Quelle France est l’objet de notre désir ?

Entre les mursComme la peste, je les fuis, les films sur l’école ! Pensez ! j’ai déjà donné : quarante et un an à enseigner le français. Et pourtant, avec quel plaisir je viens de revoir Entre les murs, ce film de Laurent Cantet, honoré par la Palme d’Or au Festival de Cannes de 2008. La même émotion qu’il y a quatre ans me saisit : quelle pénétration, quelle justesse de ton !

Une scène de ce film m’a frappé, qui révèle la cause profonde de la difficulté de ces enseignants talentueux et dévoués de l’école publique à acculturer ces jeunes issus de civilisations étrangères, à les instituer en leur inculquant les valeurs de la République : lorsqu’une jeune beurette en révolte lance à son professeur de français qu’elle ne veut pas être française, car elle n’en est pas fière, ce dernier lui confie, comme en écho : « moi non plus ».

Là est le mal qui ronge les Français. Alors que l’Histoire, le cœur et la raison devraient les y pousser, si tant de Wallons ne réclament pas la réunion à la France, c’est que beaucoup trop de Français de France ne sont plus fiers d’être Français. Le score si médiocre du parti réunioniste, en dépit des circonstances favorables, s’explique moins par des raisons internes à ce parti que par le peu d’attraction d’une France déprimée, qui ne s’affirme plus. Quel attrait peut avoir cette France qui élit un Sarkozy à son retour de Washington où il était allé s’excuser auprès de Bush de l’arrogance de son pays qui ne s’était pas aligné, mais avait dénoncé l’intervention américaine en Irak ? Quel attrait pour la France peut inspirer un Hollande qui, le béret à la main avec son air d’épicier en faillite, se soumet aux ordres de Berlin ?

La France que je désire et au sein de laquelle  je désire m’engager est celle du discours de Villepin au Conseil de Sécurité des Nations Unies. La France que je désire pense que notre poids dans le monde dépend de la force de notre rayonnement culturel. La France que je désire sait que la création intellectuelle, la créativité scientifique surgissent toujours de minorités de quelques lieux privilégiés et qu’elles ne dépendent pas de notre seul poids démographique, qui n’est que d’un pour cent. La France que je désire affirme : pour que l’esprit continue à souffler, faisons le choix d’approfondir notre singularité dont l’âme est notre langue.

Nous nous désolons que les jeunes désertent le politique et soient si rares dans notre mouvement. Certes, comme toujours et plus que les autres, les jeunes sont avides de trouver leur place, de s’instituer, de se conformer, n’en déplaisent aux flatteurs qui les corrompent. Mais quels modèles leur propose-t-on ? Et les meilleurs d’entre eux, ceux qui seront le sel de la terre, les rallierons-nous si nous aboyons avec les caniches britanniques, si nous nous soumettons aux organismes que les Anglo-Saxons noyautent, si nous préconisons un enseignement utilitaire qui singe les puissants en supprimant nos cours d’histoire et de philo, si nous acceptons leurs critères de classement des universités, si nous servons dans leur machine de guerre, si nous calquons le rêve américain ?

La France que je désire n’est pas nationaliste, car le nationalisme se nourrit de chauvinisme et d’exclusion. C’est une France patriote, qui honore la pensée, la création, qui ne renonce pas à sa langue mais l’illustre, qui dénonce la cupidité d’un monde de marchands et propose une autre voie, fait entendre une autre voix dans une autre langue que l’anglais, une France qui diffuse ses idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité, fussent-ils en rupture avec la doxa néo-libérale.

Mais la France tristounette, ce canton de l’empire anglo-saxon où les Maîtres du Monde toléreront quelques exceptions pittoresques, je la vomis ! Plutôt Lituanien, Kirghize … allons ! j’ose ! … plutôt Flamand !

Pour rallier les Wallons, pour enthousiasmer des jeunes à la recherche d’un idéal, pour ranimer la flamme républicaine, il est urgent que nous invitions, chez nous, en Wallonie, des personnalités françaises, de gauche comme de droite – car nous sommes pluralistes –, des gens sensibles à notre combat pour la réunion à la France, des hommes et des femmes qui célébreront haut et clair, qui consacreront la singularité vivace, l’universalité, la grandeur de notre chère patrie, la France.

                                                                                                Louis Nisse

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2 réflexions sur “ Quelle France est l’objet de notre désir ? ”

  1. La France est la France et restera éternellement la France. Avec des hauts, avec des bas mais l’esprit français perdurera malgré les tentatives diverses de destruction de ce magnifique et grand pays. Pour le savoir, il faut connaître la France profonde, celle qui monte sur Paris pour un certain mariage … Je pense connaître pas mal cette France des clochers et des villages. Cette France laborieuse malgré la crise économique, celle qui se lève tôt. Cette France existe et continuera d’exister.

    Je suis totalement d’accord que dans le combat rattachiste, l’absence criante en terre wallonne de français connus et reconnus fait cruellement défaut pour enflammer les coeurs wallons en faveur du retour à la vraie mère patrie. Puisse cet article rencontrer quelques échos …

    Le combat rattachiste au-delà du sentimentalisme est trop « amateur ». La politique de nos jours est affaire de professionnelles et faites par des professionnelles. Tant que cet aspect ne sera pas pris en compte sérieusement, nous n’arriverons à rien et nulle part. La couronne aura encore de beaux jours devant elle à moins que la Flandre la bouscule et l’éjecte.

    Je ne cesse de le répéter depuis des années. Le rattachisme est la seule solution d’avenir pour la Wallonie. Le problème est qu’il est toujours une solution d’avenir parce qu’au présent … Il n’y a rien. Je salue toutefois le courage et l’opiniâtreté de quelques personnes dont Monsieur Jules Gheude ou Monsieur Gendebien à l’époque ou encore Monsieur Perin. J’ose dire que si Monsieur Gheude n’était là actuellement pour occuper quand l’occasion lui en est donnée l’espace médiatique, il n’y aurait …rien. Alors inviter des personnalités française, OUI mais pour dialoguer avec qui ?

    Salutation et Fraternité !

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  2. Quel plaisir de lire Dominique-André ainsi que la déclaration d’amour de notre ami Louis Nisse dans son interprétation de « La France que je désire » surtout par rapport à ce Hollande de France dans sa pièce burlesque  » si j’étais président de la Republique »…si pompeusement interprétée.
    Et enfin, merci à monsieur le professeur Paul Durieux de nous faire revivre ces grands moments.
    Un lecteur assidu.

    Gabriel L.C.

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