La France et l’Europe

Voir aussi notre article Karel De Gucht et Charles de Gaulle.

« Un jour viendra où vous toutes nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne ». Si l’inspiration d’un Victor Hugo peut inspirer la France au XXIe siècle, elle se trouvera des raisons de croire en elle et en l’Europe. On est loin du compte, évidemment.

La France doit se réconcilier avec elle-même, sachant qu’elle apparaît une fois de plus comme une « société bloquée », peu en phase avec l’évolution du monde, alors que de nombreux Français sont des acteurs de premier plan de la mondialisation, aussi bien dans l’économie globale que dans les organisations internationales ou à la tête de la FIFA, cette multinationale du spectacle qui dicte ses conditions à des états de moins en moins souverains.

Pour ceux qui ont pris de la hauteur et gèrent leurs affaires à l’échelle du monde, la référence à l’Etat-nation n’a plus lieu d’être et le vote du citoyen est neutralisé par l’économie de marché. Pour la France d’en bas, la perspective est différente, on l’aura compris. La confiance est rompue avec des élites internationalisées. Inutile de s’appesantir sur les contradictions de la société française. Querelles idéologiques et conflits d’intérêts font de la France un pays difficile à gouverner. Pour incarner la France au-delà de ses divisions, il ne suffit pas d’être élu président de la République.

En dépit de l’universalisme des lumières qui nourrit sa culture politique, la France n’est pas forcément prête à se diluer dans le monde, ni même dans l’Europe. Si l’Union européenne était plus à l’écoute des citoyens, si elle voulait bien garantir le progrès social plutôt que d’apparaître à certains comme une escroquerie ultralibérale, il serait plus facile de dépasser ses attaches nationales et de se construire une véritable identité européenne. Mais rien n’indique un changement de cap dans la façon dont l’Europe est réalisée. Certains responsables ont néanmoins compris le danger qui menaçait la construction européenne. Hier, Herman Van Rompuy a jugé « essentiel que l’Union européenne soit aussi protectrice ». « Il est impératif, a-t-il ajouté, que l’UE ne soit pas vue seulement comme bénéficiant aux entreprises, mais aussi aux employés; pas seulement à ceux qui bougent mais aussi à ceux qui restent; pas seulement à ceux qui ont des diplômes et des compétences linguistiques, mais à tous les citoyens. »

L’Europe est devenue un véritable enjeu, ce n’est plus seulement une idée, une utopie, un rêve à protéger mais une réalité : une réalité imparfaite qui ne peut échapper à la critique. Sans réflexion critique, sans échanges contradictoires, il n’y a pas de démocratie réelle, il n’y a que des symboles trompeurs, des jeux de pouvoir, des intérêts à défendre. Alors, même les plus inconditionnels des europhiles ne se détourneront pas de la remise en question faite ici par l’historien François Kersaudy. Cette chronique a été publiée mercredi sur le site du magazine Le Point. Nous en reprenons deux extraits. Pour l’intégralité du texte, cliquer ici .

« De nos jours, l’Union européenne à vingt-huit n’a plus que des tarifs extérieurs communs dérisoires, la politique commerciale commune est éclipsée par une concurrence acharnée entre pays membres, et l’Union traque impitoyablement les subventions accordées à leurs industries. Pendant ce temps, les États-Unis, la Chine, le Japon, l’Inde et le Brésil protègent férocement leurs marchés et subventionnent massivement leurs industries. Réciprocité ? Connais pas ! Que font le Conseil et la Commission au sujet de l’effondrement de nos exportations et de nos industries, des délocalisations massives et du chômage qui en résultent ? Nothing ! Qu’en dit le Parlement européen ? Nichts !

« L’élargissement démesuré de l’Union et des compétences de la Commission, résultant principalement de la démission des gouvernements, s’est fait au nom de « la paix ». Il faut en déduire qu’en l’absence d’une Commission omnipotente, de réglementations aberrantes et de sentences juridiques délirantes, la France serait en guerre contre le Danemark, tandis que la Finlande aurait depuis longtemps attaqué l’Allemagne. C’est oublier que ce n’est pas l’Europe qui a fait la paix, mais la paix qui a fait l’Europe…, et surtout que, de mémoire d’homme, les démocraties ne se sont jamais fait la guerre – même en l’absence de tout meccano institutionnel supranational. Mais que peut faire ledit meccano pour assurer la paix aux frontières de l’Est ou du Sud ? Niente ! Il s’est pourtant doté d’une « haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité », madame Ashton, non élue, résolument unilingue, sans expérience des affaires étrangères, mais ayant rang de ministre, 1 600 fonctionnaires à disposition et un budget faramineux. Que fait-elle pour promouvoir le début du commencement d’une politique extérieure européenne ? Niets !

« (…) On pourrait poursuive ainsi ad infinitum, en parlant du trafic d’influence institutionnalisé des lobbies qui campent à Bruxelles, des fraudes monumentales aux aides communautaires, de la farce surréaliste des processus d’adhésion, des députés fantômes et des bureaucraties étouffantes, des décisions brusquées et des inactions prolongées, mais à quoi bon ? Mieux vaudrait évoquer cette autre Europe à taille humaine qui aurait dû voir le jour, celle où l’approfondissement aurait précédé l’élargissement, où les rapprochements progressifs des peuples et des institutions auraient remplacé les symboles creux et les marches forcées, où, en somme, les bœufs auraient été mis avant la charrue, plutôt que l’inverse. Au lieu de quoi, nous voici livrés volens nolens aux « aréopages technocratiques, apatrides et irresponsables » qu’avait entrevus en son temps le général de Gaulle. Souvenons-nous qu’il en prédisait aussi l’échec : « Chaque peuple est différent des autres, avec sa personnalité incomparable, inaltérable, irréductible. Si vous voulez que des nations s’unissent, ne cherchez pas à les intégrer comme on intègre des marrons dans une purée. […] L’arbitraire centralisation provoquera toujours, par chocs en retour, la virulence des nationalités. » Tout était dit… »

Au mois d’avril, nous avons publié sur ce site un article intitulé De la démocratie en Europe. Il y était surtout question des négociations en vue de créer un marché commun avec les Etats-Unis. L’opposition à ce partenariat transatlantique de commerce et d’investissement, au nom des « droits démocratiques en danger », commence à s’organiser. En Belgique francophone, il existe une plateforme contre le transatlantisme à laquelle on peut adhérer pour faire pression sur la Commission européenne. Voici le lien : http://www.no-transat.be/adhere/texte-plateforme.

G.R.

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Une réflexion sur “ La France et l’Europe ”

  1. L’Europe et surtout l’Euro, cette monnaie unique, sont de vastes blagues!!! L’Europe était une bonne idée au départ (Benelux et ainsi de suite…) mais c’est devenu du grand n’importe quoi avec le temps!!! On a déjà bien trop élargi!!! Une Europe des 12 ou 15 maximum c’était bien, après, c’est devenu trop! Et puis le seul point positif de l’Euro c’est qu’on peut se balader dans la zone Euro, sans devoir changer de monnaie comme dans l’temps (quand on voulait aller en France, il fallait des Francs Français, quand on voulait aller en Allemagne, il fallait des Deutsch Mark, etc…). En revanche, et depuis 2002 et sa mise en service, qu’est-ce que la vie a augmenté!!! On s’est bien fait avoir sur ce coup là!!!!

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