Dépendance à la Flandre : jusqu’à en mourir ?

Discours prononcé ce 28 avril 2018 à l’occasion de l’Assemblée générale de l’AWF.

Par Georges Régibeau

« Quand donc, à l’avenir, l’Etat belge accordera quelques satisfactions aux Wallons, c’est parce que les Flamands le jugeront bon, mais ceux-ci pourront tout aussi bien tout refuser si l’intérêt de la Flandre le commande. Nous dépendons totalement, sans aucune échappatoire possible, de leur bonne volonté. » C’est un libéral qui a posé ce diagnostic, dans un congrès. Pas ce matin ni hier soir, mais en 1945, ici même. Fernand Schreurs était le rapporteur général du Congrès wallon de l’immédiat après-guerre : « Il n’est guère besoin d’insister, disait Schreurs, sur la transformation profonde qui s’est faite en un siècle. La Belgique française de 1830 s’est peu à peu changée en une Belgique bilingue, pour en arriver à une Belgique en voie de néerlandisation, dans laquelle la première langue officielle n’est plus le français, mais le flamand, et qui s’écarte délibérément de la France. »

La France. Derrière la question wallonne se profile toujours celle des relations avec la France.

Quand, au même congrès de 45, le député socialiste François Van Belle plaide en faveur d’une Wallonie indépendante, il s’agit aussi, pour lui, de trouver sa place au côté de la France  : « La Wallonie libre a proclamé que la Wallonie appartient aux Wallons, à eux seuls. Nous avons entendu par-là que la Wallonie ne se laisserait pas coloniser, ni par les Flamands, ni par qui que ce soit. (…) C’est pourquoi nous disons que nous devons travailler à l’intégration de la Wallonie dans le système économique et défensif de la France. »

Puis, après le vote qualifié de « sentimental », par lequel une majorité relative de congressistes ont fait savoir que leur aspiration profonde était de réunir la Wallonie à la France, Van Belle confirma que l’option d’une Wallonie indépendante allait dans ce sens : « Nous constatons que sur les 1048 votants, il y en a 408 qui sont partisans d’une solution dans le cadre belge et 640 qui sont partisans d’une solution en dehors du cadre de la Belgique. Ceux-ci sont incontestablement des ‘rattachistes’… et ils constituent la majorité. » La majorité… sinon des Wallons consultés par referendum, du moins de la nation wallonne, ainsi qu’elle se définissait, ce qui ne manqua pas d’effrayer le professeur Fernand Dehousse, habitué des milieux diplomatiques et partisan du fédéralisme : « Ce vote, s’alarma Dehousse, est extrêmement dangereux au point de vue des répercussions qu’il peut avoir. » 

Un « coup de semonce », a-t-on écrit, mais celui-ci n’avait que la force d’une émotion libérée, d’une catharsis. Rideau. Cet élan vers la France, jugé trop révolutionnaire, aussitôt désamorcé par un second vote, engageant le mouvement wallon dans la voie du fédéralisme, faisait pourtant écho à la révolution de 1830, commencée au son de la Marseillaise. « La réunion à la France n’est point la perte de notre identité mais le retour à notre nationalité véritable », insistait le Journal de Liège au début de l’année 1831. Protestations inutiles. Ainsi que le résumait Lucien Outers, ce Liégeois devenu une figure marquante du FDF : « N’ayant pas voulu être hollandais, n’ayant pas été autorisés à devenir français, nous nous sommes donc résolus à devenir belges ».

Encore fallait-il que la Flandre y trouvât son compte. Appuyée sur la richesse de son lointain passé, auquel se référait volontiers le nouvel Etat belge, elle s’est plutôt réveillée avec le sentiment d’une blessure, une douleur enfouie. Et dans ce XIXe siècle aux accents romantiques et nationalistes, elle a poussé un cri plaintif dans sa langue à elle, en prenant la terre et le ciel à témoin de sa volonté séculaire et farouche de résister à l’influence française, au rayonnement de la pensée et de la langue française, à sa prétention de porter avec elle les lumières de la raison universelle. (En Allemagne aussi, la vague française avait reflué, la germanité s’imposait comme une qualité supérieure.) A côté de cette quête identitaire, il y avait la question sociale, puisque la classe dominante, en Flandre, était francophone. Avec la démocratisation de la vie politique, fruit des luttes ouvrières, menées surtout dans les centres industriels du sillon Sambre-et-Meuse, le peuple de Flandre allait pouvoir se faire entendre et progressivement marginaliser l’usage de la langue française en terre flamande. Mais que l’on ne s’y trompe pas. Même au temps du suffrage censitaire, quand la langue française était celle du pouvoir, les élus de Flandre étaient majoritaires au Parlement belge et ils savaient imposer leur point de vue autant que leurs intérêts. « Nous sommes donc vaincus et pour longtemps », écrivait le député socialiste de Charleroi Jules Destrée en 1912.

Ceux qui voulaient croire en l’unité de la Belgique allaient devoir fermer les yeux, de plus en plus fort, sur la réalité d’un état formé par deux peuples. Autour de la frontière linguistique, amenée à se durcir, c’est la logique d’un face à face, d’un rapport de force, qui allait s’imposer. Le réveil flamand, pour légitime qu’il fût, remettait en question l’attachement des terres wallonnes à un pays dont la réussite économique devait beaucoup aux ressources naturelles et humaines du sillon Sambre-et-Meuse. Il fallait donc que, de Liège à Charleroi, mais aussi de Virton à Braine l’Alleud, la Wallonie existât. Son identité fut naturellement questionnée. On lui donna un emblème, un coq, de la famille des coqs gaulois. Pas cinq points noirs sur fond blancs, auxquels on a voulu réduire la Wallonie en 2013, confirmant par là ce qu’on savait déjà : les identités belge et wallonne ne sont pas complémentaires mais concurrentes et, pour renforcer l’une il faut abaisser l’autre.

Autant l’identité de la Belgique avait besoin de se construire en mettant la France à distance, autant celle de la Wallonie y revenait. « Voilà le fait capital de l’histoire intellectuelle de la Wallonie », écrivit le Namurois Félix Rousseau, tenu pour le père de l’historiographie wallonne, un catholique : « sans aucune contrainte, de leur propre volonté, les Wallons sont entrés dans l’orbite de Paris, et, depuis sept siècles, avec une fidélité qui ne s’est jamais démentie, n’ont cessé de participer à la culture française. » Ainsi, pour notre identité, la proximité linguistique a été plus déterminante que les frontières d’Etat, fait d’autant plus significatif que, depuis la dissolution de l’empire de Charlemagne, en 843, nos contrées avaient, politiquement, basculé du côté de la Germanie. Et ce constat, de la permanence d’une identité culturelle, en dépit des aléas de l’histoire, vaut aussi bien pour la littérature en dialecte wallon, dont le développement coïncide avec ce qui se faisait ailleurs dans l’espace français, sans aucun lien, fit remarquer Maurice Piron, professeur de littérature française et de dialectologie wallonne à l’Université de Liège, avec ce qui se passait de l’autre côté de la frontière linguistique.  « Je ne dis pas cela pour opposer à plaisir Flandre et Wallonie », écrivait le Professeur Piron en 1964, « mais pour faire apparaître qu’à chaque étape de son passé intellectuel, le pays wallon s’est trouvé sur le versant français ».

Pour revenir au coq wallon, vous savez qu’on lui a donné les couleurs de la ville de Liège, la plus résistante des villes wallonnes, celle dont le caractère est le plus affirmé. Liège, une ancienne capitale qui embrassa la révolution française et fit un triomphe aux armées de la République avant de choisir, librement, d’intégrer la France. En 1910, Godefroid Kurth, en bon spécialiste de l’histoire de Liège, écrivait que « le trait le plus saillant du caractère national des Liégeois, c’est, si l’on peut ainsi parler, une véritable dévotion pour la France ». Un tel attachement troublait Godefroid Kurth, le catholique ultramontain dont les racines étaient germaniques, et qui fut le maître d’Henri Pirenne. Au lendemain de la grande guerre, Liège, exposée la première à l’attaque allemande, eut droit à une reconnaissance internationale mais rien ne put égaler le moment où le président de la République française est venu lui remettre, avec faste, et dans une ambiance que l’on peut difficilement imaginer aujourd’hui, la médaille de la Légion d’honneur. Comment la Cité ardente aurait-elle pu accepter que l’Etat belge casse alors son alliance militaire avec la France en 1936, sous la pression de la Flandre, au moment où l’Allemagne nazie faisait mouvement vers la frontière ? L’année suivante, les autorités communales lancèrent la tradition des 14 juillet liégeois, feu d’artifice et bal populaire.

Pour appréhender le Congrès national wallon de 1945, à Liège, il faut replonger dans les années antérieures. La 2e guerre mondiale a dramatisé l’antagonisme entre Wallons et Flamands. Juste après, c’était l’occasion d’un nouveau départ. Certes, on a désamorcé le vote en faveur de la réunion de la Wallonie à la France, mais la Wallonie allait plonger dans un climat quasi insurrectionnel au retour du roi Léopold III, en 1950, et il s’en fallut de peu que la Wallonie ne proclamât son indépendance. Engagé dans la lutte, à la tête de la FGTB wallonne, André Renard donnera surtout son visage à la grève de l’hiver 60, qui révéla que le monde du travail, en Belgique, était lui aussi coupé en deux, parce qu’il y avait un déplacement de l’activité économique de la Wallonie vers la Flandre et que l’Etat belge, autant que les milieux d’affaire, encourageait cette évolution. Pour se redresser, la Wallonie ne pouvait compter que sur elle-même : c’est pour réclamer le fédéralisme au plus vite, avant d’être au fond du trou, qu’André Renard fonda le Mouvement populaire wallon, auquel, parmi d’autres, adhérèrent François Perin et Jean Gol. Faut-il préciser qu’André Renard regardait volontiers vers la France, où il était né. Dans un éditorial du journal La Wallonie, en 1958, réagissant à des événements qui secouaient la République française, il écrivait : « Nous avons foi dans cette France qui, pour nous, est éternelle. Nous croyons pouvoir exprimer en ce jour le sentiment de dizaines de milliers de travailleurs liégeois en disant que la France reste le grand flambeau et, pour beaucoup d’entre nous, la grande lumière de culture. C’est pourquoi nous terminons comme nous avons commencé en criant : ‘Vive la France !' » Cette France éternelle à laquelle, selon ses mots, « notre cœur reste attaché », n’était pas une France de gauche ou de droite, c’était la France. On ne choisit pas son pays en fonction des circonstances. Encore que…

La vérité nous oblige à dire que la France éternelle, cela n’existe pas. Quant à la Belgique éternelle… Dans le grand mouvement de l’histoire, la permanence des choses est toute relative et ce n’est pas Ernest Renan qui nous démentira, lui qui définissait la nation comme « un plébiscite de tous les jours ». Pas d’essentialisme à l’allemande, il n’y a pas de déterminisme. On se gardera bien d’invoquer l’âme des ancêtres. A quoi cela peut-il servir, dès lors, de sonder la profondeur des siècles pour découvrir l’identité française de la Wallonie ? Ne suffit-il pas d’écouter les Wallons chanter la Brabançonne ? A supposer même que l’essentiel de notre identité tienne dans une cannette de bière, n’a-t-on pas le droit d’exprimer librement son sentiment d’appartenance ? Après tout, comme le dit la publicité, mêlant la bière et le football, we are Belgium.

Mais de quelle liberté parle-t-on ? Si, à des moments-clés de leur histoire, les Flamands n’avaient pas été séparés des Hollandais et les Wallons des Français, auraient-ils eu l’idée de se détacher de leurs pays respectifs pour se mettre ensemble et former la Belgique ? On est belge (sans l’avoir choisi) mais est-ce une raison suffisante pour le rester, alors que, de crise en crise, on s’approche du point de rupture ? En 2012, Paul Magnette, que l’on a connu plus volontaire, déclarait : « On discourt beaucoup sur la disparition du pays, mais c’est un fantasme. La Belgique est indissoluble ». Il ajoutait : « Le conflit communautaire fait partie de la Belgique. C’est un trait de son identité. » Fédéralisme, confédéralisme, séparatisme, et aussi flamand, wallon : rien que du folklore bien belge, une sorte de patrimoine immatériel, un bruit familier dans le paysage politique. A ce moment, Paul Magnette était un ministre fédéral dans un gouvernement dirigé par Elio Di Rupo. Ceci explique cela. Pas d’alternative et donc pas de liberté laissée à la réflexion.

Prenons-la, cette liberté. Il n’y a pas de pays indissoluble, il n’a que le temps qui balaie nos certitudes. Les civilisations elles-mêmes sont mortelles, et le moins que l’on puisse dire est que le monde actuel n’est pas figé dans la glace. Alors, le royaume de Belgique, cette usine à gaz qui, désormais, joue sa survie à chaque élection… Quand on n’est pas fait pour vivre ensemble, et qu’on s’éloigne et qu’on se menace et qu’on se clashe, pourquoi pas un divorce par consentement mutuel ? Trop dur de s’entendre avec la Flandre ? On devrait payer trop cher pour se séparer ? Mais s’accrocher au lion flamand, à ses conditions, cela peut coûter combien ? Mauvaise question, sans doute. Cela n’aurait pas de prix car, pour peu que le mot Belgium reste écrit quelque part, ce souvenir d’enfance aurait une valeur inestimable. Les Wallons seraient prêts à signer un chèque en blanc pour une étiquette à coller sur le front, du genre I’m a red Devil, de la marque Panini. « Belle, la vie est belle tant qu’en Flandre, il y a du travail et du football », chantaient Jean-Luc Dehaene et son équipe. En flamand dans le texte, évidemment.

Est-ce que, oui ou non, la Wallonie a une existence politique ? Et qu’en fait-elle ? Fermer la porte à un tel débat sur l’avenir de la Wallonie, ou l’enfermer dans une relation compliquée avec la Flandre, en faisant comme si la dynamique centrifuge de l’Etat belge était une illusion, ce n’est pas honnête et ce n’est pas responsable. Quant à la crédibilité du propos, chacun la juge à sa manière. On peut supposer que la majorité des électeurs de Wallonie se satisfont de ce « circulez, il n’y a rien à voir ». En démocratie, il y a souvent loin des principes à la réalité. Pour entrer dans un débat, sans a priori, il faut souvent une compétence et une information que le citoyen n’a pas (et, disons-le, ne se soucie pas d’avoir). La façon dont l’opinion publique réagit dépend, pour beaucoup, des messages qu’on lui envoie. Dans quelle mesure est-elle anesthésiée par la parole ou le silence de ceux qui la représentent ? Compte tenu de la situation actuelle de la Wallonie, et de ses perspectives à court terme, quelle est la responsabilité particulière de la classe politique, des médias, des professeurs d’université ? N’est-il pas évident qu’en fermant la porte à la moindre alternative, on se condamne à devoir accepter les choix de la Flandre ?

Certains répondront que la Flandre est une bénédiction pour la Wallonie. Avec la Flandre, on forme un des pays les plus riches du monde, un vrai pays de cocagne, immortalisé déjà par Pieter Brueghel au XVIe siècle. (On ne souhaite à personne de revenir au XVIe siècle.) Il est vrai que nous n’avons pas encore subi de choc brutal. En 2014, selon Eurostat, l’argent flamand gonflait le revenu disponible en Wallonie jusqu’à 15 200 € dans le Hainaut belge, 15 700 € en province de Liège quand la Corse était à 16 500 €, le soleil et la mer en prime. (Ces Corses, on ne voudrait pas être à leur place.) Il va de soi que la solidarité de la Flandre est amenée à s’éteindre, un peu comme les facilités laissées aux francophones assis sur la frontière linguistique. Il faudra payer toujours plus cher pour une Belgique de plus en plus illusoire. Au moins pourra-t-on se consoler avec des moyennes belges assez flatteuses. Il suffira d’ignorer la Wallonie, en tant que telle. Un indicateur d’inclusion sociale est utilisé par l’Union européenne pour l’aider à identifier les régions socialement fragiles, en agrégeant des données sur l’emploi, la santé, l’éducation, la précarité, le score maximal étant de 1. En 2009, la Suède s’est classée en tête, suivie de près par la Hollande, avec un score de 0,85. Puis venait la France : 0,72. La Belgique, quant à elle, obtenait un score de 0,6 mais, entre la Flandre (0,8) et la Wallonie (0,35), c’est le grand écart. Cela tire et cela déchire. Je laisse à chacun le loisir d’imaginer ce qui, depuis 2009, aurait fondamentalement changé la donne. En tout cas pas l’accession d’un Wallon au 16 rue de la Loi, qu’il soit rouge ou bleu. En 2012, le gouvernement fédéral a durci les conditions pour bénéficier des allocations de chômage et, parmi les dizaines de milliers de personnes ainsi privées d’un petit revenu, les 2/3 vivent en Wallonie, avec pour seul recours possible une prise en charge par les CPAS locaux.

Le sillon Sambre-et-Meuse, où la précarité est une donnée objective, figurait parmi les régions les plus industrialisées du monde en 1912, quand Jules Destrée faisait observer au roi des Belges, Albert 1er, qu’il était un roi nu, parce qu’il n’y avait pas de Belge. Evidemment, c’était une peinture impressionniste, il ne fallait pas regarder les détails, mais il y avait bien deux peuples engagés, bon gré mal gré, dans un rapport de force aliénant, selon Jules Destrée. A ses yeux, la Belgique unitaire était un leurre, mais lui qui pensait que le fédéralisme allait protéger la Wallonie de la majorité flamande, aurait-il imaginé pareille démission de la société wallonne au XXIe siècle, alors que son autonomie politique est de plus en plus grande ? A l’inverse, quel chemin parcouru par la nation flamande, en dépit des discriminations linguistiques et sociales, qui menaçaient de lui enlever son identité culturelle, et des deux guerres mondiales où, en liant son sort à celui de l’Allemagne, elle s’est brûlé les ailes ! Elle a su capitaliser sur ses blessures. En Flandre, on sait compter, dit-on, mais on aurait tort d’y opposer le froid calcul du portefeuille et la mémoire qui fait la part belle au nationalisme romantique. Il n’y a pas que de l’opportunisme dans la proximité de la N-VA et du patronat flamand regroupé dans la Voka, autrefois le VEV, le Vlaams Economisch Verbond. Celui-ci fut créé en 1926 dans le but de flamandiser l’économie flamande, au service de la Flandre, ainsi que l’indiquait son président Lieven Gevaert : « Nous devons avoir avant tout conscience que l’organisme que nous appelons à la vie doit être sérieux comme doit l’être quelque chose qui doit aider effectivement à l’émancipation morale et matérielle de notre peuple. C’est pourquoi le but que nous avons doit être bien précisé : nous désirons que notre langue occupe dans les affaires la place qui lui revient de droit et que la puissance économique, qui jusqu’ici se trouve encore en bonne partie entre les mains de nos adversaires, passe lentement mais sûrement aux mains de Flamands convaincus et conscients, qui l’emploieront à revigorer et à fortifier la Communauté flamande. » 

Pour avoir un discours plus ou moins semblable, côté wallon, il faudra attendre un syndicaliste, André Renard. A ce moment, les profits générés par l’industrie wallonne avaient pris le chemin de la Flandre, où la croissance économique était forte, alléluia. Dans ces golden sixties, dont on se souvient avec nostalgie, un renversement s’opérait : les Flamands étaient désormais plus riches que les Wallons. Le temps de s’habituer à cette situation inédite et la Flandre, à travers ses représentants, s’engageait dans une nouvelle bataille, recouvrant, modestement, la fière image du lion par celle de la fourmi qui n’est pas prêteuse. Après avoir garanti la défense de son intégrité culturelle avec la fixation de la frontière linguistique, le Wallen buiten et la création de la Vlaamse Gemeenschap, la Flandre était résolue à dénoncer une solidarité bien trop généreuse envers ces pantouflards de Wallons dont les chants polyphoniques rappelaient trop le bruit des casseroles. Eric Van Rompuy a sonné la charge en 1979 : « J’en ai assez du poids wallon ! La Flandre en a marre de supporter le poids économique de la Wallonie. » Eric Van Rompuy qui, aujourd’hui, dans une majorité gouvernementale dominée par la N-VA, fait figure de modéré, représentait alors l’avenir du parti social-chrétien flamand et celui-ci venait de cartonner aux élections européennes : plus de la moitié des sièges en Flandre. Quatre ans plus tard, c’était le tour de l’aile flamande de la CSC : « Plus un franc flamand à la sidérurgie wallonne ». 

Certains diront que la Wallonie n’a pas toujours fait les bons choix. Si au moins, aujourd’hui, elle pouvait ne pas se tromper sur le sens de sa reconversion… Dès que la Belgique est devenue officiellement fédérale, en 1993, les plus hautes autorités flamandes ont réclamé le confédéralisme et la pression sur la sécurité sociale est allée crescendo, avec l’image insupportable d’une Flandre qui serait la vache à lait de la Wallonie. C’est ce genre de discours, cette accusation de défendre un fédéralisme de consommation qui, le 10 juillet 1996, fait sortir Claude Eerdekens de ses gonds. « Si vous voulez que la France se trouve aux portes de Bruxelles… », lâche-t-il. On est alors à la Chambre des représentants et Claude Eerdekens est le chef de groupe du PS, pour lequel la sécurité sociale est ce qui tient la Belgique ensemble. Aussitôt, les médias francophones, belges puis français, s’emparent du sujet, comme libérés d’un tabou : la réunion de la Wallonie à la France, on y pense, on en parle. Au Figaro, par exemple, une grande figure de la résistance, le comte Pierre Clerdent, ancien gouverneur des provinces du Luxembourg et de Liège, ancien sénateur libéral, ancien parmi les anciens mais toujours très écouté, déclare : « Si la Belgique doit éclater soit maintenant soit dans quelques années, l’aspiration de beaucoup de Belges sera de se tourner vers la France. » Et Louis Michel, bien sûr, qui préside alors le PRL : « Entre un Etat wallon replié sur lui-même et la France, je choisis la France car la Wallonie c’est un cul-de-sac économique, social, culturel. » Cet emballement n’a duré que l’espace d’un été, bientôt marqué par l’affaire Dutroux. Devant l’ampleur de la marche blanche, en octobre, on s’interrogea sur l’état de la société belge. Mais cela n’allait pas ralentir la marche en avant de la Flandre, autrement plus déterminante. A la tête du gouvernement flamand, Luc Van den Brande l’annonçait depuis 1993 : sa région serait autonome en 2002. Les élections de 1999 étaient placées sous le signe du confédéralisme, d’autant qu’au mois de mars de cette année-là, le Parlement flamand votait, après trois ans de travaux, un programme institutionnel qui devait conduire à l’avènement d’une Belgique confédérale, articulée sur deux Etats, l’un flamand et l’autre wallon.

Est-ce un hasard si, 19 jours plus tard, le gouvernement de la Communauté française de Belgique signait un accord de coopération linguistique, culturelle, éducative et scientifique avec la France ? Pas de panique : on a entrouvert une porte, au cas où, mais sans pour autant concrétiser cet accord par une intense collaboration. L’initiative politique suivait une réaction des universités francophones, au moment où la Flandre mobilisait tout ce qu’elle avait d’experts pour travailler sur le scénario confédéral. Il fallait y voir clair dans les différentes options qui s’offraient aux Wallons et aux Bruxellois, dans l’hypothèse où l’Etat belge serait vidé de sa substance. En 1997, quatre politologues faisaient état de leurs réflexions dans un manifeste intitulé Choisir l’avenir. L’option la plus valable, à leurs yeux, était la création d’un nouvel Etat fédéral ou confédéral wallo-bruxellois qui nouerait avec la France « au minimum des liens de coopération particuliers ». Ils insistaient sur ce point : « Même les observateurs les moins rattachistes reconnaissent, si l’Etat belge actuel disparaît, le caractère inéluctable de ce rapprochement », d’autant, ajoutaient-ils, que « la France aura certainement été impliquée dans le processus d’européanisation de nos problèmes ». « Un traité d’association avec la France serait souhaitable dans la mesure où il concilie rapprochement et autonomie », précisait encore un des universitaires. En 2004, la Région wallonne ira plus loin que la Communauté française en signant, avec la France, un accord de coopération portant sur l’ensemble des compétences, présentes et à venir, exercées par la Wallonie. Présentes et à venir : dans tous les domaines, elle a fait de la France un partenaire privilégié. Au cas où.

Contre toute attente, les élections de 1999 ont profité aux partis écologistes. Un scandale sanitaire a totalement rebattu les cartes en déboulonnant le CVP, jusque-là tout puissant en Flandre, alors qu’il préparait un grand coup pour la célébration du 700e anniversaire de la bataille des Eperons d’or, en 2002. Vlaanderen tweeduizend twee : le soufflé est retombé, mais pas question d’attendre encore cent ans. Pour revenir au pouvoir, en 2004, et coiffer le Vlaams Block qui séduisait 1 électeur flamand sur 4, le CVP, devenu le CD&V, a dû former un cartel avec la N-VA, une petite formation indépendantiste issue de la Volksunie. Ensemble, ces deux listes flamingantes (le cartel + le Vlaams Block, séparées, il est vrai, par un cordon sanitaire) obtenaient 67 sièges sur 124 au Parlement flamand. Les libéraux du VLD, qui dirigeaient encore le gouvernement fédéral, était eux aussi tentés par un profil plus flamand : la même année, pour la présidence du parti, c’est un ancien de la Volksunie qui devait barrer la route à un populiste flamingant, Jean-Marie Dedecker. Celui-ci, dont les propos faisaient écho à ceux du Vlaams Block/Belang, recueillit quand même 40 % des suffrages auprès des militants du VLD. La Flandre agitait le jaune et le noir comme si elle n’en pouvait plus d’attendre et les élections de 2007 allaient le confirmer. La domination, miraculeuse, du tennis féminin par une joueuse flamande et une joueuse wallonne, opportunément appelées les « Belgian sisters », n’y changeait pas grand-chose. Avec le cartel CD&V-N-VA, le Vlaams Belang et la liste Dedecker, on atteignait déjà 56 % des voix en Flandre. Au-dessus de la pile des revendications flamandes : la scission de BHV. « Il suffit de cinq minutes de courage politique », chantait Yves Leterme. On lui doit aussi une interprétation fameuse de la Brabançonne et une adaptation d’un refrain très populaire en Flandre : « La solidarité avec la Wallonie est comme un sac à dos rempli de pierres que porte la Flandre, alors qu’elle doit courir une course vers le toit du monde ». Dans un style plus direct, Bart De Wever déclare à un magazine allemand : « Cet argent (flamand) ne doit pas être une perfusion, comme de la drogue pour un junkie »

Inutile de rappeler la longue crise qui commence en 2007. Leterme avait prévenu : « La nécessité d’avoir un gouvernement fédéral passe au second plan par rapport aux intérêts de la Flandre. » Mais les partis francophones lui opposaient un refus clair d’aller plus loin dans le démantèlement du pays. Quand c’est non, c’est non, lui répétait une voix féminine. Yves Leterme y perdit son assurance et, ce qui réjouissait davantage encore les francophones, son allié dont personne ne voulait, Bart De Wever, à jeter dans la corbeille où se trouvaient déjà le Vlaams Belang et Jean-Marie Dedecker, tous plus noirs que jaunes et catégoriquement séparatistes. Problème : aux élections régionales de 2009, la corbeille en question pesait 36 % des voix flamandes. (Avec les voix du CD&V, un vrai parti de gouvernement, celui-là, mais très attaché à la cause flamande, on montait à 59 %.) L’année suivante, Bart De Wever et son équipe siphonnaient une bonne partie des électeurs du Belang et de la liste Dedecker, ce qui propulsait la N-VA loin devant les partenaires habituels des francophones au gouvernement fédéral. Blocage. On pourrait bien faire semblant de se parler mais, entre les élus du nord et les élus du sud de la frontière linguistique, il n’était plus question d’un vrai dialogue. Aux yeux du monde, l’Etat belge était plongé dans le coma. Chronique d’une mort annoncée.

La vie en Belgique était loin d’être à l’arrêt, notamment parce que la Wallonie et la Flandre exerçaient de larges compétences. Mais l’impossibilité de former un gouvernement fédéral faisait penser au scénario tchécoslovaque. Cette situation de crise était suffisamment prise au sérieux pour que la France s’en mêle, un peu. Une mission d’information fut confiée à deux députés venus de Paris à Bruxelles pour, disons, tâter le terrain. Ainsi, la République sortait prudemment de sa réserve et se préoccupait du sort de Bruxelles et du pays wallon. « Une interrogation subsiste sur le projet politique final des forces flamandes », firent observer les deux députés français, dans leur rapport. En Flandre, on s’est plaint d’un regard français trop favorable aux francophones. Il ne fallait pas, toutefois, que l’absence de neutralité soit diplomatiquement gênante. « Le processus d’éloignement n’est sans doute pas arrivé à son terme », actaient les informateurs. Autrement dit, les esprits n’étaient pas mûrs. « Nos interlocuteurs wallons n’ont pas exprimé le souhait de rejoindre la France », fit-on remarquer à des élus de la République qui, à l’Assemblée nationale, plaidaient ouvertement pour le rattachement de la Wallonie à la France. En d’autres temps, cette main tendue par la France aurait électrisé la société wallonne, mais celle-ci n’était pas loin d’être aussi comateuse que la Belgique elle-même. Paradoxalement, dans cette Wallonie poussée vers plus d’autonomie, enfin maître de son sort, presque souveraine, il n’y avait plus de peuple wallon. Malgré Guy Spitaels et malgré Robert Collignon qui, du temps où il présidait la Région, s’inscrivait résolument dans les pas de Jules Destrée et de François Perin, soucieux qu’il était de mettre en valeur le passé wallon, et de rompre avec une « nation introuvable », afin de préparer l’avenir français de la Wallonie.

A part vous qui m’écoutez, je ne sais pas s’il y a encore des Wallons conscients. La question touche à l’identité, dans sa dimension très émotionnelle, mais aussi, et d’abord, à la capacité d’analyser froidement une situation. Les accords de coopération signés avec la France, aussi riches en possibilités soient-ils, sont pratiquement ignorés. Ce qui inquiète nos représentants de la Belgique du Sud, mécaniquement tournés vers le nord, c’est de préserver nos attaches avec la Flandre, avec d’autant plus d’anxiété qu’elles se sont distendues. Et que cette relation se soit transformée en un rapport de force aliénant, il n’y a que des illuminés comme nous pour le dire. Quand, en mai 2017, le gouvernement flamand signe avec la France un accord de collaboration pour améliorer la qualité des cours de français en Flandre, Rudy Demotte est en émoi, il s’étonne « du choix de la Flandre de se tourner vers la France plutôt que de se tourner vers son partenaire belge »… « Il est essentiel que les collaborations avec la Flandre se poursuivent », ajoute alors le bourgmestre en titre de Tournai, cette ville historiquement française située dans la banlieue de Lille. 

En 2010, quand la Belgique était dans l’impasse, au point de faire réagir la République française, l’homme fort de la Wallonie était Rudy Demotte. Ou peut-être Elio Di Rupo. Mais, au sujet de celui-ci, les mots justes seraient plutôt : homme providentiel. Car, Dieu soit loué, Elio Di Rupo a sauvé la Belgique, il l’a sortie du coma en obtenant la scission de BHV, et la 6e réforme de l’Etat, et la chasse aux chômeurs.  Avec l’arrivée de Di Rupo au 16 rue de la Loi, c’est incroyable comme la Belgique s’est remise à respirer, il y eut des moments d’euphorie « belge, belge, belge est la vie ». Grâce à la participation très complaisante, active, enthousiaste des médias francophones, on était dans l’exaltation de tout ce qui est belge. A se demander si De Wever n’avait pas un peu raison quand il parlait de « drogue pour un junkie ». Il y avait de temps en temps un rabat-joie. Pierre Pestieau, professeur d’économie à l’ULg, parlait lui aussi de la 6e réforme de l’Etat : « Actuellement, nous bénéficions du transfert nord-sud, mais on sait que dans 10 ans le pouvoir d’achat des Wallons va diminuer de 5-6% ». Qui s’en souciait, qui s’en soucie aujourd’hui ? Tant qu’il était Premier ministre, Elio Di Rupo marchait sur l’eau, surfait sur les nuages. Et pourtant, sa popularité ne dépassait guère la frontière linguistique. Au-delà, la météo restait sombre, avec des sondages indiquant beaucoup de jaune et de noir laissant peu de place à la couleur rouge. Thierry Bodson, pour la FGTB wallonne, exprimait son désarroi : si toutes les concessions faites à la Flandre, y compris dans le domaine social, conduisaient finalement à un succès de la N-VA, il aurait mieux valu se séparer avant…

En 2014, avec les voix d’un Flamand sur trois, la N-VA devenait incontournable. On ne voyait pas comment… mais, à la surprise générale, le parti séparatiste a fait une offre aux libéraux francophones. Il s’agissait de faire oublier le gouvernement précédent, d’entrer dans une équipe à 80 % flamande, avec un vrai programme de droite, avec la moitié des ministres, avec le jeune premier du MR qu’on appellerait Monsieur le Premier ministre, avec la promesse d’un stop institutionnel durant la législature, avec la mer du Nord comme dernier terrain vague… On connaît la suite. Qualifiée de kamikaze, cette coalition jaune et noir, habillée de bleu, est devenue suédoise, image bien plus aguichante, y compris en ce qu’elle renvoie à un modèle social-démocrate. Et depuis, rien à signaler. La N-VA, désormais associée à la gestion de l’Etat belge, y fait un peu ce qu’elle veut, mais elle inquiète beaucoup moins les Belges de Wallonie, où l’on se contente, épisodiquement, de dénoncer un gouvernement de droite, sans parvenir à enflammer la fronde sociale. Au vu des sondages, la N-VA se maintient plutôt bien. Le MR aussi. On n’exclut pas de continuer ensemble après les élections de 2019. Mais personne n’est vraiment dupe de la N-VA, ou peut-être que… si ?

Bon, ne parlons pas d’une 7e réforme de l’Etat qui n’existe pas encore. On sait que le modèle belge est évolutif. Un chantier permanent. Pour les experts qui refusent d’y voir un chantier de démolition, c’est la preuve que la Belgique est vivante. On lui prédit même « une 7e réforme de l’État, et une 8e, une 9e, une 10e, une 11e, une 12e probablement… » Déclaration faite, avec le plus grand sérieux, par Paul Magnette alors qu’il dirigeait la Wallonie, en 2015, tandis que la N-VA prenait ses marques au fédéral. Plutôt que « La gauche ne meurt jamais », Paul Magnette aurait pu écrire « La Belgique ne meurt jamais ». Disons que, sur ce thème, il préfère annoncer les saisons 7, 8, 9, 10, 11 et 12 d’une émission de téléréalité très participative et brutale où, malgré un suspense entretenu, on se demande si le scénario n’est pas écrit à l’avance. Quant à « La Wallonie ne meurt jamais », on ne sait pas si Paul Magnette y pense. Depuis la 6e réforme de l’Etat, ficelée tant bien que mal pour servir de contre-feu, au bout de 541 jours de crise, la solidarité interpersonnelle ne résiste plus à la frontière linguistique. Il a fallu céder sur la sécurité sociale, à raison de 15 milliards d’euros, masse financière correspondant aux matières sociales dont on a délesté l’Etat belge. Désormais, le social pèse 1/3 de l’ensemble du budget de la Wallonie. Mais pour les socialistes eux-mêmes, qui nourrissent encore l’espoir de gouverner au fédéral, il n’y a plus de ligne rouge. Vu que la Flandre avance toujours, on peut certainement aller beaucoup plus loin, jusqu’à réaliser le programme institutionnel voté par le Parlement flamand voici bientôt vingt ans, jusqu’à une Xe réforme de l’Etat qui nous fera entrer dans une confédération grand-néerlandaise. Où en sera la Wallonie après tant de réformes de l’Etat négociées avec la peur d’être abandonné par la Flandre ? Anticipant la fin d’une solidarité nationale, on mise déjà sur la vigueur du capitalisme flamand, ou hollandais, pour maintenir l’économie de la Wallonie à un niveau supportable. Une fois qu’on aura dû laisser tomber la chemise et le pantalon, les chaussettes… espérons que la Wallonie saura se vendre. Elle aura besoin d’argent. Toutes choses restant égales, une Wallonie autonome au sein d’une confédération belge ou bénéluxienne, aurait la liberté ou, plutôt, la responsabilité de se débattre avec un appauvrissement dramatique, en cherchant à combler un déficit moyen de 25 % dans tous ses budgets, y compris ceux de la sécurité sociale. On doit ce calcul au professeur Gazon, de l’Université de Liège. Il n’a pas été démenti.

Je conclus. « C’est un drame pour le peuple wallon, dont le passé est si remarquable, de dépendre aujourd’hui d’un autre peuple qui ne fera rien d’autre que l’étouffer en attendant de l’absorber un jour » : on voudrait partager cette observation glaçante de Charles de Gaulle avec celles et ceux qui ont l’ambition de faire exister la Wallonie. Il y a une crispation identitaire autour du mot Belgique. Une « nation introuvable », écrivait François Perin. Alors, cessons de la chercher, au risque de nous perdre. On serait bien inspiré de parler de la fédération Wallonie-Flandre, et de s’interroger froidement sur la vraie nature de cette relation. Une fois que l’activité économique s’est déplacée au nord de la frontière linguistique, avec le soutien des autorités belges, la Flandre a eu beau jeu de fustiger la mollesse de l’économie wallonne mais le « boulet wallon » l’arrange assez bien, pour l’idée qu’elle se fait d’elle-même, pour sa dynamique autonomiste. Elle se plaint de l’argent dont on la prive, mais ce que la Flandre supporte encore moins, c’est que la Wallonie lui fasse concurrence. Une Wallonie forte ne sauverait pas la Belgique, au contraire. Il y a peu, la résistance au CETA a donné l’impression de réveiller la société wallonne et, à Paul Magnette, elle a donné un rôle à sa mesure. Paul Magnette a enthousiasmé pas mal de Français… A tous les élus de Wallonie, à tous nos concitoyens, nous demandons d’accorder une attention véritable aux possibilités de rapprochement avec la France. En particulier à la formule d’intégration-autonomie sur laquelle Jacques Lenain travaille depuis des années. Je vous remercie.

10 réflexions sur « Dépendance à la Flandre : jusqu’à en mourir ? »

  1. Bravo! Puisse votre intervention réveiller la léthargie des Wallons, « rallumer » leur esprit critique.
    Cessons d’avoir « peur », ce sentiment sur lequel surfent malhonnêtement nos politiciens, qui n’est en fait que le reflet de leurs propres craintes: comment briller dans l’hexagone?! Je n’oserais dire au pays des Lumières 🤔

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  2. Superbe et complète intervention de Monsieur Régibeau.

    Un condensé percutant de l’ Histoire contemporaine de la Wallonie et une réelle projection dans le futur, pour autant que notre petit monde politique cesse de confondre « gouvernement de la Wallonie » avec  » gouvernement provincial à la belge ». Le parlement à Namur, capitale de la Wallonie, ne doit se rabaisser à une quelconque députation provinciale.

    Mais comme écrit dans le discours de monsieur Régibeau, pour certains et même beaucoup, trois fois hélas, se tourner vers la France est toujours beaucoup trop REVOLUTIONNAIRE. Faudrait-il croire que la vente des biens du clergé mis à la disposition de la Nation avec en contrepartie, la prise en charge des frais de culte, l’entretien des hôpitaux et le soulagement des pauvres, n’est toujours pas digérée par certains clans influents, alors que cette initiative débuta sous l’initiative de joseph II, un Habsbourg d’Autriche ( Eh ! Oui). L’exemple ne vint pas de France ( c’est encore raté…)

    Comment se fait-il qu’avec la nomination de Cédric Frère comme régent à la  » S.A. Banque nationale de Belgique », vivement critiquée par l’opposition en session plénière à la Chambre la liquidation de cette société ne soit pas encore intervenue d’autant que son grand-père, Albert Frère ( très lié à la France), et son père Gérald Frère avait également siégé dans cette institution.
    Il faut bien donner raison à Madame Meyrem Almaci, présidente de Groen, à la Chambre qui compara la S.A Banque de Belgique à « Une vraie république bananière ! » Sans oublier Monsieur Marco Van Hees du PTB qui déclara, à juste titre, « Trois générations nommés régent à la banque nationale.. ce n’est plus la Belgique de papa mais la Belgique de grand papa… » . Et, en fait c’est là que le bât blesse !

    Faut-il espérer que la NVA ait placé ses pions à l’intérieur de ce « vieux machin » pour le détruire ? Mais il faut craindre le contraire lorsque le ministre des Finances Johan Van Overtveldt (N-VA) a défendu cette nomination en indiquant que la régence était un reflet des forces socio-économiques, et que Cédric Frère était le représentant de l’entrepreneuriat francophone de Belgique.
    Or,  » l’entrepreneuriat francophone de Belgique » n’est pas celui de la Wallonie mais bien celui qui dévalisa la Wallonie au profit de la Flandre avec la collaboration de la Belgique.

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  3. Très beau discours.
    Le pire, c’est que le peuple wallon, désinformé par la propagande des médias bruxellois perd complètement son identité au profit d’un apparentement à l’identité bruxelloise, belgicaine et bientôt néerlandaise.
    Tant que la Wallonie sera sous influence bruxelloise, via les médias RTNF, TRL, Le Soir, La Libre etc, les Wallons perdront leur identité et auront d’image d’eux-mêmes que celle que ces médias bruxellois leur donneront.
    Et tant que la Wallonie restera embourbée, collée à Bxl par la glue wallo-brux, fédération française, les Wallons ne retrouveront pas leur liberté de mouvement, leur combat pour défendre leur intérêt.
    Il ne peut y avoir de réveil des Wallons si ceux-ci sont sous influence bruxelloise.
    Les Bruxellois et les Flamands font tout pour empêcher la Wallonie de se rapprocher de la France.
    Les mêmes font aussi tout pour étouffer tout régionalisme / nationalisme wallon.
    Pour s’en sortir, les Wallons doivent mettre fin au brol wallo/brux et régionaliser la RTBF bien trop bruxelloise et bien trop proche des Flamands (VRT) avec lesquels elle partage le même bâtiment.
    Un détail qui a paniqué la RTBF quand la VRT a évoqué son départ de Bxl, c’est que la chaudière commune est du côté VRT !
    La Wallonie va à reculons et notre combat c’est restaurer l’identité wallonne et la fin du wallo-brux.

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  4. La Wallonie va à reculons et notre combat c’est restaurer l’identité wallonne et la fin du wallo-brux. (Claude ROLAND )
    Tout à fait d’accord ! Comment le faire admettre aux MR, PS, CDH, DEFI, PTB, CSC et FGTB ?
    Telle est la question !

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  5. Voici peut-être une occasion pour se faire entendre ?
    Le 5 mai, place aux idées pour une Wallonie meilleure

    ( 20-04-2018 ) 

    Le 5 mai, place aux idées pour une Wallonie meilleureLe Parlement de Wallonie organise le samedi 5 mai 2018 de 10h à 16h une journée de rencontre entre citoyens et partis politiques dénommée « Pour une Wallonie meilleure ».

    Lors de cette journée, les citoyens pourront présenter leurs idées en vue d’améliorer la situation et la gestion de la Région en s’adressant à un ou plusieurs des partis politiques représentés au Parlement.

    Les rencontres entre citoyens et partis se dérouleront dans la Galerie de verre du Parlement. Chaque parti politique représenté au Parlement disposera d’un espace dédicacé.
    Les citoyens auront aussi la possibilité de visiter les principales salles du Parlement et de s’informer sur son fonctionnement ainsi que sur les possibilités qui leur sont offertes en termes de voies d’expression.
    (…)
    Accueil :
    Centre des visiteurs du Parlement de Wallonie
    Rue Notre-Dame, 15
    5000 Namur

    Entrée libre avec contrôle d’accès. Une pièce d’identité sera demandée.

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  6. La fin du wallo brux ce serait donc la fin de la solidarité infrafrancophone
    et livrer Bruxelles á la Flandre. Plus de 400000 Wallons ou descendants
    de Wallons vivent a Bruxelles avec les 200000 Francais qui y résident
    ils contribuent a maintenir la francophonie á Bruxelles. Les Flamands
    ne représentent plus que 7 pc de la population bruxelloise, Ils ne devraient
    plus avoir de ministres á la Région et pourraient garder quelques
    députés tout au plus. Paul Magnette ne se trompe pas lorsqu’il
    veut maintenir un lien fort entre Wallonie et Bruxelles mais il
    se trompe s’il veut maintenir les privilèges exhorbitants concédés
    aux Flamands. De surcroît outre les communes á facilités plus
    de 40 communes flamandes sont en voie de francisation.
    L’immigration marocaine et africaine contribue aussi a l’expansion
    du Francais. Il faut s’en réjouir. Isoler la Wallonie serait une grave
    erreur.

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    1. Navré, Monsieur Fryns, maintenir un lien fort avec Bruxelles (qui se désintéresse superbement des Wallons depuis toujours) signifie une source d’épuisement d’efforts et d’argent wallons. Le seul moyen de « maintenir un lien avec cette agglomération » consiste à amener la frontière française au contact de la « frontière linguistique » ( ce que ne souhaite pas la Flandre !!). Quant aux descendants de Wallons, la majorité ne s’en souvient même plus ou alors comme un certain président du FDF/DEFI qui roule pour la Belgique ( comme il l’avoue, la main sur le cœur !)

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  7. J’viens de trouver ceci sur RTBF:

    https://www.rtbf.be/info/monde/detail_la-belgique-n-est-pas-une-nation-c-est-une-creation-artificielle-farage-attaque-verhofstadt-defend-notre-pays?id=9908701

    Même les politiciens étrangers s’en rendent compte, sauf nous!!!! Quelle pitié!!!!!!!!! Et alors, la réponse de Verhofstadt!!! Comme si seul le foot pouvait tenir le bazar en place! Et pourtant, je suis fan de foot, mais faut arrêter les débilités, à un moment donné, faudra que ça cesse et qu’on voit la vérité en face…

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  8. La Belgique du ballon rond ! Ce Verhofstadt, exilé à gros budget dans les travées de l’Union européenne, a tout raté en Belgique et en Belgïe. Ces remarques sportives insultantes pour la démocratie ne valent pas mieux que celles de Marie-Antoinette (18e siècle) préconisant des brioches aux miséreux de Paris ! La seule différence entre les deux personnages: l’absence de guillotine au XXI siècle.

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