Le 14 juillet à Liège

Nous savons que la présence de rattachistes aux festivités du 14 juillet à Liège est parfois mal accueillie. Soucieux de ne pas jouer les trouble-fête, nous avons progressivement abandonné tout ce qui pouvait ressembler à une exploitation politique d’un événement dont nous ne sommes pas les organisateurs. En 2009, les ballons que nous avons distribués au public, ne portaient aucune référence à un parti politique.

Cette année, alors que la Belgique est en pleine crise existentielle, il nous a paru souhaitable de nous mettre en dehors du jeu électoral. Nous espérons que, dans chaque formation politique, il se trouvera des hommes et des femmes pour envisager un rapprochement de la Wallonie avec la France. Il nous suffit, quant à nous, de respecter l’esprit de ce 14 juillet, sans fâcher personne, en mariant nos couleurs liégeoises et wallonnes à celles de la République française.

Malgré tout, même s’il est retenu, nous avons un message et celui-ci touche à la politique, évidemment. Pour des Liégeois, le choix de fêter le 14 juillet n’est pas neutre, quoi qu’on en dise. Il remonte à l’année 1937, quand les autorités de la Ville ont voulu ainsi protester contre l’abandon de l’alliance militaire qui nous liait à la France depuis la première guerre mondiale. En 1937, les milieux politiques wallons, effrayés par la montée en puissance de l’Allemagne nazie, se sentaient les otages d’une Belgique flamande, anti-française, voire germanophile.

En 1945, l’indignation, exacerbée par des années de résistance ou d’enfermement, s’est changée en désir de rupture : c’est à Liège, au Palais des Congrès, qu’une assemblée de responsables wallons s’est prononcée en faveur du rattachement de la Wallonie à la France. Il n’est pas étonnant que dans ce contexte émotionnel, qui rappelait les Vive la France exaltés de 1919, quand le président de la République était venu offrir la Légion d’Honneur à la Ville de Liège, on ait lancé la tradition des 14 juillet liégeois.

La ville de Liège, dont tant d’auteurs du XIXe siècle ont souligné la francophilie, et même le caractère français, ne s’est pas volontiers rangée dans l’ombre de Bruxelles. Ancienne capitale d’une principauté largement indépendante, Liège a longtemps regardé vers Paris. «Voyez Paris et tremblez», lançait Jean-Nicolas Bassenge à la cour du prince-évêque en juillet 1789. La révolution liégeoise a suivi de près la révolution française et c’est à une écrasante majorité que les Liégeois ont voté pour leur intégration dans la République française en 1793.

Liberté-Egalité-Fraternité : ces mots sont entrés dans notre histoire, avec la passion du changement, l’appel de la Grande Nation, la Marseillaise… Ce tourbillon révolutionnaire a saisi la Wallonie en général et la cité de Liège en particulier, ville déjà acquise à la cause de la liberté depuis le Moyen Âge et francophile à chaque fois que les ennemis de la France étaient à ses portes. En 1789, le prince-évêque a fui l’insurrection liégeoise le jour même où, à Versailles, étaient proclamés les droits de l’homme et du citoyen. Ceux-ci allaient connaître une version plus audacieuse encore au Pays de Franchimont, terre où battait le cœur des héros malheureux de 1468.

Liège, qu’as-tu fait de ton cœur ?

L’histoire est faite de silences et d’oublis. Mais l’oubli n’est jamais définitif. Le passé n’est jamais figé dans le clair-obscur de nos mémoires. Il se modifie au gré des ombres et des lumières, en fonction de l’intérêt qu’on lui porte. On a fait grand cas de ces 300 Liégeois qui ont marché sur Bruxelles pour en chasser les Hollandais en 1830. Du franco-liégeois Rogier, on a fait un héros national. Ce Charles Rogier a été une des figures les plus marquantes du nouveau royaume de Belgique, dont la création devait tant à la France et à l’Angleterre. Mais il n’imaginait pas l’État belge autrement que francophone. La Belgique a été une longue suite de malentendus.

A l’heure où la Belgique se désagrège, où le rêve européen s’étiole, où la mondialisation redistribue les cartes, il appartient aux Wallons de reconsidérer leur histoire, afin de trouver leur place et de s’installer dans l’avenir. Forts de leur esprit critique, ils ne seront pas dupes des légendes et des mythes qui colorent à souhait le récit du passé. La geste révolutionnaire a eu ses côtés obscurs, violents, iconoclastes. Le rejet de l’ancien régime a poussé les patriotes liégeois à voter la démolition de leur cathédrale. L’accouchement de la modernité s’est fait dans la passion, le déchirement. Mais nous sommes les enfants du 14 juillet, nourris de culture française. La proximité de la France n’est pas seulement géographique. Il serait temps de s’en souvenir.

Georges Régibeau

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