Quand les Américains voulaient gouverner la France

Il n’est pas question pour nous de remettre en cause le sacrifice des milliers de jeunes soldats venus mourir en France pour vaincre le nazisme. Après les Hollande-Obamabelles commémorations que nous venons de vivre en Normandie, nous pensons pourtant que plusieurs éléments méritent d’être mis en lumière :

1. Sans la victoire des Soviétiques sur le front de l’est (la boucherie de la bataille de Stalingrad a fait plus de victimes que le débarquement de Normandie), qu’en serait-il advenu si les Allemands avaient pu quitter le front de l’Est pour venir renforcer le front de l’Ouest ?

2. Le débarquement de Normandie a fait plus de victimes parmi la population française que parmi les militaires.

3. Selon plusieurs historiens américains et l’historienne Annie Lacroix-Riz, l’intention de Roosevelt était de faire de la France, mais aussi de l’Italie, de l’Allemagne et du Japon, des protectorats américains. Il fallut toute la force de caractère, la stratégie et l’ingéniosité du Général de Gaulle pour que la France puisse retrouver pleinement la liberté.

Nous pensons que toutes les vérités historiques ont leur droit.

Paul D.

Cet article du Monde diplomatique est daté du mois de mai 2003 mais il contribue à mettre l’actualité en perspective :

C’est une page peu connue de l’histoire de la seconde guerre mondiale : dès 1941-1942, Washington avait prévu d’imposer à la France – comme aux futurs vaincus, Italie, Allemagne et Japon – un statut de protectorat, régi par un Allied Military Government of Occupied Territories (Amgot). Ce gouvernement militaire américain des territoires occupés aurait aboli toute souveraineté, y compris le droit de battre monnaie, sur le modèle fourni par les accords Darlan-Clark de novembre 1942.

A en croire certains historiens américains, ce projet tenait à la haine qu’éprouvait Franklin D. Roosevelt pour Charles de Gaulle, « apprenti dictateur » qu’il eût voulu épargner à la France de l’après-Pétain. Cette thèse d’un président américain soucieux d’établir la démocratie universelle est séduisante, mais erronée.

Un « Vichy sans Vichy »

A l’époque, les Etats-Unis redoutaient surtout que la France, bien qu’affaiblie par la défaite de juin 1940, s’oppose à leurs vues sur deux points, du moins si de Gaulle, qui prétendait lui rendre sa souveraineté, la dirigeait. D’une part, ayant lutté après 1918-1919 contre la politique allemande de Washington, Paris userait de son éventuel pouvoir de nuisance pour l’entraver à nouveau. D’autre part, la France répugnerait à lâcher son empire, riche en matières premières et en bases stratégiques, alors que les Américains avaient dès 1899 exigé – pour leurs marchandises et leurs capitaux – le bénéfice de la « porte ouverte » dans tous les empires coloniaux.

C’est pourquoi les Etats-Unis pratiquèrent à la fois le veto contre de Gaulle, surtout lorsque son nom contribua à unifier la Résistance, et une certaine complaisance mêlée de rigueur envers Vichy. A l’instar des régimes latino-américains chers à Washington, ce régime honni aurait, à ses yeux, l’échine plus souple qu’un gouvernement à forte assise populaire.

Ainsi chemina un « Vichy sans Vichy » américain, qu’appuyèrent, dans ses formes successives, les élites françaises, accrochées à l’Etat qui leur avait rendu les privilèges entamés par l’ »ancien régime » républicain et soucieuses de négocier sans dommage le passage de l’ère allemande à la pax americana.

Pour lire la suite de l’article du Monde diplomatique : cliquer ici.

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9 réflexions sur “ Quand les Américains voulaient gouverner la France ”

      1. Euh… en voici un exemple montrant qu’il n’y avait pas que les Anglais… :
        « … en fait, Roosevelt est toujours aussi hostile à sa personne (De Gaulle) , il n’a que faire de la France combattante, et trouve bien plus commode de traiter séparément avec les autorités locales, que ce soit aux Antilles, en Océanie, en Afrique du Nord… ou à Vichy. Du reste, il souhaite que les forces alliées qui débarqueront un jour en France prennent elles-mêmes en charge les territoires libérés, et il entreprend d’en persuader les Britanniques ; au ministre des Affaires étrangères Eden, il expose même à la fin de mars 1943 sa conception d’une Europe d’après-guerre entièrement prise en main par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l’URSS, avec quelques curiosités comme ce nouvel Etat de « Wallonie », qui comprendrait « la partie wallonne de la Belgique, ainsi que le Luxembourg, l’Alsace-Lorraine et une partie du nord de la France. »

        A.EDEN, The Reckoning, Cassel, Londres, 1965, pp 372-3

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  1. @SamuelB
    Excusez moi,j’ai un profond respect pour les américains qui sont tombés et qui ont libéré la France de l’emprise allemande;il ne me semble pas ,en lisant l’article qu’il y ait une quelconque animosité contre eux;les vérités relatées ici sont belles bien réelles…
    Cela n’enlève nullement la valeur et le remerciement aux pauvres gars qui n’ont pas eu la chance de revenir chez eux.

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    1. @NancyB

      ma réaction n’était pas spécialement destinée à souligner une animosité quelconque, mais à dire ce que je pensais des américains de l’époque qui sont venus nous sortir des griffes du nazisme!!! Depuis ce temps là, j’ai pas toujours été d’accord avec toutes les interventions des USA non plus…

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  2. Pour l’Histoire…
    Le CFR (Council on Foreign Relations) a inspiré au président Roosevelt un projet de création d’Etat de type bourguignon (à la Degrelle) (« The President mentioned a German study made in 1940 proposing a federal union of Alsace, Lorraine, Luxemburg, and the two parts of Belgium. ») qui témoigne d’une connaissance très approximative des réalités européennes de la part des autorités supérieures américaines.

    En mars 1943 et Anthony Eden, secrétaire aux Affaires étrangères de Churchill, est convoqué à Washington par le secrétaire d’État Cordell Hull, il livre en page 268 ce témoignage : « Après mon entretien avec Hull, j’ai dîné en tête à tête avec le président et Harry Hopkins. M. Roosevelt m’a exposé avec allégresse ses vues sur les problèmes européens. D’après lui, la Grande Bretagne, les États-Unis et la Russie devraient détenir l’ensemble de l’armement en Europe après la guerre. Les petites puissances n’auraient rien de plus dangereux que des fusils. (…) Ce qui est plus surprenant, c’est qu’il envisageait aussi une prise en main de l’ensemble de l’Europe par les trois puissances. (…) Roosevelt s’est ensuite inquiété de l’avenir de la Belgique, et il a fait état du projet qu’il avait exposé à M. Lyttelton quelques mois auparavant. Il s’agissait de la création d’un État appelé la « Wallonie», qui comprendrait la partie wallonne de la Belgique, ainsi que le Luxembourg, l’Alsace-Lorraine, et une partie du nord de la France ». (A. Eden, The Eden Memoirs. The Reckoning, Londres, 1965)

    Par ailleurs dans l’ouvrage de Sir Llewellyn Woodward, « British Foreign Policy in the Second World War », Londres, Her Majesty’s Stationery Office, 1962, l’auteur évoque un mémorandum américain (automne 42) dans lequel, écrit-il, « The Americans also seemed to have in mind the absorption of « Walloon » Belgium by France, and the creation of a new national unit out of Flanders (this term was not more closely defined), Luxembourg, Alsace-Lorraine, the Eiffel and Palatinate areas, and possibly the Ruhr » (p.434)…

    Enfin, pour un peu plus complet, mentionnons aussi dans les « Churchill War Papers » (vol. III, p.1055), l’évocation d’un télégramme de Roosevelt à Churchill du 15 juillet 1941, à l’origine de la Charte de l’Atlantique, dans lequel le Président américain évoque les dissensions à craindre si, comme elle l’annonce d’emblée, la Grande-Bretagne entend rétablir nécessairement les frontières d’avant-guerre. Il évoque bien sûr la Yougoslavie mais cite ensuite les répercussions de tels projets sur les Tchèques et les Slovaques, les Flamands et les Wallons… « (…) the Walloons and Flemings traditionally at odds with each other » !

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