Cela bouge en coulisse

A la suite du journal Le Soir (ici), nous reproduisons un article que Béatrice Delvaux a publié hier dans le quotidien flamand De Standaard. Il y est question d’un « plan W » sur lequel plancheraient des Wallons influents. Cet article a, selon les termes du Soir, « créé un certain émoi en Flandre ».

Les Wallons sont de retour. C’est une des découvertes de l’enquête Soir-Standaard «Chroniques d’un état critique» publiée entre Noël et Nouvel an. Et ça, c’est de la dynamite. Là où certains en sont encore à évoquer l’existence d’un plan B, c’est d’un plan W comme Wallonie, qu’il faut désormais parler. Les Wallons en route pour l’indépendance ? C’est trop fort ou… trop tôt pour le dire. Qui que vous interrogiez à ce sujet, vous le démentirait. Mais que des Wallons haut placés soient à la manœuvre et préparent leur futur sans la Flandre et sans… Bruxelles, c’est certain.

A l’origine de ces mouvements, on trouve une conviction née côté francophone de ces derniers mois : la Belgique est sauvée mais très provisoirement. Il faut se préparer à l’étape d’après, régionale. Des socialistes wallons occupent le peloton de tête de ces réflexions. Avec l’intention de sortir du bois dans quelques temps, pour donner un nouveau cap au destin collectif wallon. Etats généraux wallons et bruxellois, Assises Wallonie 2020, prises de parole successives d’interlocuteurs politique, universitaire, syndical, culturel wallons : les idées sont imprécises. Mais un mouvement est enclenché, convaincu de la nécessité de nourrir « l’identité wallonne », le terme est souvent prononcé.

Qui va rédiger, qui serait au destin wallon ce que fut le rapport du Warande au mouvement nationaliste flamand actuel ? Ils sont plusieurs auteurs potentiels mais la première manifestation de ce revival sudiste est venu de Guy Spitaels. Dans une interview accordée au Soir en septembre dernier, l’ex-président du PS, ex ministre-président wallon, nous disait devoir sortir impérativement de son silence politique pour prendre ses responsabilités. Spitaels ne croit plus à la Belgique : Spitaels dit alors tout haut ce que tout le monde pense mais n’ose exprimer : la Belgique est foutue et cela ne prendra pas longtemps pour devoir miser sur une autre entité (18 mois selon Spitaels, 2014 ou pour les plus optimistes 2019).

Quelques mois après Spitaels, c’est Jean-Claude Marcourt qui se félicite que Di Rupo ait sauvé le pays mais il indique que désormais le PS, qui n’est pas le Premier ministre, devra préparer l’avenir. Samedi, dans le Soir, c’est au tour de Thierry Bodson, le syndicaliste qui pèse de plus en plus en plus lourd, président de la FGTB Wallonne, de défendre un Etat belge basé sur quatre régions, sans fédération Wallonie-Bruxelles : «Il faut qu’on arrête avec tout cela». Il se dit inquiet : on arrive à l’os au fédéral, si on remet tout cela sur la table en 2019, que fera-t-on ? «Se préparer à autre chose ?» l’interroge-t-on. «Nous devons être conscients que l’on va toucher en 2019 à l’essentiel de la mission de l’Etat», se borne-t-il à répondre mais faut-il en dire plus quand il conclut : «Je me sens wallon et malheureusement, je trouve que ce sentiment n’existe pas assez aujourd’hui».

Bodson fait partie des noms cités dans le think tank totalement informel du devenir wallon -répartis en cercles diffus et multiples, sur base souvent d’affinités-, au même titre que Bernard Rentier (recteur de l’université de Liège), Jean Pascal Labille (Mutualités socialistes et SRIW), Olivier Vanderijst ( SRIW), Jean Claude Marcourt, ministre wallon de l’économie, Bernard Thiry (Ethias) Edouard Delruelle (Ulg), Domb (Pairi Daiza). On cite également Alain Mathot (bourgmestre de Seraing), mais surtout Anne Poutrain. On dit que si elle est restée à la tête de l’Institut Emile Vandervelde, c’est parce que le PS désormais a besoin de cette machine de guerre intellectuelle et de négociation, non plus pour sauver la Belgique mais pour préparer cet avenir «autonome» wallon, bruxellois, germanophone.

Hors PS ? On dit l’Ecolo Jean Marc Nollet de plus en plus acquis au fait régionaliste. On espérait le CDH Lutgen de la partie, avant qu’il ne se découvre une fibre chevaleresque belgicaine. Le monde universitaire, lui, vient d’entrer dans la danse wallonne, via une étude de l’université de Liège publiée par l’Ires. Les auteurs y tirent le signal d’alarme sur les difficultés du marché de l’emploi, des performances économiques et surtout la qualité de l’enseignement en Wallonie. Ils prient les politiques d’agir rapidement, quel que soit l’avenir institutionnel du pays. Quand on vous disait qu’ils étaient en marche.

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2 réflexions sur « Cela bouge en coulisse »

  1. Que des Wallons recommencent à penser wallon et envisagent l’avenir dans cette optique me réjouit ! Qui n’a donc jamais remarqué que, depuis toujours, une majorité de Bruxellois sont viscéralement francophobes, condescendants, indifférents même au sort de la Wallonie ? Bruxelles, c’est l’aliénation ancestrale des Wallons à l’Etat belgo-flamand si bien que redevenir ce que foncièrement nous sommes demandera de lourds efforts. Lâcher Bruxelles serait, paraît-il, un crime ? La suivre POUR SE PERDRE aussi est en tout cas un suicide.

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  2. Vive la Wallonie ! Et vive Bruxelles ! Vive les francophones ! Je suis également satisfait que la Wallonie pense à elle… première étape avant de penser à la France !
    Hardi les gars ! Et peu importe qui remportera les présidentielles en France, allons-y gaiement !

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