Un élu fouronnais nous écrit après les élections

Michaël HENEN, candidat FDF dans les Fourons, a été élu sur la liste (francophone) Respect @venir Libertés. Il a attendu la fin de la campagne électorale pour réagir à notre questionnaire. Il ne milite pas pour la réunion de la Wallonie à la France, mais son opinion (qui n’est pas la nôtre, on l’aura compris) vient nourrir le débat citoyen que nous appelons de nos vœux.

(…) À l’instar de Monsieur le Député-Bourgmestre de Beauraing, je préfère résumer ma réponse au questionnaire que vous m’avez soumis via le présent courriel. Cette réponse n’engage que moi, et certainement pas les mouvements politiques dont je suis issu, à savoir le Groupe fouronnais Respect @venir Libertés (anciennement Retour à Liège) et les Fédéralistes Démocrates Francophones, dont je suis le représentant dans ma commune.
En ce qui me concerne, j’estime, au contraire de nombreux autres élus, que la Belgique survivra encore longtemps aux éternelles querelles communautaires, car la Flandre a encore beaucoup à perdre au cas où elle déciderait de partir seule en 2014, voire en 2022 et, en tous cas, si les hommes politiques francophones issus des partis de la majorité gouvernementale à la fois aux niveaux fédéral mais aussi régional et/ou communautaire continuent à pratiquer le jeu de dupes auquel nous assistons depuis déjà trop longtemps : il est, en effet, trop facile de présenter au peuple francophone un accord de gouvernement qui allait, soi-disant, pacifier les relations entre les deux principales communautés linguistiques présentes en Belgique puis ensuite, à la vue des discours musclés venus de Flandre et des résultats électoraux qui s’en sont suivis, crier au loup et échafauder un « Plan B » (référence à peine déguisée aux quatre partis francophones qui ont négocié la dernière Réforme de l’État et, plus spécialement, au parti du Premier ministre, qui a accordé de trop nombreuses concessions à la Flandre dans le but avoué de devenir ce qu’il est aujourd’hui)…
Il est tout à fait évident qu’en tant que Fouronnais francophone, il est hors de question pour moi d’évoluer dans une Belgique dite « confédérale » où toute matière régionalisée et/ou communautarisée s’apparente à un Mur de Berlin qui coupe tout lien entre ma commune et ce que j’appellerai « le monde libre », à savoir l’espace belge francophone. Au risque de me répéter, cet état de fait ne serait pas d’actualité si les quatre partis dits « traditionnels » de la Fédération Wallonie-Bruxelles avaient négocié un accord gouvernemental digne de ce nom.
Mon parti a toujours plaidé pour un espace francophone fort qui ne peut donc se décliner que sous la forme de la Fédération Wallonie-Bruxelles et, par conséquent, en un éventuel État Wallo-Bruxellois : je partage totalement cet avis tout en ajoutant que la Wallonie, même en 2022, ne peut envisager un avenir indépendant tant que les partis que j’ai déjà cités plus avant resteront au pouvoir en son sein, même en alternance.
Je suis d’avis que, si une Communauté de destin devait s’établir entre la Wallonie et la France (hypothèse que je n’appuie par ailleurs pas du tout), seul le peuple wallon devrait décider par consultation populaire, éventuellement via les trois concepts que vous proposez, de l’avenir qu’il partagerait avec la République française.
Le sous-régionalisme est un mal typiquement wallon qui ne peut s’éliminer, selon moi, qu’à partir du moment où de vrais hommes d’état seront appelés à y prendre les rênes du pouvoir. Tout comme Monsieur l’Échevin Hupkens l’évoque dans sa réponse, les pratiques françaises n’ont certainement rien à envier aux attitudes quasi bananières que l’on peut rencontrer dans certains endroits en Wallonie…
Paris est une capitale culturelle de grande ampleur et au rayonnement international, mais nous constatons aussi que les artistes wallons et bruxellois francophones contribuent largement à cette aura. Étant moi-même musicien et enseignant de ma discipline, je peux affirmer sans crainte aucune que c’est peut-être la nourriture culturelle typique à nos contrées (composée elle-même d’influences diverses) qui inspire davantage nos artistes que la proximité géographique de la France.
Alors que la France n’est pas vraiment exemplaire en matière de respect des minorités locales et/ou régionales et, par conséquent, des cultures et des langues ad hoc, je plaide plutôt pour une revalorisation interne de nos dialectes et de nos identités culturelles. Je parle moi-même un patois d’influence plutôt germanique (Plattdüütsch) en voie lente de disparition, et pourtant celui-ci est parlé dans plusieurs communes wallonnes, il est vrai, frontalières de l’Allemagne et des Pays-Bas ; par ailleurs, beaucoup de traditions et de folklores (carnaval dit « rhénan », tir Flobert « à l’oiseau » etc.) de ces communes sont issus du monde germanique : je ne pense pas que la France soit à même de (re)valoriser ce patrimoine aux antipodes de sa culture nationale.
Sachez, cher Monsieur, que la situation institutionnelle belge qui ne fait guère la part belle aux Francophones opprimés, tels que les Fouronnais francophones, garde toute mon attention : dans ce cadre, je ne peux qu’exprimer du respect envers votre initiative, même si celle-ci n’entre pas dans le cadre que j’entrevois pour le futur des Wallons et des Francophones.
Bien à vous.
Michaël HENEN
Publicités

6 réflexions sur “ Un élu fouronnais nous écrit après les élections ”

  1. « …il est hors de question pour moi d’évoluer dans une Belgique dite « confédérale »… » dit Monsieur Henen, après avoir déclaré: « j’estime, au contraire de nombreux autres élus, que la Belgique survivra encore longtemps aux éternelles querelles communautaires, car la Flandre a encore beaucoup à perdre au cas où elle déciderait de partir seule en 2014, voire en 2022 ». N’y aurait-il pas là légère contradiction ? En effet, il est manifeste que si les flamands consentent à laisser subsister une certaine forme de Belgique, elle ne pourra être que confédérale. C’est ce que répètent d’ailleurs tous les jours la NVA, le VOKA et bien d’autres flamands. Alors penser au maintien d’une Belgique qui ne soit pas confédérale me semble relever du rêve…

    J'aime

  2. Bonsoir,
    en tant que citoyen Français vivant en Belgique, je suis fatigué de voir toutes ces critiques sur mon pays, et spécialement venant des francophones: la France n’est pas une république bananière!! A mon humble avis, les moeurs politiques en France plus saines que celle de la Belgique, la politique y est bien plus lisible, ce qui est un sacré gage de démocratie!

    Par ailleurs, si M. Henen prenait la peine de faire un tour à côté de chez lui en Alsace-Moselle, il verrait que les dialectes alsaciens et mosellans ne se portent pas si mal que cela. Certes, mon pays est resté colbertiste et jacobin dans l’âme, mais il tolère énormément de particularismes.

    Je suis d’assez près ce qu’il se passe dans votre pays, mais il ne m’appartient pas de soutenir un courant rattachiste ou la ferveur belgicaine. Je suis pour l’intégrité des frontières héritées de l’histoire, et je refuse toute ingérence dans les affaires d’un pays souverain. Néanmoins, je vis souvent assez mal ce type de remarques déplaisantes de la part des francophones: salir la France, qui n’a JAMAIS envahi le pays depuis 1830, pour justifier l’existence d’une fédération Wallo-Brux n’est pas la meilleure façon de concevoir une alternative. Je dirais que c’est même le signe de la vacuité de ce projet, puisqu’il ne propose pas de perspectives positives.

    Désolé pour ce coup de gueule.

    J'aime

    1. Merci pour ce coup de gueule, cher Monsieur. Je le comprends et le partage. Ce qu’écrit M. Henen démontre une méconnaissance absolue de ce qu’est la France aujourd’hui. Tout comme vous, je souffre de lire ou d’entendre ces vieux clichés qui cadrent mal avec la jeunesse du candidat. Pour comprendre ces faits, il suffit de constater le degré d’acculturation du citoyen wallon en matière politique. Celle-ci est d’ailleurs largement entretenue par certains médias qui contribuent à maintenir dans le sable la tête des Wallons et des Bruxellois de langue française.
      Ce qu’écrit M.Henen n’engage que lui et je puis vous dire que des amis proches qui ont des responsabilités au sein du F.D.F., mais aussi dans les autres partis et dans la société civile ont un tout autre avis concernant la République française, notamment quant aux moeurs politiques et au respect des particularismes régionaux.
      La fédération Wallonie-Bruxelles, antichambre d’un Etat « Wallo-brux » qui serait une Belgique continuée n’a qu’un intérêt, celui de préserver les rentes de situation de certains politiciens et d’une classe dirigeante francophone qui n’auraient plus leur place dans l’option d’une réunion de la Wallonie à la France.
      Le rôle de l’ A.W.F. est de démontrer que la France n’est pas un problème, mais la solution d’avenir pour la Wallonie.

      J'aime

  3. Les Fouronnais ne se disent plus wallons mais francophones. Ils semblent bien vouloir adopter les travers de ces derniers. « Tout sauf la France ! » et la négation de la Wallonie, ne parle-t-il pas de « peuple francophone » et ne critique-t-il pas une prétendue mal-gouvernance wallonne ?
    Décidément, le formatage des esprits – lavage de cerveaux – à la FDF fait peur !

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s