L’ombre portée de nos erreurs

Pierre Hazette, l'avenirPar PIERRE HAZETTE

Sénateur honoraire et ancien ministre

Cet article d’opinion a été publié ce 23 août dans le journal L’Echo.

Les terroristes qui ont frappé Paris, puis Bruxelles étaient, pour la plupart dans notre enseignement secondaire lorsque j’en avais la responsabilité ministérielle.

L’observation suscite évidemment la réflexion.

Un proche de Philippe Moureaux me prend à part lors d’une visite de son établissement: «Il faut que je vous dise: lorsque des gamins deviennent insupportables et que l’exclusion devient inévitable, ils disparaissent tout à coup. Ils sont pris en charge par «des grands frères». On les revoit des semaines, voire des mois plus tard. Les pères les ramènent, fiers de l’autorité qu’ils ont retrouvée. Les jeunes ont été pris en charge et pas en Belgique… On n’entend plus parler d’eux».

Dans un cas pareil, il faut alerter les services d’aide à la jeunesse. Ce fut fait. La page fut tournée. Ce fut une erreur.

Lors d’une réunion de préfètes et préfets de la région bruxelloise, j’apprends que chaque année, des adolescentes marocaines viennent en pleurs dire adieu à la direction de l’école. Elles s’en vont rejoindre un fiancé qui les attend au Maroc et qu’elles ne connaissent pas. Le mariage forcé est une violation de la déclaration universelle des droits de l’Homme. Comment poursuivre? Qui prouvera les faits? La page fut tournée. Ce fut une erreur.

Ce fut une erreur…

Un inspecteur de la ville de Bruxelles, sur qui je n’ai pas autorité, m’informe qu’il a saisi un manuel utilisé par le professeur de religion islamique. Le livre s’intitule «Les dangers de la mixité sur les lieux du travail». Il est écrit que la femme par nature est destinée aux travaux du ménage; qu’elle est non pas l’égale de l’homme, qu’elle lui est complémentaire. J’interroge l’Exécutif des musulmans, lequel botte en touche en qualifiant le document «d’inspiration salafiste», c’est-à-dire d’une vision passéiste de l’islam. Le livre fut retiré. Il fallait faire plus, aller plus loin. On ne l’a pas fait. Ce fut une erreur.

L’inspection de l’enseignement primaire me signale que lors du ramadan, des enfants crachent parce qu’il leur est interdit d’avaler quoi que ce soit, y compris leur salive. Je réagis dans le sens qu’on imagine. Je n’ai pas dénoncé l’abus de pouvoirs sur personnes faibles, ni la maltraitance évidente. Ce fut une erreur.

L’Exécutif des musulmans doit me présenter trois inspecteurs de religion islamique. Parmi les trois, figure un homme bien connu des médias auprès desquels il sert de référence, mais le candidat s’en est pris à moi, dénonçant mon islamophobie. Je suis alerté. Je consulte la Sûreté de l’État et j’apprends qu’il fréquente les mosquées radicales et est Frère musulman. Je refuse de le nommer. Ce refus suscite une interpellation. Je suis critiqué parce que j’ai fait un screening des candidats. Était-ce une erreur?

Écoles de caïds

Un inspecteur général, ancien membre de cabinet socialiste, constate que la délinquance scolaire prend des formes inquiétantes. Il réclame un dispositif adapté. C’était avant mon arrivée au ministère. Je suis convaincu qu’il a raison et que les exclusions d’élèves jettent à la rue des gamins qui y sont accueillis par les bandes organisées. Je me bats, comme un beau diable, pour que nous créions des centres de resocialisation et de rescolarisation. On les baptise «Écoles de caïds». Le projet de décret passe tout juste avant la fin de la législature. Le gouvernement suivant obtint du Parlement qu’il fût abrogé. Ce fut une erreur.

J’entends parler aujourd’hui de stages de déradicalisation. N’aurait-on pas, par hasard, perdu dix années quelque part?

Les erreurs accumulées ont accrédité les discours contestataires tenus dans les mosquées dont les imams s’inspirent de l’islam salafiste.

Puisque nous n’arrivons pas à faire aimer l’école à des enfants issus de l’immigration, les imams s’arrogent le droit de remettre dans le sillage d’Allah ceux qui se singularisent par l’indiscipline.

Tolérance aveugle

Puisque nous n’avons pas la force d’imposer le respect des droits de l’homme, qui sont notre charte fondamentale, nous invitons ceux qui les récusent, à en faire litière: les mariages forcés continuent, le conditionnement des enfants à la haine de l’infidèle et au meurtre d’inspiration religieuse est couvert par notre tolérance aveugle.

Il en va de même pour l’égalité entre l’homme et la femme. Nous en avons fait un article de notre Constitution, mais nous tolérons qu’on enseigne, à frais publics, que cette égalité n’existe pas.

Le Vice-chancelier allemand, Sigmar Gabriel, le disait l’année dernière: «Les mosquées wahhabites sont financées dans le monde entier par l’Arabie saoudite. En Allemagne, beaucoup de dangereux islamistes proviennent de ces congrégations.»

S’agissant du wahhabisme, version quiétiste du salafisme, Nahida Naka écrit: «Difficile de dire avec certitude si les quiétistes sont non-violents par conviction profonde ou s’ils attendent le moment propice pour passer au djihad armé.»

Dormez en paix, bonnes gens!

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5 réflexions sur « L’ombre portée de nos erreurs »

  1. Il a raison Mr. Hazette, mais il ne s’agit que de constatations.
    Nous savons que les salafistes, subventionnés par l’Arabie Saoudites, prétendent constituer la restauration de l’islam des premiers siècles.
    Ils renient le progrès social et scientifique et agissent en conséquence.
    Cette religion, qui n’évolue pas dans le temps, doit être interdite.
    Ce n’est pas en traitant un cancer avec de l’aspirine qu’il guérira, dès lors les méthodes de « bisounours », appliquées par des leaders politiques, qui ne pensent qu’à ratisser large pour leur réélection, ne sont plus d’application.
    Nous devons considérer que suite à l’incompétence et la corruption de Merkel, Hollande, Juncker et de leurs acolytes, l’Europe subit une invasion, dont la population ne veut en aucun cas.
    Il faut combattre cette invasion avec des moyens plus radicaux.

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  2. http://www.vivreenbelgique.be/…/histoire-de-l-immigration-en-belgique-au-regard-des-poli...
    Voilà un lien très officiel et « comme il faut ».
    Cliquez donc dessus et vous constaterez « chers électeurs » que vous comptez pour du beurre.
    Tout n’est affaire que d’intérêts particuliers et d’idéologues apprentis sorciers.
    Ce lien analyse le problème de l’émigration et de l’immigration depuis la création de l’Etat belge.
    Existe-t-il l’une ou l’autre solution?
    Peut-être mais actuellement la mode, sous la pression anglo-saxonne, tend vers la communautarisation soit la pire des solutions quand on en voit les effets « troublants » aux USA, en Grande-Bretagne et au Canada.

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  3. On se demande toujours ce que ce bonhomme a fait en faveur du rapprochement de la France et de la Wallonie durant sa carrière bien rémunérée au sein du Team Belgium…

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  4. A propos de « L’ombre portée de nos erreurs ».

    Cet article honore particulièrement son auteur. Sur le sujet exposé et la prise de conscience qui en résulte, souhaitons-lui des émules parmi nos gouvernants actuels.

    En ce qui concerne la paix civile dans nos pays européens, -car tel est l’enjeu-, les réponses aux défis, (petits ou grands que nous connaîtrons encore), devront être ajustées adéquatement de manières pragmatiques, fermes et cohérentes.
    Faire démonstration de faiblesse réjouit toujours l’ennemi, en l’occurrence les suppôts de l’islamisme. Il convient de distinguer clairement l’islam, qui est religion, de l’islamisme qui est courant politique totalitaire. C’est à ce dernier que nous avons à faire et il ne faut pas craindre de le proclamer. Comme mentionné dans un précédent éditorial de ce site daté du 23 août, « … On peut appeler ça une guerre idéologique. Celle-ci se livre également sur le terrain du langage. Assumer l’héritage des Lumières au XXI siècle, cela demande un effort de lucidité. Savoir nommer les choses, ce n’est pas une coquetterie littéraire ».
    L’ennemi n’est pas le musulman mais la doctrine islamiste à laquelle se rallient des musulmans égarés, des renégats d’autres religions et des ramassis de bandits sans vraie foi ni loi. La pression psychologique de cette idéologie est telle que, dans la crainte de représailles, le paisible musulman faisant son djihad intérieur sous le seul regard d’Allah, sans démonstration publique, ferme la bouche pour leur complaire. Quelques voix s’élèvent cependant dans l’oumma.

    Les solutions à appliquer ne peuvent bien entendu se satisfaire de « y-a-qu’à ».
    Si une prise de conscience des réels problèmes est déjà un bon début, le facteur temps pour agir est primordial car les batailles perdues se résument souvent en deux mots : trop tard !
    Considérons les attentats dont nous sommes l’objet comme des batailles perdues. Quoiqu’en pense les islamistes, la guerre asymétrique qu’il nous impose, nous la gagnerons. La situation d’un vaincu à l’issue d’une bataille n’est jamais définitive dès lors que sa capacité de résilience lui permet de retrouver la liberté de penser, la volonté d’agir et de vaincre au nom de nos principes démocratiques. La tâche ne sera pas facile mais pas insurmontable si la volonté est bien présente.
    En 1940, l’Angleterre nous a fait une magistrale démonstration d’un difficile combat contre un autre totalitarisme de sinistre mémoire.

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