François Perin, florilège

Pierre Hazette attire notre attention sur un ouvrage  : le dictionnaire de l’imagination créatrice. Nous partageons ce qu’il nous en dit : « Ce travail remarquable mérite une diffusion aussi large que possible en Wallonie. Voilà du grain à moudre. »

Nous en proposons ici un aperçu et nous invitons nos lecteurs à poursuivre leur lecture en cliquant sur le lien suivant : François Perin ou le triomphe de la lucidité et de l’imagination créatrice.

FRANÇOIS PERIN 

    Dictionnaire de l’imagination créatrice

Textes rassemblés par Jules Gheude

Perin

« Je ne suis pas dans les nuages de l’abstraction, ma théorie s’inscrit dans le réel vivant. » (Face à la presse, émission télévisée RTBF, 30 mars 1980)

Avant-Propos

Sous ses diverses casquettes – professeur d’université, homme politique, chroniqueur, essayiste et dramaturge -, François Perin (1921-2013) ne cessa d’être un agitateur d’idées.

Ayant perçu, dès l’adolescence, la Belgique comme bâtarde et médiocre, il mit toute son énergie à la réformer de façon à ce qu’elle puisse mieux refléter la réalité des divers peuples qui la composent. Il joua ainsi un rôle majeur dans l’instauration du fédéralisme. Mais, très vite, il réalisa que celui-ci  ne pouvait satisfaire l’appétit d’un courant nationaliste flamand de plus en plus influent.

Le 26 mars 1980, il démissionna spectaculairement de sa fonction de sénateur, considérant ne plus pouvoir rester parlementaire d’un Etat qui  n’existait plus. La Flandre s’était bel et bien érigée en Nation, compromettant, de facto, la survie du Royaume de Belgique.

Il prit alors la plume pour préparer les esprits francophones à cette après-Belgique, qui, à ses yeux, s’avérait désormais inéluctable.

A travers divers essais et de nombreuses chroniques, il s’employa aussi à désenrayer la démocratie en nous livrant les recettes permettant d’accéder à une société à la fois plus solide et plus libre.

Sa chasse aux mythes, aux dogmes, aux conservatismes fut sans relâche. Avec une imagination créatrice et une clairvoyance hors du commun, il nous indiqua la voie à suivre pour atteindre un nouvel humanisme, dégagé des gangues du christianisme et du rationalisme.

L’athée qu’il fut ne l’empêcha pas d’être passionné par les grands mystiques, ainsi que par la philosophie bouddhiste. Le XXIe siècle, il l’envisageait comme une nouvelle Grèce pacifiée, libérée de toute agitation vaine et empreinte de sagesse méditative.

François Perin fut en avance sur son temps. L’actualité tourmentée nous en apporte la preuve évidente.

Jules Gheude

ABSTRACTION 

« Souveraineté nationale, volonté générale, démocratie, citoyenneté, liberté, droits de l’homme, tout notre langage juridico-politique est submergé d’abstractions. L’histoire des deux derniers siècles a montré qu’elles n’étaient pas inoffensives. L’abstraction est le vêtement qui sert d’alibi aux pouvoirs réels : au XIXe siècle, les élus de la bourgeoisie prétendaient sans vergogne légiférer au nom de la nation ; au XXe siècle, les gouvernements sont faits et défaits par des oligarchies de partis, au nom du peuple souverain. C’est sous le même masque de la légitimité populaire que s’imposent les régimes fascistes et communistes. » (Germes et bois morts dans la société politique contemporaine, Ed. Rossel, Bruxelles, 1981)

ARGENT

« (…) les libéraux, qui se sont tant méfiés des Princes et des Etats, en brandissant contre eux la liberté, ont trop souvent oublié que sans les deux autres termes de leur trilogie, sans l’égalité et la fraternité, la liberté débouchait sur la jungle et sur l’écrasement des uns par les autres. A force de se méfier à juste titre de l’Etat, ils ne se sont pas méfiés de l’argent jusqu’à ce que celui-ci les conquière et étouffe leur passion première pour la libération de l’homme. » (Lettre ouverte aux membres du Rassemblement Wallon, Forces Wallonnes, 13 mars 1971)

BELGIQUE

« La Belgique est un pays d’entre-deux, née des accidents de l’histoire et composée de territoires divers qui n’ont pu être ni hollandais ni français. » (La Belgique au défi, Imprimerie coopérative, Huy, 1962)

« L’histoire des divers territoires qui finirent par former la Belgique montre à quel point les peuples ont été étrangers à leur propre destin. Ces territoires et les populations qui y vivaient ont été, de siècle en siècle, ballotés du pouvoir d’un prince à celui d’un autre (…).

« En Belgique plus qu’ailleurs encore, l’histoire comme science objective dégagée de toute déformation opportuniste, permet d’opérer une totale démystification de l’Etat. Des historiens trop ‘officiels’ et les manuels scolaires ont tendance, consciemment ou non, à projeter artificiellement dans le passé le plus lointain, une réalité étatique essentiellement relative, contingente et éphémère. (…)

« Pour les manuels scolaires, l’histoire de Belgique commence avant Jules César ! D’autres projettent rétroactivement l’Etat belge et la voient naître, sinon avec la Lotharingie, du moins avec les ducs de Bourgogne. Tout cela est absurde et ne correspond qu’à des fictions, des rêves ou des besoins de justification.

« En vérité, et très modestement, l’histoire de Belgique commence, presque par accident, par un compromis entre la volonté des grandes puissances européennes et la volonté de ceux qui se jettèrent dans l’émeute : en septembre 1830. »

(La Belgique au défi – Flamands et Wallons à la recherche d’un Etat, Imprimerie coopérative, Huy, 1962)

« La Flandre est devenue un Etat dans l’Etat. (…)

« Si aucune révision constitutionnelle n’intervient à temps, l’éclatement du pays pourrait  se solder par des institutions centrales très simples : des délégations des gouvernements wallon, flamand et bruxellois se concertent d’une manière régulière au sein d’un conseil fédéral et passent des conventions entre Etats pour la gestion d’intérêts communs. (…) Les trois parties gardent la plénitude leur souveraineté : seules des conventions entre voisins régleraient les problèmes auxquels ils seraient inévitablement confrontés. C’est une forme de confédération centrifuge. »

(Le Défi belge – Flamands et Wallons à la recherche d’un Etat, Imprimerie coopérative, Huy, 1962)

« Après avoir entendu toutes les déclarations qui ont été faites ces derniers temps et particulièrement au cours du présent débat, après avoir vu, échec après échec, tous les événements de ces dernières années, je ne parviens plus, en conscience, à croire en l’avenir de notre État. Il est difficile de rester parlementaire d’un État auquel on ne croit plus et dont le système politique paraît absurde, et représentant d’une nation – selon les termes de la Constitution – qui n’existe plus. Je remets ce jour ma démission de sénateur au président de cette assemblée.

« Mon motif est simple et triple. La Belgique est malade de trois maux, incurables et irréversibles. Le premier mal, je l’ai dit antérieurement, est le nationalisme flamand, qu’il s’avoue ouvertement ou non. Le second, c’est que la Belgique est livrée à une particratie bornée, souvent sectaire, partisane, partiale, parfois d’une loyauté douteuse au respect de la parole donnée et de la signature, mais très douée pour la boulimie, avec laquelle elle investit l’État en jouant des coudes, affaiblissant son autorité, provoquant parfois le mépris public. Le troisième mal, irréversible et incurable, c’est que la Belgique est paralysée par des groupes syndicaux de toutes natures – des médecins aux syndicats traditionnels – intraitables et égoïstes, irresponsables, négativistes et destructeurs finalement de toute capacité de l’État de réformer quoi que ce soit en profondeur.

« Et il n’y a rien, ni homme, ni mouvement d’opinion, pour remettre tout cela à sa place et dégager l’autorité de l’État au nom d’un esprit collectif que l’on appelle ordinairement la nation, parce que, dans ce pays, il n’existe plus de nation. Voici, Monsieur le Président, ma démission de sénateur. Je reprendrai, en conséquence, en solitaire, le chemin difficile des vérités insupportables. Adieu. »

(Sénat, 26 mars 1980)

« Cela fait des années que je pressens ce qui va arriver : les Wallons et les Bruxellois vont se retrouver assez bêtement belges tout seuls. Après d’éventuelles élections qui n’auront qu’exacerbé le malaise dû à une crise financière et économique insoluble, le malheureux chef de l’Etat se mettra à courir après un gouvernement introuvable : la Belgique peut disparaître par ‘implosion’.

« Qu’est-ce qui empêcherait les Flamands de proclamer unilatéralement leur indépendance et d’affirmer leur nation ? Ils ont créé tous les instruments de leur future légitimité. (…)

« Les Wallons ont beau se proclamer belges. Quel est celui d’entre eux qui se battrait pour rétablir la Belgique contre la volonté des Flamands ? Poser la question, c’est la résoudre. Les Wallons pourraient se retrouver indépendants à leur corps défendant ; contraints à une discipline dont ils n’ont aucune idée, devenant eux-mêmes les débiteurs de leurs fameux droits acquis. (…)

« La seule nationalité à laquelle les Wallons pourraient facilement s’assimiler après que la nationalité belge leur eut claqué entre les mains, est la nationalité française (…). Encore faudrait-il nettoyer seuls nos écuries auparavant, car la France n’est pas demanderesse et n’a aucune envie de prendre des fouis en charge. Les Wallons sont en face d’un drame avec lequel ils ne pourront louvoyer : ils devront apprendre durement la leçon des réalités. Ils pourront toujours faire la grève contre eux-mêmes, comme le serpent se mord la queue.

« Jamais l’Europe, ni l’OTAN, dira-t-on, ne laisseront éclater la Belgique. Que pourraient-ils faire : débarquer les « Marines » pour nous apprendre par la force à vivre ensemble ? Au contraire, la Belgique est un partenaire si peu fiable que nos alliés ne seraient peut-être pas fâchés de la voir, disparaître. (…)

« En 1830, le sort de la Belgique a été, après les journées révolutionnaires de septembre, joué sur le plan international. Il pourrait en être de même de sa probable ‘implosion’. »

(La Meuse, 28 avril 1981)

« Le compromis diplomatique franco-anglais de 1831 donna naissance à la Belgique, c’est-à-dire à un petit Etat francophone bâti sur le modèle du Royaume de France de Louis-Philippe. La bourgeoisie, qui avait tout pouvoir, l’accepta. Elle était linguistiquement homogène. Gravement compromises un siècle et demi plus tard par l’irréversible poussée du sentiment national flamand, les chances de survie de ce petit royaume sont douteuses. Les Flamands se sont forgé un sentiment collectif puissant de génération en génération, par la voie d’une émancipation culturelle, linguistique, politique et sociale, au milieu de péripéties pénibles et de sentiments ambigus ou contradictoires. » (Germes et bois morts dans la société politique contemporaine, Ed. Rossel, Bruxelles, 1981)

« Il n’y a pas de place dans ce petit royaume pour deux nations : la belge et la flamande.

« La contestation obstinée et souvent virulente de cette dernière finira-t-elle par avoir raison de la première ?

« A leur corps défendant, les Belges d’expression française seront-ils acculés tôt ou tard à rechercher une nationalité de rechange ? »

(Germes et bois morts dans la société politique contemporaine, Ed. Rossel, Bruxelles, 1981)

« A défaut d’une Nation, était-elle-même un Etat ? Elle m’apparaissait comme un ensemble d’administrations gérée en indivision par leurs vrais propriétaires : les partis et les organisations sociales diverses, qui s’y taillaient des zones d’influence. Les réalistes de tous les partis s’installaient au sein de ce système, pour y défendre les intérêts de leurs mandants. Chaque parti n’avait d’autre patrie que lui-même et d’autre souveraineté de référence que son propre corps électoral.

« La Nation belge n’avait été qu’une fiction du XIXe siècle, résultant de l’équilibre européen post-napoléonien. Son homogénéité ancienne se fondait sur la bourgeoisie, c’est-à-dire sur 2% de la population.

« La démocratie fondée sur la liberté et sur le suffrage universel allaient défaire fatalement cette Nation artificielle, soutenue par la seule bourgeoisie du siècle passé. »

(Histoire d’une nation introuvable, Ed. Paul Legrain, Bruxelles, 1988)

« Un Etat ne peut tenir comme cela, et la Belgique se démantèle tout doucement faisant apparaître la réalité des peuples qui la composent. C’est un processus lent. Rendez-vous au XXIe siècle ! On se chamaillera encore d’ici là : les conseils des ministres servent à cela, on s’y querelle et puis on négocie. C’est un souk ! Mais c’est la définition même de la Belgique cela, pas sa perversion ! » (Le Soir, 10 mars 1986)

« Cher Ami (Ndlr : flamand), je vous le demande, puisque la démocratie fondée sur le suffrage universel a défait ce que les siècles avaient fait par la force contre nous, allons-nous nous obstiner à maintenir cet Etat qui n’est plus qu’une caricature de nation dans un climat de confusion et de chamaille perpétuelle ?  (…)

« Ne devrions-nous pas nous tourner vers les nations voisines de même langue dont nous avons été écartés par la force à des époques où les princes s’arrachaient les pays comme des ivrognes à la terrasse se disputent les plats ? (Marguerite Yourcenar, L’Œuvre au noir). On nous dira : nos voisins ne veulent pas de nous et nous méprisent ! C’est hélas vrai : Vae victis. Les diplomates pratiquent l’immobilisme absolu pour éviter toute turbulence pendant la fragile construction de l’Europe unie.

« Patientons donc un peu en calmant provisoirement le jeu, en laissant faire notre Premier ministre, qui tient obstinément au ‘pôle des 3%’ (Ndlr : pour ce qui concerne le déficit budgétaire). Après, on verra où on en sera.

« Si la Belgique éclate, l’Europe préférera peut-être l’absorption des morceaux par les Etats voisins plutôt que de devoir introduire dans l’Union trois ‘Etats-confettis’ de plus. »

(Lettre ouverte à un ami flamand, dans Le Vif / L’Express, 19 juillet 1996)

« Il suffit qu’il ne soit pas possible de définir un accord gouvernemental après 2007 : les informateurs succèdent aux informateurs, les formateurs aux formateurs, mais aucun ne parvient à  une solution, le pays ne sait plus former de gouvernement fédéral. Les Flamands diront : on s’en fiche. Ils l’ont d’ailleurs dit à plusieurs reprises : c’est simple, si vous ne voulez pas accepter nos nouvelles revendications de scissions diverses, il n’y aura pas de gouvernement. Ça peut durer un mois, deux mois, six mois… Mais à un moment donné, excédés, les Flamands, parlementaires fédéraux compris, rejoindront le Vlaams Parlement et proclameront, sans tirer un coup de fusil, l’indépendance de la Flandre. Je ne dis pas que c’est cela qu’ils veulent immédiatement. Ils veulent y arriver étape par étape.

« La Région wallonne peut-elle, seule, assurer le financement de sa sécurité sociale, de sa politique de hauts salaires, etc. ? Donc, les Wallons sont acculés. Ne disposant pas de solution de rechange et n’ayant aucune envie de former une république wallonne indépendante, ils tireront sur la corde aussi longtemps qu’ils pourront. Difficle de leur donner tort, non ?

(Le Soir, 10 mai 2005)

BRUXELLES

« Lorsque Bruxelles était la capitale des Pays-Bas autrichiens au XVIIIe siècle, elle comptait environ 75.000 habitants. Ces habitants parlaient un dialecte brabançon flamand mais depuis la fin du Moyen âge, l’usage occasionnel du français y était fréquent. La Cour des ducs de Bourgogne y accrédita la langue française d’une manière permanente ; ce sera la langue des princes régnants ou de leurs représentants sous les régimes espagnol et autrichien. (…)

« Depuis des siècles, la seule langue culturelle de la ville est le français : mais cette langue n’était pratiquée que par une minorité, numériquement infime sous l’ancien régime, 30 à 35% au début du régime belge, pour la bonne raison que pendant des siècles, la culture, ou simplement l’instruction élémentaire, était l’apanage exclusif de quelques-uns. La masse de la population de Bruxelles était, comme partout ailleurs dans le monde, ignare et en grande partie analphabète. Un patois populaire n’est pas une culture.

« Quand les Flamands affirment que Bruxelles est une ville « historiquement » flamande, c’est à cet humus populaire ancien qu’ils sont bien obligés de se référer. Culturellement parlant, cela ne signifie pas grand-chose.

« De 1830 à 1930, la ‘francisation’ de Bruxelles va donc coïncider, en ce qui concerne sa population autochtone, avec l’élimination de l’analphabétisme et la généralisation de l’enseignement. (…)

« Les flamingants affirment que cette francisation s’est faite sous l’effet de la contrainte et d’une intolérable pression sociale. Cette manière de s’exprimer est le résultat de la projection de leurs sentiments actuels dans un passé qui n’aurait même pas concevoir leur état d’esprit d’aujourd’hui. (…) Ce n’est pas la culture néerlandaise qui a été persécutée – elle n’existait pas – mais c’est l’analphabétisme et le sous-développement intellectuel qui ont été pourchassés.

« Le patois flamand de Bruxelles a régressé exactement de la même manière que les patois wallons au profit de la langue de l’école : le français. Les milieux populaires se sont mis à l’étude du français de leur propre gré et dans leur propre intérêt, entraînés dans cette fièvre du savoir qui a envahi les foules à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle.

« La population bruxelloise n’a pas eu, comme la population flamande, le sentiment qu’elle faisait partie d’une grande communauté méconnue et qui devait lutter, pour accéder à la culture, en faveur du développement d’une langue étrangère à celle de sa propre bourgeoisie. Voilà l’hiatus profond qui sépare les Bruxellois et les Flamands et auquel les nationalistes flamands ne se résignent pas. (…)

« Si Bruxelles n’avait pas été la capitale de la Belgique, elle aurait suivi le sort de n’importe quelle ville flamande. Sa population autochtone aurait été absorbée dans la grande communauté populaire flamande du XXe siècle (…).

« Ce qui a fait l’extraordinaire expansion de Bruxelles, c’est sa  qualité de capitale du pays. »

(La Belgique au défi – Flamands et Wallons à la recherche d’un Etat, Imprimerie coopérative, Huy, 1962)

« Bruxelles, qu’on ne peut supprimer d’une trait de plume à coups de lois linguistiques, deviendra ce qu’elle est déjà : une ville autonome à destin international, centre des institutions européennes, lieu de rencontre des hommes d’affaires, tribune publique des hommes politiques de tous les Etats d’Europe, matériellement prospère, multilingue, cosmopolite et plus apatride que jamais. (…)

« L’image de Bruxelles autonome commence à se profiler dans la conscience de ses habitants : pris entre l’impérialisme de la revanche flamingante et l’émancipation wallonne, il n’y a pour les Bruxellois d’autre porte de salut que la liberté, par l’autonomie d’une grande ville, assez prospère pour survivre à l’inévitable crise de l’Etat belge.

« Loin de la Belgique de Charles Rogier dont l’agonie est évidente et la réabsorption flamande qui est impossible, Bruxelles, ville libre dans l’Europe du Marché commun, peut subir aisément sa mutation. »

(La Belgique au défi – Flamands et Wallons à la recherche d’un Etat, Imprimerie coopérative, Huy, 1962)

« À Vienne, 1.700.000 habitants, il y a un conseil municipal et un collège. Il n’y en a pas 19 ! Mais il y a 23 arrondissements. Il faudrait donc diviser Bruxelles en autant de districts que cela est nécessaire par la voie de la déconcentration administrative. Il est clair, en effet, qu’on ne peut pas envoyer tout le monde à l’état-civil, Grand-Place !

« Mais Vienne se trouve dans un Etat fédéral. Fédéralisme très modéré et provincial : 10 provinces. Vienne est en même temps un Land et possède, à ce titre, un gouvernement régional et une assemblée législative régionale.

« Quand je suis allé à Vienne, j’ai demandé à visiter les bâtiments publics. On m’a montré la présidence de la République, le siège du conseil municipal et celui du collège des bourgmestre et échevins. Et puis j’ai demandé à voir les sièges de l’assemblée législative et de l’exécutif du Land de Vienne.

« Mais, m’a-t-on répondu, ce sont les mêmes. Les conseillers municipaux sont à la fois les conseillers du Land. Ils changent tout simplement de casquette suivant la convocation qu’ils reçoivent. Le bourgmestre, c’est le gouverneur. Quant au gouvernement du Land, c’est le collège échevinal. Voilà l’économie des moyens ! J’ai trouvé cela très ingénieux dans la ville de Mozart et de Strauss. Je voudrais bien que les Bruxellois valsent de la même façon !

« Certes, Vienne ne connaît qu’une langue. Mais je crois que l’unité de la ville qui serait en même temps la région, l’agglomération et la province permettrait de dédoubler à parité toutes les matières où les personnes sont concernées : écoles, affaires culturelles et personnalisables. Pourquoi cela troublerait-il les francophones de Bruxelles et en quoi cela lèserait-il les intérêts vitaux de la Wallonie ?

(Débat organisé par le GRECGroupe de Réflexion et d’Etudes Centriste〉, à Namur, le 15 mars 1979)

« Les Flamands disent que c’est leur capitale. Ce qui est insensé démographiquement. Ils sont obsédés : à l’étranger, lors d’expositions internationales, ils présentent des cartes géographiques où Bruxelles figure en plein dans leur territoire. Mais Bruxelles est quand même en grande partie francophone et composée d’immigrés. Alors quoi ? Les Flamands ne vont quand même pas faire donner la troupe ! Bruxelles est une ville internationale. Point. Les Bruxellois, d’ailleurs, sont francophones mais francophobes. Je souhaite donc le scénario suivant : la proclamation d’indépendance de la Flandre, une négociation pacifique de la séparation et du sort de Bruxelles, et la Wallonie en France. C’est mon opinion. On va hurler ! Mais enfin… » (Le Soir, 6 août 2011)

CONFEDERALISME

« Si la nation belge m’apparaît inexistante, j’ai assisté, par contre, à la lente éclosion de la nation flamande. Une nation qui, aujourd’hui, existe bel et bien, comme le confirme d’ailleurs le préambule de la Charte flamande, adoptée, il y a deux ans, par un Parlement flamand unanime.

« Cette évolution, les élites francophones se refusent à l’admettre. Tout se passe pour eux comme si la Belgique devait connaître une vie éternelle.

« Or, l’option confédéraliste, qu’une très large majorité flamande prône depuis 1999, n’est, comme l’a été le fédéralisme, qu’une nouvelle étape pour accéder finalement à l’autonomie complète de la Flandre. »

(Préface au livre de Jules Gheude Lettre à un ami français – De la disparition de la Belgique, Mon Petit Editeur, Paris, 2013)

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Une réflexion sur “ François Perin, florilège ”

  1. Monsieur Perin fut un éblouissant lanceur d’alerte. Gloire à lui et honte à ses homologues politiques qui se refusent encore et toujours à prendre en compte ses avertissements.

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