PRÉVENIR DE TERRIBLES SAINT-BARTHÉLEMY

Une opinion de Louis NISSE

« Dans le champ de l’erreur on ne récolte que la mort. »

Eschyle, Les Sept contre Thèbes, réplique du roi Étéocle.

« Je crois indispensable d’exiger des musulmans la réciprocité (que les croyants des autres confessions religieuses et que les non-croyants aient les mêmes droits en pays d’Islam que les musulmans en ont ici) […] Je crois que le véritable défi à lancer à l’Islam d’aujourd’hui (qui, à beaucoup d’égards, constitue le spectre hideux d’une grande civilisation disparue) est celui de se réformer en prenant appui sur le meilleur de sa tradition pour se hisser au niveau des exigences culturelles de notre temps. Il y a eu un rationalisme musulman. C’est de sa tradition largement effacée et d’elle seule que peut venir une parole audible pour les desperados qui inondent le monde de leur haine et de leur imbécillité. »

Jean-Renaud Seba, professeur de philosophie à l’ULg,                                                           dans un courriel qu’il m’adressa en octobre 2012.

Le soir même de l’attentat contre Charlie Hebdo, des centaines de citoyens se rassemblèrent spontanément à Liège et à Bruxelles. Hors de l’Hexagone, nous, Français de l’extérieur fûmes les tout premiers à manifester notre soutien sinon au magazine en tout cas à notre liberté d’expression cruellement attaquée.

Nos valeurs les plus fondamentales, elles sont préservées par la laïcité politique qui assure la séparation de l’Église et de l’État, la liberté de pensée, de culte et d’expression et empêche le religieux d’empiéter publiquement sur la Loi. Il en va autrement de la laïcité philosophique. Certes, elle est respectable, mais, comme toute autre religion ou croyance, elle relève de la sphère privée. Quand elle prétend se confondre avec la laïcité politique et qu’elle l’investit, elle sombre dans ce fanatisme, cette intolérance sans vergogne de certains clubs et lobbies – les wahhabites d’amon nos-ôtes, les barbouilleurs d’excréments de la figure du Christ, les menteurs professionnels à la Caroline Fourest et autres femen hystériques, conchieuses en cathédrales. Ces gens ne consacrent que leur nombril et agressent le religieux même lorsqu’il nourrit le meilleur du cœur de l’homme. Ils prétendent attaquer des idéologies – qu’ils ont soin de bien sélectionner – en taisant les conditions matérielles qui en favorisent l’éclosion et les déterminations géopolitiques qui les rendent virulentes. Ils parlent des droits de l’homme, jamais d’impérialisme et de pétrole. (Sur ce sujet, lisez et écoutez sur la Toile notre compatriote Michel Collon.) On devine quels puissants intérêts leurs élans vertueux hors-sol servent en les masquant.

Du bon usage de la laïcité (Aden, 2008) – sous la direction de Marc Jacquemain, professeur de sociologie à l’Ulg, et de Nadine Rosa-Rosso – dénonce cette confusion entre laïcité philosophique et laïcité politique. Clairement et de façon apaisée, les auteurs abordent la question du voile islamique. Avec néanmoins ce zeste d’angélisme dont, à gauche, nous nous départissons difficilement, au grand profit de l’extrême droite – n’est-ce pas Jean-Luc Mélenchon ! – : les immigrés n’apportent dans leurs valises que des trésors et n’ont pas à se conformer à nos us et coutumes ; les pauvres, les dominés ne peuvent être ni ignares, ni abjects, ni cons ; jamais Brutti, sporchi e cattivi ! Quoi qu’ils fassent et quoi qu’ils disent, il ne faut jamais les blâmer ni les dauber ni, en aucun cas, les inciter à s’assimiler ; ils ont droit à toute notre complaisance, car ils sont l’Humanité souffrante qui ne sait pas ce qu’Elle fait. D’Elle viendra la Rédemption.

Dans « Charlie et les musulmans », article révélateur que nous avons reproduit sur notre site le 14 janvier, Madame Geerts s’efforce de faire le tour de la question ô combien complexe de notre rapport à l’islam, que les récents événements ne permettent plus d’éluder. Qu’on me permette cependant d’attirer l’attention de nos chers lecteurs sur quelques approximations, car à mal cerner les problèmes, à ne pas utiliser les mots justes, on risque d’ajouter de la souffrance à la souffrance, même avec les meilleures intentions du monde.

Madame Geerts écrit que demander aux musulmans de se désolidariser des terroristes « serait en effet à peu près aussi absurde que de considérer que tous les blancs sont catholiques et donc complices de la pédophilie de certains prêtres. » Sic !

Être catholique ce serait « donc » être complice des prêtres pédophiles. Madame Geerts – qui n’a pas voulu dire cela, je présume – devrait savoir la conséquence d’un mot, même si elle ne risque pas sa peau puisque les plus rabiques des cathos ne manient pas la kalachnikov. N’aurait-elle pas dû écrire : « C’est aussi absurde que de considérer que tous les blancs sont catholiques ou que tous les catholiques sont complices de la pédophilie de certains prêtres » ? Le sens eût été différent, et peu suspect de malveillance.

Je suis d’accord avec Madame Geerts pour dire que les musulmans n’ont pas à se justifier par rapport à ces horreurs. En principe. Cependant, il serait souhaitable que – spontanément – ils manifestent leur détestation du terrorisme en plus grand nombre qu’ils ne le font maintenant. Car, sans être malveillant à leur égard, quand on prend la peine de lire leurs textes sacrés, il ne saute pas aux yeux que l’Islam soit une religion de paix et d’amour comme les grenouilles de fontaine d’ablution le répètent inlassablement. Jamais, dans les Évangiles, Jésus n’appelle au meurtre ni à la violence. (C’est à coups de fouet tout symboliques qu’il chasse les marchands du Temple.) Peut-on en dire autant de ce que le Prophète et les Haddîth recommandent ?

De même qu’il doit combattre les sectes, je suis d’avis que l’État, la République, s’intéresse aux contenus théologiques des religions qu’il tolère, voire qu’il reconnait. Dans un article du n° 40 du nouvel hebdo Le Un (remarquable publication, indépendante, comme Le Monde Diplomatique, de l’oligarchie qui formate l’opinion), Tahar Ben Jelloun nous rappelle qu’il y a deux lectures irréconciliables du Coran. « La première est portée par des théologiens […] rationalistes lisant le texte de manière symbolique et métaphorique. Pour eux la volonté divine est rationnelle et juste ; les hommes peuvent en saisir le sens et y conformer leurs actes, autrement dit le Coran est créé. » Face à eux, les intégristes, comme les wahhabites d’Arabie saoudite et du Qatar (nos chers alliés de l’OTAN), pour qui le Coran est non seulement incréé, mais doit être lu de manière littérale. Si les versets ne sont tributaires ni du temps ni de l’espace, alors c’est qu’aucune intelligence n’est possible. La République ne doit pas tolérer la diffusion de ce nouvel obscurantisme et de l’intolérance qu’il génère. Or, nous savons que ce courant rétrograde et simpliste est loin d’être minoritaire dans les mosquées d’Europe financées par qui on sait et où ne souffle guère la spiritualité du soufisme et des alévis, mais où sévissent des imans bornés qui n’ont rien de théologiens rationalistes, qui justifient les assassinats pour blasphèmes, qui méprisent nos valeurs, qui se moquent de nous en nous tenant un double langage et qui préconisent les violences faites aux femmes en ergotant sur le calibre des pierres à choisir pour leur lapidation. Il est urgent d’éradiquer cet islam-là, de l’expulser, sans concessions. Nous devons être intransigeants sous peine de voir se déclencher de terribles Saint-Barthélemy racistes dont seraient victimes tous nos concitoyens musulmans ou considérés comme tels au faciès.

Je trouve navrant que dans les médias – et même dans la presse dite de gauche – on s’en tienne à un idéalisme naïf, à des considérations morales. Assez de moraline ! Sans une analyse des rapports de force et des conditions matérielles qui rendent possibles certaines valeurs – qui me tiennent moi aussi à cœur –, les considérations moralisatrices sur la citoyenneté et la dignité sont vaines. Voire suspectes. La croyance d’une humanité qui s’exprimerait hors-sol produit le brouet de patronage de la bien-pensance instituée.

Enfin, si j’ai manifesté pour la liberté d’expression, je n’étais pas Charlie. On peut rire impunément de tout, … sauf du pouvoir, hélas ! Dans notre ersatz de démocratie, la parole est libre, et même encouragée, tant qu’elle est inefficace. Ainsi, n’allez surtout pas croire que Charlie Hebdo se moquait de tout le monde, surtout depuis une dizaine d’années et sa reprise en main éditoriale par des Bernard-Henry Lévy et des Caroline Fourest, … dont chacun apprécie la relative honnêteté intellectuelle, l’aisance à occulter des partis-pris idéologique et géopolitique et les indignations à géométrie variable. Pour bien se démarquer de ces gens-là, pour apaiser la communauté musulmane et raréfier l’eau du bocal des petits poissons salafistes, Madame Nadia Geerts ne devrait-elle pas inciter le mouvement laïque, où elle milite et dont elle est une personnalité en vue, à lutter plus fermement contre la colonisation des territoires palestiniens occupés par Israël ? Ne devrait-elle pas inciter les Territoires de la Mémoire et d’autres associations droits-de-l’hommistes à organiser pour 2018 de grandes manifestations commémorant le 70e anniversaire de la Nakba, le désastre de l’exode, volontaire ou provoqué, de plus de 700 000 Palestiniens, auxquels se vit refuser le droit de retour et dont 90% des villages furent détruits ?

Reste que j’ai pleuré sur le Wolinsky de ma jeunesse et le Cabu du grand Duduche.

Cerise sur le gâteau, je ne résiste pas à vous livrer ce remarquable « Je hais l’islam, entre autres… » (Le Monde du 11/08/2004) de notre compatriote psychanalyste, romancier et essayiste, Patrick Declerck. L’auteur des Naufragés est donc aussi un excellent pamphlétaire. À l’ère du politiquement correct, c’est un genre qui se perd.

« Les religions sont des névroses de l’humanité, disait Freud. Mais il est, n’en déplaise, névrose et névrose… Le judaïsme tend à la névrose obsessionnelle : le rite pour le rite. Au cœur du christianisme se tapit l’espoir anxieux de noyer le pulsionnel dans un indifférencié asexué : l’amour christique, cette tisane tiède.

« L’islam, lui, tend à rendre fou parce qu’il instaure un partage entre les sexes extraordinairement et spécifiquement pathologique : une horreur et une terreur de la femme et de sa jouissance sexuelle fantasmée comme toute-puissante. Face à cette dernière, il ne reste d’autre solution à l’homme que l’oppression farouche de toute féminité. Oppression d’autant plus radicale qu’elle a pour fonction première de recouvrir de son voile phobique le vertige secret, intime, muet, mais omniprésent, de l’impuissance masculine et de son éternel compagnon, la répulsion-tentation de l’homosexualité latente… D’où la nécessité aussi de l’alliance érotisée et défensive des frères de l’islam. Devant les hallucinatoires menaces du vagin denté, la sécurité et la fuite résident dans le nombre. Ainsi, pour se protéger, l’homme musulman vit-il en banc. Comme les petits poissons… »

Sur la même longueur d’onde, la courageuse sociologue marocaine, Fatna Aït Sabbah, ose affirmer que le monde n’est pas un harem ; elle n’est pas tendre non plus envers l’islam : « Le corps féminin dans l’Islam patriarcal doit être dégradé, objectivé et utilisé en tant qu’objet, il ne doit jamais retenir l’attention du croyant ou préoccuper son esprit au-delà d’une brève jouissance purement utilitariste car il constitue un pôle endogène de dissidence ». (La femme dans l’inconscient musulman, 1982, Albin Michel, 2010.)

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