Il y a 30 ans, an I de la Wallonie nouvelle

Notre ami Olivier Esnault, responsable du « Forum Démocratique Wallon » nous invite à jeter un petit coup d’œil sur le site de la RTBF, petit coup d’œil en forme de regard dans le rétroviseur de la renaissance de la Wallonie. Nous en sommes alors à la deuxième réforme parlement wallonde l’état belge, 10 ans après la première. Les choses, à l’époque, bougent lentement et choisir de déménager le siège de l’exécutif, du parlement et de l’administration wallons de Bruxelles à Namur n’est pas une mince affaire.

Il est à remarquer que depuis cette période, les réformes suivantes se sont accélérées. Elles touchent de plus en plus des matières en relation directe avec la vie des citoyens de chaque région. Elles sont de plus en plus sensibles en termes de solidarité et d’autonomie. Elles vont toutes dans le sens d’un amaigrissement de l’état fédéral au profit de nouvelles compétences attribuées aux entités fédérées ou confédérées suivant l’approche des uns ou des autres.

Une chose est certaine : la 7e réforme de l’état, celle qui suivra le gouvernement Michel, visera le cœur de la sécurité sociale et mettra fin à la solidarité interrégionale. Il appartiendra à la Wallonie de porter un véritable projet qui rencontre le bien-être de ses concitoyens. Ce projet doit s’élaborer dès maintenant… En 2015 !

Tel est le sens de l’action « AWF, CAP 2015 » que vient de lancer notre mouvement citoyen. Il nous appartiendra de convaincre nos décideurs politiques, sociétaux, culturels et autres du bien-fondé de notre projet, mais aussi de nous adresser à chaque citoyen wallon de manière à ce qu’il s’interroge sur le rôle qu’il doit jouer pour que le meilleur se produise en Wallonie.

Paul D.

Valmy FéauxDécembre 1984. La régionalisation franchit un cap. Le ministre socialiste Valmy Féaux quitte Bruxelles et installe son cabinet en bord de Meuse. A l’aube de ses 82 ans, il revient sur cette étape plus que symbolique.

1980. La Belgique vit sa deuxième réforme de l’Etat, entamée 10 ans plus tôt. Après une période dite « préparatoire », c’est le véritable acte de naissance de la Région wallonne, qui dispose désormais d’un Conseil (Parlement), d’un Exécutif (Gouvernement) et d’une administration.

La première élection des membres de l’Exécutif régional wallon a lieu en 1981. Elle aboutit à la formation d’une tripartite traditionnelle composée de 6 ministres : Jean-Maurice Dehousse, Philippe Busquin et Valmy Féaux pour le PS, André Damseaux et André Bertouille (remplacé ensuite par Jacqueline Mayence) pour le PRL et Melchior Wathelet (père) pour le PSC.

Mais il faudra pourtant attendre encore 3 ans pour voir un premier ministre quitter son cabinet de Bruxelles et s’installer à Namur. Et ce précurseur, c’est Valmy Féaux, à l’époque ministre wallon de l’Eau, de l’Environnement et de la Vie rurale.

Retour sur cette date charnière avec celui qui fut aussi bourgmestre d’Ottignies-Louvain-la-Neuve, député et sénateur, ministre du Gouvernement national, président du Conseil régional wallon, Ministre-président communautaire et 1er gouverneur du Brabant wallon…

Valmy Féaux, pourquoi faut-il attendre 1984 pour voir enfin un ministre régional, vous, s’installer à Namur?

Avec les lois de réformes institutionnelles de 1980, il a été décidé que l’Exécutif régional wallon « sortait » du Gouvernement national. On avait le choix: rester à Bruxelles ou s’installer ailleurs. Et il a en effet fallu attendre 1983 pour que sous l’égide du Ministre-président Jean-Maurice Dehousse nous décidions de transférer pour 1985 au plus tard les services centraux de l’administration et les cabinets ministériels. Décision laborieuse d’ailleurs, 4 voix pour l’installation à Namur, et 2 contre.

Suite à cette décision, vous êtes le 1er à déménager.

Oui parce que j’occupais un bâtiment au coin de la rue Belliard à Bruxelles, dont le bail arrivait à échéance fin 1984. Et puis, symboliquement, j’étais le « ministre central », sur l’axe lotharingien comme on le dit parfois, par rapport aux Liégeois et aux Hennuyers.

Vous étiez convaincu par ce transfert ?

J’étais un chaud partisan ! J’ai toujours trouvé anomal qu’un cabinet ministériel soit installé ailleurs que sur le territoire dont il avait la responsabilité. Et j’ai regretté qu’après le scrutin de 1985, et le renvoi du PS dans l’opposition, les cabinets soient rapatriés à Bruxelles sous la pression de Melchior Wathelet. Derrière tout ça, il y a le conflit toujours latent entre régionalistes et communautaristes. Le choix définitif de Namur interviendra ensuite, heureusement, avec le décret Anselme de 1986.

Comment s’est déroulé votre déménagement ?

Jean-Maurice Dehousse a pris les choses en main. Je me souviens de réunions au cours desquelles une grande carte de Namur était déployée, avec des points de chute identifiés. Puis mon secrétaire de cabinet a pris son bâton de pèlerin et a déniché ce bâtiment à Jambes. Nous avons loué plusieurs étages précédemment occupés par l’état-major de Cockerill Sambre.

Seul ministre basé à Namur, votre situation était particulière.

Principal inconvénient : toutes les réunions de l’Exécutif se tenaient encore à Bruxelles. Mais en mars 1985, nouvelle étape, nous nous sommes réunis pour la 1ère fois dans un nouveau bâtiment voisin de mon cabinet. Les murs étaient à peine secs. Ensuite l’alternance Bruxelles-Namur a pris fin lorsque Jean-Maurice Dehousse s’est lui aussi installé à Namur. L’avantage, par contre, c’est que j’étais le plus proche du Conseil régional wallon, installé alors dans l’ancienne Bourse de commerce de Namur.

Vous avez dû vous montrer persuasif pour convaincre vos collaborateurs. Un épisode un peu folklorique…

Trois mois avant notre déménagement, en septembre, nous nous sommes rendus à Namur en train. Je me souviens avoir chanté le Chant des Wallons dans le wagon que nous avions spécialement réservé (rires). Nous avons été accueillis très officiellement par le bourgmestre de Namur et le chef de gare. Et nous avons rejoint le cabinet à pied. Je voulais montrer à mes collaborateurs que le trajet entre la gare et le futur cabinet n’était pas trop long. Arrivés sur place, je me souviens qu’un militant agitait un drapeau wallon dans un immeuble voisin ! Et comme c’était les Fêtes de Wallonie, nous avons terminé notre escapade dans un bistrot célèbre du centre-ville où nous avons bu un petit peket ! (rires)

Avec le recul, vous avez l’impression d’avoir été un précurseur ?

Incontestablement. J’ai en quelque sorte été le premier ministre wallon, avec un petit « p ». Je peux même dire que j’ai ressenti un certain enthousiasme des Namurois. Ce sont des excellents souvenirs.

Propos recueillis par Rudy Hermans (RTBF)

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