Publifin : débattre ou se débattre

Secoué comme jamais par l’onde de choc Publifin, le PS annonce des mesures radicales pour limiter les mandats et plafonner sévèrement les rémunérations des cumulards. C’est le prix de la confiance à rétablir, mais certains mandataires ont l’impression de payer pour d’autres, et font de la résistance. Après tout, ce sont des hommes et des femmes de leur temps, sensibles à leur ego autant qu’à leur portefeuille, encouragés à s’exprimer sur les réseaux sociaux, sans chichi ni tralala. On avait presqu’oublié les confessions de Jacqueline Galant, et voici que l’émotion rebelle de Julie Fernandez-Fernandez fait résonner le net. Députée fédérale et échevine à Liège, elle se dit « renversée », « bouleversée », « salie » par ce nouveau scandale : renoncer à son salaire d’échevine alors que d’autres, au PS, pourront conserver jusqu’à 150 % de leur indemnité parlementaire. On dit les Liégeois frondeurs, mais ce n’est sans doute pas cette façon de prendre à témoin le monde entier pour réclamer justice, en pleurant (selon ses mots), qui va ramener la culture du débat dans un parti depuis longtemps cadenassé.

Pourtant, un débat sur les tenants et aboutissants de l’affaire Publifin est possible, à en juger par ces deux points de vue exprimés sur le site du Vif/L’Express.

L’enjeu du « scandale » Publifin : assassiner les peuples au nom de la défense de la démocratie

Publié le 28 janvier 2017.

Guy Martin réagit à la carte blanche publiée par Eric Jadot et François Gemenne (voir ci-dessous). Pour lui, « laisser les intercommunales aux mains ‘du privé’ dans un système néolibéral c’est l’histoire d’Arcelor Mital, de Caterpillar… et de bien d’autres entreprises fermées aujourd’hui parce que rentables mais pas suffisamment pour le profit des actionnaires. »

Nous sommes ici, à mon estime, au cœur de la campagne contre Nethys : le conflit entre les partisans d’une thèse des secteurs stratégiques aux mains du public et ceux qui pensent que le privé prend tout ce qui rapporte et laisse aux intercommunales ce qui est d’intérêt public et n’est pas rentable… En discréditant Publifin on pousse les communes et la Province à revendre l’outil.

Or, laisser aux mains « du privé » dans un système néolibéral c’est l’histoire d’Arcelor Mital, cuivre et zinc, de Caterpillar, … et de bien d’autres entreprises fermées aujourd’hui parce que rentables mais pas suffisamment pour le profit des actionnaires.

Si le secteur public n’était pas intervenu il n’y aurait plus d’industrie à Seraing (CMI Cockerill) à Herstal (ex-FN Herstal) et dans bien d’autres villes de Wallonie.

Laisser à Monsanto le monopole des graines, c’est donner le droit aux très riches de couper les vivres lorsque les peuples ne font pas ce que les très riches ont décidé dans leur intérêt exclusif.

Laisser « au privé » le monopole de secteurs stratégiques (l’électricité par exemple ou l’information) c’est offrir aux très riches le droit de couper le robinet parce que les choses ne se passent pas dans leur intérêt. C’est offrir aux très riches le droit de donner aux peuples les informations manipulées dans leur seul intérêt.

Donner « au privé », les activités rentables et ne plus laisser aux intercommunales que ce qui ne peut pas rapporter, c’est donner le droit aux très riches de fournir du travail ou pas aux travailleurs.

C’est soutenir la guerre que les très riches mènent aux peuples (pour reprendre l’expression des sociologues Pinçon et Charlot) pour s’enrichir encore plus.

Dans une société néolibérale débridée le capitalisme public est le seul garant de l’intérêt des peuples.

Quand en plus on diffuse des informations tronquées, (Nethys s’enrichit avec le prix de l’électricité alors que celui-ci est fixé par une instance externe et que Nethys est un des acteurs parmi les moins coûteux de Wallonie, Ethias est mal gérée alors qu’elle dégage en 2016 une marge de 400 millions, ne pas reconnaître que le regroupement des intercommunales dans Publifin a réduit considérablement le nombre d’administrateurs et donc la charge financière, prétendre que la structure est opaque alors qu’il suffit de lire l’Écho de la Bourse depuis 2012 pour avoir toute l’information sur la structuration même si un effort de pédagogie devrait être réalisé par les responsables, parler de salaires hors normes alors que le salaire de PDG « privés » est 20 à 50 fois supérieur et ce n’est pas Nethys qui a inventé le néolibéralisme …).

C’est une erreur et une faute.

Une erreur parce que tôt ou tard le mensonge est toujours découvert.

Mais surtout, c’est une faute. Une faute parce qu’elle nuit gravement à l’initiative industrielle publique dans un contexte néolibéral extrêmement concurrentiel et elle nuit à la démocratie.

C’est à mon estime une faute bien plus grande que celle de quelques membres de comités de secteurs qui ont reçu de l’argent sans travailler. Et ce dernier fait est une faute morale inacceptable, d’autant qu’elle s’inscrit contre les valeurs qui sont défendues.

Voilà, à mon sens, le vrai visage de ce que d’aucuns appellent le « scandale Publifin ». C’est le soutien au néolibéralisme en faisant croire qu’on le combat.

Mais, cela s’inscrit dans la logique du temps, comme le pacte d’excellence dans l’enseignement qui propose de transformer le statut de l’école publique en asbl… structure de droit privé.

Publifin-Nethys : une révolte démocrate pour sortir de l’indécence

Publié le 24 janvier 2017.

Une carte blanche de François Gemenne, chercheur en sciences politiques à l’université de Liège et à Sciences Po Paris, et Eric Jadot, conseiller communal indépendant à Herstal et ex-parlementaire fédéral Ecolo.

Tant qu’il n’y aura pas de commission d’enquête au parlement wallon, tant que les responsables du système resteront en place, tant que les communes actionnaires ne se retourneront pas contre Publifin et Nethys en exigeant des démissions, rien ne bougera.

Depuis les révélations de l’affaire Publifin, beaucoup à Liège tentent de temporiser : Nethys représenterait 3.000 emplois dans le bassin liégeois, parler de système de type mafieux abîme l’image de Liège, il faut se garder d’être excessif, car il n’y a pas mort d’homme, et on risque d’abîmer l’outil – comme si nous sabotions des conduites de gaz. Et ceux qui lancent l’alerte seraient inconscients des réalités économiques, ou les complices d’un complot dirigé contre Liège – passons sur le fait que nous sommes tous deux Liégeois.

Et c’est précisément parce que nous sommes mus par l’intérêt des Liégeoises et des Liégeois que nous pointons les pratiques de type mafieuses de Publifin et Nethys. Et c’est précisément parce que nous avons à cœur le développement économique de la ville et de sa région que nous souhaitons contribuer à la réforme de ce système de fond en comble. Plus d’un mois après les premières révélations, malgré le concours de bonnes intentions auquel se livrent les uns et les autres, ni Stéphane Moreau (PS), ni André Gilles (PS), ni Georges Pire (MR) n’envisagent de démissionner des différentes sociétés à capitaux publics qu’ils pilotent. Seule la position du ministre Furlan paraît aujourd’hui difficilement tenable.

Des motions communales exigeant des têtes

Nous le disons avec force : tant qu’il n’y aura pas de commission d’enquête au parlement wallon, tant que les responsables du système resteront en place, tant que les communes actionnaires ne se retourneront pas contre Publifin et Nethys en exigeant des démissions, rien ne bougera : aucune réforme profonde du rôle des intercommunales, ni du mode de rémunération des mandataires publics, ne pourra avoir lieu. Et cela nous est insupportable. Une motion dans ce sens sera déposée par le second signataire de la présente au prochain conseil communal d’Herstal. Puissent beaucoup d’autres communes faire de même.

On nous a reproché de ne pas penser aux quelque 3.000 travailleurs de Nethys. C’est indécent. C’est indécent, parce que cela sous-entend que ces emplois sont le fait de malversations, et que ces malversations sont nécessaires au maintien de l’emploi. C’est une insulte pour tous les travailleurs de Nethys et ses filiales. Et leurs emplois existent non pas grâce à Nethys, mais parce qu’ils remplissent une mission de service public : en premier lieu, la distribution de gaz et d’électricité. Faire croire que Nethys est une réussite « exceptionnelle » est indigne : Nethys assure avant tout une série de services publics (distribution de gaz, d’électricité, de services de télécommunication, etc.), et les bénéfices engrangés le sont avec les redevances payées par les contribuables.

Nethys étouffe l’initiative privée

On nous a reproché de vouloir mettre à mal tout projet industriel public en région liégeoise. Nous disons simplement que les intercommunales n’ont pas pour mission d’investir l’argent des contribuables dans des investissements à risque. Les intercommunales n’ont pas pour vocation de concurrencer le secteur privé. Et Nethys se comporte comme une entreprise 100% privée : c’est un détournement de son objet social, et une privatisation de l’argent public. Et le développement de Nethys s’est souvent fait au détriment de l’initiative privée : depuis une semaine, nous recevons des dizaines de témoignages d’entrepreneurs ou d’acteurs du monde associatif ou économique qui ont été victimes de menaces, de pressions ou d’extorsions parce que leur projet contrariait les intérêts de Nethys.

On nous a reproché de faire le lit du populisme, en accréditant la thèse du « tous pourris ». C’est le monde à l’envers. Et c’est une insulte envers tous les militants socialistes, libéraux, et chrétiens-humanistes qui partagent notre indignation. Ce qui fait le lit du populisme, ce sont précisément les agissements des mandataires de Publifin, et le déni de réalité dans lequel beaucoup – mais de moins en moins, espérons-le – s’enferment aujourd’hui. Ce sont eux qui cassent la démocratie, pas nous.

Pouvoir d’intimidation

Enfin, on nous a reproché d’exagérer en qualifiant le système Publifin de type « mafieux », de tenir des propos non scientifiques, non étayés par des preuves. L’article 416 bis §3 du code pénal italien définit une association de type mafieux comme « une association dont les membres utilisent le pouvoir d’intimidation tiré des liens d’appartenance et l’atmosphère de coercition et de conspiration du silence qui en résultent pour commettre des infractions, pour acquérir le contrôle direct ou indirect d’activités économiques, (…) ou recueillir des bénéfices ou des avantages injustifiés pour eux-mêmes ou pour autrui. » C’est exactement de cela qu’il s’agit. Et c’est cela qui doit cesser. Pour la démocratie, et pour le développement économique du bassin liégeois.

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Une réflexion sur “ Publifin : débattre ou se débattre ”

  1.  » Voilà, à mon sens, le vrai visage de ce que d’aucuns appellent le « scandale Publifin ». C’est le soutien au néolibéralisme en faisant croire qu’on le combat.Mais, cela s’inscrit dans la logique du temps, comme le pacte d’excellence dans l’enseignement qui propose de transformer le statut de l’école publique en asbl… structure de droit privé. »

    On comprendrait cela comme des manœuvres de la droite cynique mais il s’agit ici d’une trahison mûrement réfléchie et sciemment appliquée par des gens se proclamant de gauche, élus sur des listes électorales de gauche, membres de partis politiques de gauche, chantres des bonnes causes, des classes et des peuples opprimés. Et les moutons dupés chantent toujours l’Internationale en refusant d’en comprendre le sens profond. Au fond, le patronat mondialiste devrait revendiquer et adopter également l’Internationale…
    Comment comprendre que les principales victimes arborent encore fièrement sur leurs survêtements rouges un slogan tel que « socialiste un jour socialiste toujours ». Quand réfléchiront-ils afin de changer le cours des choses de l’intérieur ?

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