Quelle Europe demain ?

« J’espère que le choc de cette élection va avoir l’effet de renforcer l’Europe, qui doit donc s’affirmer davantage, plus fortement et d’une seule voix sur la scène internationale. » Réagissant à l’accession de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis d’Amérique, Didier Reynders a dénoncé la tentation du repli sur soi et rappelé la nécessité d’une Europe plus forte. On peut s’attendre à ce que la politique européenne soit moins calquée sur celle de Washington. Il y a là, peut-être, une opportunité de faire émerger une autre Europe, mais il faudrait, pour cela, que l’Union européenne inspire à nouveau confiance et se mette au niveau du citoyen, l’associe à sa politique, réponde aux aspirations des gens, des peuples, et cesse de se voir comme un simple espace économique, une simple étape sur la voie d’un monde où le grand business déciderait de l’essentiel, en fonction de ses seuls intérêts. A force de malmener la cohésion sociale, on s’expose à des convulsions dont on ne mesure pas les conséquences.

Le triomphe inattendu de Donald Trump, ce cow-boy qui se disait prêt à contester le résultat de l’élection si celle-ci ne lui était pas favorable, a logiquement éclipsé les autres informations qui ont circulé dans les médias français. Parmi celles-ci, nous avons relevé la déclaration d’intention de Matthias Fekl, chargé du commerce extérieur dans le gouvernement de Manuel Valls. Franco-Allemand, Matthias Fekl peut-il encore influer sur la politique européenne ? Qu’est-ce qui va changer avec l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche ?

Publié ce mardi 8 novembre sur le site du journal Le Monde :

Après le psychodrame du CETA, la France veut réformer la politique commerciale européenne

Le secrétaire d’Etat au commerce extérieur, Matthias Fekl, présente des propositions pour tirer les leçons du Tafta et du CETA afin de mener des négociations commerciales plus démocratiques.

Comment tenir compte des inquiétudes croissantes des citoyens à l’égard des accords de libre-échange sans pour autant saborder la politique commerciale, au cœur de la construction européenne depuis sa genèse ? C’est la question épineuse à laquelle tente de répondre le secrétaire d’Etat au commerce extérieur, Matthias Fekl, confronté depuis sa nomination en 2014 à deux négociations transatlantiques explosives : le Tafta (ou TTIP), avec les Etats-Unis – pour l’instant en sommeil, en attendant l’installation de la prochaine administration américaine –, et le CETA, avec le Canada, signé fin octobre à l’issue d’un psychodrame avec la Wallonie, qui a bien failli le couler.

« La crise démocratique européenne se répercute sur la politique commerciale, qui a été négociée pendant trop longtemps dans l’opacité et validée selon des procédures trop éloignées des citoyens et des parlements », estime M. Fekl, qui a présenté, mardi 8 novembre, une série de propositions pour réformer la conduite des négociations commerciales européennes. Une initiative qu’il présente comme l’aboutissement des réflexions nourries au Quai d’Orsay depuis deux ans, qui fait figure d’ultime offensive au crépuscule du quinquennat.

Accroître la transparence

La France souhaite aller au-delà des avancées des dernières années, qui ont notamment conduit à la publication des mandats de négociation, autrefois confidentiels. Pour briser le secret des négociations à huis clos, M. Fekl propose que leur contenu soit immédiatement et systématiquement rendu public après chaque cycle de discussion (« sauf exception dûment justifiée »), de même que l’identité et le pedigree des négociateurs.

Il souhaite également rendre publiques les prises de position exprimées par les ministres du commerce européens lors de leurs sommets – une manière de mettre chacun devant ses responsabilités, alors que la responsabilité est aujourd’hui diluée dans une prise de position officielle des Vingt-Huit, qui ne reflète pas les débats en leur sein.

Impliquer les parlements

La France aimerait pouvoir inviter à la table des négociations certains parlementaires (européens ou nationaux), comme c’est déjà possible avec les membres du Congrès américain, afin de renforcer leur implication dans le processus, plutôt que de les cantonner au rôle de chambre d’enregistrement. « Il ne faut pas que les parlements n’aient le choix qu’entre un “oui” et un “non” à la fin des négociations », estime-t-il.

Impliquer les Etats membres

Matthias Fekl regrette que les Etats européens donnent un blanc-seing à la Commission européenne au moment où ils lui confient un mandat de négociation. Il souhaite que ces mandats soient révisables, voire périssables si la négociation s’éternise, afin de les adapter plus facilement aux évolutions de la réalité.

Cibler davantage les négociations

Jugeant que « la juxtaposition de dizaines de négociations bilatérales est préjudiciable » à l’Europe, le secrétaire d’Etat invite Bruxelles à réduire ses ambitions, quitte à redéployer des effectifs sur la vérification de l’application déjà en vigueur. Il souhaite que chaque nouvelle négociation soit précédée d’un processus de consultation publique et la publication d’études d’impact économique émanant d’au moins trois écoles de pensée différentes… sans qu’on sache ce qu’il se passera si elles s’avèrent contradictoires.

Aider les « perdants »

Paris souhaite que l’Europe identifie plus clairement les futurs gagnants et perdants des accords commerciaux pour pouvoir les aider, secteur par secteur et zone par zone. Elle plaide aussi pour renforcer le budget de 150 millions d’euros annuels aujourd’hui mobilisable pour soutenir les « perdants » de la mondialisation.

Instaurer des contraintes sociales et environnementales

Matthias Fekl prône la création des mécanismes contraignants pour faire appliquer les exigences environnementales et sociales des accords de libre-échange, aujourd’hui complètement improductives. Avec l’objectif que « les négociations commerciales contribuent au succès de l’accord de Paris sur le climat ».

Autant de propositions que la France entend présenter courant novembre à la Commission européenne, et inscrire à l’agenda du Sommet mondial du Partenariat pour un gouvernement ouvert, à Paris début décembre. Si M. Fekl fait valoir que certaines ont déjà « reçu un écho favorable » de la part de plusieurs gouvernements sociaux-démocrates européens, il est difficile de savoir à quelle échéance elles pourraient éventuellement se concrétiser. Le secrétaire d’Etat français se refuse en tout cas à exiger de la Commission européenne qu’elle reprenne la vingtaine de négociations en cours sur ces bases, arguant que « l’Europe ne peut avancer si la France réclame des choses toute seule ».

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5 réflexions sur “ Quelle Europe demain ? ”

  1. « Faire émerger une autre Europe »? REYNDERS a raison. Mais laquelle? La sienne, qui est aussi celle de VERHOFSTADT, qui consiste à dire amen à tout, à dénigrer les assemblées législatives soucieuses d’être elles-mêmes quitte à retarder la signature d’un traité de quelques jours, à les snober aussi, comme Öttenberg, ou celle du citoyen. Il ne peut, sans se discréditer définitivement, confondre « repli sur soi » et exercice de sa souveraineté démocratique.

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  2. L’Europe n’existe que dans les rêves de mégalomanes dangereux. De Charles Quint à Adolf Hitler, l’expérience unificatrice n’aboutit qu’à des désastres. Vouloir uniformiser vingt-huit peuples aussi différents les uns que les autres relève de l’aberration. Il faudrait même dire folie destructrice surtout avec un parlement croupion plus dispendieux qu’inutile face à une Commission dictatoriale même si elle est composée de délégués issus des vingt-huit gouvernements nationaux.
    La philosophie du projet, la coopération, entre Adenauer et De Gaulle relevait du bon sens et de l’intelligence. Revenir aux fondamentaux; organiser une politique de coopération entre les vingt-huit Etats pour les amener à des niveaux équivalents; mutualiser les capitaux comme les charges bénéficierait plus aux vingt-huit peuples que d’en appauvrir certains pour améliorer le sort d’autres.
    Face au Monde, une vision plus colbertiste nous protègerait plus efficacement que le libre échange débridé que quelques clubs de nantis nous imposent. A cet effet, le Président Trump à correctement pointé les causes similaires du drame de millions d’Américains.

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  3. Article très intéressant à lire dans le même sujet: RTL INFO; Après Trump, l’UE doit sortir de  » l’impasse néolibérale » – publié le 10/11/2016 à 17h 04.
    Je le découvre à l’instant !

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  4. L’Europe était une bonne idée…au départ!!! Le BENELUX, puis l’Europe des 12 voir à 15. Ensuite, c’est devenu du grand n’importe quoi!!! Et au fil du temps, je suis devenu un « eurosceptique » voir un anti-européen!
    Les « Etats-Unis d’Amérique » sont globalement de vrais Etats Unis! En Europe, ce n’est pas le cas, loin de là, et ça risque (comme c’est parti là) de ne l’être jamais… Et j’comprends tout à fait les Suisses qui n’ont jamais voulu faire partie de ce grand cirque (et qui s’en sortent pas si mal ainsi)! Et maintenant, les Britanniques…dont certains prévisionnistes prévoyaient la décadence en sortant de l’Europe mais qui vont pouvoir revoir leurs jugements…on en reparlera…

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  5. De Charles Quint a Hitler ? Pourquoi faire l’impasse sur l »unification
    européenne par Bonaparte. Sans les Anglais,ennemos héréditaires,
    l’Europe était faite et elle était francaise. Tout le contraire de l’europe
    suprnationale, technocratique et surtout anglophone. Si gràce a
    Trump et autres populistes, cette europe se disloque, pas une
    larme a verser. Au contraire il faut bàtit l’europe des patries
    définie par le Général De Gaulle et dans cette europe la France
    doit retrouver sa suprématie.

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