A propos du plan W

Jeudi soir, à l’invitation de la Maison de la Laïcité de Ste Walburge (Liège), dans une salle pleine à craquer, Jules Gazon a pu démontrer, chiffres à l’appui, que le choix de la France est le seul qui puisse garantir l’avenir des Wallons. La qualité de son expertise  a produit un effet certain. Economiste et pédagogue, professeur honoraire de l’Université de Liège, Jules Gazon a aussi fréquenté le monde politique. Il lui reproche d’enfermer la Wallonie dans la « stratégie du perdant », celle qui nous condamne à aller de concessions en concessions sans autre issue que d’aller droit dans le mur. A l’origine de cette inertie, il dénonce avec force une culture politique basée sur l’assistanat, le clientélisme et la prolifération des structures publiques au profit de quelques-uns, culture dont la Wallonie peine à se dégager. Puisque des changements sont inévitables, il donne raison à Jean-Claude Marcourt quand celui-ci provoque un débat sur l’avenir de la Wallonie au risque de fragiliser la croyance en un plan B francophone. Jules Gazon ne croit pas en la viabilité d’un Etat wallo-bruxellois. Par contre, il croit en la nécessité de remuer les consciences en Wallonie.

Nous vivons dans la société de l’esprit critique, de l’engagement, de la citoyenneté responsable, mais il y a une tendance réelle à brandir ces mots comme des fétiches et puis à les vider de leur sens. La confrontation des points de vue, au regard des faits, dans le respect mutuel : voilà tout ce que réclame une saine démocratie. Alors que la Wallonie est à la croisée des chemins, le devoir des élus n’est-il pas de sortir les citoyens de leur torpeur ?

Notons que la fronde régionaliste (puisqu’il faut l’appeler ainsi au vu des réactions courroucées de l’establishment politico-médiatique) est surtout incarnée par des personnalités liégeoises. A côté de Marcourt, Bodson, Wesphael… et de professeurs de l’Université de Liège, citons ici Marc Bolland, député-bourgmestre de Blegny, président de la cantonale PS de Fléron et sans doute futur ministre. Voici comment il a, sur son blog, réagi à la polémique suscitée par les propos de Jean-Claude Marcourt :

Si les Wallons ne réfléchissent pas à leur avenir et ne se prennent pas en mains, on dit qu’ils sont inactifs : c’est le syndrome wallon de l’inertie ! Par contre, si les Wallons parlent de leur avenir, on leur reproche une volonté de repli sur eux-mêmes. Il faut savoir ce que l’on veut ! Arrêtons la politique de l’autruche et constatons que nous n’avons pas le choix : il faut activement réfléchir à l’avenir wallon, pas dans 20 ans mais maintenant. Pour des raisons très simples :

  • la crise économique : sur ce plan, les Wallons ont déjà avancé avec notamment le plan Marshall et l’esprit qu’il a développé autour de lui, mais ce n’est pas suffisant. Pour agir efficacement, il faut des cohérences au niveau des compétences, cohérences qui doivent être améliorées notamment dans la question de l’emploi et de l’enseignement. Autre exemple : quand les conditions de crédit aux entreprises wallonnes se durcissent, pensez-vous que les entrepreneurs ne souhaitent pas un outil de financement wallon qui les soutienne davantage, sur le modèle de ce que la KBC a fait pendant des années en Flandre ? Ne pas y réfléchir, est-ce décemment préparer l’avenir ?

La crise économique est lourde et ne permet pas de reporter la réflexion. Rien que pour cela, ne pas réfléchir à notre avenir serait une faute.

  • la révolution copernicienne des accords fédéraux : les négociations fédérales ont accouché d’une révolution copernicienne. Sur le plan du financement des Régions, celles-ci ont 10 ans pour se trouver face à elles-mêmes. 10 ans, c’est très peu. Ne pas réfléchir aujourd’hui à l’avenir de la Région wallonne, ce serait une lourde faute ! Il faut arrêter la méthode « coué » et la politique de l’autruche. Il y a beaucoup à faire. En avant.
  • les échéances politiques de 2012 et surtout de 2014 seront sans pitié pour les francophones. Il est vraisemblable que la volonté flamande d’obtenir davantage d’autonomie ne s’arrêtera pas. Ce n’est pas uniquement par l’action au fédéral que l’on parviendra à maintenir l’unité du pays. Si les autonomistes flamands renforcent leur score en 2014 (élections régionales et fédérales conjuguées), et qu’à ce moment, les Wallons et les Bruxellois ne sont pas prêts dans des compétences régionales fortes, nous nous retrouverons devant un mur et il sera encore plus difficile de le franchir que ce ne fut le cas après les élections fédérales de 2010.

Réfléchir activement à l’avenir wallon est donc une nécessité pour ne pas nous retrouver enfermés demain : la Wallonie a toujours été, culturellement et économiquement, une terre ouverte ; c’est lié à sa position géographique, à son histoire et à son état d’esprit. Son avenir doit être ouvert. Réfléchir à notre avenir activement aujourd’hui, c’est tout le contraire d’une politique de repli sur soi !

Pour l’intégralité du texte de Marc Bolland : ici.

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Une réflexion sur “ A propos du plan W ”

  1. Il est temps, et plus que temps, qu’un Congrès national wallon se tienne, à l’instar de celui qui s’était tenu en 1945.
    Tous les parlementaires wallons et bruxellois francophones devraient y être invités, tous les ministres francophones wallons et bruxellois, tous les bourgmestres francophones,…
    Ce Congrès devrait répondre aux questions suivantes :
    – Existe-t-il toujours une volonté wallonne et bruxelloise de se concevoir un avenir commun ?
    – Oui ou non à un confédéralisme tel que proposé par la Flandre ? Si oui, quelle place pour Bruxelles dans ce scénario ?
    – La Wallonie (et le cas échéant Bruxelles) doit-elle se rapprocher de la France ? Si oui, comment, dans quelles conditions, à quel rythme, de quelle façon prioritairement ?

    Chaque seconde qui passe nous rapproche du chaos… Il est urgent de définir l’avenir de façon claire et précise !!!

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