La mémoire de la Grande Guerre

« La Flandre instrumentalise la Grande Guerre. » Pour Laurence Van Ypersele, historienne à l’UCL, invitée du jour au 7-9 de la Première, c’est une évidence.

flanders fieldsCe que nous en pensons ?

Ben oui. Le passé divise aussi les Belges. Ils ne s’en font pas la même idée. On sait combien le Gouvernement flamand a souhaité investir dans la commémoration de la première guerre mondiale. Il est vrai que les Anglais n’ont jamais cessé de cultiver le souvenir des Flanders Fields où, symboliquement, le rouge des coquelicots rappelle le sang versé par les soldats de l’immense empire britannique. Au-delà du tourisme mémoriel et de ses retombées économiques attendues, il y a aussi l’opportunité de faire exister la Flandre au niveau international et d’y associer la Tour de l’Yser, chère au nationalisme flamand, qui tour de l'Yserdénonce en même temps les horreurs de la guerre et le mépris dont le peuple de Flandre aurait tout particulièrement souffert.

Dans la représentation du passé, les légendes et les mythes ont leur place. L’histoire n’est pas le moindre des enjeux quand il s’agit de bâtir le futur. Placé sous le signe de la blanche colombe (PAX) et d’une mouette au cri mystique autant que revanchard (AVV-VVK), le centenaire de la Grande Guerre est en mesure d’infléchir encore un peu plus la mémoire collective et l’identité de la Flandre, au service d’un projet politique devant conduire à l’effacement de la Belgique.  Il a donc fallu que le Gouvernement fédéral « contre-attaque » et se réapproprie le souvenir de la guerre 14-18 en Albert-Iercélébrant la figure tutélaire du Roi-chevalier, cette image d’Epinal invoquée par ceux dont la Belgique unitaire est la référence indépassable.

Impossible, évidemment, pour le Gouvernement fédéral, de laisser Liège en dehors des cérémonies commémoratives, puisque la Cité ardente a été la première à subir le choc de l’invasion allemande et que la ville a été choisie en 1925 pour l’édification d’un mémorial interallié. C’est donc Liège et les Liégeois qui, le 4 août 2014, vont ouvrir le bal, si on peut dire, en accueillant le roi Philippe et ses invités. Ce sera l’occasion de rappeler que, dès les premiers jours du conflit, la Ville de Liège a été honorée en ces termes par la République française : « Au moment où l’Allemagne, violant délibérément la neutralité de la Belgique, reconnue par les traités, n’a pas hésité à envahir le territoire belge, la ville de Liège, appelée, la première, à subir le contact des troupes allemandes, vient de réussir, dans une lutte aussi inégale qu’héroïque, à tenir en échec l’armée de l’envahisseur. Ce splendide fait d’armes constitue, pour la Belgique et pour la ville de Liège en particulier, un titre impérissable de gloire dont il convient que le gouvernement de la République perpétue le souvenir mémorable en conférant à la ville de Liège la croix de la Légion d’honneur. »

Bien sûr, on peut hausser les épaules à la lecture de ce communiqué officiel, mais ce qui ne trompe pas, ce qui va bien au-delà du calcul diplomatique, ce qui mérite à coup sûr d’imprégner à nouveau la mémoire collective des Liégeois, sinon des Wallons, c’est Liège 1919 (2)l’ambiance qui régnait dans la Cité ardente au moment où le Président de la République française est venu remettre cette croix de la Légion d’honneur à la ville de Liège. Qu’on en juge par cet article du journal Le Soir :

« La réception faite par la ville de Liége au président de la République, et la remise solennelle de la Légion d’honneur à la ville ont été ce qu’on en attendait : elle se sont accomplies dans un enthousiasme délirant.

Une foule formidable, dépassant tout ce qu’on prévoyait, était descendue dans les rues de la ville, sur le passage du cortège. (…) Aucun incident fâcheux n’est venu troubler la grandeur de cette journée. A supposer qu’on dût avoir des craintes, on n’aurait pu, du reste, que redouter un excès de sentiments francophiles, donnant lieu à des manifestations regrettables pour l’unité belge. Rien de semblable ne s’est produit, et la foule, dans ses acclamations frénétiques, a mêlé les noms du Roi, de la Reine, de l’armée belge à ceux du président Poincaré et de Foch.

(…) Un arc de triomphe splendide, érigé boulevard d’Avroy, face à la statue Rogier, est entouré de fillettes fleuries. Au sommet de l’arc de triomphe, dominé par des statues, on lit cette inscription : « A la France ! ».

(…) Quand le discours est terminé, le Président serre longuement la main à M. Kleyer, puis il épingle la croix de la Légion d’honneur sur un coussin que lui tend l’échevin Hénault, coussin aux couleurs de la ville et aux couleurs de la Belgique emmêlées, puis M. Hénault dresse vers la foule immense le coussin. On voit se détacher au pied du Perron Liégeois la croix glorieuse. Et la foule acclame avec délire comme jadis les foules mystiques qui apercevaient une relique fameuse.

La Brabançonne et la Marseillaise sont chantées en chœur par des milliers de poitrines, et des fenêtres, des balcons, le Roi, la Reine, le Président, le maréchal Foch sont acclamés avec frénésie. »

La mémoire de la Grande Guerre n’est pas la même à Liège et à Dixmude, assurément. Gageons toutefois que le gouvernement fédéral saura fédérer.

Signalons quand même ici, parmi les initiatives prises au niveau local pour marquer le centenaire de la première guerre mondiale, un projet qui initie une véritable collaboration entre localités françaises et wallonnes. Ce projet, c’est celui de Sambre rouge, De part et d’autre de la frontière actuelle, on se promet de travailler ensemble au-delà de 2018. Voilà un exemple à suivre.

Georges R.

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Une réflexion sur “ La mémoire de la Grande Guerre ”

  1. Il est vrai qu’en 1914, les Allemands commirent des atrocités partout sur leur passage. Toutefois à la différence des provinces « thioises », il est apparu tant en Wallonie qu’en France que les populations situées le long de la rive droite de la Meuse auraient dû faire place aux Germains comme le rêvaient une bande revanchards allemands pour corriger les « erreurs » du partage des traités de Verdun et de Meersen. Les actions de terreur visaient le déménagement des Wallons
    et des Français vers la rive gauche de la Meuse. Aujourd’hui encore certains cercles allemands redessinent la carte de l’Europe et, comme par hasard, la France doit être démembrée. Etrange cette obsession germanique. (on peut visionner cela sur Wikipedia). Quant aux Flamands même s’ils avaient été Néerlandais, ils n’auraient pas échapper à la guerre parce que les Allemands rêvaient depuis longtemps (ils en rêvent encore) de faire main basse sur les ports de la Vlaamse Kust d’où l’intervention des Britanniques ( veuillez laisser la morale au vestiaire svp).
    Quant au Roi Chevalier peut-on jurer qu’il fut (politiquement parlant) durant le conflit un chevalier blanc ?

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