Belgique : jusqu’ici, tout va bien.

Jean Quatremer, correspondant à Bruxelles du quotidien « Libération », a fait le point sur l’état de la Belgique. « Jusqu’ici, tout va bien », écrit-il. Dans ce titre, le « jusqu’ici » pèse plus lourd que le « tout va bien ». Nous reprenons l’intégralité de son texte. Nous renvoyons également à son blogue où, dans un autre article, il pose la question suivante : 

Est-il normal que le président du Conseil européen participe à des manifestations nationalistes ?

Belgique : jusqu’ici, tout va bien

En Belgique, tout va désormais très très bien. Après cinq années de crises et de fureur, du conflit communautaire qui oppose depuis la naissance du pays la majorité flamande à la minorité francophone, il n’est plus question, ni dans la classe politique, ni dans les médias, ni dans la population. Enfin, côté francophone où on veut à toute force croire que, depuis que le socialiste francophone Elio Di Rupo a pris les rênes du pays, en décembre dernier, la « question flamande » a fondu aussi rapidement que le leader nationaliste, Bart De Wever (au sens propre : il a perdu 60 kg en quelques mois, de 142 kg à 83 kg) .

Les Francophones, trop heureux d’avoir évité la scission du pays et d’avoir placé l’un des leurs à la tête de l’État pour la première fois depuis trente ans, font comme si la sixième réforme de l’État qu’ils ont dû consentir sous la pression des nationalistes (en réalité un dépeçage supplémentaire de l’État fédéral et la fixation définitive de la frontière entre la Flandre, d’une part, et la Wallonie et Bruxelles, d’autre part, grâce à la scission de l’arrondissement électoral et judiciaire de Hal-Vilvoorde) avait réglé tous les problèmes. Les petits faits qui montrent qu’il y a peut-être anguille sous roche, que la passion nationaliste continue peut-être de bouillir au nord du pays, sont systématiquement minorés de peur de réveiller les vieux démons.

Ainsi en est-il lorsque la commune mitoyenne de Bruxelles, Zaventem, qui accueille l’aéroport international de la capitale européenne, exige depuis le printemps dernier que tout le monde parle flamand dans les plaines de jeux. Ou lorsque le Parlement adopte des textes préparés par les nationalistes de la N-VA qui font de la Belgique l’un des pays les plus restrictifs en Europe à l’égard de l’immigration (y compris pour les conjoints non européens de Belges qui ont les plus grandes difficultés à s’installer dans le Royaume). Ou encore lorsque le président du Conseil Européen, Herman Van Rompuy, censé incarner les valeurs européennes, participe au Gordel, cette balade cycliste des nationalistes flamands autour de Bruxelles qui a lieu chaque premier dimanche de septembre afin de protester contre l’extension de la « tache d’huile francophone » à partir de la capitale. On se réjouit même qu’il ait réuni moins de monde que l’année dernière (30.000 personnes quand même contre 43.000), ce qui a permis à Di Rupo, bonhomme, de qualifier une manifestation qui n’avait pourtant plus lieu d’être après la fixation définitive de la frontière linguistique, « d’événement sportif et familial »...

En début de semaine, le premier ministre belge a reçu, off, la presse francophone belge pour lui affirmer que le nationalisme était désormais contenu au nord et que Bart De Wever ne prendrait pas la Belgique en « otage », le tout grâce à lui. Celle-ci a consciencieusement relayé ce message anesthésiant en oubliant de citer ses sources (le pot aux roses a finalement été révélé par Le Soir daté de mercredi). Mais bardaf, c’est l’embardée : la ouate s’est déchirée samedi, avec un sondage publié par Le Soir qui confirme que la fièvre nationaliste n’a nullement diminué en Flandre où l’on ne digère pas de voir le pays dirigé par ce que l’on déteste le plus, un socialiste francophone (donc forcément prodigue des sous flamands si ce n’est corrompu).

Selon cette enquête d’opinion, De Wever est bel et bien en passe de rafler la mise lors des élections municipales d’octobre prochain, contrairement aux espoirs des Francophones : en particulier, le leader nationaliste flamand devrait bien devenir le prochain maire d’Anvers (38 % contre 27,8 % pour l’alliance socialiste-démocrate-chrétien, et une victoire souhaitée par 44 % des Anversois), la première ville flamande, ce qui lui permettra de se constituer un bastion comme Jacques Chirac l’a fait à Paris. À partir de là, la N-VA a toutes les chances d’emporter les régionales et les législatives de 2014, y compris d’atteindre à elle seule la majorité absolue, ce qu’aucun parti belge n’a jamais fait. Car elle a encore des marges de progression tant au sein de l’électorat du Vlaams Belang (extrême droite nationaliste) que de ceux des libéraux du VLD et des démocrates chrétiens du CD&V, deux partis qui courent en pure perte derrière la N-VA depuis six ans (comme le montre la présence d’Herman Van Rompuy au Gordel).

Si la N-VA confirme son OPA sur la Flandre, ce qui semble probable, celle-ci étant quasiment la seule opposition dans ce pays (tous les autres partis, sauf les écologistes, sont dans la majorité), la survie de la Belgique deviendra quasiment impossible. Sauf sursaut flamand qu’on ne voit absolument pas poindre à l’horizon, c’est le scénario le plus probable.

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