Dis-nous, Robert Collignon…

Robert CollignonA l’invitation de l’AWF, Robert Collignon s’exprimera samedi prochain à Jumet (lien) sur l’avenir de la Wallonie « dans la perspective des élections fédérales et régionales de 2014 ». Il y a vingt ans, cet ancien militant du MPW, engagé aux côtés d’André Renard et de Freddy Terwagne, a pris les commandes de la Région wallonne. Il succédait à Guy Spitaels, qui avait mis tout son poids politique au service de la Wallonie. Dans une Belgique devenue fédérale où l’on parlait déjà de confédéralisme en Flandre, il appartenait aux responsables politiques wallons d’affirmer l’existence de la Wallonie et d’envisager d’autres scénarios que son maintien forcé dans le cadre belge.

Robert Collignon est le dernier responsable wallon à ne pas avoir confondu l’émancipation de la Wallonie et la survie de la Belgique. Quand il s’adressait aux militants du PS, il évoquait sa vision d’une Wallonie devenue région de France. Depuis, la régression est générale. En dépit des crises, des blocages, des sondages, de l’appauvrissement programmé de la Wallonie, on martèle que la Belgique va durer toujours. Plus moyen de se penser autrement que belge. On fait le choix de s’enfermer dans un pays que la Flandre, dominante, avec une conscience affirmée d’elle-même, n’a pas fini de réformer à sa meilleure convenance. On s’engage à petits pas dans la 6e réforme de l’Etat, tremblant que la Flandre en demande encore plus. S’accrocher à un partenaire qui ne vous veut pas du bien, qui supporte encore moins vos succès que vos échecs,  cela renvoie au syndrome de la femme battue.

Cette attitude est nouvelle et doit être dénoncée comme telle. C’est du moins le point de vue que j’ai défendu devant Benoît Bayenet et Thierry Bodson quand, voici trois semaines, je suis allé les écouter parler de la 6e réforme de l’Etat (lien). Dès que l’occasion m’en fut donnée, je n’ai pas seulement invoqué la figure de Robert Collignon. Je suis remonté plus loin, puisque notre histoire est pleine de grandes figures wallonnes pour juger les errements d’aujourd’hui.  Sachant que Jean-Claude Marcourt (dont la présence était annoncée) et surtout Thierry Bodson font souvent référence à André Renard, j’ai notamment rappelé l’implication de celui-ci dans les troubles provoqués par la Question royale, quand la Wallonie était tout près de se déclarer indépendante avec le soutien de la France. Pour cet homme qui incarne encore aujourd’hui le combat wallon, et pour beaucoup d’autres qui ont voulu que la Wallonie existe, l’amour de la France allait de soi. Les historiens de l’identité wallonne, à commencer par Félix Rousseau, ont écrit qu’elle était une identité française (bon d’accord, dira-t-on, la Wallonie n’a pas besoin d’une identité… puisqu’elle est belge).

A Benoît Bayenet (qui représentait Jean-Claude Marcourt) et à Thierry Bodson, j’ai naturellement demandé quelle place était laissée à la France dans leur réflexion sur l’avenir de la Wallonie.

Thierry Bodson s’est dit partisan d’un Etat fédéral à quatre régions, sans communautés, ce qui, selon lui, réduirait les risques d’éclatement de la Belgique. En tant que représentant syndical, même si la FGTB n’a pas renoncé à la lutte des classes, il est un adepte de la concertation sociale, davantage pratiquée en Belgique qu’en France. Il continue à penser que la redistribution des richesses est plus généreuse en Belgique. Je n’ai pas voulu polémiquer. Pour Thierry Bodson, dans l’état actuel des choses, il n’y a pas de plan F.

Benoît Bayenet n’allait pas se montrer plus audacieux. Selon lui, il faut que la Wallonie construise son propre modèle dans une Belgique de plus en plus confédérale (mais il reconnaît que, pour le moment, ce qui domine, c’est plutôt l’absence de vision). Il ajoute qu’en tant qu’élu dinantais, il connaît bien le président (socialiste) de la région Champagne-Ardenne, de l’autre côté de la frontière, et il assure que celui-ci rêverait de se rattacher à la Wallonie pour échapper au jacobinisme parisien. Il est vrai, concède Benoît Bayenet, que la France évolue vers un régionalisme qui ne dit pas son nom, mais le transfert de nouvelles compétences aux régions n’est pas accompagné de moyens suffisants pour les exercer. Pas bien, la France. Là non plus, je n’ai pas voulu polémiquer. J’ai seulement pris note.

Pour contre-argumenter, le mieux, c’est de donner la parole à Robert Collignon. Cela tombe bien, il est l’invité de l’AWF. Venez l’écouter samedi prochain.

G.R.

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Une réflexion sur “ Dis-nous, Robert Collignon… ”

  1. La Wallonie est une grande malade psychologique lobotomisée qui refuse de se soigner, de faire son deuil d’un pays imaginaire. Enfermée dans sa propre propagande « bisounours diables rouges », elle continue de s’accrocher, entraînant par là ses enfants, à ce cadavre « Belgique » par tous les moyens. Elle refuse de voir, d’entendre, de comprendre que le divorce n’est pas inéluctable, il est déjà prononcé et pour une grande partie, déjà consommé. La vision wallonne actuelle par ses responsables politiques est tellement médiocre et nulle – que je me demande comment je fais pour encore m’intéresser au devenir politique de cette région. Mon pays ? C’est la France. Celle d’hier, celle d’aujourd’hui même sous Hollande, cette France qui vit de la Bretagne à l’Alsace Lorraine et de Bray-Dunes à Biarritz. et non de ce simulacre ô combien coûteux qui s’appelle encore pour un peu de temps « Belgïe ».

    Si le peuple wallon accepte les diktats venus de Flandre sans honneur aucun voir même de devenir flamand, c’est son problème, de moins en moins le mien. Quand on lis les propos recueillis de ces messieurs Bayenet et Bodson ci-dessus, on se rend compte du fossé abyssal existant entre la vision rattachiste et les wallons en général. Tant que les rattachistes n’auront pas les moyens financiers de leur idéal pour lutter à armes égales avec le pouvoir médiatique aux ordres du pouvoir, tout cela restera un voeux pieux. Notre idéal restera un…idéal.

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