Le juste prix

Rien ne va plus, comme on dirait dans un casino.

salon de l'agricultureColère et désespoir des agriculteurs qui, en France, ont déversé leurs injures sur le président de la République au Salon de l’Agriculture.

Il fut un temps où la politique agricole commune était un des piliers de la construction européenne, avec de vrais choix politiques mais, désormais, l’agriculture est plus ou moins abandonnée aux seuls impératifs du marché.

L’offre et la demande. La saine concurrence. Le distributeur qui met la pression sur le producteur. Pas seulement en Afrique. Et au final, le consommateur, nous, qui cherchons à ne pas gaspiller notre argent. L’intérêt personnel, voilà le moteur de l’économie et du développement. Le progrès, le bonheur, la liberté : on lui doit tout.

C’est ce qu’on nous dit.

Le succès du film Demain, réalisé par Cyril Dion et Mélanie Laurent, montre pourtant que le modèle économique actuel est de plus en plus contesté. Consommer des produits locaux, ce n’est pas se fermer au reste du monde. Il faut créer du lien social. Humaniser l’économie. Avoir le goût de la qualité plutôt que tout réduire à des chiffres. On ne peut évaluer l’efficacité que par rapport à un objectif. Ce qui est en jeu, ce sont les équilibres environnementaux mais également sociaux.

Ce qui est en jeu, ce sont aussi des profits, ceux des acteurs les plus influents de l’économie globalisée, qui se drapent dans leur profession de foi libre-échangiste à laquelle l’Union européenne a fini par s’identifier. Malmenée par des crises à répétition et surtout par son incapacité à les gérer politiquement, l’Europe actuelle est occupée à sacrifier l’idée européenne à des intérêts qu’on peut difficilement confondre avec l’intérêt général.

Ainsi décrédibilisée aux yeux de l’opinion publique, elle nourrit le monstre qu’elle redoute. La montée des nationalismes et le retour des frontières. Ou pire.

Quoi qu’il en soit, il y a de quoi être interpellé par le témoignage suivant, qui nous ramène à la colère et au désespoir des agriculteurs.

Fils d’aviculteurs de Saint-Carreuc (Côtes-d’Armor), Thierry Cotillard, 41 ans, est président du groupement Intermarché qui compte 1 850 enseignes des Mousquetaires en France et 300 magasins Netto. Cet ingénieur en agroalimentaire diplômé de HEC, qui possède deux supermarchés à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), livre son regard sur la crise et avance des propositions.

Il s’agit d’une interview publiée hier dans le journal Libération. La crise en question est celle qui frappe le secteur agricole. On accuse les distributeurs de maximiser leur marge de profit, aux dépens des producteurs. Voici comment se défend le patron des magasins Intermarché :

Sur le porc, l’été passé, Intermarché s’était accordé avec Leclerc pour acheter le kilo 1,40 euro (à peu près 0,30 euro au-dessus du prix du marché), car nous sommes les deux seules enseignes à posséder des abattoirs. Mais ça n’a pas tenu. Maintenant, Bruxelles nous tombe dessus et enquête. Nous risquons une amende à hauteur de 5 % de notre chiffre d’affaires.

Pourquoi ?

Parce que l’Europe considère que cet accord était discriminant vis-à-vis des pays tiers. Donc maintenant, nous sommes très prudents pour trouver des solutions.

C’est peu dire que la construction européenne est en danger, qu’il est urgent de repenser le projet européen. Le malaise est grandissant. L’afflux de réfugiés ne produirait pas le même effet si l’Europe était plus crédible. A présent, l’espace Schengen semble oublié. La Belgique elle-même, siège des principales institutions européennes, a rétabli des contrôles à ses frontières avec la France et se fait tancer par le président de la Commission.

Le progrès, la liberté, la citoyenneté, l’humanisme : les valeurs revendiquées par la France et l’Europe sont-elles en danger ?

Pour le patron d’Intermarché, la crise agricole est complexe mais il y a une vérité qui doit être entendue :

On ne sortira de cette crise que si on n’est pas dans une course effrénée à la compétitivité, parce que 1 000 vaches sur du béton alimentées par un technicien dans un cockpit, ce n’est pas le modèle français. Il faut aller vers quelque chose de plus vertueux, avec un cahier des charges, une qualité, et l’assumer à terme avec la pédagogie auprès du consommateur pour dire qu’il y a un juste prix. On peut faire le choix d’acheter le porc à 1 euro le kilo demain, mais alors on choisit de ne plus avoir d’agriculture en France. (G.R.)

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2 réflexions sur “ Le juste prix ”

  1. Comparaison ne vaut pas raison mais il faut admettre que l’essai d’un empire européen n’a jamais duré.
    Charles De Gaulle et Konrad Adenauer n’envisageaient pas cette option.
    Le despotisme des Habsbourg ne parvint pas à sauver l’entreprise impériale et celui de l’actuelle Commission, malgré l’anonymat hypocrite sur lequel elle se construisit, ne sauvera pas la nouvelle entreprise impériale.
    Car il y a despotisme sinon pourquoi cette déclaration du patron d’Intermarché : » 1 000 vaches sur du béton alimentées par un technicien dans un cockpit, ce n’est pas le modèle français. Il faut aller vers quelque chose de plus vertueux, (…)On peut faire le choix d’acheter le porc à 1 euro le kilo demain, mais alors on choisit de ne plus avoir d’agriculture en France. »

    La vertu serait de reconnaître la diversité et la volonté des peuples.
    Faudrait-il copier la construction institutionnelle des USA ?
    Peut-être pas mais il faudrait admettre qu’aux USA, malgré toutes les agences fédérales de surveillance et les tentatives d’augmenter le pouvoir fédéral, le Président et son gouvernement doivent composer avec des Etats jaloux de leurs lois et traditions. Les USA sont un empire de par la volonté des Etats et du Fédéral et non par le despotisme ou la dictature du Président. Pas encore, à ce jour.
    L’Europe devrait tout changer et plutôt envisager un modèle confédéral en donnant surtout le pouvoir au Parlement et couler la Commission dans une structure gouvernementale similaire à ce que nos Etats démocratiques présentent actuellement. Les peuples européens s’accordent volotiers à vivre ensemble mais ils ne veulent plus se sentir dominés et, surtout, pas empêchés de vivre selon leurs habitudes, issues autant de la culture, de l’Histoire que des conditions climatiques imposées par la géographie.

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