Echos et mise au point après notre conférence de presse (3)

Lu sur le site du quotidien L’Echo du 22 février sous la rubrique Les coulisses de la rédaction.

Les (nouveaux) grognards de Hollande

Alors que la cote de François Hollande tutoie le nadir, quelques valeureux régionalistes wallons se disent prêts à donner ce qui leur reste pour relever cette République aujourd’hui au tapis. Elections obligent, les rattachistes ou ceux qui les inspirent sont de retour ! L’ »Alliance Wallonie France » (AWF) qui se présente « comme un jeune mouvement citoyen né en mai 2013″ ne parie pas un kopek sur une Wallonie devenue autonome.

Démonstration chiffrée à l’appui, le Pr émérite Jules Gazon (HEC-Liège) prédit carrément l’apocalypse avec un « scénario infernal à la grecque » ! Pour ne citer qu’un chiffre calculé par le professeur, avec la part supportée de la dette de l’État belge, les besoins de financement de la Wallonie autonome exploseraient à 13% de son PIB, la norme européenne étant, pour rappel, à 3% !

Par défaut, Jules Gazon, après avoir testé tous les « destins institutionnels wallons possibles » et donc éliminé « la continuité de la Belgique post 6e Réforme de l’État » ou encore le « confédéralisme belge coquille vide », s’est converti au rattachisme.

La 7e boule de cristal

Depuis… Paris, le très régionaliste et ex-ministre-président wallon Robert Collignon, a adressé un soutien très marqué à l’AWF.

À suivre l’éminence socialiste, l’affaire est cuite « parce qu’on ne veut pas voir en Wallonie les avancées de la 6e réforme de l’État comme un châtiment divin, comme la malédiction de…. Rascar Capac » (mais oui, la momie inca imaginée par Hergé dans « Les Sept boules de Cristal »).

Mystérieux, Robert Collignon livre ensuite un inimaginable scoop ! Le grand homme d’Amay dit avoir été informé par « de jeunes intellectuels flamands » des deux conditions « pour que la Belgique s’éteigne d’elle-même : l’arrivée de Di Rupo au 16 et celle de Philippe au Palais ».

Les deux conditions étant aujourd’hui remplies, Collignon, vent debout, appelle la Wallonie « fidèle au congrès de 1945 » à marcher vers « l’an 1 d’une nouvelle ère, en rejoignant les révolutionnaires de 1792 » (sic).

L’ancien ministre libéral Pierre Hazette, depuis le Sénégal, a délivré aux sympathisants de l’AWF sa certitude : « La Wallonie sortira plus pauvre de la 6e réforme de l’État ».

Prônant davantage une « patience ardente » (un oxymore signé Arthur Rimbaud), Hazette, dans une posture de rattachiste presque gêné, refuse à ce stade de s’exposer, se contentant de « porter le message de la raison et de montrer la voie ». Vers l’Hexagone, bien entendu.

Sous la plume d’un journaliste dont le nom n’est pas cité, la relation de notre conférence de presse se veut humoristique à l’image des articles repris dans « Les coulisses de la rédaction » du quotidien. Je tiens à quelques mises au point :

1. Le titre « Les (nouveaux) grognards de Hollande » (sic) donne tout de suite le ton. Ce titre me donne l’occasion de redire que notre Alliance est pluraliste tant au niveau politique que philosophique. Nous assimiler à des grognards de Hollande est avant tout stupide. L’intégration atteinte, il appartiendra à chacun des membres de l’AWF d’opérer son choix politique ou de confirmer son adhésion au parti qui est le sien aujourd’hui.

2. « La cote de Hollande tutoie le nadir ». Nous n’avons pas attendu le J.I. (journaliste inconnu) pour obtenir cette non-information. Dans une région comme la nôtre où plus de 30 % des téléspectateurs regardent régulièrement les chaînes françaises, nous savons que la cote du Président Hollande tutoie l’astronomiquement bas à l’encontre de son ami Di Rupo qui, selon nos médias, est au zénith.

Est-ce à dire que la Belgique se porte à merveille pendant que la France est à l’agonie ? Stupide, une nouvelle fois ! Mais notre J.I. insiste et parle « d’une République au tapis ». Excusez du peu ! Notre J.I. semble ne pas savoir que le premier parti belge est la N-VA dont le premier article des statuts prévoit la fin de l’Etat belge.  (Pour rappel, le dernier sondage  situe la N-VA à plus de 32 % des intentions de vote en Flandre.) Je ne vois pas que l’existence de la République française soit en danger.

Remarquons au passage que pendant que Di Rupo se pavane aux côtés des pandas, de la famille royale et des people, son parti, le P.S., dégringole dans les sondages. Je connais plus d’un membre du P.S., notamment à l’AWF, qui commencent à en avoir ras-la-casquette d’un premier ministre qui soigne sa communication et parle de tout, sauf de politique.

3. « …élections obligent ». Non, M. le J.I., nous n’avons pas attendu la campagne électorale pour nous  exprimer au travers de conférences-débats. Trouvez-vous anormal que nous voulions que le projet d’intégration-autonomie, entre autres,  prenne place dans le débat politique ? Nos idées seraient-elles à ce point sulfureuses ou inadéquates parce que politiquement incorrectes ?

4. « …quelques  valeureux régionalistes wallons ». Ici, nous sentons le journaliste d’investigation qui sait combien de membres et de sympathisants discrets nous comptons. Le mot « valeureux » fait sans doute allusion aux « Valeureux Liégeois », hymne des Liégeois. Il est vrai que la réflexion est partie de Liège, mais depuis, l’AWF a bien  essaimé dans toutes les Provinces wallonnes et chaque jour, de nouveaux membres nous rejoignent. Comme il en a toujours été dans l’histoire du mouvement wallon, nous revendiquons cette proximité avec les régionalistes wallons. Eh oui, cher J.I., pour nous, le mot « wallon » n’est pas un gros mot qu’il ne faut pas prononcer !

5. « …l’AWF ne parie pas un kopek sur une Wallonie devenue autonome ». Tout au contraire de ce qu’avance notre J.I., nous croyons en une Wallonie qui, devenue autonome, se tournera vers la France pour négocier avec elle une  intégration respectueuse de ses particularités et de son passé. Un de nos  grands espoirs réside dans les élections fédérales de 2014 qui pourraient créer les conditions permettant aux Wallons de se libérer d’un Etat belge de plus en plus mortifère pour la Wallonie.

6. « …Démonstration chiffrée à l’appui, le Pr émérite Jules Gazon (HEC-Liège) prédit carrément l’apocalypse avec un ‘scénario infernal à la grecque’ ! ».  Ce n’est pas de gaieté de cœur que le professeur Gazon aligne des chiffres qui ne sont pas bons pour la Wallonie. Parler d’apocalypse est caricatural car Jules Gazon se refuse à stigmatiser le travailleur wallon qui avec ses qualités est en capacité de s’en sortir à condition d’avoir des dirigeants qui s’attaquent au sous-emploi endémique, à l’hypertrophie politico-administrative, à un taux d’emploi catastrophique et à une faible productivité globale de l’emploi. Ces quatre facteurs stimulants de la productivité sont pour la plupart inhérents à des choix politiques.

7. « Par défaut, Jules Gazon, après avoir testé tous les ‘destins  institutionnels wallons possibles’ et donc éliminé ‘la continuité de la Belgique post 6e Réforme de l’État’ ou encore le ‘confédéralisme belge coquille vide’, s’est converti au rattachisme. » Ici, rien à dire. Tel est en effet la conclusion de Jules Gazon qui a terminé  son exposé par ces mots : « Dire la vérité aux Wallons et les mobiliser pour un destin institutionnel à la hauteur de leur histoire, de leurs mérites et des efforts dont ils sont capables. » Avouez que nous sommes loin d’un discours apocalyptique.

8. « Mystérieux, Robert Collignon livre ensuite un inimaginable scoop ! ». En réalité, Robert Collignon nous a livré une anecdote. Celle d’une conversation à bâtons rompus avec quelques jeunes étudiants flamands. Pas de quoi… en faire un scoop ! L’on sent que le J.I. porte une affection toute particulière à notre Amaytois  qu’il nomme « Le grand homme d’Amay ». Nous aurions préféré que le  J.I. s’attarde à retranscrire la conclusion du discours de Robert Collignon : « Cette autonomie wallonne, cette volonté d’affirmation identitaire ne pourra avoir lieu qu’en

     ° oubliant l’adhésion à un pays moribond,

     ° proclamant son appartenance à la grande culture française, celle des droits de l’homme,

     ° cherchant avec et au sein de la République une union respectant nos particularités, notre passé,

     ° nous débarrassant de tout complexe. »

9. « Hazette, dans une  posture de rattachiste presque gêné, refuse à ce stade de s’exposer, se contentant de ‘porter le message de la raison et de montrer la voie’. » Ici, notre J.I. s’improvise psychologue et détecte chez Pierre Hazette une certaine gêne, un refus de s’exposer.

Bizarre pour quelqu’un qui éprouve une certaine gêne (sic) de faire partie de notre groupe de parrainage dont chaque visiteur de notre site peut trouver les noms. Pierre Hazette est en réalité un sage qui apporte beaucoup à notre mouvement et à la réflexion qui est la nôtre.

10.  Notre J.I. n’a pas compris ou n’a pas voulu comprendre que notre mouvement citoyen est riche de sa diversité, riche de personnes qui ont leur liberté de ton, riche de citoyens qui se retrouvent sur les points suivants :

a) La fin de la Belgique est inéluctable. La crise économique et sociale va susciter un mécontentement citoyen inévitable. La N-VA et ses alliés au gouvernement flamand vont le récupérer. La Belgique confédérale sera sans cesse évolutive dans le sens voulu par la Flandre avec une Belgique coquille quasiment vide, mais dont le peu sera toujours dominé par la Flandre.

b) Une Wallonie indépendante n’est pas viable au niveau de ses finances publiques. Un Etat Wallonie-Bruxelles ne l’est pas pour des raisons politiques (rejeté par 70 % des Bruxellois qui affirment leur identité bruxelloise).

c) Par défaut, la communauté de destin avec la France s’impose. C’est le choix de la raison. C’est aussi le choix de la solidarité interrégionale, du refus de sacrifier deux générations de Wallons sur l’autel d’une Belgique évanescente. C’est enfin notre seul partenaire naturel qui nous permettra d’envisager des économies d’échelle. Une alliance étroite avec la République française s’impose à nous, quel que soit notre attachement à une Belgique que d’aucuns continueront à saboter jusqu’à la faire disparaître…

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4 réflexions sur “ Echos et mise au point après notre conférence de presse (3) ”

  1. Le plus dramatique dans l’histoire,c’est que ce journaliste « dont le nom n’est pas cité »,ferait peut être mieux de faire autre chose que le métier qu’il fait actuellement ;pour rappel tou journaliste se doit de communiquer à la population des nouvelles,empreintes d’un maximum de neutralité et dont le but est de les informer et non de les diriger; entendons que ce que pense ce journaliste dans son fonds intérieur n’intéresse pas;il reste plutôt amusant par sa superficialité.
    Pour peu cela friserait pour souvenir un pamphlet du début du siècle.

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  2. Je suis tout à fait interpellé par le langage très libre de ce journaliste qui a choisi de se représenter lui plutôt que d’informer de la façon la plus pertinente et la plus vrai le citoyen, son frère, son semblable, de la réalité économique et identitaire qui le menace dans son existence. Parbleu où est la tendresse dans tout cela et où est la bienveillance, je le lui demande en propre. Mais aurais-je une réponse? Je vous adresse à tous cette demande car elle nous interpelle tous: « Ne sommes nous pas chacun de nous un peu comme ce journaliste ? ». Quand donc parlerons-nous du citoyen wallon que nous sommes !! Ou préférez-vous que je vous parle du « citoyen belge »? Ne trouvez-vous pas que cette dernière expression ne convient tout simplement pas.

    Fraternellement

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    1. Plutôt que de « citoyen belge, ne vaudrait-il mieux pas parler de « sujet » ?
      Ce serait plus logique. Même si la belgique a une constitution, c’est un système hybride et l’attitude de nos gouvernants (ou simples élus) reste celle de courtisans face à la « grandeur » (fantasmée et imposée !) de ceux qu’on appelle curieusement les « souverains »…
      Or, en démocratie, c’est le Peuple qui est souverain !

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      1. Euh… Et puis… « belge », n’est ce pas l’anagramme de « glèbe » :Terme de féodalité signifiant : « fonds de terre avec ses serfs et ses droits ». ?

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