Citoyenneté européenne en débat

On sait que la démocratie ne se réduit pas à la souveraineté nationale ou populaire. Elle est fondée sur le respect des droits de l’homme, de la personne humaine, dont la Révolution française a été l’initiatrice. Ainsi la citoyenneté européenne est-elle associée à la reconnaissance de droits fondamentaux qui permettent à chacun de s’engager dans un projet de vie aussi libre France-Europeet personnel que possible. Il y a là des principes essentiels à protéger, chacun devant savoir que sa vie lui appartient, mais pas celle des autres.

Il n’en reste pas moins que la politique se conjugue au pluriel et que l’exercice de la démocratie repose avant tout sur l’implication des citoyens dans un processus de décision collective : il est vital de laisser aux citoyens le pouvoir d’intervenir dans les grands choix de société. La référence aux droits de l’homme est essentielle mais elle ne suffit pas à clore le débat politique, à moins d’être instrumentalisée (on dira prudemment que la morale sert parfois de couverture aux forces économiques).

Abusivement confondue avec le règne de l’opinion, de l’audimat, de l’émotion, la démocratie reste un pari sur l’intelligence et le sens des responsabilités du plus grand nombre. Elle se nourrit de la confrontation des points de vue. Il n’y a pas de démocratie universelle ou désincarnée, elle ne vit qu’à l’intérieur d’un corps politique identifié. Dans le cas de l’Union européenne, il y a ce qu’on appelle un « déficit démocratique » : on attend de pouvoir en discuter les grandes orientations. Et de changer ce qui ne convient pas, dans un sens ou dans l’autre.

En ces temps incertains, voici deux points de vue assez différents sur l’Union européenne, exprimés en même temps dans le magazine français Marianne par des citoyens dont les références et les valeurs sont clairement ancrées à gauche : d’un côté, l’éditorialiste Jacques Julliard, un ancien du Nouvel Obs, plus jeune que Jean Daniel mais né quand même en 1933, l’année où Hitler devenait le maître de l’Allemagne ; d’un autre côté, de jeunes militants issus de la gauche radicale qui, tirant les leçons de la crise grecque, lancent un appel pour une autre Europe.

P.S. (comme post-scriptum) : Jacques Julliard commence par évoquer la « crise des réfugiés ». Question ultrasensible à laquelle nous ne pouvons pas nous dérober. Dans l’avenir, il ne faut pas s’attendre à voir faiblir la pression migratoire. A chacun son point de vue. A chacun sa France. A chacun ses doutes et sa conscience. Inévitablement, et pour beaucoup d’autres raisons, le vent du changement soufflera sur le monde. Qu’il nous suffise d’écrire ceci :

Si on veut que la France soit plus grande qu’elle-même; si on veut que la France rayonne en Europe et dans le monde; si on veut distinguer la France en en faisant le pays des Lumières et de la Déclaration des droits de l’homme, on doit forcément plaider pour une France ouverte et généreuse. Au-delà des convictions, c’est une question de cohérence.  Ce qui est vrai, c’est que cette France-là, pour exister durablement, doit retrouver confiance en elle-même et en son modèle d’intégration républicain. (G.R.)

julliard(…) L’affaire, qui ne fait que commencer, des migrants, nouvel épisode des relations entre l’Occident et le monde arabe, devrait nous convaincre que seule une Europe unie peut se donner les moyens d’être à la hauteur de sa nouvelle mission, et de son ambition d’être à la fois généreuse et solidaire. On peut bien déplorer les manquements de l’Europe, critiquer sa ligne économique. Ce journal ne s’en est jamais privé, mais a toujours affirmé que l’issue était vers plus d’Europe et non vers moins d’Europe. Avec pour base le lien franco-allemand : le plus grand acte révolutionnaire du siècle n’est pas la révolution russe, c’est la réconciliation franco-allemande.

J’en appelle aux souverainistes de gauche, parmi lesquels je compte de nombreux amis. Comment peuvent-ils combiner la solidarité nécessaire avec les peuples opprimés et l’égoïsme national, dont ils font leur religion ? Comment ne voient-ils pas que leurs assauts redoublés contre l’euro font d’eux, fût-ce à leur corps défendant, les fourriers du nationalisme de droite, c’est-à-dire du Front national ? Jacques Sapir, en proclamant la nécessité de l’alliance des deux nationalismes, vient d’avouer le fin mot de cette histoire. Nous sommes aujourd’hui devant un grand défi et un grand devoir : nous ne laisserons pas jeter à bas et détruire une généreuse vision du monde, une vocation universelle, la seule qui tienne aujourd’hui, héritée du christianisme et de la philosophie des Lumières.

Jacques Julliard

Lire l’intégralité de l’article sur le site du magazine Marianne.

Un autre point de vue sur l’Europe, inspiré par d’autres considérations :

Grexit(…) Pour les pays d’Europe, il y aura un avant et un après l’expérience Syriza au pouvoir.

(…) L’UE a révélé sa véritable nature, elle est un ensemble d’institutions qui permet au capital financier d’exercer sa domination.

L’euro est l’outil de cette neutralisation de la démocratie. (…) Comment pouvons-nous accepter que la gauche se résigne à appliquer une politique qui va encore aggraver la situation des classes populaires ?

Désormais, les mouvements qui veulent abattre l’austérité doivent prendre en compte cette donnée : la possibilité de modifier les traités est très faible. De ce fait, dans l’UE et dans l’euro, point de salut.

En conséquence, la souveraineté nationale doit être au cœur de tout projet de liberté et d’égalité. Aujourd’hui, l’État-Nation reste le seul cadre d’exercice de la souveraineté populaire, sans laquelle il n’y a pas de démocratie. C’est aussi le lieu principal où se concentre la lutte du peuple contre les puissances de l’argent.

Nous, partisans des forces contre l’austérité devons formuler un projet social et écologique qui réconcilie intérêt de la patrie républicaine et internationalisme authentique. L’internationalisme ce n’est pas le supranationalisme, c’est encore moins mettre en compétition les travailleurs de tout un continent les uns avec les autres. C’est au contraire la solidarité, et le soutien à toutes les luttes sociales qui s’expriment en Grèce, en Espagne et ailleurs.

Nous ne croyons pas à la rhétorique du repli sur soi, l’histoire prouve que la coopération est possible entre les nations en dehors du cadre supranational, comme le montrent les succès d’Ariane et d’Airbus.

Depuis des années, le projet européen, par son acharnement à détruire les nations, s’est rendu responsable de la montée des nationalismes qui ravagent notre continent. La France doit être libre pour accomplir son idéal d’égalité.

Le rêve de l’UE n’est plus : l’aspiration à la solidarité et à la protection a laissé place à une structure à l’ossature technocratique dont le bras armé est le néolibéralisme. (…).

Lenny Benbara, Arthur Contamin, Côme Delanery, Raphaël Audouard, Baptiste Peyrat, Simon Fulleda, Mélanie Tissier et Paul Zurkinden

Lire l’intégralité de l’article sur le site du magazine Marianne.

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