Le signal clair de Bart de Wever et les œillères francophones…

 Jules Gheude, essayiste politique (1)

 « Qu’on ne se trompe pas d’élections ! Le triomphe de Bart De Wever ne l’autorise pas à dicter le calendrier du gouvernement fédéral. Le confédéralisme n’est pas à l’ordre du jour. »  Telle est la réaction des responsables politiques francophones au discours prononcé, dimanche, par le président de la   N-VA.

Il en va des rodomontades francophones comme des grandes émotions : elles restent sans lendemain ! Tandis que Bart De Wever prépare la Flandre à l’offensive finale – qui pourrait survenir avant 2014… -,  les responsables francophones poursuivent avec leurs œillères et leurs sabres de bois !

En invitant les francophones à négocier sans attendre le confédéralisme, Bart De Wever, le maître incontesté de la Flandre, ne fait que rappeler les fameuses cinq résolutions approuvées par le Parlement flamand en 1999 et qui s’inscrivent clairement dans un schéma confédéraliste.

Que cela plaise ou non, force est de reconnaître que la Flandre est une Nation, comme le stipule d’ailleurs la Charte que le Parlement flamand a récemment adoptée. Une Nation prospère, dynamique, et qui entend bien prendre sa place à part entière dans le concert européen. On voit d’ailleurs, ces derniers temps, Kris Peeters (souvenons-nous de sa « révolution copernicienne » !) se profiler à l’étranger comme le chef d’un véritable état souverain.

Si le confédéralisme devait voir le jour dans les deux à trois ans à venir, la Belgique se verrait réduite à l’état de coquille vide, avec une Wallonie qui serait dans l’incapacité financière de s’assumer. Qu’à cela ne tienne, rétorquent les ultra-régionalistes. Mieux vaut être libre et pauvre que dominé et riche !  Peut-on cependant imaginer un seul instant que la population wallonne accepterait, sans rechigner, de voir ses prestations sociales chuter sensiblement ? Les manifestations violentes en Espagne et en Grèce à propos des plans d’austérité répondent à la question…

Convaincu du caractère inéluctable de la scission, j’ai, depuis sept ans, placé délibérément ma réflexion politique dans l’optique « post-belge ». Mieux vaut, en effet, anticiper les choses que de les subir dans l’improvisation.

Contrairement aux responsables politiques, je n’ai aucune rente de situation à sauvegarder. Car il ne faut pas tourner « autour du plan ». Ce Plan B, que l’on nous sert régulièrement depuis quelque temps, ne vise, ni plus ni moins, qu’à assurer, via une Fédération Wallonie-Bruxelles qui reste à construire et qui peine à pénétrer dans les esprits, le maintien de la Belgique sous une forme réduite, le jour où la Flandre aura décidé de larguer les amarres. Si, comme l’a déclaré un jour Francis Delpérée, « le confédéralisme est le fédéralisme des cons », le WalloBrux est la grande illusion des nostalgiques belgicains et monarchistes. Comme l’a bien dit François Perin : « Nous aurions une Belgique en réduction, tout aussi médiocre que la première, avec le maintien des Saxe-Cobourg dont la Flandre aurait eu l’intelligence de faire l’économie ! ».

J’entends dire qu’une Belgique « seconde » ou « continuée » resterait liée aux traités internationaux auxquels nous avons adhéré.

La chose ne serait  pas aussi simple. Une adhésion de plein droit aux traités internationaux comme successeur de l’ancienne Belgique pourrait être contestée juridiquement par d’autres Etats, par exemple par le nouvel Etat flamand… Celui-ci se mettrait de facto en dehors des organisations internationales, que la déclaration d’indépendance soit jugée légale ou non par la Cour internationale de Justice. Mais, par là même, la Flandre mettrait aussi la Belgique résiduelle hors du jeu international, l’exclurait des organisations internationales de jure. Ce fut d’ailleurs le cas pour la « Yougoslavie continuée » (Serbie-Monténégro) lors des sécessions croate et slovène de la Fédération yougoslave.

Cette Belgique résiduelle serait d’ailleurs si substantiellement différente de la première qu’on voit mal comment la communauté internationale pourrait lui reconnaître une personnalité juridique identique.

Avec un taux de chômage élevé et une situation qui serait intenable au plan des finances publiques (Bruxelles devrait se montrer solidaire de la lourde dette wallonne…), la viabilité de ce nouvel Etat serait vite compromise.

Enfin, se pose la question de savoir comment, au départ de relations qui, il faut avoir l’honnêteté de le reconnaître, ont toujours été empreintes d’une certaine méfiance, organiser les pouvoirs et fixer le poids respectif de la Wallonie et de Bruxelles au sein de l’Etat commun. Optera-t-on pour le principe de l’égalité (Bruxelles = Wallonie) ou celui de la proportionnalité (W > B) ? Un beau casse-tête en perspective…

Comme l’ont démontré les travaux des Etats généraux de Wallonie (www.etatsgenerauxdewallonie.com) et les études du Gewif (Groupe d’Etudes pour la Wallonie intégrée à la France – www.gewif.net), la seule option d’avenir réaliste et crédible réside dans un statut particulier d’intégration à la France, qu’une Constitution française fort souple pourrait garantir aisément. Un tel statut, dont pourrait également disposer Bruxelles si elle en émettait le souhait, permettrait à la Wallonie de maintenir ses compétences et organes d’auto-administration actuels. Sa spécificité ne serait en rien malmenée.

Pourquoi s’échiner à couper les cheveux en quatre quand la solution est à portée de main ?

En 1958, André Renard, dont on ne peut mettre en doute l’attachement à la Wallonie, ne déclarait-il pas : « Nous avons foi en cette France qui, pour nous, est éternelle. (…) la France reste le grand flambeau et, pour beaucoup d’entre nous, la grande lumière de culture ».

Nous savons, par divers sondages, qu’une majorité de Français seraient favorables à l’option réunioniste. Ne laissons pas passer cette chance unique, gage de notre redressement et de notre prospérité !

(1) Derniers ouvrages parus : « Le petit guide de l’après-Belgique » (éd. Mols, 2010) et « On l’appelait Belgique » (Mon Petit Editeur, 2011).

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4 réflexions sur “ Le signal clair de Bart de Wever et les œillères francophones… ”

  1. Monsieur François Perin l’écrivit si clairement dans « Histoire d’une Nation introuvable », toute cette médiocre et lamentable maladie belge cessera lorsque les Wallons retrouveront le giron français et les Flamands le giron néerlandais. Comme le rappelle parfaitement Monsieur Gheude, les constitutions respectives de la France et du royaume des Pays-Bas ( voir le plan N du professeur Matthias Storme) sont suffisamment souples pour accueillir les cousins, perdus au cours des siècles antérieurs dans les soubresauts de l’histoire eurpéenne, sans perte de personnalité et sans soumission. Mais parmi nos politiciens que de grenouilles opportunistes, égocentriques et égoïstes à la mode de Monsieur de La Fontaine; voilà où le bât blesse.

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  2. « le confédéralisme est le fédéralisme des cons »… Comment peut-on encore citer cette ânerie ? Le confédéralisme, c’est la fin de l’Etat belge. Et la fin de l’Etat belge, c’est loin d’être con !

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