2016, année populiste

Par Georges Régibeau

Au rayon des mots de l’année 2016, de ceux qui révèlent une évolution, une inflexion, une inquiétude, il y a bien sûr le mot « populisme », dont l’usage répété tendrait à faire penser qu’en dehors de la politique actuelle, il n’y a point de salut. Car populisme est un mot chargé comme un nuage annonçant l’orage. On en viendrait presqu’à regretter le suffrage universel. Le populisme est dénoncé comme la face obscure de la démocratie, il puiserait sa force dans les émotions primaires, alors qu’une saine culture démocratique exigerait de chacun qu’il soit guidé par la raison, qu’il soit inspiré par des valeurs humanistes, et qu’il se sente personnellement et collectivement responsable de l’état du monde.

Face aux nuages les plus sombres, il y aurait donc le grand ciel bleu de la mondialisation voulue par ceux qui sont à la manœuvre. Une telle opposition serait pertinente si l’idéal démocratique était le véritable enjeu. Mais on ne voit pas les gouvernements contrarier la recherche effrénée du plus grand profit. Normal, dira-t-on, ce serait du populisme. Ou pas. La vérité démocratique est peut-être ailleurs. Dans ce monde qui se resserre, il est permis de se demander quelle place est laissée à l’engagement citoyen, quelle légitimité est laissée à l’exercice de la souveraineté populaire ou nationale et, plus largement, quelle liberté est laissée aux gens de corriger le modèle actuel. Celui-ci vise à imposer partout la logique du marché. Or, si le populisme se définit par le rejet des élites et la propension à flatter la médiocrité des électeurs, convenons que les lois du marché font souvent de même avec les consommateurs.

Certes, on peut soutenir que le capitalisme enchante la vie et pousse à l’excellence, voire à la réalisation de soi. Mais le gonflement des égos repose avant tout sur un mirage. A chacun sa chance. La téléréalité, c’est plus rentable qu’une leçon de philosophie. A chacun sa culture, il n’y a pas de bon ou de mauvais goût mais seulement plus ou moins d’argent à gagner. Nul besoin de s’encombrer d’une réflexion sur les droits et les devoirs, le tout est d’avoir l’argent. Pour posséder. Pour exister. Pour dominer. Si les jeunes esprits sont façonnés par cet environnement, comment l’école, avec ses prétentions humanistes, avec son « éducation à une citoyenneté responsable », avec ses exigences insupportablement gratuites, comment l’école pourrait-elle être efficace, alors que la politique elle-même a tendance à s’en remettre à la main invisible du marché pour gérer tous les problèmes et répondre aux aspirations des gens/électeurs/consommateurs ?

Si le populisme peut cacher des menaces réelles, il ne faut pas le confondre avec la contestation de la pensée unique. Avec le besoin de retrouver du sens, de la cohésion sociale. Le marché s’identifie au mouvement de la vie, il fonctionne en déséquilibrant les sociétés. Quoi qu’il en soit, la globalisation de l’économie ne fait pas que des heureux, il est donc assez naturel que des oppositions s’expriment. Le libre-échange, étendu au monde entier, renforcerait partout le pouvoir de l’argent. Quand la décision politique est davantage influencée par les puissants que par une majorité de citoyens, on ne peut prétendre incarner les valeurs démocratiques. On s’inscrit dans une logique impériale, avec le marché qui tient le globe et manie à l’occasion le glaive : on peut aisément se cacher derrière un pouvoir invisible, impersonnel, irresponsable.

On a bien entendu le droit de voter pour les émules de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan mais il y a des alternatives à ce choix de société. L’ultralibéralisme est surtout d’inspiration anglo-saxonne et, paradoxalement, c’est en Angleterre et puis aux Etats-Unis que le populisme a triomphé en 2016. Cela fait craindre une montée de la vague populiste en Europe, avec tout ce qu’elle pourrait déverser comme outrance, mais, fondamentalement, cela rebat aussi les cartes. Bienvenue en 2017.

Sur le populisme, sous toutes ses formes, ajoutons cette opinion de Jacques Attali, datée du 19 décembre 2016. Cela renvoie, notamment, aux ambitions de l’école et à ce qu’on nous a présenté comme un « pacte d’excellence ».

Pour une apologie des élites

En cette fin d’année, je voudrais dire ma colère. Tant de sujets la justifient : le milliard de gens qui s’endorment tous les soirs en ayant faim; les deux milliards de personnes qui manquent d’eau; les femmes violées, excisées, battues; les jeunes au chômage, les richesses obscènes, les guerres injustes, les sans-abris, l’incompétence et la mauvaise foi de certains journalistes‎, la médiocrité de tant d’hommes politiques, la procrastination des gouvernants qui ont laissé passer, en particulier en France, tant d’occasions de prendre des décisions courageuses et de réformer leur pays.

Et pourtant, aujourd’hui, j’aimerais concentrer ma colère sur un autre sujet : la dénonciation des élites, tellement à la mode aujourd’hui que le mot lui-même est devenu une insulte, et qu’il est même de bon ton de se défendre d’en faire partie.

J’en ai assez de voir mis dans le même sac les riches, les puissants, les élus, les journalistes, les professeurs, les intellectuels, et tous ceux qui « savent ».

Il est honteux et dangereux de les mêler dans le même opprobre. Qu’on puisse critiquer l’action des riches et des puissants, qu’ils le soient par l’argent ou le mandat, est légitime.

Par contre, qu’on critique ceux qui ne doivent leur statut qu’à leurs diplômes ou à leurs œuvres est inacceptable. Il faudrait au contraire glorifier le savoir et les diplômes, admirer ceux qui les obtiennent et les prendre en modèle. Il faudrait admirer ceux qui font de longues études, applaudir ceux qui créent des œuvres d’art ou des entreprises, les artisans qui façonnent des objets, et qui, sans nuire à personne, ont un impact positif sur le monde. Même si, accessoirement, ils s’enrichissent.

A dénigrer ainsi l’excellence, on n’encourage pas les plus jeunes à étudier, à augmenter leur niveau de savoir. On ne valorise que l’aplomb et le culot. ‎On n’écoute que ceux qui crient fort, qui font scandale. On ne s’intéresse qu’à ceux qui ne dérangent qu’en apparence, et qui n’ont aucun impact sur le monde.

Les pays qui agissent ainsi se condamnent au déclin, face à ceux qui font de la réussite scolaire, de la création, de l’innovation, une obsession. Et qui, en conséquence, mettent en place des moyens pour que tous puissent y avoir accès.

Ceux qui discréditent ainsi les vraies élites sont, pour la plupart, en Occident. Ceux qui idolâtrent les gens qui font tout pour mériter d’en faire partie sont essentiellement en Asie.

En France, particulièrement, on assiste, dans bien des médias et des partis politiques, à un tel dévoiement. Et ceux qui devraient résister, parce qu’ils ont travaillé pour cela, se couchent trop souvent devant cette démagogie. Elle domine sur les réseaux sociaux, où l’apologie de la médiocrité est le corollaire naturel de l’anonymat. Elle triomphe dans les médias. Elle sert de critère de vrai dans bien des partis politiques : plus on a de diplômes, plus on est suspect, accusé de faire partie d’une « élite autoproclamée, cosmopolite et mondialiste », et donc discréditée.

Alors, je veux faire ici l’éloge de cette élite-là. De ceux qui se sentent des êtres humains avides de savoir et de créer avant d’être les produits d’un terroir, qui considèrent que les diplômes acquis, qui les placent dans une élite démocratique, leur donnent le devoir d’être utiles à ceux qui n’ont pu y parvenir. De ceux qui font tout pour « devenir soi », pour se trouver, pour se respecter et trouver ce en quoi ils sont uniques. De ceux qui aident les autres à faire partie de cette élite légitime, en décloisonnant les voies d’accès à l’excellence universitaire, trop souvent réservées aux enfants de cette même élite. Il n’est rien de moins « autoproclamé » que ceux qui ont travaillé dur pour obtenir des diplômes.

J’aimerais tant que notre pays retrouve son rang dans l’élite des nations, élite du savoir, des innovations, de la recherche, de la création, de la mobilité sociale, de la justice. Car, en fin de compte, seul le savoir nous incitera à la tolérance et à l’humilité, et nous protégera peut-être de la barbarie.

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2 réflexions sur “ 2016, année populiste ”

  1. Personnellement, et si je peux l’exprimer ici, de l’extrême gauche à l’extrême droite: c’est tout mascarade!!!!!! C’est bien à cause de cela (ou grâce à…) que dégouté que je l’étais (et que je le suis toujours du monde politique en général), j’ai un jour voté RWF. Et puis par la suite, le rattachisme est devenu une conviction. Et si j’avais la chance d’être citoyen français, et bien je peux vous le dire, je ferais parti des abstentionnistes, c’est sûr!!!
    Je fais même partie de ceux qui croient (les fameuses « théories du complot ») que toute cette « caste politique mondiale » (le Nouvel Ordre Mondial vers lequel ils tentent de nous amener…), ces quelques centaines de personnes qui dirigent le monde (grâce au dieu argent (Mamon) et au pouvoir politique, scientifique, technologique et militaire), toutes ces personnes, qu’elles soient de gauche, du centre, de droite, républicaines ou démocrates, toutes se connaissent, s’apprécient même, en-dehors des caméras, dans des lieux tenus secrets, des groupes tels que les « francs-maçons », la « Scientologie », les « Bilderberg, l' »Opus Dei », les « Skulls and Bones » et autres cliques, qui gèrent le monde comme ils l’entendent… Faut pas être dupe!!!! Et on a encore rien vu… attendez de voir la suite…

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  2. Le populisme est tout simplement l’expression d’un peuple de vouloir rester lui-même pour continuer à exister. C’est vouloir sauvegarder à la foi son niveau de vie et son mode de vie. Voilà l’enjeu. Toute autre définition du populisme est fallacieuse.

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