPENSES ». Rien concernant la charité (l’aumône) de la clé du 60/40 et de la loi de financement qui ne correspond à rien en termes d’analyse des besoins réels liés au relief, aux distances, aux densités de population…Prenons la réforme jambonienne de la protection civile en vigueur depuis ce matin et comparons les distances!

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  3. Exact, « Le procès est toujours instruit à charge de la Wallonie. Finalement, c’en devient presque ridicule. TOUT est de notre faute alors que nous ne contrôlons rien dans cet Etat (…) » avec l’assentiment des gouvernants wallons.
    Et évidemment, la solution, c’est d’oser la SECESSION d’abord dans la mentalité puis dans l’action !
    Sire, il n’y a pas de Belges, il n’y a que des Wallons et des Flamands qui en ont assez de vivre ensemble et de servir ( d’une façon ou d’une autre) de domestiques bien ou mal payés au service d’une minorité de profiteurs  » multilatéralistes » installés au pouvoir depuis 1830.
    La France demande un RIC afin de récupérer sa voix et bien les Wallons et les Flamands se doivent d’exiger la même chose afin de pouvoir confirmer le résultat du 12 mars 1950 lors de la Consultation populaire !
    Après tout le reste suivra…

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  4. Un exemple parmi tant d’autres que la Wallonie devient le « terrain vague » du compagnonnage fédéral flamando-belgicain.

    Lu sur le site RTBF INFO du 02/01/2019

    Migration: Maxime Prévot aurait souhaité plus de concertation avec le fédéral sur le centre à Jambes.

    Le bourgmestre de Namur, Maxime Prévot, a tenu à réagir à l’annonce faite mercredi par la Croix-Rouge de la création d’un centre pour demandeurs d’asile à la caserne du Génie de Jambes. Déçu d’apprendre l’information par les médias, le maïeur ne s’oppose pas au projet mais aurait souhaité plus de concertation avec le gouvernement fédéral.

    « La Ville aurait apprécié être concertée sur le sujet plutôt que d’être mise devant le fait accompli », a déclaré M. Prévot. « Je suis interrogatif sur la manière de procéder, d’autant que Namur a toujours été constructive dans ce dossier et que tous les partis namurois ont adopté, avec conviction, la charte de la commune hospitalière. »

    Le bourgmestre voit néanmoins la création du centre d’un bon œil. « Trente nouveaux emplois pourraient être créés », a-t-il souligné. « De plus, cela pourrait éviter que l’ancienne caserne ne soit laissée à rien et rapidement squattée par des personnes qui auraient risqué de dégrader les lieux. »

    Maggie De Block, étonnée

    En revanche, il s’est dit surpris d’entendre que le centre serait installé pour une durée illimitée. « Cela signifie-t-il que l’armée a décidé de suspendre ou de renoncer à la vente de la caserne? », s’interroge-t-il. « Comment pourrons-nous envisager le redéploiement du site et des bords de Meuse? »

    Un contact a été établi avec la ministre en charge de l’Asile et la Migration, Maggie De Block, qui était étonnée de l’annonce faite par la Croix-Rouge, a ajouté M. Prévot. La caserne de Jambes figurerait bien dans une liste de dix sites potentiels mais rien n’aurait encore été confirmé à ce stade. La Ville de Namur attend donc plus d’informations rapidement.

    Selon la Croix-Rouge, le centre devrait être opérationnel à partir du 1er février. Ce sont 250 demandeurs d’asile qui pourront y être accueillis dans un premier temps et à terme l’objectif est d’atteindre 500 places.

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