Affirmer notre identité… française

Une opinion de Jules Gheude, essayiste politique et coordinateur des travaux du Gewif (Groupe d’Études pour la Wallonie intégrée à la France)

jules gheude 4Une fois de plus, les Fêtes de Wallonie ont fourni l’occasion de rouvrir le débat sur l’identité wallonne.

Cette année, Rudy Demotte, le ministre-président wallon, a lancé le concept de “nationalisme wallon”, lequel, à l’inverse du flamand, serait “positif”.

Dans “nationalisme”, on trouve “nation”. C’est ainsi que la Flandre se considère aujourd’hui, comme le précise le préambule de la Charte adoptée il y a deux ans par un Parlement flamand unanime.

Un atlas historique permet de constater que la Flandre figure sur les cartes depuis le Xe siècle, tout comme l’Ecosse, dont on sait le rôle important qu’elle joua en tant que royaume. Ces deux entités ont toujours développé un profond sentiment d’identité, qui explique qu’elles se retrouvent aujourd’hui à la pointe du combat nationaliste. 2014 verra l’organisation du référendum écossais sur l’indépendance, tandis que la N-VA et le Vlaams Belang pourraient rafler la majorité des sièges flamands à la Chambre, à l’issue des élections législatives du 25 mai.

Cette assise historique fait défaut en ce qui concerne la Wallonie, dont le mot n’apparut qu’à la moitié du XIXe siècle. Jusque-là, l’histoire parlait des Flamands et des Ecossais, pas des Wallons.

Les vicissitudes de l’Histoire ont tenu ces derniers en dehors des frontières politiques de la France (hormis durant la période 1792-1815), alors que depuis le XIIIe siècle, ils avaient adopté spontanément le français et s’étaient placés, avec une fidélité jamais démentie, dans l’orbite intellectuelle et culturelle de Paris.

Pourquoi, dès lors, s’esquinter aujourd’hui à forger une identité qui existe ? Elle est française, tout simplement. Ceci sans méconnaître ou mépriser les particularités locales et les aspects dialectaux, qui caractérisent aussi chaque région de France et ne sont aucunement brimés.

On dénombre chez nous, outre le picard et le gaumais, trois variétés de wallon. Mais ces dialectes, éminemment respectables, ne permettent pas la compréhension mutuelle. Le véritable tronc commun reste la langue française, qui fut d’ailleurs l’unique véhicule d’expression du Mouvement wallon, depuis le Congrès de 1905 jusqu’au Mouvement populaire wallon de 1961, dont le fondateur, André Renard, reconnaissait que “notre cœur reste attaché à la France […], le grand flambeau, […] la grande lumière de culture”.

Le sentiment d’appartenance ne se décrète pas. Il s’entérine.

En 1992, la présidence du gouvernement wallon, confiée à Guy Spitaels, fit paraître dans les quotidiens une pleine page présentant 17 figures de Wallonie, parmi lesquelles plusieurs artistes. Il s’agissait de souligner “la volonté de plus en plus forte d’affirmer notre identité”.

La démarche irrita l’artiste liégeois Patrick Corillon : “N’y aurait-il pas dérive nationaliste ? La récupération d’artistes à des fins politiques est aussi néfaste pour les artistes qui s’y voient réduits, que pour les hommes politiques qui outrepassent leur crédit et discréditent leur action”.

La Wallonie peut certes s’enorgueillir d’un patrimoine culturel et artistique foisonnant. Mais n’est-ce pas Paris qui fit la gloire de Grétry, de Franck, de Rops, de Simenon ou de Michaux, lequel opta d’ailleurs pour la nationalité française ? N’est-ce pas la France qui contribue massivement aujourd’hui à la promotion de nos artistes et créateurs ?

Alors que la scission de la Belgique apparaît de plus en plus inéluctable, les propos de Rudy Demotte sont particulièrement malheureux.

On sait qu’un Etat wallon indépendant ne serait financièrement pas viable et verrait ses prestations sociales diminuer de 10 à 15 %. On sait aussi qu’une majorité des Bruxellois n’est pas favorable à une association avec la Wallonie.

Mais il reste la France, dont nous avons été arrachés par les hasards de l’Histoire mais dont nous sommes si proches, tant sur le plan de la langue et de la culture qu’au niveau des valeurs essentielles. Comme l’indiquent divers sondages, elle serait prête, à 60 % de sa population (75 % dans les régions frontalières), à nous accueillir. Et il y a aussi ce sondage “Le Soir – La Voix du Nord” de 2008, qui révélait qu’un Wallon sur deux opterait pour la France en cas d’éclatement de la Belgique.

Tomber dans la dérive nationaliste c’est rendre le plus mauvais service à la population wallonne. Ce n’est pas l’identité wallonne qu’il convient d’affirmer, mais bien notre identité française !

Publicités

18 réflexions sur « Affirmer notre identité… française »

    1. Cher Eustache Daly,
      c’est toujours le cas. Les commentaires accompagnant les articles sur le rattachisme / réunionisme se limitent souvent à une foire d’empoignes entre les partisans et opposants de la Wallonie française. Rien de bien nouveau dans ce cas-ci: d’un côté, les tenants du « België » éternel, abhorrant la France, en quête perpétuelle d’une prétendue identité belge et souvent d’une vulgarité crasse et de l’autre côté, les romantiques ou pragmatiques partisans de l’alliance avec la France qui se heurtent à ces vagues d’idées préconçues…

      J'aime

      1. Je faisais simplement remarquer le déferlement de propos haineux de nombreux bruxellois qui n’acceptent pas que la Wallonie suive une autre voie qu’eux…
        Pour le reste, les arguments des uns et des autres (pour ou contre) sont purement émotionnels, excessifs et donc insignifiants. Là, je partage votre avis.

        J'aime

  1. « Mais il reste la France, dont nous avons été arrachés par les hasards de l’Histoire … »
    Quand la Wallonie, sans la partie néerlandophone du pays, a-t-elle fait partie de la France?

    merci d’avance pour votre réponse

    J'aime

  2. à Belgian révolution. Réponse factuelle. Comme le mentionne Jules Gheude, appartenance de 1792 à 1815 (d’autres diraient de 1794 à 1814). Certes, « avec » la partie nord du Pays, flamande, brabançonne, limbourgeoise, dont les élites « fonctionnelles » (hiérarchies religieuses, administratives, militaires, commerçantes, culturelles,…) étaient tout « francophones » (ce qu’il ne faut pas nier, comme nombre de Flamands le font, et aussi, pas mal de Wallons et Bruxellois, sous influence), Mais vingt années qui comptent bien plus que « double », vu leur impact, immense, sur le droit « belge », et sur la culture « belge ». Et parce que la fin de cette appartenance n’a pas eu pour cause une révolte (comme il en fut quinze ans plus tard à l’encontre de la Hollande), mais a été imposée par les cinq puissances victorieuses de la France .

    Et aussi, appartenance « wallonne » plus ancienne à la Gaule indépendante (dite « chevelue » au sud de la Seine, « belge » au Sud, de Reims et Amiens à Tongres et Trèves…), puis romaine, puis franque (d’où « France »), pendant un paquet de siècles (plus de mille ans…). Avant que les entités politiques wallonnes ou semi-wallonnes et largement latinisées (Liège, Namur, Mons, Luxembourg, etc, la « Wallonie » n’ayant pas d’existence politique) en soient séparées, comme la Lorraine, la Franche-Comté, la Picardie du nord (Arras, Valenciennes, etc.), la Provence, le Lyonnais, la Savoie, Nice, etc., avec le partage de Verdun (843), alors que, ô paradoxe, la Flandre comtale (Ypres, Bruges, Gand, et aussi Lille,…), contrairement au Brabant, a fait continument partie du royaume de France jusqu’ à François 1er (1529).

    La roue a tourné, dans un certain sens, toujours le même, puisque toutes ces « contrées » (et la partie entièrement francophone du comté de Flandre, avec Lille…), et même l’Alsace, sont retournées à la France, donc à la Gaule (les dernières, la Savoie et Nice, en 1860), sauf l’espace wallon (et celui de l’Helvétie romande). Elle tournera encore, et encore dans le même sens, et ce sera cette fois pour la Wallonie…

    J'aime

    1. Il faudra quand même, un jour, expliquer aux « Belges » le mystère de l’usage de la langue française à travers l’Europe depuis des siècles. Parce que, paradoxalement, la maison de Habsbourg fut un vecteur efficace de la diffusion de la langue française et cela certainement depuis Charles Quint jusqu’à la chute de cette famille impériale après 1918.

      J'aime

    2. 1) L’occupation de la France de la Belgique de 1794-1815 n’était pas sans le nord de la Belgique, comme vous l’affirmez.
      2) Pendant toute la période de 1000 av J-C jusqu’a 843 le sud de la Belgique n’a pas appartenu à la France sans le nord du pays.
      3) Comme vous indiquez à juste titre, depuis le traité de Verdun le Comté de Flandre (qui comprenait une partie du Hainaut) fut un apanage de la France. Or, depuis 1482 le Comté faisait part de l’Empire habsbourgeois.

      Toutes les principautés belges – hormis la principauté de Liège – sont passées sous le giron habsbourgeois.

      – Nice n’a jamais fait partie de la France: elle faisait partie de la Savoie et a été annexé (à plusieures reprises) par la France. Idem donc la Savoie.
      – La France a annexé une partie du Comté de Flandré, qui était pourtant majoritairement non-francophone
      – De 870 jusqu’en 1766 la Lorraine fut une partie du Saint-Empire germanique

      La France n’est pas l’héritière de la Gaule. Et si elle l’était, il faut etre logiquement vu pour un retour de la Belgique, de l’Hollande et de l’Allemagne (jusqu’au Rhin) etc. à la France.

      J'aime

  3. La Wallonie (ou plutôt le territoire qui allait le devenir officiellement par sa reconnaissance politique dans la Constitution belge) est une entité très ancienne, même si elle ne s’est jamais constituée en nation. Il y a là une communauté qui se manifeste depuis très longtemps par un sentiment d’appartenance. Sentiment d’appartenance alimenté par une même culture depuis la conquête romaine (et peut-être même avant, mais les sources manquent évidemment… Encore que… : Voir les cartes à cette adresse : http://194.88.102.133/scripts/foxisapi.dll/MercatorIshop.MercatorIshop.showItem?id_art=IT%2012.07). En cela, elle n’est pas fondamentalement différente de régions de France avec lesquelles elle partage un héritage commun beaucoup plus profond (Voir cet article de l’Express de 2005 cité ici : http://www.claude-thayse.net/article-1639766.html ) qu’avec les autres régions de Belgique plus récentes (la communauté allemande) ou anciennes (la Flandre, dont Bruxelles qui en a fait partie jusque il y a peu).
    J’ai retrouvé deux billets tirés du même blog d’un rattachiste un peu délaissé qui en parlent :
    http://www.claude-thayse.net/article-25105848.html
    http://www.claude-thayse.net/article-15596879.html

    J'aime

    1. Je ne vois pas des cartes lorsque je vais vers la première adresse que vous avez indiqué. Quant au deuxième lien: cet article est un essai sur la France, pas sur la Wallonie. Les liens avec la France seraient plus profonds qu’avec la Flandre? Cette hypothèse est basée sur quoi? La Principauté de Liège a persisté durant presque 500 années comme Etat indépendant englobant la province actuelle du Limbourg et de Liège. Je n’y vous aucun lien mystique avec la France. Les deux derniers liens: le nom « Wallonie » fait référence à un terme germanique.

      La genèse de la France moderne se situe au IXième/Xième siècle, celui de la Belgique au XVième/XVième siècle.

      Soyons d’ailleurs sérieux. En 1612 les Jésuites (à peine 1.500 personnes !) ont divisé leur provincia belgica dans une provincia flandro-belgica et dans une provincia gallo-belgica. Cela a duré 100 années. Quant aux Capucins, ils ont eu une provincia valloniae, englobant des parties du Luxembourg, du Hainaut et de Namur (pas de Liège, ni du Brabant). Rélévance politique: 0.

      J'aime

      1. J’ai eu la curiosité de suivre le lien sur votre pseudo…. Rien que des mouvements d’extrême droite…
        B Plus
        BEB
        Belgische Alliantie
        Belgische Unie
        Unie
        Pour le reste?
        Vous n’avez pas vu de cartes ? Evidemment, il faut acheter le livre…
        Votre « culture historique » est basée sur des opuscules de propagande édités pour faire croire à l’existence immortelle d’un pays (même pas une nation !) qui ne remonte qu’à 1830 et encore qui n’est qu’une création anglaise, aucun intérêt.

        J'aime

  4. Attention, ne mêlons les pinceaux, svp. La romanité des provinces wallonnes ainsi que celle de la Picardie, de l’Artois et du Vermandois remonte à la nuit des temps et a été largement démontrée et attestée. La germanité des territoires situés en leur bordure orientale et septentrionale ne se discute pas. Indéniablement, les serments de Strasbourg, 14 février 842, entre Charles le Chauve et Louis le Germanique, déclarés en langue romane et en langue tudesque, vont marquer symboliquement l’appartenance culturelle et spirituelle des régions d’Europe occidentale soit à la France soit à l’Empire germanique. Politiquement parlant, personne ne contestera que du Moyen-Age au seizième siècle (pour ne pas exagérer) l’Europe occidentale ressemblera à puzzle horriblement compliqué de possessions personnelles. Et ce ne fut qu’une successions de conflits dans le but de rassembler ce qui devait appartenir à l’un ou l’autre ensemble. Pour le malheur des Flamands comme pour celui des Wallons, le petit territoire appelé Belgique demeure un nomansland et, de ce fait, ces deux branches séparées de leur famille respective sont condamnées à s’entre-déchirer. Si c’est cela la vision de l’Europe communautaire ? Absurde, n’est-ce-pas.

    J'aime

  5. Les critères linguistiques ne furent pas de critères politiques pendant le moyen-age. D’ailleurs, 90% de la population parlait un patois. La succession de conflits dont vous parlez, n’avait pas comme but de rassembler des cultures ni des langues: l’exemple le plus édifiant à cet égard était la création de l’Empire allemand en 1871 sans l’Autriche. Si il y avat une force en Europe qui déclenchait des conflits, ce n’était pas la langue, mais l’appartenance réligieuse.

    Or, force est de constater que depuis le 15ième siècle, il existe un Etat Bourguignon, qui a été divisé par un conflit religieux à la fin du 16ième siècle. Au nord se développa la nation hollandaise (protestante), au sud la nation belge (catholique).

    J'aime

  6. Le pseudonyme Belgianrevolution est déjà très comique en soi : bientôt, il va nous expliquer que l’anglais est une langue nationale belge, une fois.
    Ensuite, vous pouvez tordre l’histoire dans n’importe quel sens : la réalité d’aujourd’hui est implacable. Allez donc faire votre numéro belgicain en Flandre. Vous y serez bien reçu. B-Plus et compagnie, combien de divisions en Flandre ?

    Cela étant, pour revenir au sujet initial. Jules Geudhe se trompe peut-être en affirmant que la scission est inéluctable. A la limite, ce serait trop beau… Les Flamands chercheront plutôt à redessiner l’Etat belgicain dans un sens qui leur soit totalement favorable, avec l’accord de Bruxelles, et cela afin d’étouffer la Wallonie. Car ce sera bel et bien la Wallonie qui paiera la note de la 6e réforme de l’Etat.

    D’autre part, si on ne décrète pas le nationalisme… on ne décrète pas non plus une identité. La plupart des Wallons sont belgifiés, hélas.
    1) Même s’ils parlent français, ils se sentent paradoxalement plus proches des Flamands qui les détestent. 2) Même s’ils parlent le français, ils ne considèrent pas leur culture comme française, mais comme *belge* et distincte de celle des Français. Certains médias les encouragent en ce sens. 3) la Wallonie est très communautarisée. Pour de nombreuses personnes qui vivent en Wallonie, leur identité d’origine est bien plus forte que l’identité française ou même qu’une hypothétique identité Wallonne. Spontanément, ces personnes d’origine étrangère se disent belgo-quelque chose… et on ne peut pas leur en vouloir : l’identité wallonne est constamment niée et seule l’histoire belge est enseignée. Le discours belge est d’ailleurs un discours anti-Wallon selon lequel les Wallons n’existent que négativement : pour être responsables de tout ce qui ne va pas.

    Bref, nous ne sommes pas sortis de l’auberge…

    J'aime

  7. 1) extrême droite? Quelles preuves avez-vous pour ces propos absurdes?
    2) La Belgique est bien plus ancienne que 1830 et vous le savez très bien. Voici les Pays-Bas autrichiens: http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/3/36/OoNL1786.png

    On dit toujours, dans certains milieux, que la notion de Belgique n’existe pas. Or, lorsque 30 familles belges allaient fonder la future New York, appellent leur village Nova Belgium, un marin anversois de la Compagnie des Indes, Pierre van den Broeck va fonder à Batavia une citadelle qu’il appelle Belgica, Juste Lipse appelle Philippe le Bon “conditor Belgii”, dans sa correspondance, Rubens emploie 27 fois le nom de Belgica, dans les collèges de jésuites, il y a un cours sur l’ histoire de la Belgique …

    Dès le 18ième siècle le nom Belgique et Belges furent utilisés définitivement tant en français qu’en néerlandais pour indiquer la Belgique actuelle (évidemment sans la principauté de Liège).

    Après la libération de l’occupant français, les Autrichiens faisaient appel au sense patriotique belge: http://1.bp.blogspot.com/-uNDw4d57JFk/Uh4l9Jh76eI/AAAAAAAAAKY/Hgu0kM1u5dw/s1600/1814.png

    J'aime

    1. « Après la libération de l’occupant français, les Autrichiens faisaient appel au sense patriotique belge »… A tel point qu’on a appelé ça « les années cosaques »… Une période tellement horrible qu’on a fini par l’occulter… Et que peu d’historiens en parlent.

      J'aime

      1. « Les Années cosaques », écrit par Alain Arcq et Philippe Gaillard, chez Historic’one Editions, préface de Bruno Colson. EDIFIANT ! Bonne lecture.

        J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s