Séparatiste, la N-VA ?

Commedia dell'arteLa politique est un art qui tient du jeu de stratégie et de la commedia dell’arte. N’en déplaise à Elio Di Rupo, c’est Bart De Wever qui mène la danse en Belgique. Marginalisés par le succès de la N-VA, les flamingants du CD&V doivent maintenant le dénoncer comme un dangereux séparatiste. « Avec De Wever, en 2014, la Belgique c’est fini ! …L’avenir de la Belgique est entre les mains des électeurs flamands », déclarait dimanche Éric Van Rompuy sur RTL-TVI.

De Wever le sait : la grosse majorité des électeurs flamands ne réclament pas la disparition de la Belgique, à laquelle ils sont habitués, mais seulement les moyens de mener la politique de leur choix, et de ne plus payer pour la Wallonie, et de ne plus rendre des comptes à des francophones. Le confédéralisme est dans les esprits, pas l’indépendance. Question de temps. Pour écraser la concurrence, la N-VA doit louvoyer : ne pas brusquer les Flamands, tout en se profilant comme un parti de rupture. Il n’est pas question, cela dit, de se défendre contre les attaques du CD&V : avec 40 % des intentions de vote en Flandre, la N-VA doit se trouver du côté de l’accusation, pas sur le banc des accusés, quitte à se montrer arrogante.

Geert Bourgeois[1]Aujourd’hui, Geert Bourgeois l’annonce au Standaard et au Niewsblad : si l’électeur flamand rend la N-VA incontournable en 2014, toutes les compétences laissées au fédéral seront transférées à la Flandre, il n’y aura pas de concessions faites aux francophones, même pas sur Bruxelles, et lui-même se voit bien succéder à Kris Peeters (lien). Le profil bas, c’est bon pour le CD&V, forcément lié au système belge, au dialogue entre communautés, tenu de négocier pour garder sa part de pouvoir, qui se réduit comme une peau de chagrin.

« Après le Carnaval, les masques tombent », s’étonne Alexander De Croo (Open VLD). Geert Bourgeois s’est-il avancé trop loin ?

Réponse dans le prochain sondage. De Wever pourra toujours corriger le tir, si c’est nécessaire. En attendant, la diabolisation de l’homme fort de la N-VA a montré ses limites, même en Wallonie. La seule vérité qui compte, en politique, c’est le rapport de force. En se hissant au pouvoir, le diable en personne deviendrait fréquentable.

Dans sa dernière édition, le Vif/L’Express révèle que Bart De Wever commence à intéresser beaucoup de Wallons, surtout parmi les chefs d’entreprise. La seule chose qu’on lui reprocherait, c’est de vouloir l’indépendance de la Flandre, mais à la tribune du Cercle de Lorraine, le 6 mars dernier, Bart-le-charismatique a tempéré : « Je ne suis pas un révolutionnaire », a-t-il dit. Suffisant pour rassurer Baudouin Velge, le président du Cercle de Lorraine, qui juge que la séparation « est clairement impossible aujourd’hui ». On croirait entendre Paul Magnette. Ils se sont donné le mot. Baudouin Velge insiste : « En se focalisant là-dessus, en préparant le plan B, les francophones font une erreur. Tout simplement parce que cela ne peut pas se passer. La séparation du pays nécessite que tout le monde soit d’accord sur ce que l’on fait. Qu’adviendra-t-il de Bruxelles, des communes de la périphérie, de la dette ? Ira-t-on à l’ONU pour régler ça ? Non, cela ne se passera pas ! »

Les patrons wallons sont des visionnaires.

G.R.

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3 réflexions sur “ Séparatiste, la N-VA ? ”

  1. Même s’il ne s’agit que de communication de la part du Ministre Geert Bourgeois, les déclarations d’Éric Van Rompuy, à l’attention des « Belges francophones », ne sont plus crédibles depuis longtemps parce qu’il leur a déjà dit tout et son contraire.
    Par contre lorsque Baudouin Velge, le président du Cercle de Lorraine, juge que la séparation « est clairement impossible aujourd’hui », il devrait se rappeler que la population téchoslovaque ne souhaitait pas la séparation de leur Etat mais que cette dernière fut décidée sans attendre son assentiment. Il faudrait donc savoir si les chefs de file tchèques et slovaques, ou l’un des deux, étaient soutenus en coulisse par l’une ou l’autre puissance étrangère d’Europe. Je pense notamment à l’Allemagne qui reconstruit, dans la paix de l’Europe, son pourtour oriental de proximité gagné par les armes voilà septante-cinq ans mais certes perdu plus tard. Et la RFA vise indéniablement à étendre son influnece particulière jusqu’à la frontière Russe. Je traduis ma pensée, la Belgique pourrait-elle s’évaporer de la même façon que l’ex-Tchécoslovaquie si le partage se décide en coulisse entre les puissances fondatrices de cet Etat tampon obsolète, de style Potemkine, et à terme ingouvernable donc dangereux pour les voisins. En fait que reste-t-il encore comme leviers stratégiquement importants aux mains des « Belges », si on accepte de se rendre compte que les Régions wallonnes et flamandes détiennent les attributs d’Etat nécessaires et suffisant ?

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  2. A Wallon

    Il est très audacieux de mettre sur le même plan la Flandre et la Wallonie :

    1. Comme « nation », base sans laquelle est un Etat ne peut vivre durablement (comme l’exemple « belge » le démontre…) ni même être créé. On connait le mouvement « national » flamand, sa continuité, sa puissance croissante, ses succès réguliers…Qui du mouvement « national » wallon ???? On trouve très difficilement, même sous la plume de la toute petite poignée d’indépendantistes wallons, les mots « patrie », « nation », « Etat souverain », « indépendance » : ces mots leur font peur. Quand aux ultra-régionalistes, plus nombreux, ils ne proposent rien qui ne repose sur le maintien du Royaume et un copinage « intéressé » ave la Flandre (sur le dos de Bruxelles).

    2. Comme entité « viable », économiquement, c’est à dire financièrement, viabilité financière sans laquelle un Etat ne peut durablement exister ni même être créé. Les élites décisionnelles wallonnes ne sont nullement en position politique de faire accepter une baisse des services publics et de la protection sociale en Wallonie de 15 % à 20 % dans le but de créer un Etat wallon, incertain, éphémère, à un « peuple » wallon qui n’y aspire pas et qui sait ce « projet » illusoire…

    3. Autrement dit, si la Wallonie était portée par le même mouvement « national » que la Flandre, la séparation serait faite depuis longtemps, et donc le sort de Bruxelles, dernier ancrage du Royaume, tranché. La Wallonie s’accrochera au Nord (Flandre et Bruxelles) jusqu’au bout du bout…Et puis, l’Etat belge enfin décédé, la « population » wallonne se donnera à un autre Etat, un Etat « national » existant, millénaire par son passé, millénaire par son avenir, à une « nation » dont elle partage l’identité (identité « nationale » à distinguer d’une identité « régionale », celle-ci co-existant avec celle-là) .

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  3. @Wallon,
    concernant la fin de la Tchécoslovaquie, il y a exactement vingt-ans, elle s’est faite en deux étapes: six mois de confédération suivie d’une partition. Geert Bourgeois et la NVA prennent leurs désirs pour des réalités car aucune confédération n’a durablement existé ces vingt dernières années: j’en veux pour preuve l’ex-CEI, successeur de l’URSS, ou l’union Serbie-Monténégro, descendante de la Yougoslavie post-91. Bref, G.Bourgeois divague!
    Pour moi, ce n’est pas seulement la NVA qui est séparatiste, ce sont les Flamands qui le sont en majorité, simplement ils ne sont pas conséquents ni adultes car ils refusent de payer le prix du divorce et ils préfèrent présenter la note aux Wallo-Bruxellois en maintenant la Belgique sous respiration artificielle au lieu de proclamer leur indépendance en bonne et due forme. Bref, les Flamands accusent souvent leurs compatriotes francophones d’être irresponsables, mais eux ne valent guère mieux!
    L’autre problème vient de l’existence même d’une « nation wallonne »: la comparaison avec la situation tchéco-slovaque n’était pas pertinente, pour la bonne et simple raison que les deux entités qui firent scissions étaient des nations historiques (Bohême-Moravie et Slovaquie). Or si on est capable de retrouver une histoire et une culture flamande, la Wallonie n’en a pas, quoi que les régionalistes en disent: une nation n’advient JAMAIS par défaut, elle est souvent l’expression de la volonté d’un peuple, et celle-ci fait défaut aux Wallo-Brux.
    Enfin, même en admettant qu’une nation Wallonne (ou Wallo-Brux) adviennent, pourquoi irait-elle lier son sort à une voisine flamande qui lui a toujours fait du tort depuis plus d’un demi-siècle?

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