Le Sommet de la Francophonie à Madagascar et la France

Nous en traitons en 2 temps. Ici : aspects institutionnels et géopolitiques. Ultérieurement : décisions et retombées politiques, sociétales ; éducation-formation ; enseignement du français ; coopération culturelle et technique ; « Stratégie de croissance partagée » et (co-)développement économique « durable » ; réseau francophone numérique (RFN).

Aspects institutionnels, géopolitiques et diplomatiques 

Le 16ème Sommet des Chefs d’État et de gouvernement des « pays ayant le français en partage » s’est tenu les 26-27/11/ 2016 à Antananarivo. Depuis le 1er, organisé en 1986 à Versailles/Paris par M. Mitterrand avec une vingtaine de partenaires, l’OIF créée en 1997 à Hanoï a crû. Madagascar a accueilli de nombreuses délégations et 4 nouveaux membres : 2 observateurs : Argentine et Corée du Sud ; et 2 gouvernements participants : Ontario et Nouvelle Calédonie.

Mais une vingtaine seulement des nombreuses et fortes délégations étaient conduites par un chef d’État ou de gouvernement. Alors qu’au XVème Sommet, en 2014 à Dakar, les chefs d’État africains étaient deux fois plus nombreux. À « Tana » manquaient : Joseph Kabila (RDC), Ibrahim Boubakar Keita (Mali), Paul Biya (Cameroun), Alpha Condé (Guinée), Denis Sassou Nguesso (Congo-Brazzaville), Faure Eyadema (Togo), Théodore Obiang Nguema (Guinée Équatoriale), Patrice Talon (Bénin), Alassane Ouattara (RCI- Côte d’Ivoire !)… La délégation marocaine était forte, mais le Roi Mohamed VI, pourtant présent dans la Grande Île la semaine précédente, n’a pas participé au Sommet en personne. Pour la plupart des absents, l’élection à Dakar de Mme Michaëlle Jean, non africaine, perçue comme ex-Gouverneur général du Canada, et non « du Sud » malgré ses origines haïtiennes, et bénéficiant au moins de la complaisance du Président Hollande, reste une potion amère à avaler, alors que les Africains n’avaient pu s’entendre sur l’un des leurs, comme le veut une tradition non écrite…

Ce Sommet de Tana montre que la forte position de la France dans la Communauté mondiale organisée des pays francophones n’est plus ce qu’elle fut. La France ne représente d’ailleurs plus que le quart des 274 M. des francophones du monde, dont le nombre est appelé à croître jusqu’à plus que doubler en 2050, à la condition (indispensable !…) que les partenaires africains continuent à l’avoir comme langue officielle, véhiculaire principale de l’enseignement, vecteur des principaux médias, langue seconde d’usage d’une partie substantielle de leur population, ou combinaison d’une partie de ces fonctions. Or, face aux pressions des « amis anglo-saxons » et de leurs collabos à l’intérieur, cette conscience et la volonté d’agir faiblissent. En France, après MM. Giscard et Mitterrand, les gouvernements ont relâché leur intérêt, diminué les crédits, y compris bilatéraux pour l’action culturelle extérieure, la Coopération et l’OIF. À Tana, le Président français s’est montré souvent absorbé par ses difficultés intérieures, et, pour la première fois, n’a pas assisté à la conférence de clôture du Sommet. Les médias français, de leur côté, n’ont assuré qu’une couverture discrète, et parfois peu constructive, de l’évènement.

Le Canada a, du reste, profité de la baisse de pression française, sur les plans tant de l’aide canadienne – multi et bilatérale – que de la visibilité médiatique. Son Premier Ministre M. Justin Trudeau, qualifié de « Star du Sommet » a saisi cette tribune pour développer toutes ses positions « sociétales », du reste peu goûtées par plusieurs responsables africains présents.

L’admission en Francophonie institutionnelle de la Nouvelle-Calédonie comme membre associé alors qu’elle est territoire d’outre-mer de la RF peut étonner. C’est un alignement sur la Belgique et le Canada, pays fédéraux membres de l’OIF, qui y ont des entités fédérées – donc non indépendantes – mais qui ont des gouvernements, à compétence limitée, et que leurs chefs ont représentées à Tana. Le Royaume de Belgique a la Wallonie, et le Canada a le Nouveau-Brunswick, l’Ontario admis à ce Sommet, et le Québec*. La France n’est pas fédérale, mais a soutenu l’admission de la Nouvelle Calédonie qu’elle avait dotée d’un gouvernement propre, aux compétences limitées mais lui permettant de s’inscrire mieux dans son environnement économique très éloigné de la métropole, et d’y faire rayonner la France et le français.

Au total, les dirigeants de la France et des pays francophones développés « du Nord » doivent prendre une pleine conscience de cette montée légitime du Sud, belle chance pour la Francophonie dans son ensemble et son potentiel de développement. Un potentiel, un atout de premier ordre aussi pour la France, à condition que ses prochains gouvernements, ses entreprises, ses médias, veuillent bien, sans arrogance ni désinvolture, y prendre, à côté d’actives ONG, toute la place qui les attend, et y affirmer à la fois une pleine solidarité Nord-Sud et Ouest-Est, et leurs légitimes intérêts**.

* Le Québec y avait été admis dès 1986 avec l’aide de la France et des Africains, dans une optique plutôt séparatiste, contre le gré d’Ottawa, qui avait bloqué l’admission pendant plus de 16 ans, et a fait depuis lors entrer deux autres provinces « sûres », dans une banalisation du Québec qui, aujourd’hui, semble s’en accommoder.

** En liaison, très  possible, avec la valorisation de ses départements et territoires d’outre-mer, voisins d’États francophones, et  de son immense domaine maritime de 11,7 millions de km2, le 2ème  du monde, juste derrière celui des Etats-Unis.

Albert Salon, Président de l’ALF (Avenir de la Langue Française)

N.B. : visitez le site de l’ALF

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Une réflexion sur « Le Sommet de la Francophonie à Madagascar et la France »

  1. Evidemment si la France baisse les bras et rentre le rang germano-anglo-saxon. A ce train là, les actuels dirigeants français, snobinards américanisés tous partis confondus, enterreront Valmy et la Nation !

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