Un peu de vérité… cela fait du bien !

Un instant de vérité qui me semble coller parfaitement à ce que sont une majorité de nos voisins flamands. Indépendantistes, les Flamands ? Non, tout au plus autonomistes. Ils ne veulent même pas la fin de la Belgique, quoique… Ils pourraient se fâcher en 2014 si nous n’acceptons pas leurs nouvelles exigences en matière de confédéralisme. Mais avant tout, ils veulent vivre à la flamande, chez eux, avec un gouvernement flamand bien ancré à droite. Ils veulent la même chose pour Bruxelles, leur capitale. Quant aux Wallons, qui sont minoritaires, ils doivent se plier aux volontés de la majorité. Point barre… C’est simple, non ?

Grosso modo, ils aiment Di Rupo, homme souriant qui fait de gros efforts pour apprendre leur langue, qui va se promener chez eux, serre des mains, caresse les joues des enfants mais ils n’apprécient pas du tout le gouvernement papillon  dirigé par un socialiste, alors qu’eux, Flamands, ont massivement voté à droite. Il faut les comprendre : où est la démocratie dans tout cela ? Alors, ils votent N-VA ou Vlaams Belang (52 % pour ces deux partis selon les derniers sondages) pour bien marquer leur caractère flamand car chez ces gens-là, mesdames et messieurs les Wallons et Bruxellois, on sait ce que l’on veut. Le Flamand est obstiné, coriace, dur au labeur, mais fier aussi. Il a le sens des combats menés par sa Communauté et son éducation a cultivé chez lui le souvenir des moments pénibles de son histoire. Ecoutez-le parler de la guerre 14-18, de ses pauvres soldats flamands qui sont morts parce qu’ils ne comprenaient pas les ordres qu’on leur donnait en français… Je sais, ceci est un mythe, mais allez leur dire et vous verrez leur réaction… !

Côté Wallon et Bruxellois de langue française, on veut que le Flamand soit belge. On veut faire le bonheur du Flamand contre son gré au sein d’une Belgique où tout le monde serait bilingue (?) et solidaire, où tous les Belges seraient appelés à voter pour des candidats réunis en une circonscription nationale. Les médias (radios, télévisions, presse écrite) mais aussi notre éducation nous incitent à affirmer haut et clair que nous sommes et seront éternellement belges. Ils entretiennent largement, à de trop rares exceptions, dont « Le Vif/L’Express », la politique de l’autruche et la naïveté.

Le choix que l’on devrait présenter au Wallon et au Bruxellois me paraît simple pourtant : ou nous acceptons de vivre « à la flamande », ou nous décidons d’enfin dessiner les contours de l’ « Après-Belgique ». Ce qui manque le plus à la Wallonie est la construction d’un projet de société qui tienne la route sur les plans sociaux, économiques et environnementaux, ce qui postule de tisser des liens étroits avec la France : cela s’appelle l’union-intégration de la Wallonie dans la République.

Paul Durieux

L’opinion de Pascal De Sutter, dans le Vif/L’Express, m’a paru terriblement vraie. En voici le texte. 

Des sondages créditent la N-VA de près de 40 % des intentions de vote en Flandre. Si l’on ajoute les 12 % du Vlaams Belang, cela signifie que la moitié des Flamands veulent voter pour des partis ouvertement hostiles aux efforts unitaristes du gouvernement belge. Est-ce vraiment une surprise ?

Cela fait un demi-siècle que j’entends les francophones dire que ce sont tous ces politiciens « extrémistes » qui sèment la zizanie entre Belges qui ne demandent qu’à vivre ensemble. A force de répéter ce mantra on avait fini par oublier que nous vivons en démocratie. Et que c’est le peuple qui choisit ses élites.

Je me souviens d’une conversation privée avec une collègue flamande de l’Universiteit Antwerpen qui s’intéresse comme moi à la psychologie politique. Je lui disais (en anglais et en boutade – je suis trilingue !) : « Pour toi, c’est facile de donner des conseils psychologiques aux hommes politiques flamands. Il te suffit de leur suggérer de dire du mal des francophones pour faire augmenter leur score électoral ! » Elle sourit à ma petite provocation et ne protesta pas le moins du monde. Car elle avait compris depuis longtemps que ce n’est pas Bart De Wever qui a créé le phénomène du nationalisme flamand. C’est le peuple flamand qui a créé le phénomène Bart De Wever. Les francophones bien-pensants me rétorqueront : « Non, ce n’est pas le peuple flamand, ce n’est qu’une minorité ». Or les sondages montrent que l’insubmersible Titanic du « prêt-à-penser-naïf » francophone prend de plus en plus l’eau.

Faut-il en conclure que les Flamands (enfin 50 % d’entre eux) sont devenus des affreux nationalistes, voire des fascistes en devenir ! Certainement pas. Cependant, comme les Catalans ou les Québécois, ils possèdent une identité culturelle forte. C’est leur droit et leur fierté. Les Flamands, à l’image d’autres peuples de la terre, expriment simplement leur souhait de vivre entre Flamands à la façon flamande. Dans une forme d’homogénéité linguistique et culturelle à contre-courant du multiculturalisme ambiant. Par ailleurs, des études scientifiques montrent que les Flamands – y compris ceux qui votent N-VA – aiment les vacances en Wallonie et ne souhaitent pas la scission du pays. Est-ce contradictoire ?

Ceux qui fréquentent les conciliabules des dirigeants flamands savent très bien que la menace de la scission sert essentiellement d’arme de terreur psychologique destinée aux francophones. Et cela marche extraordinairement bien ! Car la peur de perdre la Belgique est l’émotion dominante chez les francophones et leurs élus. Ils sont terrorisés à l’idée de sombrer dans la misère noire sans l’argent des Flamands. Ils sont angoissés, en cas d’autonomie de Bruxelles et de la Wallonie, de devoir se comporter de façon autonome, digne et émancipée.

Or je suis intimement convaincu que les Flamands ne veulent pas réduire leur territoire à la seule Flandre. Ils souhaitent simplement que les Bruxellois acceptent de vivre « à la flamande » dans la capitale de la Flandre. Et que les Wallons minoritaires acceptent aussi de vivre « à la flamande » dans une Belgique démographiquement, politiquement et économiquement dominée par la Flandre. D’ailleurs, les Flamands ont déjà conquis pratiquement tous les postes clés, prestigieux et rémunérateurs de la Belgique fédérale. Tout serait plus simple et les problèmes communautaires disparaîtraient si les francophones acceptaient une fois pour toutes la réalité d’une Belgique flamande (Vlaams België) où il faut apprendre à vivre « à la flamande ».

Une métaphore peut illustrer mon analyse politico-psychologique : si un membre d’un couple n’est plus heureux de la vie commune. S’il ne veut plus partager les dépenses, s’il ne supporte plus la langue de l’autre dans sa chambre, s’il trace une frontière dans la maison et s’il menace de divorcer. Quelles options restent à l’autre ? Soit prendre la menace de divorce au mot. Et entamer la procédure pour prendre son autonomie en main. C’est ce qu’ont fait les Slovaques. Soit sauver le couple à n’importe quel prix. Il faut alors accepter de se soumettre aux desiderata de l’autre. C’est le choix des Bruxellois et des Wallons qui votent massivement pour les partis «unitaristes». Il serait vraiment injuste de ne pas l’assumer et de le reprocher aux Flamands. Mais rien ne vous oblige à penser comme moi…

Pascal De Sutter, psychologue politique, dans « Le Vif-L’Express » (lien).

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Une réflexion sur “ Un peu de vérité… cela fait du bien ! ”

  1. Les Bruxellois et les Wallons qui votent massivement pour les partis «unitaristes» veulent, affectivement (ne pas lire effectivement, svp), sauver le couple « belge ».Comment agir autrement quand on vous baigne de force, quotidiennement, dans la baignoire de la « belgitude ». Toutefois, les zombies accepteront-ils de se soumettre éternellement aux desiderata des Flamands si cela signifie « devoir se serrer la ceinture »? De toute manière, les Flamands appliqueront la méthode Tatcher (Geef mijn geld terug ») au sein de la confédération Belgïe. Comment la FGTB, la CSC et le PS expliqueront-ils à leurs électeurs l’état des caisses vides ? Cela m’étonnerait qu’ils rapatrient leurs capitaux placés à l’étranger pour sauver le petit peuple. Ou bien les politiciens wallons, comme des incapables ou des collabos, se sont laissés rouler par les Flamands pour perpétuer la Belgique ou bien, comme des couards affolés par leur inconséquence, ils préfèrent que la situation pourrisse en espérant que leurs électeurs les poussent à réclamer le divorce. Je parie, que devant l’Histoire, ces petits baronnets de province, pour des raisons électorales, ne veulent pas endosser la responsabilité d’un divorce. Maintenant si la Flandre souhaite conserver une colonie, il faudra malgré tout quelle la finance, mais le peuple flamand envisagent-il encore cette option ? Alors, Titanic ou sos préventif ?

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