De Jules Gheude à David Coppi

Jules Gheude a réagi à un billet de David Coppi qui, dans Le Soir, avait profité de l’annonce du retrait de Benoît XVI pour se moquer d’un autre « pape » et d’une autre « foi ». A travers Paul-Henry Gendebien, c’est le projet d’union de la Wallonie à la France qui était visé.

jules gheude 5Cher David Coppi,

J’ai pris connaissance de votre billet d’humeur, intitulé « Le pape du rattachisme toujours en force », paru dans « Le Soir » du 12 février 2013.

Je ne comprends vraiment pas cette attitude qui consiste à toujours appréhender systématiquement le combat réunioniste avec une pointe d’humour sarcastique.

François Perin, dont la qualité d’analyse et la crédibilité n’ont, il me semble, jamais été contestées, n’a-t-il pas été le premier à annoncer que le Royaume de Belgique ne parviendrait pas à survivre à la mouvance nationaliste flamande ? Rappelez-vous sa démission spectaculaire de la fonction sénatoriale, le 26 mars 1980.

Trente et un ans plus tard, vous êtes allé l’interviewer à Saint-Idesbalde et les propos qu’il vous a tenus étaient loin de baigner dans l’ambiguïté. L’option réunioniste était clairement suggérée comme seule solution d’avenir pour la Wallonie en cas de disparition de la Belgique, inéluctable à ses yeux.

Tout cela peut-il prêter à sourire, lorsque l’on voit comment la Flandre évolue depuis le vote, en 1999, par une large majorité de son Parlement, de ces fameuses résolutions qui s’inscrivent clairement dans un schéma confédéraliste, dont il serait naïf de croire qu’il ne débouchera pas un jour sur la scission pure et simple de ce non-pays ?

Il y a quelques années, dans « Vers l’Avenir », Paul Magnette, aujourd’hui président du PS, se disait étonné de voir la mouvance nationaliste s’affirmer avec autant de force : « On croyait que tout cela n’était que du folklore ».

Non, cher David Coppi, on n’était pas au carnaval d’Alost. Et les francophones les plus lucides – peu nombreux, hélas ! – savaient pertinemment que cette mouvance nationaliste ne se confinait pas à la seule N-VA de Bart De Wever, mais qu’elle traversait aussi, de manière substantielle, des partis comme le CD&V et l’Open VLD.

Jules Destrée avait bien compris les choses, lorsqu’il écrivait, dans son fameuse « Lettre au Roi » de 1912 : « Le Flamand ne recule jamais. Il a la douce obstination têtue du fanatisme. »

J’ai, comme vous le savez, bien connu Jean Gol. Lui aussi ne croyait plus à la survie de la Belgique. Lors d’une rencontre avec Paul-Henry Gendebien, à Paris, il s’était dit ulcéré par les avancées du nationalisme chez les libéraux flamands. Et, pour en avoir maintes fois discuté avec lui, je peux vous dire qu’il ne voyait de solution, pour les Wallons et les Bruxellois, que dans la France.

L’art, en politique, ne consiste pas à gérer la situation au jour le jour, mais bien à anticiper les choses et à faire en sorte de ne pas se retrouver  le nez sur le poteau, contraints à devoir improviser dans l’urgence.

Le constitutionnaliste de l’Université de Liège, Christian Behrendt, m’a félicité d’avoir entrepris, dès 2007, cette initiative des « Etats généraux de Wallonie », destinée à préparer les esprits wallons à l’après-Belgique. Comme il est insensé que les responsables politiques l’aient snobée !

Quant à  feu Xavier Mabille, homme d’une grande sagesse, n’écrivait-il pas, dans sa préface à mon livre « L’incurable mal belge sous la scalpel de François Perin », en 2007 : « Au cas où s’accomplirait l’hypothèse de la scission de l’Etat (hypothèse dont je dis depuis longtemps qu’il ne faut en aucun cas l’exclure)…» ?

Vous n’ignorez pas le rôle important que le Français Jacques Lenain, haut fonctionnaire français aujourd’hui retraité, a joué dans notre réflexion « post-belge », en développant, d’une manière très fouillée, sa thèse de l’union-intégration à la France de la Wallonie et de Bruxelles,  avec statuts particuliers pour les deux entités. Il y a quelques jours, il m’écrivait : « La gauche wallonne va dans le mur. Il lui faudra ce choc pour trouver ensuite le chemin de Paris. »

François Perin m’a dit qu’il copierait cette phrase.

Retenez-la bien. Nous aurons l’occasion d’en reparler.

Bien cordialement,

Jules Gheude

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5 réflexions sur “ De Jules Gheude à David Coppi ”

  1. Je pense qu’il y a deux aspects concernant la « foi » rattachiste :
    1. Le rattachiste qui pense pouvoir convaincre les Belgicains (90 % des Wallons et 95 % des Bruxellois) se trompe : cela c’est la « foi » rattachiste.
    2. Le fait du nationalisme flamand qui amènera inéluctablement la situation politique belge au point de non-retour qui obligera toute la classe politique à envisager un scénario wallon avec la France : ce n’est pas de la « foi » rattachiste, c’est un fait futur : mais il est très difficile de donner un délai précis et peut-être pas encore pour 2014 ?
    A cette date il y aura un début de la scission de la solidarité sociale, voulue par la Flandre, il faudra à mon avis en attendre les effets néfastes quelques années de plus, comme par exemple les allocations familiales ou les allocations de chômage plus élevées en Flandre qu’en Wallonie et à Bruxelles…, ou bien un différentiel à Bruxelles même entre les Flamands et les Francophones de cette ville régis par des législations différentes (un peu comme les anciennes communautés d’Afrique du Sud du temps de l’Apartheid)
    Actuellement la discrimination régionale sur la taxe remorque, ou sur les droits d’enregistrement ou de succession, voulue par les réformes de l’Etat antérieures, ne suffisent pas à créer ce climat mais si cela touche la sécurité sociale, ou les impôts directs ou des sociétés, dans ce cas ce sera plus grave : c’est le poids des impôts et la maigreur des allocations qui viendront alourdir la foi rattachiste !

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