La laïcité au centre du débat

Marianne puzzle 2Laurence Marchand-Taillade est secrétaire nationale du PRG en charge des libertés individuelles et des droits nouveaux et présidente de l’Observatoire de la Laïcité du Val d’Oise.

Pour elle, cela ne fait aucun doute : le seul moyen acceptable de favoriser le « vivre ensemble » est de s’en tenir aux principes de la laïcité républicaine. Elle est prompte à saisir la plume pour dénoncer les dérives sectaires et communautaires qui minent la démocratie française. Autant qu’elle le peut, elle alerte l’opinion publique sur les renoncements des élus qui, par électoralisme, accepteraient de céder aux pressions religieuses.  Elle s’en prend aussi à la complaisance de ceux qui laissent s’exprimer publiquement des orateurs connus pour leur radicalisme. Il lui arrive même de défier les conférenciers salafistes en s’asseyant au milieu des hommes qui les écoutent.

Radicale, elle l’est à sa façon, puisqu’elle occupe une fonction dirigeante au Parti radical de gauche, mais on peut difficilement lui reprocher de miner la démocratie française. Elle agit plutôt comme si elle en était la conscience et, dans une société qui doute et ne sait plus à quel saint se vouer, elle porte haut l’idéal des lumières, au point qu’on l’appellerait bien Marianne, en bonne héritière de ces radicaux qui ont voté la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État. « Laïcité, Solidarité, Humanisme, Tolérance, Universalisme », telles sont les valeurs défendues par ces radicaux positionnés au centre et même au cœur du modèle républicain.

Il va sans dire que le débat sur le vivre ensemble est le même en Wallonie et à Bruxelles.

Ce 4 avril, Laurence Marchand-Taillade appelait les élus de la République à se prononcer pour « des assises de la laïcité, afin de doter (la France) d’un projet de société à long terme, fédérateur et qui, par le caractère référendaire de son adoption, sera incontestable ». Pas sûr que cet appel soit entendu mais nous reprenons ici ce texte qui a été publié par le Figaro.

Alors que l’islamisme prospère dans certains quartiers avec la complicité clientéliste de certains hommes politiques, Laurence Marchand-Taillade estime qu’il est urgent de rétablir la laïcité.

Laurence Marchand-TailladeL’arrestation de Salah Abdeslam à Molenbeek a libéré la parole en Belgique, malgré le couvercle du déni: oui, certains quartiers ou certaines communes, en Belgique comme en France, vivent sous la loi de l’islam le plus rigoriste et séparatiste. Ce phénomène que nous dénonçons depuis des années dans les médias ne disparaîtra pas sous la compassion et les anathèmes. Des anathèmes qui n’ont cessé de s’abattre sur des journalistes, sur des lanceurs d’alerte, sur des écrivains, sur des militants de terrain.

Les faits sont là. Nos enfants sombrent dans la violence du djihad armé, endoctrinés par des prédicateurs dont le discours antirépublicain, sexiste, inégalitaire, voire raciste et antisémite provoque la haine de notre pays, de nos institutions, de notre mode de vie, de notre démocratie, de notre République.

Les Français tirent le signal d’alarme et ne cessent de réclamer plus de laïcité dans tous les sondages. Or, le fossé se creuse entre la classe politique et ceux qu’elle est censée représenter. Loin d’offrir les propositions claires et rassurantes que nous attendons tous, quelle que soit notre confession éventuelle, elle se déchire sur le principe de laïcité et se perd dans des arguties dignes du théâtre de l’absurde.

Pendant ce temps, l’accusation des communautaristes les plus exacerbés qui s’affichent au côté des Frères musulmans, s’abat sur les défenseurs de la laïcité, traînés dans la boue de l’insulte en « laïcardise » ou en « islamophobie », fonction de l’ampleur du discrédit que leurs contempteurs entendent leur infliger.

Pendant ce temps, des quartiers, des communes cèdent à la tentation du séparatisme qui s’annonce, sous la pression de prédicateurs soutenus par de petits caïds locaux. Pendant ce temps, les femmes n’en finissent pas de subir les lois machistes et misogynes qui les relèguent au rang d’objets de soumission.

Les politiques irresponsables de certains élus nous ont précipités dans ce gouffre. Le constat est amer. Les morts se comptent déjà en centaine et nous constatons, impuissants, qu’entre 2015 et 2016 le nombre d’individus radicalisés a doublé en France, passant de 4 000 à 8 000 au moins.

Trente ans de politiques clientélistes sont à l’origine de ce désastre. Certes, la politique urbaine dans les années 1950-1960, avec ses grands ensembles construits en hâte sans réflexion globale ont posé à ces élus des problèmes de gestion. Certes, ils se sont trouvés désarmés face à la délinquance et aux trafics divers. Alors ils ont adopté la « politique des grands frères ». Ils ont cru acheter la paix sociale en favorisant le retour du religieux. Pour certains, le laisser-faire a pris la forme d’une organisation active du communautarisme: construction de lieux de culte avec les deniers publics, prêt de salles municipales, obtention de papiers pour des imams auto-proclamés en situation irrégulière.

Cette politique paternaliste, post-coloniale, dégradante pour la population immigrée en provenance de pays à majorité musulmane, a assigné à nos compatriotes une sorte d’obligation à la piété, les considérant inaptes à se choisir un destin.

Après les premiers crimes, après les premières tragédies, certains élus ont pris la mesure de l’échec cinglant de ces politiques désastreuses. Mais cesser du jour au lendemain d’appliquer des règles tacites n’est pas chose aisée. C’est même devenu, par endroits, quasiment impossible. Beaucoup subissent le bilan du mandat de leurs prédécesseurs ; d’autres ont eux-mêmes installé ce climat explosif dans leur ville, tissant des accords qui les lient irrémédiablement, sauf à faire montre d’un courage exemplaire, à une véritable mafia religieuse.

Tout cela doit cesser. Vite. Et pourtant, rien ne se passe. Le dernier exemple en date est criant de vérité. Le 3 février dernier, au Sénat, était présenté un projet de loi proposant l’inscription de l’article 1 de la loi de 1905 à la Constitution, rendant la France définitivement laïque. Après les tueries de janvier et de novembre, après l’élan renouvelé des Français, unis, combatifs, qui s’organisent déjà en comités de la société civile pour agir localement – en matière de respect des lois de laïcité, de droits des femmes, de prévention de la radicalisation -, on pensait, en toute logique, que cette proposition serait votée à la majorité, voire qu’elle ferait un large consensus. Mais encore une fois, c’est l’amertume qui fut au rendez-vous. Nous avions rêvé comme les adolescents idéalistes. Nous n’avions pas anticipé les enjeux politiciens derrière ce vote. Cette loi, promesse 46 du candidat François Hollande à la présidentielle, fut votée par 17 sénateurs sur 348. Le Parti socialiste s’est abstenu, quand la droite et l’UDI votaient contre, ne souhaitant pas se confronter au scandale du concordat d’Alsace-Moselle, alors qu’ils venaient de remporter la région… Nous devons par conséquent soumettre la proposition à référendum.

Cette période historique que nous traversons, les problématiques et les souffrances que nous connaissons doivent conduire toutes les courants politiques, toutes les classes sociales, toutes les professions à de grandes assises de la laïcité au cours desquelles un ou plusieurs projets de société pourraient être débattus. Nous devons, ensemble, reconstruire la maison commune autour d’un projet de société d’envergure, digne des temps que nous vivons. Les sondages ne résoudront rien. Les Français ont leur mot à dire. Ils ont été tenus trop longtemps à l’écart de ce sujet.

Je demande donc un moratoire complet pendant un an sur les pratiques clientélistes et les questions de laïcité. Il est temps d’étudier dans la sérénité adaptations de la loi et accommodements réalisés ces dernières années, ainsi que les financements alloués à des associations à vocation sociale, éducative ou caritative.

J’appelle les élus de ce pays à se prononcer pour ce moratoire et des assises de la laïcité, afin de doter notre pays d’un projet de société à long terme, fédérateur et qui, par le caractère référendaire de son adoption, sera incontestable.

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2 réflexions sur « La laïcité au centre du débat »

  1. « Alors que l’islamisme prospère dans certains quartiers avec la complicité clientéliste de certains hommes politiques, » (lire ci-haut) La démocratie représentative montre ici ses limites et ses dérives. La démagogie et la perversion des élus ont toujours ouvert le lit des régimes autoritaires.
    Cette situation n’est pas récente, durant la République romaine, un magistrat extraordinaire,le dictateur, qui détenait les pleins pouvoirs (imperium) pour un mandat qui ne pouvait, à l’origine, excéder six mois.
    Comme on le constate la démocratie n’est jamais trahie que par ceux qui en profitent et s’en prévalent.

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  2. Le problème, c’est que « Laïcité » n’a pas le même sens en français qu’en « francophone belge »…
    La majorité de vos lecteurs ne vont rien y comprendre.

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