L’homme qu’on surnommait Dieu

Le site du « Vif » publie ce jour une dépêche de l’agence « Belga » qui fait part du décès de Guy Spitaels. Ce qui me frappe chez cet homme est sa constance dans le combat wallon et sa lucidité d’esprit. Très vite, comme chef de cabinet d’Edmond Leburton, il a compris combien il pouvait être ingrat d’être Wallon dans ce pays nommé Belgique. 

Né à Ath le 3 septembre 1931, Guy Spitaels a décroché une licence en sciences politiques et sociales et un doctorat en droit à l’UCL. Bien que diplômé de l’Université catholique de Louvain, il entame une carrière académique à l’Institut de sociologie de l’ULB.

Au cours de ses études universitaires, il participe à la fameuse farce estudiantine du « faux Roi d’Heverlee », visite impromptue d’un sosie du roi Baudouin dans un couvent de bonnes sœurs qui n’y verront que du feu.

En 1961, après la grande grève contre la Loi unique, il décide de s’affilier au Parti socialiste, ainsi qu’au Mouvement populaire wallon d’André Renard.

En 1972, il décline le poste de chef de cabinet de Louis Major, au ministère de l’Emploi, mais accepte une mission de préparation de la conférence nationale de l’Emploi. Un an plus tard, Edmond Leburton, alors Premier ministre, le nomme chef de cabinet pour la gestion socio-économique.

Selon son biographe, Jean-François Furnémont, il y est marqué par « l’humiliation » que les Flamands font subir à celui qui fut le dernier Premier ministre francophone avant Elio Di Rupo.

En 1974, Guy Spitaels entre au Sénat comme sénateur provincial du Hainaut et, en 1977, il est élu sénateur de l’arrondissement de Tournai-Ath-Mouscron. Il participe également à la vie politique de sa ville natale, Ath, dont il devient bourgmestre en 1977. La même année, il obtient le portefeuille de l’Emploi et du Travail dans le gouvernement dirigé par Léo Tindemans.

Il conserve ce poste jusqu’en avril 1979 et élabore un plan de résorption du chômage, le « Plan Spitaels », qui crée notamment les « stages ONEM » et les « cadres spéciaux temporaires » (CST).

D’avril 1979 à mai 1980, c’est-à-dire dans les gouvernements Martens I et II, il est vice-Premier ministre et ministre du Budget, avant de devenir, dans les gouvernements Martens III et IV, vice-Premier ministre et ministre des Communications.

En février 1981, il abandonne ses fonctions ministérielles et est élu à la présidence du Parti socialiste, succédant ainsi à André Cools, qui ne se représentait pas. Reprenant l’expression de François Mitterrand, il prône le « socialisme du possible » et le front des progressistes. Ainsi son parti s’allie-t-il à d’autres formations pour présenter des listes communes en différents endroits du pays, lors des élections communales d’octobre 1982.

Cette accession à la présidence du PS est suivie par un renvoi des socialistes dans l’opposition au niveau fédéral en 1981 -commencent alors les années « Martens-Gol »- et des exécutifs wallons et de la Communauté française en 1985. Régionaliste convaincu, Guy Spitaels s’oppose au projet de fusion de la Communauté française et de la Région wallonne soutenu par les sociaux-chrétiens et les libéraux.

Aux élections de 1987, le PS porté par « le retour du cœur » recueille 43,9 pc des voix en Wallonie, un score historique. Guy Spitaels est chargé d’une mission d’information par le Roi, avant de transmettre le témoin à Jean-Luc Dehaene. A l’issue d’une très longue négociation politique, le PS revient au pouvoir avec les sociaux-chrétiens et la Volksunie.

Les négociations de 1987-88 ont accouché d’une grande et profonde réforme de l’État qui impose le fait régional dans l’architecture institutionnelle belge. En 1992, M. Spitaels décide de prendre la présidence de l’Exécutif régional wallon et de quitter celle du parti socialiste, où lui succède Philippe Busquin. Le ministre-président du gouvernement wallon a l’Économie, les PME et les Relations extérieures dans ses attributions. Il supervise notamment le dossier des aides européennes qui permettront au Hainaut d’entrer dans le programme « Objectif  » en 1994.

Fin 1993, la justice fait vaciller celui que certains ont surnommé « Dieu » en raison de son pouvoir et de son style monarchique. La juge d’instruction Véronique Ancia demande la levée de l’immunité parlementaire des trois « Guy », Guy Mathot, Guy Coëme et Guy Spitaels, pour leur implication dans l’affaire Agusta.

Le 21 janvier 1994, M. Spitaels démissionne de son poste de ministre-président qu’il cède à Robert Collignon. Le PS essuie à cette époque une tempête politico-judiciaire sans précédent, provoquée par l’assassinat d’André Cools en 1991.

En 1995, M. Spitaels est réélu et occupe la présidence du parlement wallon jusqu’en 1997. Il tente à cette époque de donner des locaux dignes de ce nom à l’assemblée, mais le projet de construction d’un nouvel édifice sur le « Grognon » à Namur échoue.

Fin 1998, à l’issue du procès « Agusta-Dassault », la Cour de cassation le condamne à 2 ans de prison avec sursis et à 5 ans de déchéance du droit de remplir des fonctions, offices ou emplois publics. Il achèvera toutefois son mandat de bourgmestre d’Ath avant de se retirer définitivement de la vie politique en 2000 et de se consacrer à la rédaction d’essais sur la politique internationale.

En février 2011, il est agressé en rentrant à son domicile à Bruxelles. Des analyses médicales révèlent qu’il est atteint d’une tumeur au cerveau. La maladie lui sera fatale.

Guy Spitaels n’est guère sorti de sa retraite politique. Il donne sa dernière interview en septembre 2011. Il y livre son peu d’optimisme sur l’avenir de la Belgique et appelle PS et MR à définir ensemble la façon dont ils veulent gérer la Wallonie.

Avec Belga

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